L'évêque de Pétrée arriva à Québec le 16 juin
3. « Il y eut en ce temps grande contestation pour la situation des bancs de M. l’Evêque et de M. le Gouverneur. M. d’Ailleboust s’en entremit, et la chose fut accordée que le banc de M. l’Evêque serait dans les balustres, et celui de M; le Gouverneur hors des balustres, au milieu. » ( Journal des Jésuites du 7 septembre 1659.)
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L’année 1660 fut une année de panique générale. Le pays fut parcouru en tous sens par de nombreuses bandes d’Iroquois et les établissements français auraient subi un assaut inouï sans le dévouement de Dollard des Ormeaux et de ses seize compagnons, — une poignée de héros chrétiens qui marchèrent volontairement à la mort et périrent tous jusqu’au dernier dans le fait d’armes du Long- Saut, mais après avoir exterminé un nombre :si considérable d’Iroquois que les farouches enfants des bois se retirèrent consternés, n’osant poursuivre une lutte qui débutait d’une façon aussi désastreuse.
La colonie respira ; mais personne ne douta d’une nouvelle levée des armes à brève échéance. Cette reprise des hostilités eut lieu trois mois plus tard, et le signal d’un massacre de tous les blancs allait être donné lorsqu’une étrange erreur fit tomber le chef principal de l’expédition sous la balle d’un de ses propres « guerriers » . La mort tout accidentelle de ce chef frappa l’esprit superstitieux des Iroquois, qui y virent l’augure d’une défaite certaine. Les barbares se retirèrent soudainement dans leurs cantons.
Madame de Sévigné écrivait que le canon
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qui foudroya Turenne avait été chargé de toute éternité ; ne pourrait-on pas en dire autant de l’arquebuse qui tua le chef indien, et du même coup délivra la Nouvelle-France de l’assaut formidable qui menaçait de l’anéantir ?
L’effort suprême du combat du Long-Saut eut lieu le 21 mai 1660 b Louis d’Ailleboust eut-il quelque connaissance de ce drame héroïque? Il expirait le 31 du même mois, dans sa maison du fort de Villemarie, sur ce coin du sol de la Nouvelle-France qui avait reçu les prémices de son dévouement, de son activité, de son zèle éclairé pour le bien de sa patrie d’adoption. Il avait alors quarante-huit ans. L’acte de sépulture dont voici le texte laconique est conservé aux archives paroissiales de Notre-Dame de Montréal pour l’année 1660:
1. « Nous trouvons au greffe de Villemarie — dit M. l’abbé Faillon — l’inventaire des biens de défunt Jean Valets, l’un des dix-sept (de l’expédition du Long- Saut), fait juridiquement le 26 mai 1660, et même celui de défunt Jacques Boisseau, autre de ces dix-sept braves, dâté du 25 mai 1660; ces dates peuvent donc justifier celle que M. de Belmont assigne au combat définitif du Long- Saut, lorsqu’il dit qu’il eut lieu le 21. » ( Histoire de la
colonie française en Canada, vol. II, p. 417.)
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« Le Ier de juin a été enterré Messire Louys d’Ailleboust, cy-devant Lieutenant Général pour le Roy en la Nouvelle France, pris au Fort. Un des premiers Seigneurs de l’Isle ».
(Signé) Rémy, Ptre.
La pièce suivante, écrite quatre ans plus tard par M. de Maisonneuve, fait connaître la date exacte de la mort de M. d’Ailleboust, qui ne se trouve pas dans l’acte que l’on vient de lire :
« Je, soubsigné, Gouverneur de l’Isle de Montréal en la Nouvelle France, certifie à tous qu’il appartiendra que deffunt Messire Louys d’Ailleboust, Chevallier, Seigneur de Coulonge, Lieutenant Général pour Sa Majesté en la Nouvelle France, est déceddé au dict Montréal le dernier jour de May mil six cent soixante, sans avoir laissé aucuns enfans procréés du mariage d’entre luy et Dame Barbe de Boullongne son espouse. En foy de quoy j’ay signé le présent certificat à Québecq, le douziesme jour d’Aoust mil six cent soixante quatre ».
(Signé) De Maisonneufve.
Dollier de Casson s’exprime ainsi, dans son Histoire du Montréal , au sujet de la mort de Louis d’Ailleboust : «Le Ier juin fut celui au-
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quel on fit ici les obsèques de feu M. d’Ailleboust, qui étoit venu ici en l’an 1643, comme un des associés de la Compagnie de Montréal, pour y assister M. de Maisonneufve par toutes les belles lumières dont il étoit avantagé et dont il usa très favorablement pour tout le pays. . . Sa mort fut fort chrétienne, comme avoit été sa vie. »
Sept de nos gouverneurs généraux moururent dans la colonie sous l’ancien régime : Champlain, d’Ailleboust, Mésy, Frontenac, Callière, Philippe de Vaudreuil, Fa Jonquière. Tous furent inhumés à Québec, à l’exception de Louis d’Ailleboust, dont la sépulture eut lieu dans le champ des morts appelé «le cimetière de l’hôpital, » occupé aujourd’hui par le monument de Maisonneuve, la Place d’Armes et quelques constructions avoisinantes, à Montréal.
Où sont maintenant les cendres du troisième gouverneur de la Nouvelle-France ? où sont les traces de son passage sur la terre canadienne?... Devant cette vie éteinte, cette mémoire oubliée de la foule, ces restes dispersés, on se demande ce qu’est la gloire humaine et à quoi il sert de voir son nom inscrit aux annales d’une nation.
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Ce n’est pas pour les morts, mais pour les générations du présent et de l’avenir que l’on élève des statues aux bienfaiteurs des peuples. Ces hommes de bronze ou de marbre sont, eux aussi, des bienfaiteurs, et savent donner avec une singulière éloquence d’utiles leçons de patriotisme, de vertu et d’honneur. Si un jour on jugeait convenable de rappeler par une œuvre d’art — statue ou tablette commémorative — le souvenir de l’homme sage, pieux, brillant et cependant modeste dont nous venons d’esquisser la vie, c’est sur la «réserve» de la tribu huronne qui lui doit sa survivance, à Lorette, ou sur la terre de Spencer Wood, dont une des avenues porte son nom, ou, mieux encore, au sein de la ville de Maisonneuve et des fils de M. Olier, sur ce sol de Villemarie qu’il aima jusqu’à la fin, que ce monument devrait être érigé.
Armoiries et signature de Douis d’Ailleboust.
Description de Vécu. — De gueules au chevron d’or, accompagné de trois étoiles d’or, deux en chef, une en pointe.