‹ Feuilles volantes et pages d'histoireChapitre 44 sur 47 · MARIE-BARBE DE BOUEEONGNE · texte numérisé non relu

MARIE-BARBE DE BOUEEONGNE

VEUVE LOUIS d’AILLEBOUST

Mariage et viduité. — Madame d’Ailleboust reste définitivement dans la colonie. — Elle fait plusieurs voyages à Québec. — Scène affreuse dont elle est témoin à Villemarie après une nouvelle attaque des Iroquois. — Son départ définitif pour Québec en 1663. — Au noviciat des Ursulines. — La confrérie de la Sainte Famille. — Arrivée dans la colonie de MM. de Tracy, de Courcelles et Talon, ainsi que de plusieurs compagnies de militaires et d’un certain nombre de colons et de jeunes filles. — Madame d’Ailleboust au chevet des malades.

LE mariage de Louis d’Ailleboust et de Barbe de Boullongne avait été contracté comme union de simple protection et non en vue de fonder une famille. Cette union était née d’une parfaite identité de principes et d’aspirations, d’un même esprit de dévouement pour les choses de la foi, d’un sentiment de mutuelle estime qui devait s’accroître avec les années b

1 Voir l' Histoire de l' Hôtel-Dieu de Québec , par la Mère Juchereau de Saint-Ignace. Une erreur du Die-

En dépit de la situation nouvelle que lui faisait la mort de son mari et des perspectives de liberté qui s’ouvraient devant elle, Barbe de Boullongne n’oublia pas un instant la promesse qu’elle avait faite en arrivant à Québec,

tionnaire généalogique des familles canadiennes a fait croire qu'une fille était née du mariage de Louis d’Ailleboust et de Marie-Barbe de Boullongne. La lettre suivante, écrite de Québec en 1664, fait par avance justice de cette erreur. On voulait savoir exactement, en France, si M. d'Ailleboust, mort quatre ans auparavant, n’avait pas eu d'enfants à qui certaines rentes auraient dû être payées. Voici la lettre adressée à ce sujet au Père Charles Lalemant par Madame d’Ailleboust elle-même :

« Au Révérend

« Le Révérend Père Charles Lalemant

de la Compagnie de Jésus, à Paris.

t Ce 8 août 1664.

« Mon Révérend Père,

« Pour réponse à votre seconde, je vous diray que je vous envoie un acte en bonne forme qui fera voir à ces Messieurs les païeurs des rentes que feu Mr mon mary m’a laissée sans aucuns enfans, ni sans que nous en aïons jamais eu, Dieu l’aïant ainsi voulu pour sa plus grande gloire ainsi que nous avons subject de le croire.

«Je demeure, d’un cœur invariable,

« Mon très cher et Révérend Père,

« Votre plus obligée fille et obéissante servante, (Signature)

zr

{Archives de V Hôtel-Dieu de Québec.)

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le 15 août 1643, de se donner tout entière à Dieu et à la conversion des sauvages, promesse que, bien des fois, elle avait renouvelée dans son cœur. Elle renonça donc, et pour toujours, à revoir la vieille France, si prospère et si brillante à cette époque, et accepta de mourir dans cette pauvre France d’Amérique, alors à l’apogée de sa misère.

Nous avons vu que la femme du premier gouverneur du Canada — Madame de Chainplain — était morte en France, à Meaux. Ea marquise de Denonville, la marquise Philippe de Vaudreuil et la marquise Pierre de Vaudreuil-Cavagnal moururent aussi en France. Seule des châtelaines qui habitèrent le fort Saint-Eouis sous le régime français, Madame d’Ailleboust voulut finir ses jours dans la colonie.

Deux mois après le décès de M. d’Ailleboust, elle descendit à Québec auprès de sa sœur ursuline, la Mère Saint-Dominique. Elle prit place dans « le bac de Montréal « probablement avec sa suivante, Aimée Chastel,1

1. Venue de France, en 1658, avec la Sœur Bourgeois, Aimée Chastel s’attacha au service de Madame d’Ailleboust, qui lui laissa une rente viagère. Elle mourut à l’Hôtel-Dieu de Québec en 1695.

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avec aussi le Père Ménard et une nombreuse escorte. Quatre faux délégués goyogouins prirent également place dans l’embarcation, pour aller, disaient-ils, demander à Ononthio la libération de quelques prisonniers et l’envoi dans leur canton d’une Robe Noire, précisément du Père Ménard, qui était déjà allé les évangéliser au temps de la mission de Gannentaha. Douze de leurs compagnons se tenaient à quelque distance, prêts à « faire le coup». Le voyage s’effectua sans accident.

Madame d’Ailleboust paraît être revenue à Québec l’année suivante. La Mère Marie de l’Incarnation, dans une lettre datée du mois de septembre 1661, relate une conversation qu’elle eut avec elle au sujet du massacre récent de dix colons de Villemarie, mis en pièces, mutilés et défigurés par les Iroquois au point que les parents mêmes des victimes ne purent les reconnaître.

«Montréal, écrit la vénérable ursuline, a été le principal théâtre de leurs carnages (des Iroquois). Madame d’Ailleboust, qui a fait un voyage ici, m’a dit que plusieurs habitants furent tués par surprise dans les bois, sans qu’on sût où ils étaient, ni ce qu’ils étaient devenus. On n osait aller les chercher, ni même sortir, de crainte d’être enveloppé dans un semblable malheur.

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Enfin l’on découvrit le lieu par le mt>yen des chiens que l’on voyait revenir tous les jours saoûls et pleins de sang. Cela fit croire qu’ils faisaient curée des corps morts, ce qui affligea sensiblement tout le monde. Chacun se mit en armes pour en aller reconnaître la vérité. Quand on fut arrivé au lieu, l’on trouva ça et là des corps coupés par la moitié, d’autres tout charcutés et décharnés, avec des têtes, des jambes, des mains éparses de tous côtés. Chacun prit sa charge, afin de rendre aux défunts les devoirs de la sépulture chrétienne. Madame d’ Ailleboust, qui m’a raconté cette histoire, rencontra inopinément un homme qui avait attaché devant son estomac la carcasse d’un corps humain, et les mains pleines de jambes et de bras. Ce spectacle la surprit de telle sorte qu’elle pensa mourir de frayeur. Mais ce fut tout autre chose quand ceux qui portaient ces restes de corps furent entrés dans la ville, car l’on n’entendait que les cris lamentables des femmes et des enfants de ces défunts. »

Dans ses visites à sa sœur aînée et à la Mère Marie de l’Incarnation, Barbe de Boullongne avait exprimé le désir de tenter une seconde fois d’embrasser la vie religieuse, croyant que, devenue veuve, les circonstances seraient peutêtre plus favorables à la réalisation de ses vœux toujours persistants. L’administration de sa fortune, qui était relativement considé1rable, la fit cependant différer jusqu’en 1663

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son entrée au noviciat des Ursulines, où elle avait été acceptée.

Avant sou départ définitif de Montréal, Madame d’Ailleboust s’occupa d’y organiser avec le Père Chaumonot une association de femmes et de filles ayant pour but de faire régner au sein des familles chrétiennes l’imitation des vertus de la sainte famille, Jésus, Marie et Joseph 1.

1. Voici comment le P. Chaumonot fut conduit à faire la connaissance de Madame d'Ailleboust à Montréal :

« En 1662, écrit-il, je fus choisi par Monseigneur de Laval et par notre Père Supérieur pour secourir les habitants de Montréal, qui étaient dans une extrême nécessité de vivres. On leur en envoya par la barque qui me portait.

« A mon arrivée, M. Souart, curé de Ville-Marie, et M. Galinier, son collègue, eurent la bonté de me loger chez eux. Nous passâmes ensemble quatorze mois pour le moins, et toujours dans une si parfaite union qu'011 nous aurait pris, eux pour être de la Compagnie de Jésus, et moi pour être du Séminaire de Saint-Sulpice. Les fêtes et les dimanches nous officiious, prêchions, catéchisions tour à tour . . .

« Dès mon arrivée à Montréal, j’eus le bien de faire connaissance avec Madame d’Ailleboust, qui m'avait été recommandée par le P. Jérôme Lalemant, notre supérieur, qui, ayant été son directeur à Québec, voulait que je tinsse sa place auprès d'elle à Montréal. Comme je la reconnus aussitôt pour une femme de vertu, d’esprit et de conduite, je la priai de se charger des vivres qu'on m’avait confiés à mon départ de Québec, et d’en faire la distribution, de quoi elle s'acquitta à la satisfaction de tous les nécessiteux, pendant que je voyais à leur spirituel.

« Cette dame, dont le mari avait été deux fois gouver-

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Cette association ou confrérie, établie subséquemment à Québec par le Père Chaumonot et Madame d’Ailleboust, reçut l’approbation de Monseigneur de Laval par lettres-patentes du 14 mars 1664, et fut érigée canoniquement par bulles d’Alexandre VII, datées du 8 janvier 1665. Le P. Chaumonot se démit alors entre les mains des prêtres du séminaire de Québec « de la conduite de l’association de la Sainte- Famille en Canada », mais Madame d’Ailleboust en resta la directrice à la demande de l’évêque \ Ceux qui ont lu le bel ouvrage de M. Thomas Chapais, intitulé : Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France, ont pu voir à quelles discussions retentissantes on se livra jadis à Québec à propos de cette confrérie de Dames de la Sainte-Famille, qui avait et a encore pour objet « l’édification mutuelle de ses membres et leur perfectionnement dans la vie chrétienne par l’imitation des vertus de l’auguste famille de Nazareth».

neur de la Nouvelle-France, eut la pensée, pendant que j’étais à Montréal, de trouver quelque puissant et efficace moyen de réformer les familles chrétiennes sur le modèle de la Sainte Famille du Verbe Incarné, en instituant une société ou confrérie où l’on fût instruit de la manière dont on pouvait, dans le monde même, imiter Jésus, Marie, Joseph. »

1 Le Père Chaumonot. — Autobiographie.

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Madame d’Ailleboust avait quarante-huit ans lorsqu’elle entra pour la seconde fois — en 1663 — au noviciat des Ursulines de Québec. Il parut bientôt évident qu’elle n’avait pas la vocation de sa sœur. « Elle avait peine à se passer du secours d’une femme de chambre, et 11e pouvait s’habituer aux petits sacrifices de la vie uniforme de communauté que la grâce rend cependant si faciles aux personnes qui l’embrassent avec une vraie vocation». Après huit ou neuf mois d’épreuve, elle se jugea ellemême incapable de suivre en tous points la règle du cloître, et alla « reprendre au milieu du monde sa vie de bonnes œuvres et d’édification » b

Ce fut après sa sortie du noviciat des Ursulines que Madame d’Ailleboust fut invitée par Monseigneur de Eaval à se mettre à la tête de la Confrérie de la Sainte-Famille, alors régulièrement et définitivement constituée.

Ees temps d’angoisses, de pauvreté, de luttes, de deuil, de cruel abandon appelés par Ford Elgin «les temps héroïques de la Nouvelle- France», allaient bientôt expirer: un regard,

1. Histoire du Monastère des Ursulines de Québec , vol. 1, page 260.

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un rayon du roi-soleil allait illuminer les rives canadiennes; déjà l’aube blanchissante d’une ère nouvelle faisait naître l’espérance dans les cœurs.

A Louis d’Ailleboust et à Jean de Lauzon avaient succédé Pierre LeVoyer, vicomte d’Argenson, Pierre Dubois, baron d’Avaugour, et le chevalier Charles-Augustin de Mésy. Celuici venait d’expirer à Québec, le 7 mai 1665.

Le Canada fut témoin, cette même année, du plus réconfortant spectacle qui lui eût jamais été donné de contempler. Dès le commencement de l’été, quatre compagnies du régiment de Carignan débarquèrent à Québec. Le 30 juin arriva à son tour Alexandre de Prouville, chevalier de Tracy, lieutenant-général du roi de France dans les deux Amériques, un homme d’une extrême distinction et d’une égale bonté, dont la réception se fit au milieu d’un enthousiasme et d’une pompe extraordinaires. Plusieurs navires arrivèrent de France quelques semaines plus tard, emmenant un certain nombre de jeunes filles choisies avec le plus grand soin par ordre de la reine. Au mois d’août, quatre nouvelles compagnies du régiment de Carignan débarquaient à Québec avec leur colonel, M. de Salières, suivies

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bientôt de huit autres compagnies faisant escorte à M. de Courcelles, nommé gouverneur en remplacement de M. de Mésy, et a M. Jean Talon, intendant de justice, police et finances. Les arrivages d’octobre apportèrent ■en outre cent trente hommes de travail et •quatre-vingt-deux filles, dont cinquante venaient d’une maison de charité. La population de tout le Canada se trouva ainsi presque «doublée. Les sonneries de clairons, les parades militaires, les chevauchées des cavaliers sur leurs te caribous si bien dressés, » comme disaient les sauvages, qui voyaient des chevaux pour la première fois, tout cela donna à Québec une physionomie inaccoutumée, presque européenne, très pittoresque, très brillante.

Où se trouvait Barbe de Boullongne pendant ce déploiement d’un faste jusqu’alors inouï dans la Nouvelle-France ? Au milieu des pauvres et des souffrants. Des fièvres contagieuses s’étaient déclarées parmi les troupes arrivées avec M. de Tracy dans le cours de l’été, et elle se tenait au chevet des malades, à l’Hôtel-Dieu, bravant le danger et aidant les religieuses dans leur œuvre de charité et de dévouement.

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Etrangère à l’esprit du monde, Madame d’Ailleboust refuse de brillants partis. — Elle rend foi et hommage pour sa châtellenie de Coulonge. — Sa fortune et la manière dont elle en dispose. —Elle se donne à P Hôtel-Dieu de Québec. — Les prédilections de Jean Talon pour Barbe de Boullongne.— Perfectionnement.

Manifestations d ordre spirituel. — Epreuves passagères. —Mort de Madame d’Ailleboust, en 1685.— Précieux souvenirs.

Cl désireuse qu’elle fût de vivre de la vie ^ cachée, Madame d’Ailleboust 11e put manquer de conquérir l’estime des personnages de l’époque ; et la Mère Juchereau de Saint- Ignace, l’historienne de l’Hôtel-Dieu de Québec, affirme qu’elle fut recherchée en mariage par le gouverneur, M. de Courcelles, et par l’intendant, M. Talon. Il est certain que celuici lui donna, à plusieurs reprises, des marques d’une particulière considération. « Klle était étrangère à l’esprit du monde, — dit la Sœur Morin, l’annaliste de l’Hôtel-Dieu de Montréal, — vivant humble et rabaissée, comme si elle ne l’eût jamais connu, quoiqu’elle fût avantagée de talents naturels, tant du corps que de l’esprit ». L’administration de sa fortune l’obligeait à sortir plus qu’elle ne l’au-

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rait voulu de la retraite dans laquelle elle se complaisait. Elle recevait des rentes de France et possédait plusieurs propriétés à Montréal, à Québec1, à l’île d’Orléans, à la côte de Lauzon. La plus importante de ces propriétés était la châtellenie de Coulonge dont il a déjà été question dans les pages qui précèdent. Les archives féodales de Québec contiennent un acte établissant que, le 9 décembre 1667, Dame Marie-Barbe de Boullongne rendit foi et hommage devant Louis-Theandre Chartier de Lotbinière, lieutenant-général de la prévôté de Québec et procureur fiscal de la Compagnie des Indes Occidentales, « à cause de la terre et chastellenye de Coulonge ». Voici les premières lignes de ce document :

« A comparu devant nous Dame Marie-Barbe de Boullongne, veuve de feu Messire Louis

1. Te 30 juin 1665, Madame d'Ailleboust acheta de Denis Duquet deux terrains contigus situés dans la haute-ville de Québec, bornés en front par la rue Saint-Louis, et en arrière par la rue Mont-Carmel. Un de ces terrains est devenu la rue Haldimand, l’autre, sur lequel était érigée une vaste maison, est aujourd'hui occupé par l’ancienne résidence du duc de Kent, coin des rues Haldimand et Saint-Louis. Madame d’Ailleboust donna cette propriété à l’ Hôtel-Dieu (1670), qui la céda à Louis-Tliéandre Chartier de Lotbinière par acte d’échange du 27 mai 1671.

d’Ailleboust, vivant Chevalier, seigneur de Coulonge, cy devant gouverneur et lieutenant général pour le Roy en ce pays, tant en son nom que comme donataire mutuelle du dit défunt ; laquelle, ayant mis un genouil en terre, a dit qu’elle nous faisoit et portoit la foy et hommage qu’elle est tenue faire et porter aux dits Seigneurs (de la Compagnie des Indes Occidentales) à cause de la Terre et Chastellenye de Coulonge, relevant en plein fief foy et hommage des dits Seigneurs. . 1

Par « transaction » du 22 juin 1668, homologuée au Conseil Souverain le 25 du même mois, Madame d’Ailleboust abandonna uue partie de ses biens — notamment la moitié de la châtellenie de Coulonge — à son neveu

1. Le texte entier de cet acte de foi et hommage a été publié par les Recherches Historiques , numéro du mois de janvier 1904.

Une partie du fief et châtellenie de Coulonge, au sud, en ayant été distraite par erreur, pour former le fief Saint- Michel, créé en 1660, en faveur de Charles Le Gardeur de Tilly, une compensation fut accordée à Madame veuve d’Ailleboust, par ordonnance de l’intendant Talon, portant la date du 20 juillet 1668, en ajoutant à la censive de la châtellenie trois pièces de terre appelées « La Noraye», situées près du chemin Saint-Louis. (Voir rapport général du département des Travaux Publics P. O. pour l'année 1899.)

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Charles d’Ailleboust des Musseaux. Hstimant cependant qu’il lui restait trop d’attaches aux choses de la terre, la noble femme se départit d’à peu près tout ce qu’elle possédait en faveur des pauvres et de l’Hôtel-Dieu. Ces dispositions sont consignées dans un acte de donation passé par Mtre Rageot, notaire, le 5 juillet 1670 b où il est dit que la donatrice se défait ainsi de ses biens « dans la pensée de passer le reste de ses jours au service des pauvres et dans des actions de charité. » Elle habita alors une maison attenante au vénéré monastère fondé à Québec par la duchesse d’Aiguillon et les Hospitalières de Dieppe — l’Hôtel-Dieu du Précieux-Sang — où elle était tenue en très haute estime.

Cette existence toute consacrée « au service des pauvres et dans des actions de charité » comme s’exprime le tabellion Gilles Rageot, durait en réalité depuis longtemps et devait durer bien des années encore. A Villemarie, la jeune femme — elle était jeune alors — s’était faite catéchiste des enfants sauvages ; à Québec, elle soignait les malades à l’Hôtel- Dieu et dans les demeures mêmes des pauvres.

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