EMILE AUGIER
Il a bientôt deux ans. Parfois, quand je le gronde,
Il baisse ses grands yeux qu’une larme a ternis ; Et puis, avec des airs de douceur infinis,
Il relève vers moi sa belle tête blonde.
Et tout à coup, — l'enfance a ces retours bénis, — D'un sourire joyeux sa figure s’inonde ; 11 jase en éclatant de rire, et sa faconde
Semble un gazouillement d'oiseaux au bord des nids.
Alors au fond de moi quelque chose remue ; De tendresses sans nom ma pauvre âme est émue ;
Sous mes cils à mon tour je sens des pleurs jaillir..,
Merci, mon Dieu, merci ! vous dont la pitié sainte A mêlé ce rayon de miel à notre absinthe :
L'enfant aimé pour nous consoler de vieillir !
J'étais absent de vous, inquiet, désolé.