‹ Feuillets d'autrefois, souvenirs et rêvesChapitre 15 sur 21 · LA JALOUSIE · texte numérisé non relu

LA JALOUSIE

Exécrable furie, sinistre empoisonneuse

Des bonheurs d'ici-bas, ce sont tes pas sournois :

Tu viens encor rôder, c'est ta face hideuse

De nouveau, à ma porte, je t'entends, je te vois.

Sous ton souffle empesté, tout se flétrit, se fane !

Au moins, l'oiseau de proie, quand il guette et qu'il plane

Ne demande à la fois qu'une seule victime,

Toi, c'est deux qu'il te faut, quand tu vas les choisir,

Deux que tu vas frapper dans leur bonheur intime.

Celle par qui l'on souffre, celui qui va souffrir,

Deux dont les jours heureux deviennent jours de deuil.

Arrière, arrête-loi, ne franchis pas mon seuil, Si tu (levais encor entrer dans ma demeure, Non, ce n'est pas demain, ce n'est pas dans une heure Qu'il faudrait nous quitter, c'est la minute même, 0 mon amie aimée, qui doit nous désunir. Tu sais si je t'aimais, et lu sais si je t'aime, J'ai trop souffert ainsi, je ne veux plus souffrir; Je ne puis accepter dans une vie nouvelle Du soupçon continu l'outrage immérité.

Je veux vivre, en gardant ta devise, hirondelle : Être fidèle au toit, mais vivre en liberté!

Page 1