UNE NUIT A BOLOGNE
... Quelles furent, alors, mes pensées pendant que, seul à la poupe du paquebot, je regardais s'épaissir la nuit sur cette mer Adriatique dont les bruits se confondirent jadis avec les accents du poète Ovide lamentant sa disgrâce ? C'était une fumée sans doute, et rien n'a demeuré dans ma mémoire de ces pensées d'un adolescent. Mais je revois la sombre couleur des flots, j'entends encore leur choc contre le bâtiment, et ma lèvre a gardé la brûlure du siroco qui soufflait sur mon visao-e.
Bientôt nous touchâmes l'Italie, Le train m'emporta dans sa course en longeant cette côte mélancolique de la Pouille où se renfle une masse d'eau pâle.
En arrivant à Bologne, j'eusse pu admirer avec de Brosses, magistrat bourguignon au
xviii" siècle, la tour degli Asinelli, « droite et menue comme un cierge ». la tour de Crémone qui ({ s'élève à perte de vue » et sa voisine appelée Garisenda, laquelle « s'avise de se donner des petits airs penchés » ; j'eusse pu m'enquérir de certaine image de la Vierge, que Ton dit peinte de la propre main de saint Luc. Notre Bourguignon se moque du R. P. Labat, à qui quarante pages suffisent à peine pour s'émerveiller sur ce tableau ; quant à lui, il le juge détestable et plein de laideur. Que vous dirai-je ? Le fait est que je négligeai et l'architecture des tours et l'art de saint Luc. J'avais seize ans, j'étais fort pressé de vivre et sans que je sache pourquoi.
Après avoir soupe à la hâte dans un hôtel oVi j'avais fait porter mon bagage, je sortis. Nous étions en été, l'air retenait son haleine. Autour des places, le long des rues, les lumières montaient, immobiles ; il n'y avait pas une ride sur les larges rideaux suspendus à l'huis des barbiers. Un charme amol-