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autre illustre bienheureux de l'Islam raagribin (i). Ces serments étaient-ils sincères ? Voulant en avoir le cœur net, j'interrogeai un jour un marchand juif de bric-à-brac qui venait de crier, à propos d'une prétendue perle fine qu'il voulait vendre à des Marocains :
— Ou h'ak'k' Moulaye Idris, âtéou-ni fiha tlatin rial. (Par Mouley Idris, on m'en a déjà offert 150 francs !)
— Tu jures donc par Moulaye Idris? lui dis-je d'un air étonné.
Nullement interloqué par cette question, le camelot répondit à la barbe des Arabes auxquels ■ il voulait céder son bijou :
— Moulaye Idrisouali ; àlasma nah'lfou-s bih' ? (Moulaye Idris est un saint; pourquoi donc ne jurerions-nous pas par lui ?)
M'adressant aux Arabes, je leur demandai ce qu'ils pensaient des paroles du juif. Ils m'apprirent alors que les Israélites sont tellement coutumiers d'invoquer à tort et à travers les principaux sanlons de l'Islam, que les Marocains ne font aucune attention à leurs nombreux serments pas plus d'ailleurs qu'à ceux de leurs
(1) Il y a une exception à faire pour le prophète Mahomet dont les Juifs ne prononcent volontiers le noni' en aucune circonstance.
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propres coreligionnaires musulmans, qui en abusent eux aussi, incapablesqu'ilssonld'affirmer un tait vrai ou faux sans prendre I)ieu ou un saint à témoin de la véracité de leurs paroles.
Ce qu'il importe de faire ressortir ici, c'est que le juif marocain s'est imprégné des mœurs, des coutumes, des vices et des superstitions de la population musulmane au milieu de laquelle il vit. Al'imitationdutaleb arabe, le rabbin fabrique et vend des amulettes, des talismans ; il conjure le mauvais sort, se livre à des pratiques condamnables que j'ai décrites ailleurs. {.Varoc Inconnu, t. II, Index. Juifs.) C'est principalement à Merrakech et dans les autres régions perdues de l'intérieur du Maroc que « le judaïsme, suivant l'expression d'un Israélite instruit, est tombé au niveau de l'islamisme grossier des foules, du catholicisme de Lourdes ; c'est un véritaWe paganisme sous l'égide du Dieu du Sinaï et du Décalogue (I). »
En ce qui touche spécialement au culte des-
(1) Rapport de M. Ribbi au Comité central de t'ÀUiance. Bulletin de 1900, paçc 95, contenant des rcoBeignemeata. intéressants sur les juIIb de Merrakech.
saints, j'ai pu constater à Fez, à El-Kçarel-Kebir, à Tanger, el même à Tlemcen, dans ceUe dernière ville moins qu'au Maroc cependant, que cette espèce d'antliropolâtrie avait définitivement conquis sa place, et une place prépondérante, dans la religion judaïque marocaine. De même que les Musulmans, chaque colonie juive a son saint ou ses saints qu'elle révère autant, si ce n'est plus, qu'Adonnai, et je ne saurais mieux terminer ma longue digression sur le domaine magribin d'Israël qu'en faisant connaître l'histoire édifiante et authentique d'un des plus grands saints juifs du Maroc, histoire qui m'a été contée en français par^nn homme pieux et honorable du Mellah' de Fez qui n'est autre que le directeur lui-même de l'école de l'Alliance Israélite, M. Conquy. Écoutons donc M. Conquy et soyons le plus scrupuleux des sténographes :
Histoire du grand saint juif de Ouazzan, Amram Bendiouan
Parmi les rabbins illustres inhumés dans les divers cimetières du Maroc, il en est un, le fameux Amram Bendiouan, qui, par les miracles opérés sur son tombeau, s'est acquis une célébrité incontestable.
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A l'exemple d'autres rabbins venus de Teffe^ Sainte pour recueillir des fonds destinés aux malheureux de Palestine, il s'était rendu à Fez, vers l'année 1775, et il y avait réuni des sommé? considérables. Après un séjour de six ans danscette région, arrivé au terme de sa mission, il partit pour Méquinez, où il procédait à sa quête, lorsque son fils qui l'accompagnait fut atteint d'une fièvre qui faillit l'emporter. Rebbi Araram,. au désespoir, demanda à la Providence divine de le faire périr à la place de son entant. Sa prière terminée, il prédit qu'elle serait- exaucée, et, peu de temps après, en efiet, le malade recouvrait ia santé tatidis que le père expirait à Ouazzan, petite ville distante de 30 kilomètres environ d'EI- Ksar-el-Kebir. Cette prédiction fut cause de la grande réputation de sainteté dont il devait jouir dans l'avenir.
On raconte que, quelques jours après sa mort, une femme arabe, qui rôdait par la campagne, aperçut une auréole de flamme autour de son tombeau, Elle s'enfuit épouvantée et alla porter cette nouvelle aux indigènes arabes et Israélites des environs. C'est de cette époque que datent les grands pèlerinages juiis à Ouazzan. Des centaines d'israéIitfe'S''y rendent tous les ans à une époque ■ déterminée, appelée Hilloula, pour implorer le
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saint rabbin. Des témoins Oculaires affirment avoir vu s'accomplir de nos jours sur son tombeau les miracles suivants :
Une pauvre israélite de Méquinez, âgée d'une cinquantaine d'années, a vait cruellement SQuffert déjà de je ne sais combien de maladies, les unes plus affreuses que les autres. Puis, la fatalité s'acharnant sur elle, elle devint paralytique et resta clouée sur son lit pendant cinq années consécutives. On lui parla alors des miracles de Rebbi Amram et on lui suggéra l'idée de faire un pèlerinage à son tombeau. Hantée du désir d'aller à Ouazzan, elle finit par pouvoir mettre son projet à exécution et elle se fit transporter dans cette ville il y a à peine trois ans de cela. La nuit de la Hilloula. des porteurs la placèrent sur la pierre tumulaire du fameux rabbin. Elle pria, supplia, pleura, et soudain les spectateurs la virent se lever, s'éloigner du tombeau et faire usage de ses jambes qui étaient restées paralysées pendant plus de cinq ans.
Un autre israélite de Fez, le nonmié Haïm Samou, avait un fils également paralytique. Les soins prodigués au malade par les médecins (I)
(1) Il y avait de mon temps à Fez un vieux petit médecin juil, habitant le Mcllah', prétendant avoir fait ses études médicales en Espagne et se taisant payer en consé-
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étant demeurés infructueux, (ce gui causa d'ailleurs la ruine du père, ajoute ingénument le narrateur), Haïm se décida alors à transporter son flisà Ouazzan, sur la tombe du saint. L'enfant court les rues aujourd'hui.
Un riche israélitedeTétouan, marié depuis dix ans, et établi actuellement à Tanger, n'avait pas d'enfants. Les médecins ayant déclaré, après examen, que sa femme était stérile, celle-ci s'en alla l'année dernière en pèlerinage à Ouazzan avec son mari ; neuf ou dix mois après, elle donnait le jour à un gros garçon.
On pourrait multipliera l'infini l'énumération des cures merveilleuses qui se sont opérées sur )a pierre tumulaire du Rby Amram. Il faut ajouter que les Arabes ont vu s'accomplir aussi sur la tombe de ce saint des miracles en leur faveur, ce
Ei-H'adi H'ammadi l-Oujdi, dont il a été question plus haut, dut renoncer à faire soigner bb gastrite par ce pratii-ionà la suite de l'absorption de plusieurs remèdes inystL'rieux qui lui avaient coûté très cher sans produire sur son orgïine malade aucun ellct appréciable. On trouvera plus loin des détails sur la médecine indigène au Maroc, sujet extrêmement intéressant b beaucoup d'égard s et qui devrait être étudié par un spécialiste que le Gouvernement pourrait envoyer dans les villes de l'intérieur et de la côte, où il j^ tant â faire, même au point de vue restreint de la médecinç.
qui lait Cjue plusieurs d'entre eux vénèrent Rebbi Amrara, lui rendent un véritable culte et ne cessent de l'invoquer lorsqu'ils se trouvent dans la détresse.
Chaque ville du Maroc a ses saints Israélites. A Fez, nous en comptons plusieurs : parmi les plus importants, il faut citer Rby Abner Serfaty et So! Hatehouel, la martyre, surnommée la Saddika {la Sainte).
A Méquinez, vous trouvez Rby Daoud Boushidan; à Séfrou, Moul Zbel el-Kebir; à Tétouan, Rby IsaacBenoualide ; àEl-Ksar, Rby Juda Jabali ; à Asfi, les Oulad Zmirrou (1) qui étaient sept frères qui faisaient des miracles, etc., etc.
(IJ J'ai respecté le plus possible la prononciation juive des mots arabes contenus dans ce récit. Un arabisant, au courant des deux lormes de la langue, n'aura aucune peine de rétablir la vërilable orthographe de ceux de ces termes qui ont été par trop défigurés. Il est évident, par exemple, que Moul Zbel fl-Ke.fnr, qiiî, ainsi prononcé, signide a le, propriétaire du grand fumier », doit se
Erononcer Moul Jb'el el-Kebir (le maître ou le seigneur de 1 G rende- Montagne). De même rebbi (rabbin) devient quelquefois rbi ou rby dans la bouche des israélites marocains, etc.
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Lundi, 12 Mars.
Le muezzin de Jamâ es-Siaj {la Mosquée de la haie) n'est pas plus matinal que celui qui écrit ces lignes. Quand éclate dans les nues, du haut des minarets, le mélancolique appel à la prière, quand cent voix nasiJIardes jettent aux quatre coins de l'horizon l'impératif — h'eyya li-e-çafat {venez à la prière), — je suis généralement debout et je m'ofïre quelquefois le plaisir facile, ma porte d'entrée étant entrebâillée, de suivre du regard le long défilé des ombres blanches et silencieuses qui, bien avant l'aube, débouchent sur notre carrefour pour se glisser sans bruit dans l'oratoire qui est contigu à notre habitation.
Cinq fois par jour, au même moment, à la même heure, plus de 30,000 hommes se pros-
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lernent dans les mosquées et les zaouia de Fez, adorant Allah dans la langue du Coran, lui demandant à la fin de chaque oraison de favoriser lesMusulmansetdeconfondreles Infidèles. Si vous ajoutez à ce chiffre un certain nombre de jeunes fassiennes très dévotes, si vous comptez aussi If s femmes qui ont dépassé la quarantaine ( — elles prient presque toutes à partir de cet âge-Iâ, — ) si vousénumérez enfin les 7 ou 8,000 adoleseents de 10 à 15 ans qui se croient obligés de faire les prières réglementaires parce qu'ils sont escholiers, vous arriverez, sans nul doute, à un tolal de 60,000 personnes au moins, qui, dans la seule capitale du Maroc, s'anéantissent devant le Dieu de Mahomet cinq fois par jour, à la même minute, de la même manière, c'est-à-dire d'une manière aussi solennelle, aussi sincère, aussi dégagée des préoccupations de ce monde que peut l'être la prière de nos chartreux ou des saintes recluses de nos couvents.
Dans l'immense édifice d'El-K'erouiyin, dont les salles et les cours démesurées peuvent facilement contenir plus de 20,000 fidèles, le spectacle de l'oraison mahoniétane est d'une incomparable majesté. Rectilignes, s'étendant à l'infini, rangés et alignés comme des soldats à la parade, les commerçants, les lettrés, les ignorants, les bouti-
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quiers, les représentants du Makhzeo, les élrangers venus du dehors et ravis de prier dans celte mosquée célèbre, d'autres encore, que nos yeux de nouveau venu ne peuvent délermtner avec précision tant est ardue la diflicutté de reconnaître de prime abord les origines, les professions et les conditions sociales d'une foule anonyme et extasiée, tout un peuple de croyants en un mot s'agenouille, se prosterne, frappe en même temps du front les nattes du saint lieu, s'accroupit ensuite pour se redresser et recommencer les diverses poses, graves et lentes, qui sont exécutées derrière les Imam avec la régularité automatique d'une armée de fantoches mus par des lils invisibles.
Et quand nous repassons, pour la dixième fois peut-être, devant la grande porte diaprée d'arabesques, dont l'entrebâillement propice nous a permis d'assister à l'impressionnante cérémonie mahométane, nous avons ia surprise de voir maintenant, assis par terre et en rond, des groupes innombrables qui s'installent, pour des heures et des heures, en vue des prières surérogaloires et des longues litanies imposées par les puissants chefs des Confréries religieuses de l'Islam.
Les affairés, ceux qui se souviennent des
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exigences de la vie de ce monde, sortent seuls, lentement, comme à regret, demandant pardon à Dieu et aux saints de ne pouvoir imiter les pieux coreligionnaires restés dans la vaste cathédrale oii il leur sera permis de se rassasier de prières et de vœux.
Un de.s sortants, que je n'avais pas vu venir à iiioi, me mettant une main sur l'épaule, et, de sa main libre, tirant sa montre, me dit en souriant :
— Al es-setlsa, in cka Allah. (A six heures, s'il plaît à Dieu.)
C'était le fidèle El-H'adj, auquel je n'eus pas le temps de répondre, parce, que, craignant d'être remarqué en compagnie d'un roumi. il s'était discrètement éclipsé sous la voûte voisine, sans peur des immondices, deS' cloaques, des pourritures animales, sans peur même des pourritures humaines qui m'avaient retourné le cœur ta seule fois où le hasard de mes courses m'avait mis en leur présence.
C'est là, en effet, sous un des nombreux tunnels de la ville trois fois sainte, à l'ombre du temple le plus beau et le plus grand du Maroc, que grouillent les derniers des miséreux de la grande
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cité : ties dizaines et des dizaines de Job pourrissant sur leur fumier, musée d'horreurs physiques indicibles, musée palliologique où les maladies les plus repoussiHites du corps humain s'étalent coniplaisamment, en desoudilés atroces, auxyeux des fidi'les sortant de l'office religieux. Pas un de ceux-cid'ailleurs.richeou pauvre, grand seigneur ou petit négociant, ne tressaille de répugnance en traversant cette Cour des Miracles où des bras déliquescents, couverts d'ulcères, se tendent vers eux, les touchant au besoin, se tordant en des contorsions ophidiennes inexprimables, implorant une aumône.
Chez le musulman africain, la physiologie du goût et des sensations internes et externes offre des contrastes saisissants : 11 adore les parfums violents, les seuls qu'il- apprécie, on le sait, et il passe également sa vie à respirer des odeurs d'égout sans en paraître le moins du monde incommodé. Sa compassion devant les souffrances d'autrui est indéniable, et cependant la vue des vidanges, des plaios et du sang humain ne parait produire sur ses nerfs insensibles aucune impression désagréable. Il manipulera un cadavre avec autant de sang-froid qu'un de nos vieux carabins; il saignera un homme, si cet homme est son eonemi, avec la même indifférence qu'il égorgera
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un ou plusieurs moutons le jour de la Fête des Sacrifices. La légende d'Abrabam, vraie au fond, semble avoir fait de l'Ismaélite un Sacrificateur par excellence. Point n'est besoin de rabbin, d'imam, de prêtre ou de pontife pour faire passer de vie à trépas la bête dont la viande servira d'aliment à la maisonnée mahométane. Quel qu'il soit, le fils d'Ismaël manie le couteau de boucher d'une façon parfaite et il se souviendra longtemps encore que ce n'est que par une substitution miraculeuse que le mythique ancêtre des Arabes fut empêché d'immoler son propre enfant à l'insatiable Jéhovah, preuve certaine qu'avant ce prodige sanglant les fils de l'Arabie s'égorgeaient et se dévoraient les uns les autres à des degrés de parenté et d'extranéité les plus divers. Ce lointain atavisme expliquera peut-être, aux yeux des anthropologisles et des sociologues, la sérénité du mabométan sacrificateur; pour moi, j'y vois un restant de barbarie analogue à la barbarie des peuples demi-civilisés, quels qu'ils soient.
Quand l'Islam sera devenu voltalrien, on ne trouvera plus dans son sein les brutes sanguinaires qui l'ont déshonoré jadis et le déshonorent à l'heure qu'il est. Sans sortir du Maroc, nous pourrions mentionner à l'actif des sultans de ce pays, par exemple, des faits d'une cruauté
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inouïe. ^- » Moulaye Ismaël, affirme un témoin oculaire (1), aimait si fort à répandre le sang par lui-même, que l'opinion commune est, que, depuis 20 ans qu'il règne, il faut qu'il ait fait mourir de sa propre main plus de vingt mille personnes. Ce que je pourrais d'autant mieux présumer ou confirmer, qu'outre que j'en aie compté jusqu'à 47 qu'il a tués pendant 21 jours que j'ai passés dans sa Cour, il n'eut pas même honte de paraître devant moi, dans la dernière audience qu'il me donna, tout à cheval à la porte de ses écuries et ayant encore ses habits et son bras droit tout teints du sang de deux de ses principaux noirs, dont il venait de faire l'exécution à coups de couteau, »
Sultans- vampires, ils le furent tous, et nous n'avons, parmi ces monstres, que l'embarras du choix. Ainsi, Moulaye Siiman, révéré actuellement comme un grand saint, était un tigre féroce. Moiielte le vit, une fois entre autres.
(1) Pidou de Saînt-Olon. Etat présent de l'Empire d» Maroc. Paris, 1694, in-18. p. 61, 62. Pidou fut envoyé eii ambassade au Maroc par Louis XIV, en 1693,
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massacrer à coups de cimeterre huit malheureux captifs chrétiens parce qu'ils avaient connnis le gros crime de le laisser « tout seul sous la première entrée du sérail » pour courir dt'-IJvrer l'esclave chrétien Baussef que le desimte avait fait jeter an milieu des lions il).
Moulaye Er-Rachid, autre sultan et grand saint du Maroc, assouvissait sa rage lui aussi sur les esclaves chrétiens qu'il faisait attacher au\ arbres de son jardin ; puis, le cimeterre à la main, il les chargeait elles mettait en pièces i2\.
Le supplice du sel. depuis longtemps en vogue au Maroc, y fait encore de nos jours de quotidiennes victimes. On l'inflige spécialement aux adversaires politiquesdugouvernementthérifien, aux caïds révoltés, à ceux donlon veut extonfuer de l'argent. De profondes entailles, que l'on rem- * plit de sel, sont pratiquées d;ms la paume de la main du patient. La pauvre main saignante est ensuite refermée, les ongles des doigis s'enfon- (;ant dans les chairs vives: afin de i'empêcher de s'ouvrir, le poing est empiisonné dans une peau mouillée qui se rétrécit en se desséchant. Les
(1) Itelalion àr la eaptirilé du sieur Mouette dam tes royaumes de Fez et de Maroc, page 98. Paris, 1683.
(2) Mouette, idem, pages 35 et 36.
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douleurs provoquées par ce châtiment barbare sont à ce point intolérables que presque tous les infortunés qui y sont soumis, malgré leur aversion mahométane bien connue pour le suicide, cbercbent à se donner la mort en se brisant la tête contre les murailles ou sur les dalles de leur cachot.
Le sultan actuel, Abd-el-Aziz, est bien digne de ses illustres aïeux, les Moutaye Sliman, les MoulayeEr-Rachid et autres bourreaux cou roDDés dont il est si fier de descendre. Ainsi que je l'ai écrit ailleurs (I), la douceur de ce jeune monarque s'est révélée, dès 1897, par l'envoi dans les grandes villes de son royaume de plusieurs douzaines de têtes marocaines fraîchement coupées, qu'il fit saler et goudronner en sa présence pour être suspendues ensuite aux crocs de fer des principales portes et mosquées de Fez, Merrakech, * Rbat, Sla, etc. Au cours du premier semestre de cette année {1901), obéissant aux suggestions d^ son entourage, dans lequel prédomine l'influence d'un certain Mac-Lean, qui est, assure-t-on, un aventurier écossais converti (?) à l'Istao), le sultan Abd-el-Aziz, débarrassé enfin de la tutelle de Ba-H'araad, a définitivement lâché la bride à ses
(1) Maroc Inconnu, tome II, page 135.
instincts de bète fauve. Il a d'abord destitué le grand-vizir et l'a expédié à Fez le jour même de sa destitution après lui avoir pris tous ses biens. Or a laissé pour mort sous le bâton son premier mchaouri (factotum, homme de confiance) et on a emprisonné son beau-frère. Puis est venu le toiird'EI-Ayyachi, un ancien favoride Ba-H'amad, qu'on a arraché d'une zaouia pour lui infliger labomination connue des Européens sous le nom de supplice du sel; on lui a ensuite lié les mains dans l'attitude de la prière et oii l'a expédié à la prison de Mogador, où il est peut-être mort à l'heure qu'il est des suites du traitement qu'on lui a infligé.
Et certaines maisons, et certains jardins de Fez, en voient-ils chaque jour des cruautés, des infamies, des turpitudes! — Des éphèbes (dïl), des concubines blanches (âïla), ~ volées ou achetées comme leurs collègues du sexe masculin, — sont dressés d'une façon atroce à leur ignoble métier de chair à plaisir, principalement à leur spécialité de danseurs et de danseuses inimitables. Si, dès les débuts, ils sont lourds et novices en art chorégiaphique, on leur donne de l'agilité et de la grâce en les obligeant à danser sur des fers de cheval ou sur des briques préalablement chauffés au feu et portés à une assez haute température ;