‹ FezChapitre 9 sur 22 · FEE · texte numérisé non relu

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arabe de Fez, mais l'arcbi lecture en est mesquine, étriquée, sans luxe, sans ornementations, sans aucune de ces arabesques, de ces dentelles stuqiiées qui provoquent les rêves et les longues extases des adorateurs d'AHah.

Au premier étage, chez notre principalcicerone, on nous offre du miel, des gâteaux, des olives ainsi qu'un bon petit vin blanc sec fabriqué par notre hôte. Cette fraternelle agape a iieu dans sa salle à manger, pièce étroite et très longue, à l'extrémité de laquelle se trouve un lit ; — sur le lit, sa propre femme, les couvertures tirées jusqu'au menton, bâille et s'étire; puis elle se met sur son séant et prend part à la conversalion avec une volubilité intarissable. C'est une nouvelle accoucbée, pâle encore sous ses longs bandeaux noirs.

D'autres juives, locataires habitant la maison, sous prétexte d'une communication urgente à faire à la jeune mère, viennent voir les !\çara qui ne semblent pas les eilaroucher plus que de . rdison.

Je cherche inutilement parmi ces femmes les beautés délirantes dont parlent certains voyageurs européens. — Visages réguliers, assez fins, nez busqués, se terminant un peu trop en bec de faucon, cheveux cachés sous des bandeaux noirs,

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corps opaques, avec une forte tendance à l'obésilé, carnation dont la maladive blancheur accuse Içs rares sorties au grand air, voilà, rapidement esquissée, la photographie de la juive de Fez. — Toutefois, mettez surcesflguresquelconques des yeux de flamme, extrêmement mobiles, paraissant refléter les vertiges, ou plutôt l'esprit de vertige dont parle l'Écriture et qui lient autant à la psychologie qu'à la physiologie de la race, et vous comprendrez peut-être alors l'enthousiasme des admirateurs du sexe faible d'Israël.

Nous revoici dans la rue, examinant, observant curieusement l'étrange colonie juive qui me fait de plus en plus l'effet d'une colonie européenne accrochée aux flancsde la nonchalanleet myslique cité mahomélane. Comment! Dans ce vaste Magi'ib, dans cet extraordinaire blad en-niiàs{Pa}'s du Sommeil), il y a quelque part une ruche humaine où le travail, la production, le commerce, l'économie, et aussi l'usure, hélas I sont à l'ordre du jour?

A la sortie de la pénombred'une voûte, voici que nous nous trouvons face à face avec un vieillard qui marche appuyé sur un bâton. C'est le grand-

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rabbin, le juge suprême, le roi du Mellah'. Il a naturellement l'oaction et la majesté de sa fonciion, sans morgue pourtant, et c'est avec la plus cordiale bonhomie qu'il converse avec moi, me demandant qui je suis : — Français ou Anglais ? Il parait intrigué de m'enlendre parler couramment la langue du pays.

— Quoi d'étonnant à cela pour un Oranais, un Tlemcénien ? lui dis-je.

11 medonnedusiiii (Monsieur ou Monseigneur), mot que les musulmans adressent si rarement aux chrétiens, jamais aux juifs (t), et il nous quitte, marchant cahin-caha, pas trop cassé, ma foi, malgré son grand âgcquatre-vingtsans passés, — ce qui ne l'empêche pas, me disent ses ouailles, d'avoir quatre épouses, aussi légilimes que tendres, quatre femmes dévouées, quatre cœurs

(1) Quand ils partent à un chrétien, les Marocains t'appellent ya lajer (ô négociant), presque jamais ya sidi (ô monsieur), ou ya l-fk'ih (6 savant). Ils disent à un Israélite ya Hhowi (t juif). Rntre eux, les distingués sectateurs du Prophète a'ont que le mot sidi (monseigneur) à la bouche. Plus leur condition sociale est humble et plus ils échangent gravement des sidi. Le sultan luimême se croirait damné s'il gratifiait un chef d'Etat chrétien de ce titre de politesse ou du traditionnel fsitlamou âlikoum (que le salut soit sur vous). J'espère avoir l'occasion de reparler de cette marque de mépris des souverains mahométans. Je dirai aussi la résignation par trop évangélique des Gouvernements européens qui tolèrent depuis des siècles ces grossières insolences.

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enchantés de bercertes ultimes rêves du vénérable pasteur.

La polygamie est en usage au Mellah' où le clerçé a la haute main sur les consciences et sur les personnes. Le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel sont exercés par les rabbins sous la surveillance et les conseils du grand-rabbin qui lui-même est responsable de la Communauté devant les autorités marocaines. Celles-ci, ayaot une répugnance manifeste à s'immiscer dans les afiaires Israélites, il en résulte que le chef de la religion juive est le maître souverain de sa colonie. 11 peut à son gré, et sans aucun appel possible, infliger de la prison, des amendes et des peines corporelles à ceux de ses administrés qui ont transgressé une des lois importantes qui régissent la Communauté. Or, il faut croire que le pouvoir effectif du clergé hébraïque n'est pas un vain mot, puisque des hommes élevés dans nos écoles, libérés en grande partie- des préjugés et des superstitions de leur secte, MM. Conquy et Sinaï, les deux distingués professeurs de français du Mellah', n'ont jamaisosé venir déjeuner cheznous, malgré mes instances réitérées, sous prétexte — (ils me l'ont avoué en rougissant,) — qu'ils seraient maudits des rabbins et honnis de la foule s'ils acceptaient de prendre part à un repas chez

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des golm. Du thé et des gâteaux, passe encore; mais du vin, de la viaode non cacAir,^ quelle abomination !

. A Fez, etsûrementaussi dans les autres centres du Maroc où il y a des Israélites, l'Islam a fortement marqué son empreinte sur la religion et sur le culte juif. 11 a introduit dans l'antique judaïsme un dogme nouveau; il a donné aux Israélites marocains une espérance qui leur manquait: — la croyance à l'immortalité de l'âme, aux peines et aux récompenses de la vie future. — A côté du Messie promis, fantôme qui valut à ce peu|)le infortuné tant de déceptions et de persécutions, l'islaniisme a élevé la docirinc consolante, mais décevante aussi, à laquelle il s'est laissé prendre lui-même : — l'appât des joies paradisiaques, —doctrinepost-biblique, inconnue des vieux patriarches de l'Ancien Testament et que le Prophète de La Mecque n'eut qu'à copier dans les livres sacrés du Messie des Chrétiens.

Quelle nouveauté pour un islamisant d'entendre risraélitemagrihin parlera peu près comme un musulman de l'enfer et du paradis, du vice puni et de la vertu récompensée dans un monde

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supra-sensible ! Et ce monde futur, le juif le décrit dans des teiines coraniques que ne désavouerait point le plus rigide observateur de la loi islamique.

De l'immortalité de l'âme à la sancliflcation de l'àme, la pente était irrésistible, et c'est stir cette douce déclivité que se laissent giisser maintenant, à l'instar des Mahométans, les natures mystiques et contemplatives des synagogues marocaines.

C'est ainsi que la superstition populaire, aussi bien hébraïque que musulmane, a peuplé les cimetières du Maroc de saints et de saintesqui sont l'objet du plus fervent des cultes publics. Ce qu'il y a de véritablement extraordinaire dans les manifestations pieuses de ces pauvres gens assoiffés de protecteurs célestes, c'est que les plus célèbres de ces saints et de ces saintes, qu'ils appartiennent àl'uneou à l'autre religion, sont invoqués, priés, bénis et visités par les Mahométans (f) aussi bien que par les Israélites, et il m'a été donné d'entendre maintes fois des Juifs jurer par Moulaye Idris, par Moulaye Abd-es-Slam ben Mchich ou. par tel

(1) IlexigtedansleBi/,chezlesBeni-bou-Hrour(Gsliya}, un saint juif, rebbi Saàdiya ed-Dali, qui a un mob'adaevi miaulman, et ce mok'addom musulman vient.de temps à autre à Tlemcen et dans plusieurs localités du- dépar' tement d'Oran faire des collectes auprès des Israélites au nom du santon juif dont il est le premier serviteur 1

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