‹ FezChapitre 12 sur 22 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

— Je suis le moU'addeni de Sidi Ah'med el- Bernousi (1) et je t'ai vu en songe dans la nuit de jeudi à vendredi. J'étais couché dans la zaouia deMoulayeldris. Tandis que je regardais par la porle du minaret de ce saint, survint un enfant qui me dit : — « Viens. On te demande. » — Je sortis pour aller vers toi au souk' des Nejjarin (menuisiers) et je te trouvai monté sur un mulet. Tu me dis alors : — « J'ai un service à te demander. » — « Quel service? répondis-je. » — Tu repris: — \ Ces papiers, va les mettre dans la

(1) On trouvera sur re saint iino noiicc biographique sommaire ; pages t82 et 183 du Séloua-t-el-Eufis, tome I.

rbiâ (1) de Moulaye idris, puis tu reviendras vers moi. » — Je portai les papiers à Moulaye Idris. Tout à coup, ce saint parut devant moi et me dit : — o Va vers lui, ne crains rien. » — Je revins auprès de toi. Tu me mis dans la main (le cadeau) auquel le Maître des Mondes m'avait prédestiné et tu me dis : — « Retourne chez toi. N'effraye plus ta mère et ta famille. » — Il faut te dire gue j'avais quitté la maison et qu'en y rentrant j'avais été accueilli par des criailleries. Qunnd j'y revins (cette fois-ci), je racontai aux miens ce (jui m'était arrivé avec toi. Alors ma mère et toute ma famille appelèrent sur toi les bénédictions de Dieu. »

Après le récit de ce songe étonnant, auquel, je le répète, je ne crois pas un mol, Abd-el-Hadi me narre, en termes concis, sa vie passée qui fut une

(1) Sarcophage. Ce mot désigpc les caisses sépulcrales pn bois qui, dans les mausolées de rAlriquc Mineure, indiquent iâ place où est inhumé quelque personnage célèbre, sultan, saint ou savant. Ayant la forme dos cercueils, peints en vert généralement, d'où leur nom de rWd (couleur de l'herbe verte), les sarcophages musulmans sont creux et peuvent recevoir des offrandes en argent destinées au mok'addem et des objets de valeur en dépAt.

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série d'épreuves pénibles à en juger par l'énumération des calamités subites qui fondirent sur sa robuste personne à l'époque où, étant jeune, vigoureux, et, de plus, âîsaoui, il eût été naturel qu'il continuât à se bien porter : — Il fut d'abord boiteux pendant deux ans, puis muet pendant deux ans, puis sourd pendant deux ans ! — C'est alors que, craignant d'être soumis sans trêve ni merci aux innombrables infirmités que dame nature prodigue aux mortels, il se décida à entreprendre un pèlerinage au mausolée de Sidi Ah'med el-Bernousi. Ce grand saint daigna le guérir. Témoin de ce miracle, la foule proposa à l'ex-invalide l'agréable sinécure de mok'addem. ou gardien du tombeau de son bienfaiteur.

Ce sujet épuisé, j'aborde une question qui me préoccupe au suprême degré :

— Honorable santon, lui dis-je, connais-tu un des professeurs d'El-K'érouiyin, et peux-tu me l'amener ici ?

— Ce sera bien difficile ! fait le saint, dont le visage prend soudain une expression soucieuse.

Alors, me levant, et déposant délicatement un dourodanssa malnentr'ouverte, je lui murmure il l'oreille :

— Tu en auras dix le jour où un Maître authen-

tique d'EI-K'érouiyin viendra icLaccompagné par toi.

— S'il plaît à Dieu, pas plus tard que dans trois\oavs, mon amiSidi .Vouh'ammedben Djaâfar ben Idris el'Ketlani (I), dont tu viens de me faire voir l'ouvrage sur les saints de Fez, occupera cette place, s'écria Abd-el-Hadi en frappant de sa grosse main le tapis des Braber sur lequel il venait de faire lui-même une assez longue pause.

Une nouvelle tasse de thé, la dixième peut-être, ainsi que le restant des Petits-Beurres ayant disparu comme une muscade dans le gosier du mok'addem, je reconduis mon paroissien jusqu'au bas de l'escalier en me demandant si ce derviche à la longue chevelure n'est pas simplement un tartufe doublé d'un harpagon.

Le surlendemain, le sérieux El-H'adj m'apprendra qu'Abd-el-Hadi est un ancien meunier qui préfère vivre aux dépens des pauvres d'esprit que de continuer à exercer un métier peu lucratif et très fatigant. Ce pieux personnage est simplement un fainéant qui couvre sa veulerie du masque de la religion.

(1) L'auteur du Séloua-l-El-Enfès, qui est en effet l'un des professeurs les plus en vue d'EI-K'érouiyin.

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— Ah'medetpjilaïy, vous savez maintenant à quoi vous en tenir sur le compte du marabout à la longue crinière. Donc, si par liasard il revient

Les deux excellents serviteurs ne me laissèrent pas achever, Djilaly saisit un balai et Ah'med ses pincettes.

— C'est avec ceci, fk'ih, que nous le recevrons! firent-ils.

El le balai et les pincettes décrivirent en l'air de formidables moulinets.

Samedi, 17 Mars.

Ciel d'encre, douches diluviennes s'abattant sur notre terrasse avec des lourdeurs de paquets de mer sur le pont d'un vaisseau désemparé, noire petite cour métamorphosée en lac clapoteux, voilà le spectacle qui fait jubiler les Marocains, citadins et campagnards, parce que les récoltes seront sauvées, parce que l'abondance régnera au fond des plus humbles chaumières de ce riche empire que la nature a placé en façade sur deux des plus grandes mers du globe.

C'est aujourd'hui que je mets la dernière main

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au dictionnaire du dialecte des Braber. Pas à pas, mot à mot, j'ai suivi l'immorlel Larousse! et je crois avoir écrémé la plupart des expressions dont se servent les montagnards qui régnent de Taza à Merrakech. L'idiome berbri est le plus simple, le moins compliqué des dialectes berbères actuellement connus: — Presque aucune difficulté d'articulation ; les rudes consonnes du Rif, du Sous, de la Grande Kabylie et les aspérités des mots empruntés à l'arabe se sont toutes adoucies dans la bouche de ces sauvages au point qu'il serait beaucoup plus aisé de parler leur langue que n'importe quel aulre idiome du Nord de l'Afrique. En fait de syntaxe, la simplicité même.

Au jour, très prochain, espérons-le, où nous serons en contact immédiat avec les Braber dans le Sud-Ouest Oranais, la connaissance de leur dialecte s'imposera aux ofiiciers qui auront à conduire des colonnes dans leur pays aussi bien qu'aux fonctionnaires civils et militaires qui seront chargés plus tard de surveiller ou d'administrer ces turbulentes populations.

Si l'Angleterre ou l'Allemagne avaient été à notre place, il y a beau temps qu'elles eussent fait étudier par leurs savants les dialectes berbères marocains, le berbri en première ligne, parce

qu'il est parlé, sur une surface territoriale égale à celledentalie, parplusieurs millions d'hommes. Il y a beau temps aussi qu'une chaire au moins des dialectes berbères marocains, autrement iniporlants à connaître que le zoiiaoua et le nizabite, eût été créée à Oran à côlé de nolro chaire de langue arabe. Mais, voilà, nous n'avons en rien l'esprit pratique et utilitaire des races anglo-saxonnes. Nous préférons bourrer nos enfants algériens de langues mortes, de latin et de grec, qu'ils ne sauront jamais ni peu ni prou, dont ils n'auront jamais à se servir du reste, et nous dédaignons l'étude si féconde, si utile, des deux idiomes que parlent les indigènes du Nord de l'Afrique, — YArabe el le Berbère. — qu'aucun Européen ne peut se flatter de posséder d'une manière approfondie.

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Dimanche et Lundi, i8 et 19 Mars.

Débrouiller les matériaux que j'accumule chaque jour au hasard des rencontres et des entretiens sera, après mon retour, une besogne qui méfait frémir d'avance. Le dur labeur auquel je me livre, à qui, à quoi servira-t-il? Les quelques lambeaux de science rapportés d'ici iront se perdre dans l'indifïérence générale d'un peuple qui veut qu'on l'amuse, non qu'on l'instruise.

Mes découragements momentanés, ne craignez rien, ne me feront pas jeter le manche après la cognée. . .

Après la joie de découvrir des vérités nouvelles, ce qui sera toujours le plus doux au cœur humain, c'est de répandre, de divulguer, de vulgariser ces nouveautés, de les faire rayonner autour de

soi, de leur donner une force d'expansion'provenant du moi, de ce moi vanifeux et haïssable si l'on veut, mais sans lequel rien de grand, rien de généreux ne se ferait sur un globe où l'altruisme n'est, en définitive, qu'âne fleur, — je devrais dire : — la plus belle fleur de l'Égoïsnie.

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Mardi, 20 Mars.

Je bois les lignes chéries venues d'Oran par lesquelles ma femme m'annonce qu'elle a enfin reçu ma première lettre de Fez ! Maudit pays ! Il en est encore aux moyens de communication qui étaient en usage au temps de Noë et des patriarches bibliques, ces voleurs de femmes et de bestiaux, dont nous avons fait des amis de Dieu.

Depuis quelque temps, je me suis mis sur les bras un surcroît de besogne ; J'ai déniché un leltré, très fin, très intelligent, qui vient de sept à dix heures du matin elqui me documente d'une façon sérieuse sur l'Université de Fez dont il a été l'un des plus brillants élèves. Le berbri continue de son côté à me donner ses leçons- de dix

heures à midi et EI-H'adj vient régulièrement de cinq à sept heures du soir. C'est à peine si j'ai le temps d'absorber rapidement ra,oû ^jeaner pour aller ensuite étudier sur place le commerce, les mœurs et les industries locales. Quant à prendre des loisirs, nous y songerons plus tard.

Aujourd'hui, désirant rompre la monotonie de l'existence pétrifiante que l'on est obligé de mener dans cette carrière de pierres peuplée de statues de granit peu disposées à parler et à agir en face du noçrani méprisé, j'ai prié mon ordonnance, le caïd (1) El-Hachmi, de s'écarter des voies fréquentées et de s'engager avec moi dans les plus secrets recoins de la capitale. C'est pourquoi, nous nous trouvons vers 2 heures dans un indicible dédale de couloirs, de passages voûtés et obscurs où nous faisons flamber des allumettes pour ne pas nous casser le cou. Je suis mon

(1) Les simples cavaliers du Mskiizen (ont précéder leur nom du titre de caid, qualilicatil qu'il est de mode de leur accorder bien qu'ils remplissent presque toujours des lonctiona aussi peu reievf^es (jue celles de nos soldatsordonnances.

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guide avec une confiance absolue. Né à Fez, y ayant toujours demeuré, il ne peut s'égarer.

Une pente raide s'entr'ouvre brusquement sous nos pas, avec un peu de lumière tombant des toits des maisons qui se touchent et semblent se soutenir ici par leurs extrémités supérieures. Avant de s'aventurer dans cette voie inconnue, le caïd jette des regards inquiets à droite et à gauche. Il ne sait plus où il est ; cela se voit à son allure, moins martiale que tout à l'heure, à son grand sabre surtout qu'il porte prudemment sous son aisselle, caché sous ses burnous, de ntuoière ^ faire voir qu'il n'est pas armé.

Nous n'avions pas fait seulement vingt pas en avant, qu'un bancal se dresse soudain devant nous, levant très haut l'une de ses béquiHes ;

— El-H'arm ! el-U'arm t {L'enceinte sacrée 1 l'enceinte sacrée!)

Une nuée de fanatiques, sortie comme par enchantement des ruelles et des maisons voisines, arrive à la rescousse.

— Comment! Lui, caïd chérifien, musulman par conséquent, il avait l'audace de piloter un chrétien jusque dans le voisinage de Sidi Mk'ammed ben el-Fk'ih I

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Blême de terreur, El-Hachtni bredouillait des excuses, disant qu'il s'était trompé, qu'il ue connaissait pas bien le quartier d'El-Oyoun. sans quoi il n'eût pas commis la faute qu'on lui reprochait si justement. L'humble contenance de ce guerrier de profession fatsait-^itié, et il n'est pas douteuxques'il eût fallu se défendre il ne m'eût été d'aucune utilité. Très rassuré sur mon sort, puisqu'on en voulait uniquement à mon guide, sachant d'aulre part que je n'avais qu'à ouvrir la bouche si je voulais calmer inslantanément les cerveaux les plus exaltés et protéger au besoin mon infortuné compagnon, je misa profit cette halte forcée pour me débarrasser d'une puce qui s'était [auniée dans ma manche et qui, étant dODoé l'appétit des insectes marocains, s'attaqjiait déjà avec entrain à ma chair d'Infidèle.

Au fait, il s'agissait de s'enlendre, ce que l'on fit très bien, et les ardents protecteurs de la cendre de Sidi Mh'ammed ben el-Fk'ih se firent un plaisir, quand les choses furent expliquées, de nous indiquer noire chemin, preuve certaine que, lorsque l'on parle la même langue et que l'on ne tient pas à heurter de front les préjugés populaires, on n'a rien à craindre nulle part, pas même au Maroc.

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Mercredi et Jeudi, 21 et 22 Mans.

Des letlres à écrire aux amis : Levé, Getten. Doutté, Etienne, Dyé(l), car je suis en relard avec tout le inonde ; mes notes de voyage de Tanger à Fez à compléter tandisque ma mémoire est encore Iraîche ; mon enquête universitaire menée sans désemparer avec le jeune savant indigène qui me paraît être une vivante encyclopédie fassienne, — voilà le bilan de ces deux ennuyeuses journées pendant lesquelles la pluie n'a pas cessé un instant de tomber.

Une pelite éclaircie s'étant produite cependant

(1) Lieutenant de vaisseau ayant fait partie de la mission Marchand. Le jeune aspirant de marine dont il est question à la page 158 du Maroc Inconnu^ lomc I, n'est autre que M. Dyé lui-même, marin, explorateur et

arabisant.

D,g,l,7?<lT,GOOglC

dans l'après-midi du 22, je cours respirer deux heures d'air pur sur le plateau qui domine la ville au Sud-Est. Affreux, l'état des pistes arabes ! Nos bêtes s'enfoncent parfois dans la boue jusqu'au poitrail. Nous rentrons, crottés de pied en cap, mais ragaillardis et ranimés par l'àpre bise qui souffle des monts neigeux des Beni-Ouaraïn.

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Du Vendredi au Lundi, 23-26 Mars.

Informateur de premier ordre en ce qui concerne l'Enseignement marocain, Moh'animed ben e/-/i'a(/Û'.4/t'medcr-/f«ïsn'enestpas moins unesprit chagrin, un peu envieux, mal aisé à conduire. Il a fait de fortes éludes à El-K'érouiyin et il aurait dû, d après lui, trôner sur l'une des principales chaires de cette mosquée, n'eût été la méfiance du sultan Muulaye El-H'asen qui l'avait mandé à Merrakech dans le but évident de l'éloigner de Fez où son père, le trop fameux Ah'taed er-UaU, avait été l'idole du peuple insurgé au moment dé l'intronisation du monarque chériflen.

Le jeime Moh'ammod, à peine âgé de 20 ans.

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avait donc été placé dans la phalange des Secrétaires que la Cour marocaine dresse, pendant des années et des années, en vue d'en faire des rédacteurs d'un mérite supérieur, de subtils gribouilleurs de papier capables d'écrire d'interminables correspondances, qui sont vides de sens la plupart du temps, mais qui sont aussi surchargées de métaphores, d'hyperboles et antres dangereux et doucereux artifices de ce perfide style oriental qui semble avoir été inventé pourdéguiserla pensée dessectateurs du Prophète et (aire tomber dans le piège les naïfs Européens qui ne savent pas découvrir ce qu'il y a entre les lignes de ces habiles grimoires.

En ce temps-là, le vieux vizir Ba-H'araad dirigeait l'important service du Secrétariat chérifien. Il avait sous la main un souple et docile clavier de stylistes ayant chacun sa spécialité : — celuici, excellent dans les arguties juridiques, roulait les hommes de loi de l'Empire ; — celui-là, érudit, homme de bibliothèque, ex-maître ou ex-brillant élève de K'érouiyin, tenait tête au Corps des professeurs de Fez en matière d'enseignement ; — tel autre, ayant pâli sur le Coran etlesH'adilh, était chargé de donner la réplique aux théologiens, aux casuistes, à ceux dont la foi alarmée demandait souvent des réformes difficiles ou

impossibles à tenter (i) ; — ceux-là enfin, s'étant frottés aux Européens, soit à Tanger, soit en Europe, sachant comment il faut les enjôler et quel est l'endroit précis de leur défaut de cuirasse, s'ingéniaient à polir et à repolir d'admirables périodes syntaxiques et littéraires, chrysocale élincelant qu'ils faisaient miroiter aux yeux des bons Roumis , fraîchement débarqués , qui prenaient ce clinquant pour de l'or pur !

Institution aussi ancienne que redoutable, l'officine des Stylistes Chérifiens est la pierre angulaire de l'Empire marocain lui-même. C'est à cette Haute École de la déloyauté politique et administrative que se forment les jeunes fils de famille qui sortent de l'Université de Fez avec un bagage scientifique suflisant pour devenir dans la suite ces incomparables Conseillers-Secrétaires gouvernementaux, dont la fine diplomatie a të'nu mille fois en échec les chancelleries européennes qui croyaient et croient encore ingénument que le

(1) Voye^-en un remarquable exemple dans la lettre écrite par Moulaye Ei-H'asen aux savants de Fez au sujet de la vente et de l'usage du tabac cl du kif. { El-Utik'ça, tome IV, p. 270 et suivante.)

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char de l'État magribin est dirigé par le sultan en personne ou par son grand-vjzir.

L'indestructible puissance des Bureaux de nos Ministères et de nos grandes Administrations, puissance que l'on a exagérée quelquefois cependant, est peu de chose en comparaison du pouvoir aussi occulte qu'illimité du Secrétariat Chêrifien qui réunit dans son sein toutes les spécialités, toutes les capacilés hors de pair qui peuvent se trouver sur la surface entière du Magrib. C'est là seulement, et non ailleurs, c'est dans les couloirs et derrière les coulisses de cette Chapelle diplomatique que se joue avec l'Europe, depuis Louis Xlll, l'intéressante partie dont l'enjeu est le Maroc, partie que l'Europe ne gagnera jamais si elle persiste à vouloir ruser avec plus fort qu'elle en matière de tromperie (f ).

Après mon retour à Tanger, ayant eu l'occasion de parcourir plusieurs correspondances émanant du Makhzen, correspondances qui étaient des modèles de style arabe et de tartuferie diplomatique, je me permis d'insister amicalement et à

(1) Actuellement, l'Ame de la diplomatie marocaine est une femme, la Sultane-Mire, dontuous parlerons plus loin.

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plusieurs reprises auprès de notre premier drogiiian, M. Fumey, afin qu'il publiât le plus tôt possible un' recueil de lettres officielles manuscrites du Makhzen destiné aux arabisants et au personnel de nos consulats du Maroc. Ce livre, ce Manuel de style diplomatique marocain, peu importe le titré, serait un outil, un instrument de travail précieux, unique on peut le dire, parce tju'il n'existe nulle part, parce que dos Écoles font beaucoup plus d'arate archaïque-que d'arabe moderne, conséquence inévitable de l'entrainenient archéologique qu'a subi la mentalité aryenne durant la moitié du siècle qui vient de s'éteindre (1). Ce n'est ni à l'École des Lettres d'Alger, ni au Collège de France, ni à l'École des Langues Orientales de Paris que l'étudiant pourra se familiariser av3C la facture spéciale et la terminologie non moins particulière du style magribin, tant que les pièces officielles du Maklizen ainsi que les correspondances ordinaires des Marocains resterontà l'état depièces mystérieuses et secrètes, destinées uniquement à faire le tourQ)ent des jeunes drogmans et des consuls inexpérimentés

(!) Dès 1830, Flaubert écrivait : — « Ne nous perdons pas daas l'archéologie, tendance générale et luneste, je

crois, de la génération qui vient ^Correspondance,

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