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quille et douce, une laogueur tiède s'é|jand sur ce rpcoin du monde où des milliers de fronts frappent maintenant en cadence le sol rugueux, dont la nappe, rouge et pieireuse, s'étend autour de la mçalla {i) en une plaine uniforme coupée seulement par le miroir immobile et clair des eaux de VOued El-Ojoualier{2}.
Derrière l'imam qui vient de jeter pour la troisième fois, du haut de l'oratoire, l'éclatant Allaltou akbar (Dieu est le plus grand) ! l'oncle de l'empereur, de son air froid et correct d'impor-; tant fonctionnaire, s'est incliné, répétant lui aussi, ^ voix basse, comme ie dernier des fidèles, les paroles sacramentelles qui se répercutent dans les groupes en un rouiement sourd de tonnerpe lointain. Et puis, c'est le prédicateur de la cour, un jeune homme de vingt-cinq ans, immaculé dans ses mousselines blanches, qui lève vers le ciel des mains suppliantes, faisant mentalement des vœux pour la gloire de l'Islam etdu monarque chériflen. Au même moment, une forêt de bras surgit de la plaine: c'est la multitude, fascinée, fiévreuse, qui implore à son tour
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la clémence diviae, et une voix puissante, celle du muezzin, s'élève tout à coup, criant trois fois :
— Allahoumma amin! (Mon Dieu, ainsi-soitil!)
Dans un dernier effort, la voix rugit :
— El-h'amdou H Llaki ;■ rebbi l-âlamin ! (Louange à Dieu, ie maître des mondes !)
En route maintenant pour le retour en ville, la cohue formidable se divise et s'écoule en plusieui's torrents irrésistibles, au milieu desquels, confuse et désordonnée, dans un vertige fou de chevaux et de mules embaliés, charge et bondit la cavalerie des montagnards indépendants, les uns, sabres au clair, d'autres, tes mousquets hauts, faisant parler la poudre jusque sous le nez du chrétien qui les contemple au passage et dont ils ne paraissent pas plus se soucier que s'il n'existait pas.
LU
Mercredi, 11 Avril.
AbaDdonné de mes amis musulmans qui se tiennent en permanence chez eux afin de recevoir avec honneur leurs liôtes venus de l'extérieur, il ne me reste plus que la ressource des longues promenades et des ultimes visites en vue de mon départ prochain.
C'est dans l'une de ces visites que je découvre, pas très loin de notre habitation^ ma foi, un ménage chrétien, le colonel italien Eugenio Ferrara et sa jeune femme, une romaine de Rome, qui s'est enterrée sans se plaindre, avec son mari, dans la Cité du Désespoir. Famille, patrie, distractions, fêtes mondaines, arts, sciences, littérature, excursions et voyages sous le ciel bleu de l'Italie, ces souvenirs très doux font place maintenant,
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chez la vaillante petite épouse, à des idées de devoir, à la mélancolique joie d'avoir abandonné d'autres rêves pour n'être que ia fidèle compagne de rhommesur le déclin de l'âge à qui le gouvernement de S, M, Chérifienne a confié la direction de sa manufacture d'ar'ines à Fez.
Ils parlaient tous deux le français, — lui, à la manière provençale, par suite d'un long séjour à Nice et à Toulon, — elle, cherchant ses mots, les estropiant délicieusement, mettant des points d'orgue à nos voyelles brèves, trouvant toujours cependant l'expression juste et forte pour peindre Ses émotions, ses espoirs, le bonheur de. voir finir bientôt cette rude étape de leur vie passée au milieu du gâchis, du désordre et du mensonge magribin.
La veille, tandis que, vêtus de pantalons trop courts, les pieds nus, des soldats chérifiens se pavanaient en battant du tambour, au grand diverLissementde plusieurs fourmilières d'enfants qui se faufilaient jusque sous le ventre des chevaux afin d'admirer déplus près ces hilarants guerriers, nous l'avions contemplé extérieurement dans toute sa splendeur l'Arsenal marocain
de Fez-Jdid dirigé par M. Ferrara. Les tribus soninises, et même les indomptables Braber, avaient déposé devant la porte massive de la maison de Mars leurs cadeaux annuels, bommage offert, non au souverain nominal d'une partie de l'Empire, mais au descendant heureux d'un prophète plus heureux encore. Et les yeux de ceux de ces hommes libres qui savaient lire déchiffraient, sans le moindre effroi, cette inscription arabe prétentieuse qui se détachait en relief au bas d'un énorme écussoo vide ;
maison des armes
Bâtie par l'émir
.Voulaye El-H'asen.
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