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Sans doute, Mahomet, du haut des cieux, se réjouira en son cœur de voir les Juifs cruels, les Juifs, immondes mettre en liberté ses amis à quatre pattes que l'Apôtre chérissait de son vivant presque autant que les plus aimées de ses feinuies. El c'est très probablement cette intention d'être agréable à leur cher Prophète, — les savants de Fez n'ont pu me fournir aucune explication rai' sonnablesurl'origine de cette singulière coutume, — c'est très probablement, dis-je, dans le but de faire plaisir à l'Envoyé de Dieu que les Fassiens ont imaginé d'imposer aux Israélites l'étrange obligation detlonner la clédes champs à des bandesde chats, précisément au moment où éclate, sur une grande parhe de la surface du globe, l'ivresse de la divineFête des Sacrifices qui met en joie le peuple entier de l'Islam (1).
(1) A l'intérieur des remparts et brés de Bab-Ftouh', h Fez, il y a un mausolée, celui de Sidi Ali Uou-R'alem, qui contient des légions de chats et de chattes, la plupart teints au henné et jouissant d'un florissant état de santé. Ces animaux sont de véritables ex-tolo que les femmes donnent à Sidi-Ali bouR'alem pour le récompenser d'avoir exaucé leurs prières, et ces femmes viennent au tombeau sacré plusieurs fois par semaine apporter leur pitance aux gracieux lélins dont les émanations et les miaulements font de ce sanctuaire une inabordable ménagerie. A EI-Ksar-el'Kcbir, le môme saint a un mak'am (cénotaphe avec coupole), également rempli des grippeminauds que les musulmanes oHrent à cet inratigable exauceur des vœux féminins les plus saugrenus. On dit que Sidi Ali
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— Ya l-heoua. ya l-keoua, k'alta ouah'ad ma kht'ah l-heoua ! { — 0 amour, ô amour, nul n'est àTabri de tes atteintes (I)!
La belle nuit du 14 avril, qui descendait ce soirlà sur la ville en liesse, voyait s'accomplir d'étranges choses aussi bien dans les rues que dans les intérieurs mauresques, et l'astre d'argent, tête blanche qui montait à travers l'océan laiteux de l'infini, semblait plus que nous-mêmes dévorer de ses yeux grands ouverts l'inoubliable spectacle de cette troisième nuit de fête et d'orgie, nuit ïolle de Vaipurgis qui rompait violemment en
bou-R'alem répétait souvent ; — « Qui m'aime, aime aussi les chats, n — Enfin, les lecteurs du Maroc Inconnu n'ignorent pas combien les disciples de Sidi Heddi allectionnent les chasseurs de souris que Mahomet aimait tant également. Et cette passion très vive du Prophète pour les chats s'est transmise naturellement à ses sectateurs
aui s'eflorccnt d'imiter en tout leur grand modèle, qu'ils éclatent cependant inimitable.
(1) Le refrain j/a l-keoua, ya l-heoua (ô amour, ô amour), est également celui que les maraboutes des Cliaouiya et les Héddaouiyit du Maroc fredonnent, soit quand elles disent la boDue aventure, soit quand elles veulent faire comprendre que l'heure du berger a sonne.
visière avec rexislence ordinairement calme et cloilrée des mystérieux gynécées.
Et ils allaient toujours devant eux les joyeyx masques, au hasard'des venelles tortueuses qui serpentaient à l'ombre épaisse des murailles, hurlant leurs relrains anacréontiques, suivis de la foule égrillarde qui se pâmait, littéralement ravie d'admirer et d'applaudir les antiques saturnales de la Maurétanie Tingitane.
C'était bien là le fameux Ba-Chikk {i ), le Carnaval préhistorique marocain ; c'étaient, en chair et en os, des masques musulmans, inopinément rencontrés à proximité de notre demeure, qui roulaient par la ville, accompagnés des tambours et des r'allas arabes, fifres criards dont l'infernale musique attirait sur les hautes terrasses des silhouettes féminines, légèrement vêtues de gazes blanches, qui prenaient lour à tour des poses ou gracieuses qu Jascives et nous montraient à tous, sous les rayons clairs de la lune, des visages, des bras, et parfois des seins nus.
(1) Maroc Inconnu, tome I, page 106 à 111 ; tome II, page60Sà614.
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Le jeune éphèbe de quinze ans, babillé en (etnme mauresque, après s'être incliné devant nous, fît un signe à l'orchestre ; et les fifres, tout à l'heure si enragés, entonnèrent doucement une mélopée lente et triste, « ïe-requiem de l'Oiseau blessé ». Au milieu du cercle, le vicieux enfant tressiiillait de tout son être, des pieds à la tète, en un frémissement d'une science et d'une perversité telles, que des you-you frénétiques partaient du haut des terrasses et du milieu de la foule oii les plus viles passions se donnaient cette niiit-lâ libre carrière.
Un pitre, vêtu à l'européenne, — petit chapeau marin, vareuse courte de matelot, pantalons de toile cirée, — nous secoue les mains en baragouinantdes mots inintelligibles, de manière à jouer consciencieusement son rôle de chrétien. Deuxautres individus, avec.des peaux de mouton qui leur cachent le corps et le visage, moins deux trous pour les yeux, remuent constamment la tête de bas en haut et de haut en bas, rôdant autour de « l'oiseau blessé » et des assistants, poussant de sourds grognements, afin d'ejïrayer les badauds.
A la fin de chaque requiem, « i'oiseau blessé », victime des flèches d'Éros, frémissant- toujours, s'étend sur le dos, puis il meurt dans une
savante et suprême convulsioD, et, rigide, il attend avant de se relever les piécettes d'argent enduites de salive que ses admirateurs lui collent sur le trODt.
A ce moment, d'une terrasse voisine, une des gracieuses silhouettes féminines reconnaît cjue nous sommes de véritables chrétiens ; et son bras se détend soudain, et ce bras se tortille en spirales ardentes, en gestes d'un indicible mépris, d'une inexprimable obscénité !
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