‹ FezChapitre 8 sur 22 · FEZ S · texte numérisé non relu

FEZ S

un idéologue perdu dans les nébuleuses d'un lointain idéal. Les trois évolutions nécessaires Hux colleclivités humaines qui veulent atteindre le summum des progrés pratiquement réalisables, — je veux dire VÉvolution intellecluelle, VÉvolution sociale et YÉdvlution morale, — n'ayant pas encore été réalisées, ni même tentées par les deux facteurs les plus importants du Maroc — les Musulmans et les Israélites, — dans quelle mesure devrions-nous, le cas échéant, émanciper le judaïsme marocain ? Jusqu'à quel point pouvons-nous, en ce moment, utiliser ce précieux auxiliaire diplomatique et commercial, qui, mal conduit, il faut bien le dire, pourrait devenir entre nos mains une source intarissable de longs et terribles soucis ?

La réponse à ces deux questions capilaies me semble admirablement bien résumée dans les lignes qu'on va lireel que je suis heureux de citer comme étant sorlies de la plume autorisée d'un' de mes meilleurs amis, un marocanisie de la plus hante valeur, qui a déjà fait deux voyages fructueux au Maroc en vue d'étudier les moyens de développer J'influence française dans ce magnifique pays:

ogle

De l'emploi des Juifs comme intermédiaires.

« Au Maroc, écrit cet ami qui désire garder l'anonyme, plus peut-être qu'ailleurs, les Juifs sont des intermédiaires indispensables pour le commerce ; c'est par eux que l'on entre en relations avec l'intérieur et c'est là ce qui nous explique le grand nombre de censaux ou protégés juifs employés par nos commerçants. Dans les villes comme Casablanca, où les commerçants se trouvent en rapports directs avec les tribus, à cause de la proximité de celles-ci, ils se servent beaucoup de censaux musulmans ; mais dans des ports, comme Mogador. par .exemple, où les affaires se traitent avec des tribus souvent très éloignées, le courtier Israélite devient absolument indispensable : aussi tous nos protégés- de Mogador sont-ils des Juifs. Ceux des ports sont en relations suivies avec leurs coreligionnaires du pays qui vivent dans les tribus, où ils demeurent dans de petits mellah' (ghetto), et qui connaissent seuls le commerce des tribus. Le commerce du Rif. par exemple, se fait exclusivement par l'intermédiaire des Juifs rifains, dont la condition au reste parait être assez misérable.

« Une des choses qui frappe le plus celui qui voyage au Maroc, c'est qu'en dépit du nombre

ogie

prodigieux des Israélites marocains, on ne rencontre pas ici les haines qui ont si profondément divisé l'Algérie. Jusqu'à cette heure, en efiet, les Juifs sont restés assez sympathiques ; ils ont été et ils sont encore de précieux intermédiaires, et ils nous ont "rendu comme tels de grands services, bien que nous leur en ayons peut-être trop demandé et que nous les ayons employés d'une façon trop exclusive aux yeux des musulmans. Nos commerçants n'ont guère eu jusqu'ici qu'à se louer de leurs habitudes commerciales et l'on a ici des exemples de gens qui sont, en ce qui concerne la métropole, des antisémites violents, et qui ajoutent, aussitôt après avoir fait leur profession de foi politique : « Pour le Maroc, c'est « uoeautreafIaire;nousnesommespasantijuifs. » « ils ont pour cela deux raisons : la première est celte que nous venons de donner, à savoir que, d'une façon générale, nos commerçants n'ont pas eu lieu, jusqu'à ces derniers temps, de se plaindre de la foi commerciale des Juifs marocains. La seconde vient de la situation respective des nmsulmans, des Israélites et des chrétiens du Maroc. Enveloppés par les premiers dans une haine commune, les deux derniers se sont unis contre leurs contempteurs ; ici, en effet, le gou- -vernement est un gouvernement musulman qui

ogie

déleste également juifs et chrétiens. Ils sont donc obligea de se soutenir les uns les autres : telle est la raison pour laquelle nous n'avons pas pu nous désintéresser des revendications des Étals-Unis au sujet du juif récemment tué et briilé à Fez ; il s'agissait en effet, là, d'un Israélite à allures tout à fait civilisées, habillé en Européen, et si l'on n'obtenait pas en une telle affaire les satisfactions qu'il convient, il serait à craindre que semblable mésaventure n'arrivât un jour ou l'autre à un chrétien.

« 11 n'est pas douteux que, quoique n'étant au Maroc inféodés à aucune nation, les Juifs soient surtout favorables, en général, au développement de l'influence française. C'est chez eux que la langue française est de beaucoup le plus répandue: dans les nombreuses écoles de l'Alliance Israélite, on enseigne le français, et la ville de Mazagan doit à l'initiative intelligente d'un Israélite l'établissement d'une école entièrenient française qui répand rapidement dans ce pays l'usage de notre langue. Il n'en est pourtant pas de même partout : les Juifs de Mogador, par exemple, tout au moins les familles juives riches et influentes, ont avant tout des inclinations anglaises. Us ne parlent de langue européenne que l'anglais, s'habillent à l'anglaise, consomment

des produits anglais, cherclient à imiter les manières anglaises.

« L'attitude anglaise des Juifs de Mogador est purement locale, mais, dans d'autres circonstances, la généralité des Juifs marocains n'a certainement pas manifesté envers la France les sentiments que leurs coreligionnaires français seraient heureux de voir éclater en eux. Ainsi, pour prendre un exemple, ils ont récemment laissé, par leur attitude, répandre le bruit que l'attentat commis à Fez contre l'un d'entre eux devait être considéré comme la manifestation dune recrudescence de fanatisme de la part des populations musulmanes, causée par les récents événements du Touat. Il est regrettable de voir que des membres influents des communautés juives du Maroc,, en ne protestant pas contre semblable insinuation, ont semblé donner leur acquiescement à une lactique visiblement dirigée par les ennemis de la France et dont la mauvaise foi est évidente, la prise du Touat n'ayant produit dans l'esprit dés Musulmans marocains qu'une impression des plus salutaires pour nous. Les journaux de l'Europe et de Tanger ont suflisamment et assez malignement souligné et exploité cet état d'esprit Israélite pour qu'il soit nécessaire de le noter ici.

ogie

« Cela n'est point pour nous faire oublier qu'en maint autre cas les Juifs ont fait preuve de sytnpalUie pour la France. Nous devons, d'ailleurs, surtout retenir qu'ils représentent au Maroc un élément inflninient plus accessible à la civilisation que l'élément musulman, et que nos nationaux Israélites sauront sûrement user de leurs puissants moyens d'action pour achever de nous concilier cet élément. Dans cet ordre d'idées, nous pensons qu'il y a à signaler aux Israélites de France un point sur lequel il semble qu'ils pourraient faire porter les efforts de l'action moralisatrice qu'ils exercent sur leurs coreligionnaires marocains.

« Nous faisons allusion, ce disant, à l'importante question de la bonne foi commerciale. H semble constant en effet que les jeunes générations juives ne valent pas à cet égard les anciennes. C'est la civilisation qui paraît les avoir un peu gâtées : les Juifs marocains ont vu, en France ou ailleurs, les beautés des lois sur la liquidation judiciaire ; ils ont appris qu'il y a des pays où la faillite est une carrière, et la procédure, dont ils ont pu étudier et admirer les détours, leur apparaît comme un instrument de fortune. Il y a des pays, comme Mogador ou Saffi, dans lesquels les faillites ou e arrangements », comme on les

D,g,l,7?<lT,GOOglC

appelle là-bas, augmentent dans des proportions inquiétantes. Là est le danger, car là eçt le germe du conflit entre le commerce français et le commerce Israélite, d'où est sortie, pour l'Algérie, la désolante question juive.

« Nous avons exposé plus haut les raisons qui font qu'au Maroc nous sommes obligés de faire cause commune avec les Juifs ; nous devons ajouter toutefois que, dans leur intérêt même, et pour arriver à établir facilement une domination qui sera toujours leur meilleure sauvegarde, nous devons éviter de nous compromettre avec eux vis-à-vis -des Musulmans. Il faut en effet mettre un peu de côté nos idées libérales et bien nous figurer que nous sommes avec l'Islam en face de fanatiques. Or, de même que l'Espagne est exécrée du Maroc à cause de ses sentiments également fanatiques (1), de même nous deviendrions nécessairement antipathiques aux Marocains en nous servant trop exclusivement des Juifs qu'ils détestent profondément. Ceux-ci doivent donc rester pour nous des intermédiaires, et toute initiative, toute part de commandement doit, provisoirement etsaul des cas exceptionnels,

(1) Maroc Inconnu, tome I, pages 37, 88, 152, 133 ; idem, tome II, pa^s 106 et suivantes, 733.

ogie

leur être refusée. Il f«ut, dans leur propre intérêt, les maintenir en un rang subalterne et les empêcher de prendre trop vite une expansion, légitime il est vrai, mais qui pourrait amener chez les Marocains une réaction susceptible d'enrayer l'œuvre que nous poursuivons et dont les Israélites doivent souhaiter le succès, même au prix de sacrifices passagers, puisque cette œuvre est celle de la civisatlon et que chaque progrès de celle-ci a toujours amené une araélioralion dans le sort de leur race. Si nous agissions autrement, nous risqueriom de tomber dans des difficultés plus inextricables que celles où se débat l'Algérie et desquelles il nous serait bien plus malaisé -de sortir que cela ne le sera davA^otre colonie. »

A l'école de ['Alliance Israélite Universelle, tout au fond du Mellah', bien que ce fût jour de congé, je vois que je suis attendu. Le directeur, M. Conquy, Juif de Gibraltar parfaitemenféduqué, me fait un accueil simple et digne. C'est à Paris, à l'École pré paratoirede l'Alliance, qu'ilacompiété son instruction française, et il me plaît d'en tendre cet étranger parler notre langue avec une grande pureté.

Nous gravissons un escalier qui nous conduit au premier étage, dans une saile ensoteillée, assez vaste, garnie de longues tables noires derrièreiesquetles un bataillon d'écoliersdedi vers âges se dresse, mû comme par un ressort, dès mon entrée dans la classe.

Têtes nues, minois éveillés, une avidité de savoir et de comprendre luisant dans leurs regards, une tenue exemplaire, voilà d'abord ce que je remarque chez tes 100 petits bonshommes qui me mangent des yeux. A part leurs vêtements exotiques, il me semble avoir devant moi une de mes anciennes petites classes des lycées de Constantine et d'Oran, et je me demande par quels efforts, au moyen de quels prodiges de patiente persévérance on a pu transformer ces jeunes sauvageons fassiens en écoliers dociles et instruits. Instruits, ils le sont, et ils me le prouveront à la prochaine inspection que M. Conquy me presse de [aire en vue de m'assurer des progrés réalisés par eux en langue et en sciences françaises. Pour aujourd'hui, je me contente de prendre sur l'école quelques notes d'ordre administratif et budgétaire.

Fondée en octobre 1883 par l'Alliance Israélite Universelle, l'école des garçons du Mellah' de Fez

ogle

compte actuellement 180 élèves ayant entre 8 et 16 ans. Le personaet enseignant se compose de M. Conquy, directeur, un adjoint et 4 rabbins. Le directeur et l'adjoint sont professeurs de français et de sciences, les 4 rabbins enseignent l'hébreu. Les cours de langue française et de sciences se font le matin, de 8 heures 1/2 à midi. L'après-midi est consacré à l'étude de l'tiébreu, de 1 heure 1/2 à 4 heures 1/2. L'enseignement de notre langue et des sciences occupe donc les israéliles une demi-heure de plus que leur propre langue sacrée. Étant donné le particularisme hébraïque, cette prééminence accordée à un idiome profane, au sein d'une collectivité aussi peu avancée que la colonie juive de Fez, est tout à fait caractéristique, du meilleur augure du reste. Mais il n'y a pas au Mellah' qu'une école de garçons. Dans le courant du mois d'octobre 1899, a eu lieu l'ouverture d'une école de fllies fondée par l'Alliance, et cette école, peu de jours après son inauguration, réunissait déjà une soixantaine (1 ) de petites Juives auxquelles une maîtresse

(1) Lors de mon séjour à Fez (mars et avril 1900), le nombre exact des petites filles de l'école était de 34, celui des garçons, de 180. A la (in de l'année 1900, d'après le Bulletin de l'Alliance, il y avait 80 filles et 170 garçons. Il y eut donc en 8 mois une augmentation de 26 petites filles et une diminution de 10 garçons.

intelligente et dévouée, M"«Benchimol, prodigue ses soins intellectuels et matériels les plus absolus. Je dirai, au moment voulu, les progrès en français, véritablement surprenants, que ces mignonnes indigènes ont réalisés sous la direction de leur institutrice en moins de six mois.

L'Œuvre de V « Alliance »

Les statistiques des Écoles de l'Alliance que j'ai sous les yeux concernent les années 1897, 1899 et 1900. De 1897 à 1900, le nombre des garçons fréquentant les cours de l'école du Mellah' de Fez est resté pour ainsi dire station naire : (64 en 1897, — 171 en 1899, — 170 en 1900.

Un accroissement notable des élèves s'est heureusement manifesté dans la classe des filles qui compte maintenant (1901) prés de cent petites élèves apprenant à balbutier le français.

Et cette langue française qui nous est si chère, chacun de nous apprendra comme moi, avec la plus douce émotion, que les Écoles de V Alliance l'enseignent, sur plusieurs points du globe, à des milliersd'enfanlsquiappartiennent à un ensemble de populations étrangères s'élevant à plus de 500,000 âmes !

L'œuvre d'éducation et de civilisation de la

ogie

grande Association Israélite couvre, en Afrique, le Maroc, la Tunisie, la Tripolitaine, l'Egypte. — En Europe, la Bulgarie, la Turquie et une partie de la Roumanie. — En Asie, l'Asie-Mineure, toute la côte de la Syrie, depuis Jafla jusqu'à Alep, en y comprenant la Palestine, et elle atteint, à travers la Turquie d'Asie, Bassoraii et Bagdad. Elle vient de pénétrer en Perse (1898). Ses écoles, d'où sortent chaque année 5,000 à 6,000 jeunes gens, essaiment leurs élèves sur une grande partie de la surface du vieux et du nouveau monde. Les uns, ceux de l'école de Bagdad principalement, se répandent dans les fndes anglaises, en Perse, à Hong-Kong, à Shanghaï et dans tous les ports de la Chine ouverts au commerce étranger. Les élèves de Smyrne, apprentis, ouvriers, formés par VAlliance, partent pour l'Amérique du Sud, vers la Républiqne Argentine de préférence.

Le Maroc, lui aussi, fournît son contingent d'émigrants à l'Amérique du Sud. — « Il existe actuellement, lisons-nous dans ]e fluUelin de l'A lliance (page H8, année 1899), dans l'Amérique du Sud, en République Argentine, au Brésil et au Venezuela surtout, des groupes entiers, même des communautés organisées, composés d'Israélites originaires du Maroc. Ce sont d'anciens élèves des écoles de l'Alliance du Maroc, qui,

leurs études primaires terminée», n'ayant |tu trouver dans leur pays à exercer leur aclivilt'. s« sont expatriés dans l'Amérique du Sud, oi'i, grAcn à leur connaissance de la langue espagnole, ils ont pu se créer des situations convenables. Ol exode continue régulièrement, et les derniers venus, plus heureux que les premiers émignints, trouvent, en arrivant dans le Nouveau-Monde, des compatriotes prêts à les accueillir et à leur ïacililer les moyens d'existence. Cette émigralion, qui est un véritable bienfait pour les communautés marocaines, est due aux écoles de IM //tu /(rr et ne s'est produite que du jour où elles avaient formé leurs premiers élèves. »

N'est-elle pas admirable également la rude et noble tâche des instituteurs et des institutrices de l'Alliance qui vont porter an rayon de notre civilisation européenne pargii des populations superstitieuses, souvent cruelles, toujours ignorantes et arriérées ? Missionnaires de paix et de lumière, ils forment dans ces régions barbares des cœurs et des intelligence? qui seront plus tard les défenseurs naturels de nos idées de tolérance, de progrès et de liberté.

Toutefois, une des préoccupations dominantes de ÏAlliance Israélite Universelle, — et c'est ici que j'exposerai la seule critique que j'aie à lui

ogie

adresser, — c'est de viser beaucoup trop à ['instruction religieuse. L'élude de l'hébreu, du Talmud et de l'histoire juive a à ses yeux une importance capitale, égale au moins, sinon supérieure, aux éludes de français, d'histoire profane, de sciences mathématiques, physiques et naturelles. Les rahhins et grands-rabhins, qui ont la direction de l'Alliance au point de vue du domaine spirituel, s'émeuvent quand ils apprennent qu'il existe, même en pays civilisé, un centre où leurs jeunes coreligionnaires reçoivent une instruction laïque absolument étrangère aux choses du culte et de la religion mosaïque. C'est ainsi que ces pieux directeurs ont obtenu l'année dernière que VAltianœ étendit son œuvre à l'Algérie, sous prélexte que dans nos écoles publiques, si largement ouvertes cependant à la population juive, « l'instruction qui y est donnée aux enfants Israélites ne répond pas entièrement à leurs besoins; que ce qui y fait défaut, c'est l'Mucalion morale et la direction intellectuelle. Jls n'y apprennent ni l'hébreu ni l'histoire juive. » (Bulletin de l'A lliance, pages 123 et 124, année 1899.) « Les enfants ùruélites fréquentent par centaines et doivent continuer à fréquenter tes écoles publiques fondées en Algérie, mais, comme aucun enseignement religieux n'est donné dans ces établissements, ils

ignorent et la langue hébraïque et l'fmtoire des Juifs. *

Le Bulletin ajoute que le Comité se propose de remédier à cette situation, en organisant, à Alger d'abord, plus tard à Constantine et ailleurs, sur des bases solides, « Vemeignement religieuJ! et moral ».

Le but tendancieux de YAllianee est donc évident. Les partisans de la Libre-Peosèe ne sauraient l'approuver.

A part cette critique, qui a son importance, car elle dévoile un plan bien arrêté de propagande confessionnelle judaïque qu'il sera diCEicile de faire disparaître du programme de VAlliance, on ne peut qu'applaudir l'œuvre de civilisation et d'émancipation sociale que celte Société bienfaisante poursuit partout où il est nécessaire de relever le monde hébraïque de sa misère matérielle et morale.

Il n'est pas sans intérêt d'exposer ici. par quelques chiffres, l'importance de l'œuvre scolaire de r^Hiance. En 1900, leComlté central entretenait ou subventionnait — (outre les écoles préparatoires de Paris, les œuvres d'apprentissage industriel, les institulions agricoles et l'école rabbinîque de Constantinople), — 100 écoles primaires, dont

ogie

61 écoles de garçons et 39 écoles dé filles. L'effectif total des élèves était de 26,000 environ. Les dépenses totales àe l'Alliance, pour l'ensemble de l'œuvre d'instruction, se sont élevées en 1900 à 720,000 francs, dont 155,000 francs pour les écoles préparatoires et secondaires, et 565,000 fr, pour les écoles primaires. A cette soDime, il convieotd'ajouter 500,000 francs qui représentent la part fournie par les communautés aux dépenses scolaires,

Six écoles ont été fondées au cours de l'année 1900, deux en Perse,- une en Palestine, trois au Maroc. Pour ne pas sortir de notre cadre, nous nous renfermerons dans les limites de ce dernier pays en faisant connaître la plus récente statistique qui le concerne, celle de Tannée 1900-

Statistisque des Écoles da i'AHiance Israélite Universelle Année 1900

CASABLANCA

Population israélite : 5,000 âmes ■ École de garçons. — Fondation : 1897. — Personnel :

M. S. D. Lévy, directeur ; M. Sinal, adjoint ; S rebbins, 1 moniteur, 3 domestiques. — Nombre des élècei : 291 (131 payants, 160 gratuits). — Receltes: Subvention de VAlliance, 3,S10 francs ; écolage, 3,341 (r. 33 ; subvention de la Communauté, 2.202 fr. 66 ; dons, 473 ir. 66, divers, 399 fr. 45; total, 9.926 fr. 81. - Dépema : traitements, G,^!^ Ir. 06 ; loyer, 1,400 francs ; matériel scolaire, 391 (r. 39 ; vêtements et nourriture, 1,639 fr. 10 ; divers. 193(r.O! ; solde en caisse, 21 (r. 23 ; total, 9,926 f r.81 . École de tilles : Une école de filles a été ouverte en novembre 1900, sous la direction de Madame Benzaquen.

Population israélite : ii,000 âmes École de garçons. — Fondation: 1883. — Personnel: M. Conquy, directeur ; M. Yahia Cohen, adjoint ; 3 rabbins, 1 soldat, 1 domestique. — Nombre des élèves: 170 (70 payants, 100 gratuits). — Recettes: Subvention de l'Alliance, 4,909 fr. 30; écolage, 1,630 fr. 7o ; subvention de la Communauté, 1,109 Ir. ; dons, 100 fr, ; revenus du jardin. 100 fr. ; solde ancien, 38 Ir. 50 ; total, 7.897 fr. 33. — Dépenses: Traitements, 3,613 ir.; loyer, 940 fr. ; matériel scolaire, 319 fr. 30; vêtements et nourriture, 863 fr. 50 ; réparations, 3 fr. 73 ; divers, 80 fr. 50 ; solde en caisse, 43 fr. 50; total, 7,897 fr. 35.

École de lilles. — Fondation : 1899. — Personnel : M'" Beochimol, directrice ; 1 maltresse de couture, 1 professeur d"hébreu, 1 domestique, — Nombre des éléces : 80 (42 payantes, 38 gratuites). — Recettes : Subvention de l'Alliance, 3,385 fr. ; écolage, 1,123 fr. 30 ; divers, 28 fr. 33 ;

ogie

total, 4, 5881r.6D. — Dépenses: Traitements, 3,034 (r. 23; loyer, 730 tr. ; matériel scolaire, 535 fr. 23 ; réparations, 13 fr. ; divers, 29 Ir. 15; solde en caisse, 137 fr. ; total, 4,388 Ir. 65.

MERBAKECH

Populalion israélUe: iSfiOO âmes

A la fin de l'année 1900, fut ouvert â Merrakech ud groupe scolaire, se composant d'une école de garçons et d'une école de lilles, qui peut compter actuellement environ 300 enlants des deux sexes. — o C'est au début de l'aDDëe 1901 que turent gimultaoémenl ouvertes les deux écoles de garçons et de tilles. L'inauguration fut un véritable événement pour les pauvres juifs de Merrakech ; deux officiers français, M. Larras(l), capitaine d'artillerie appartenant â la Mission militaire française du Maroc, et M. Zumbiehl, médecin-major de la Mission, y assistaient. Quelque temps auparavant, M. Montct (1), professeur de langues orientales à l'Université de Genève, accompagné du capitaine Larras, avait visité le local scolaire et manifesté sa sympathie à l'œuvre d'éducation et d'instruction entreprise par Y Alliance (2). »

11) ni ni molt BCuLCDicnl sur HH.LtrrtfOI Uonlct : H. HoiiUll, ilOTCi) ilo la FBi^ultâ do Ihfnlnïic |>miG<it>nlc de Con^ve. s»ant orivnulitto. ^rîviin dlstiniiuj, (ranil ami de la Franco. > <!ll! cnvo.ri en ini»ion au Maroc par le gouvornsmoRt mi^K i la Bn do IDOO dans lo bnl d'ftudiar >ur place risltai N*gribin. Qnant il N. Larra<, c'cH lo typa de l'oncicr. Ici qu'il dnvfaU Sun, nVt-b-dlro iimmil, modwta fquaii|iio rarUnt do PolTtocliniqno , diisinûrooié, B'a;iiit en vuo quo lus intérvu snpéricurs de son [lafs dans uoo eonlnio oA los ditonuars do la cauu Irancalso lonl si rares, si dairsonifs, à dénnfs do moyens d'aidion.

(Si Bullatln, de VAUUinee, aanfa inuo, paso 133.

ogie

Population ûraélîte: iOfiOO âmes

École de garçons. — Fondation : 1888. — Personnel : M. BensimhoD, directeur ; 2 rabbins, 1 moniteur, 1 domestique, — Niymbre des élèves : 131 (42 payants, 89 gratuits). — Recettes: Subvention de Y Alliance, 2,918 Ir. 63; écolage, 916 fr. 13 ; subvention de la Communauté, 1,195 Ir. 7S; dons pour nourriture, 333 Ir. 11 ; divers, 227 Ir. 82 ; déficit, 80 fr. 43 ; total, 5,672 f r. 49. — Dépenses : Traitements, 2,948 fr. 75; loyer, 960 francs; matériel scolaire, 142 f r. 75 ; vêtements et nourriture, 1 ,090 f r. 61 ; eau, 48 francs ; réparations, 231 (r. 70 ; divers, H6 fr. 43 ; ancien déficit, 134 fr. 25 ; total, 3,672 fr. 49.

L'école de filles, dirigée par M" Corcos, reçoit de l'Atliajice une subvention de 500 francs.

Population israélile : 40,000 âmes

École des garçons. — - Fondation : 1865. — Personnel : M. Ribbi, directeur; MM. Falcon, Abbou et Bensabat, adjoints, 1 prolesseur d'anglais, 1 professeur d'arabe, 3 rabbins, 7 moniteurs, 2 domestiques.— Nombre des élèves : 294 (H8 payants, 176 gratuits). — Recettes : Subvention de l'Alliance, 8,450 francs ; écolage, 4,612 fr. 33 ; subvention do VAnglo-Jewish Association, 300 francs ; de la Communauté, 2,849 fr. 61 ; du Board of Morocco, 2,000 francs ; dons pour nourriture, 2,500 francs ; divers, 836 fr, 59 ; total, 21,548 fr. 53.' — Dépenses : Trai-

ogle

tements, 13,872 fr. 64; loyer, 2,652 fr. 26; matériel scolaire, 416 fr. 42 ; vêtements et nourriture, 4,300 Irancs ; réparations, 32 (r. 76 ; divers, 176 Ir. 18 ; solde en caisse, 38 ir. 27 ; total, 21,3*8 Ir. 53.

E^le de lilles. — Fondation : 1874. — Pergonnel : M'" Haarsclier, directrice ; M"" Ribbi et G. Haarscher, adjointes; 2 professeurs d'hébreu, 1 maîtresse d'espagnol, 1 maltresse d'ouvrages, 3 monitrices, 2 domestiques. — Nombre drs ilèvet : 236 (doot 98 payantes et 138 gratuites). — Recel(e«. Subventionder^Htance, 5.589 fr. 16; de VAnglO'Jewish Association, 291 Ir. 81 ; de la Communauté, 1,449 Ir. 62;delaSociétédeBienIaisance,44fr.74; dons, 37 Ir. 59 ; écolage, 3,744 fr. 27 ; divers, 340 Ir. 33 ; solde ancien, 330 fr. 15 ; total, 11,827 fr. 69. — Dépenses : Traitements, 8,172 Ir. 96; loyer, 1,849 Ir. 62; matériel scolaire, 900 (r. 32; vêtements, 44 fr. 48; réparations, 110 Ir. 11 ; divers, 207 fr. 03 ; solde en caisse, 542 Ir. 93 ; total, 11,827 fr. 69.

Population israélite : *,S00 âmes

École de garçons. — fondation : 1862. — Personnel : M. CarmoDa, directeur ; M. Cbapira, adjoint ; 3 rabbins, 3 moniteurs, 1 domestique. — Nombre des iUves : 312 (136 payants, 176 gratuits).— Recettes: Subvention de VAlliance, 3,632 Ir. 70 ; écolage, 2,890 francs ; subvention delà Communauté, 790 francs; du talmud tora, 326 francs; pour nourriture, 870 francs; divers, 195 fr. 35; solde ancien, 1,193 Ir. 25; total, 12,097 fr. 30.- Dépenses:

Traitements, 7,103 francs ; matériel scolaire. 296 francs ; Têtements et nourriture, 1,6^ francs ; réparations, 1,68a francs; divers, 3i9 fr. 50; à l'école des fliles, 57olr. 80; solde en caisse, 198 francs ; total, 12,097 fr. 30. École de (illes. — Fondation : 1868. — Personnel : M" Carmona, directrice ; M"" Parienté et Carmona, adjointes; 1 maltresse de couture, 1 maîtresse de broderie. 1 professeur d'espagnol, 2 monitrices, 1 domestique. — Nombre des èlices: 323 (118 payantes, 203 gratuites). — BecetUs : Subvention de VAUianee, S, Ha francs ; de la Communauté, 96 fr, 50; de V Atmlo-Jewiih Association, 700 francs ; du Moropco Relief Fund, 125 francs ; écojage, 1,768 francs ; de l'école des garçons, 573 fr. 80 ; divers, 139 fr. 55 ; total, 8,379 fr. 85. — Dépenses : Traitements; 6,121 francs ; matériel scolaire, 257 francs ; réparations, 62 francs ; divers, 139 f r. 85 ; total, 8,579 f r. 85. iBulletin de l'Alliance, année 1900.)

L'Alliance n'a pas encore fondé d'oeuvres d'apprentissage au Maroc, ce qu'elle a fait cependant en Europe, en Asie et à Tunis principalement avec le plus grand succès. Dans cette dernière ville, l'œuvred'apprentissagecompteei apprentis, dont 9 menuisiers, 9 forgerons, 3 marbriers, 3 charrons, 1 bijoulier, 1 horloger, 1 passementier , i maréciial-ferrant , 9 tapissiers ,

ogie

1 tonnelier, 5 selliers, 3 peintres en bâtiment, 9 plombiers, 6 peintres en voilures. La plupart de ces artisans seraient pourtant d'une utilité incontestable dans les villes marocaines.

Sous le rapport des travaux manuels, les filles juives au Maroc sont plus favorisées que les garçons. Tanger a un atelier de jeunes filles, fondé par l'Association des anciens élèves, auquel ■ VAlliance accorde 1,000 francs de subvention. Tétouan a également un atelier de jeunes filles dont la fondation remonte à 1892 et qui compte actuellement 18 apprenties, L'Alliance lui donne une subvention annuelle de 600 francs.

Ce n'est donc ni une vaine formule, ni une devise menteuse que celle qui s'étale en caractères hébraïques sur la première page du Bulletin de l'Alliance Israélite Universelle :

— Kolhraîlârabimzébazé. {Tous les Israélites sont solidaires), — devise qu'accompagne une figure allégorique non moins significative : Deux mains s'étreignanl, s'enlaçant avec passion audessus d'un globe terrestre qui roule dans f infini de l'espace.

En redescendant, un tournant de l'escalier

nous mène à la classe des pelites filles. Beaucoup manquent à l'appel parce que c'est jour de vacances. I^ maîtresse me promet qu'elles seront au grand complet la prochaine fois, car j'ai prorais de revenir, et je reviendrai volonliers dans ce coin lumineux qui me rappelle l'aima mater, l'aima mater que je me prends à aimer et à bénir plus que jamais pour les lumières et les bienfaits qu'elle répand jusqu'en ce ghetto perdu de l'Empire du Couchant.

Je remarque en passant le réfectoire gratuit ouvert aux enfants indigents, et j'arrive sur le seuil de la porte où je retrouve le soldat marocain qui est préposé à la garde de l'école. Un long poignard fixé à la ceinture, ce guerrier veille à ce que ses coreligionnaires ne s'introduisent pas dans l'établissement scolaire juif où ils auraient bientôt fait de mettre tout en pièces.

La besogne de ce militaire n'est peut-être pas d'ordre exclusivement philanthropique. Il serait chargé officieusement, disent les mauvaises langues, de dénoncer au gouvernement marocain ceux des Musulmans de Fez qui enverraient leurs enfants à l'école du Mellah' ; et les Musulmans, les gros négociants surtout, terrorisés d'avance à Ja pensée des persécutions et des spoliations chérifiennes, s'abstiennent, cela va sans dire.

ogle

d'une instruction que la majorilé d'entre eux désire cependant, nos protégés et d'autres négociants mahomélans me l'ayant afTiriné cent fois. Mais, voilà, le Makhzen est là, aux aguets, prêt à exciter la populace fanatique contre l'imprudent disciple du Prophète qui commettrait le sacrilège de faire goûter à sa progéniture les fruits empoisonnés de la Science Nazaréenne.

D'autre part, nos consuls eux-mêmes ont échoué dans leurs tentatives répétées d'ouvrir dans les locaux du Consulat une petite école française destinée principalement aux enfants de nos protégés musulmans. Malgré la protection dont ils étaient couverts, ces derniers, un peu par esprit religieux, et beaucoup par crainte des attentats ourdis en sous-main dont ils n'auraient pas manqué d'être les victimes, durent faire comprendre à nos Agents l'inutilité d'une pareille innovation dans un pays qui a en 'horreur les Polythéistes ainsi que leur bagage scientifique et littéraire. Pour le maliométan, le chrétien est en effet moins près de la Voie droite que le juif ; il est même doublement Infidèle: d'abord, il n'est pas musulman ; ensuite, il croit à la Trinité, d'où la double et flétrissante dénomination qu'il nous applique de kouffar (infidèles) et de mouchrikin (polythéistes) ; tandis que les juifs,

croyant à un seul Dieu, sans hypostase, sont simplement des kouffar (infidèles) et non des polythéistes. Cetle explication confessionnelle nous fait entrevoir le fossé qui sépare le juif du musulman, et il nous montre aussi, béant sous nos pas, l'abîme qui est entre le sectateur de Mahomet et d'adorateur de Jésus, abJme que des siècles de bienfaits, de tolérance, de charité, d'instruction , d'instruction surtout, finiront cerlainement par combler, car je ne suis pas de ceux qui alTirment qu'un chrétien, un juif et un musulman, ayant bouilli dans la même marmite, donneront toujours trois bouillons dilîérenls, incapables de se mélanger. Je crois que le scepticisme succédera aux croyances religieuses ; je crois que la Libre-Pensée, fille de la tolérance et de la science, régnera un jour sur l'Humanité incrédule et désabusée.

J'allais oublier de mentionner l'étonnante découverte que j'avais faite à l'école du Meilah'. Confondu dans la foule de ses condisciples, un chanfrein de mouton très accusé, surmonté d'un crâne dolichocéphale qui n'en finissait plus, avait

ogie

attiré mon attenlion. — C'était un musulman ! le seul échantillon de son espèce, parmi ses 100,000 coreligionnaires fassiens, qui suivait des cours de français ! — Hélas ! l'éuhantHlon n'était pas pour nous faire honneur. Depuis deux mois qu'il est là, ce grand garçon aux moustaches et à la barbe naissantes s'applique à répéter des phrases de grammaire française apprises par cœur, dont il ne comprend pas le sens bien entendu . Et il me les débite ces phrases, tandis qu'il chemine à mes côtés, avec un accent et un jeu de physionomie risibles :

— Li HO lirmini an al change tou blirièl al an ou. Exembél: lickefal, li ckefou; oune cabrai, di cabrou{\).

J'ai de la peine à arrêter cette avalanche de citations grammaticales, et c'est en vain, — après lui avoir présenté mes compliments sur l'idée géniale qu'il a eue d'apprendre notre langue, — que j'essaye de lui faire dire, en arabe, pour quel motif ses co-sectateurs ne l'imitent pas. Afin de me prouver qu'il a saisi la portée de ma question, il me répond d'un air entendu, toujours en français :

(1) Los noms lerminéa en al changent au plurid al en aux. Kxctniilcs : It chetal. leschepaux; un caporal, des caporaux.

ogie

— La France cabital Bari. Aou zalou à la mizou (1).

Ou cet individu fait l'âne, ou il est profondément stupide. Je finis quand même par l'obliger à déclarer, en bon arabe cetle fois, qu'il apprend le français en vue de faire du commerce à l'étranger. 11 ment : quelques jours plus tard, en effet, découvrant ses batteries, Mouh'ammedben el Hadj ben Nouna m'avouera qu'il va à l'école du Meilah' dans le but de devenir protégé français et de placer ainsi ses capitaux, ses maisons, ses terrains, ses marchandises et son illustre personne hors de la portée des griffes des agents du Makhzen, et il me proposera, à cette occasion, de me récompenser généreusement si j'appuie sa requête à la Légation de France. Ma réponse alors ne sera pas mielleuse : Je le mettrai à la porte avec la sévérité que l'on doit toujours montrer aux subtils hypocrites que l'on méprise, et je donnerai l'ordre à mes domestiques de ne plus permettre à ce jeune fourbe de refranchir le seuil de la maison.

Commej'aifaitposer mes pauvres ciceroni juifs!

(1) La France, capitale Parie. Nous allons à la maison.

ogie

Ils sont là, sous la voûte qui assombrit l'entrée de l'école de l'Alliance, m'attendant avec la patiente résignation des Orientaux. Ils ne veulent nie lâcher qu'après m'avuir fait visiter les deux plus belles synagogues du Mellah'.

Nous entrons dans la première, la plus célèbre, la plus grande, la plus selecl. Elle peut avoir 300 ans d'existence, et elle a élé restaurée en 1885. C'est, en somme, une minuscule ehenour'a (synagogue) de 8 mètres de côlé environ, dont la toiture est supportée par 4 colonnes massives. On me fait remarquer en haut la tribune destinée aux femmes seules. Tandis que je griffonne quelques renseignements et que je prends le nom du temple (Chenour'a Hebban ben Zmira), des Juifs, grands et petits, entrent, et des gamins de 15 à 20 ans, ne se gênant pas le moins du monde, se meltent à fumer des cigarettes. On nous prie de les imiter et de rester couverts. On se croirait, ma foi, dans un cabaret. Aucun fanatisme apparent. J'en suis agréablement étonné.

L'autre temple, la Chenoufa d el-Faxiyin (Synagogue des Fassiens), n'a de remarquable que son anciennelé : 600 ans environ de bons et loyaux services qui la rendent particulièrement respectable aux yeux des dévots d'Israël. On me cite encore la Chenour'a des Oulad Serfali, qui

vient en troisième ligne, par ordre d'importance, parmi les seize synagogues du Mellah', qui sont en général très petites, de simples chapelles où Jéhovah reçoit lesarforalions de sonancien peuple de prédilection.

On me lait passer ensuite devant l'énorrae dislilierie juive avec l'intention de me montrer comment se fabrique l'eau-de-vie, la makia, chère aux gosiers Israélites. Rempli de matières en décomposition, — figues pourries, marc de raisin en putréfaction, — cedépotoir alcoolique m'arrête net à sa porte par ses émanations nauséabondes. Je fuis, et mes guides m'accompagnent jusqu'à l'entrée du Mellah' me faisant promettre de revenir, promesse que je tiendrai, parce que je veux me rendrecomptedu degré d'instruction française des élèves de l'école de l'A Uiance.

Puis, les salutations faites-, laissant derrière moi le quartier Israélite qui m'a prodoit l'efïet d'un vaste atelier où les préoccupations célestes et philosophiques sont un peu à l'état de lettre morte, je poursuis ma course vers la grande cité mahométane, décidé à me replonger dans l'atmosphère mystique et troublante de l'Islam.

XXXÏI

Vendredi, 9 Mars.

]ji soirée d'hier s'est écoulée en compagnie de plusieurs musulmans, et la conversation n'a pas chômé. Avides de connaître notre genre de vie, ils m'ont posé les questions les plus variées sur nos mœurs, nos coutumes, nos lois, nos croyances, nos institutions civiles et politiques.

Esclave de la vérité, d'une franchise qui ferait le désespoir d'un diplomate de profession, j'ai dit simplement, et avec ia plus entière sincérité, ce que nous étions, ce que nous voulions avant tout, c'est-à-dire l'universelle fraternité humaine, plus de sang répandu, plus de haines aveugles et idiotes entre des peuples qui s'ignorent, et qui se détestent parce qu'ils s'ignorent.

Assurément, le mystère de la Sainte Trinité est

ogie

absurde, absurde aussi la légende qui représente un Dieu tout^uissant s'enfermant neuf mois dans le sein d'une femme, se faisant fouetter, subissant le plus ignominieux des supplices, mourant entre deux scélérats, et cela toujours dans la même petite contrée oii l'Éternel s'est complu à exercer ses fureurs, ses miracles et ses extravagances.

Que répondre à des musulmans qui nous jettent à la face nos sots mystères ?

— Mais nos hommes d'État, leur disais-je, ne gouvernent plus la Bible ou l'Évangile à la main. Le domaine de la religion est parfaitement distinct du domaine législatif, administratif et politique. Dans la société européenne, l'homme peut tout faire, excepté du mal à son prochain. En est-il de même au Maroc? — ^^uel est celui d'entre vous, ô gens du Magrib, qui oserait transgresser le ramadan, émettre le plus léger doute sur la mission prophétique de Mahomet, réprouver en public la barbare prescription divine ordonnant la Guerre Sainte ? — Où est chez vous l'homme assez audacieux pour s'élever contre l'esclavage, l'inégalité des hommes et des femmes, la perpétuelle intériorité dans laquelle vous tenez les Chrétiens et les Juifs? — Courbés sous la continuelleterreur des futurs châliments célestes, vous

ogie

n'êtes même plus les maîtres de vos corps, dont vous pourriez faire, il me semble, ce que vous voudriez, et nul d'entre vous n'aura ni l'idée ni le courage de dire: — s Mon corps m'appartient. Libre à moi de l'envoyer rôtir éternellemeot dans la géhenne, cela ne regarde personne. » — Laissez donc vos semblables adorer ce qu'ils veulent, ou ne rien adorer du tout ; c'est leur affaire, et non la nôtre. Ce que nous voulons, nous, gouvernement français, c'est que Ah'med, par exemple, ne fasse jamais de mal à Djilaly et que Djilaly n'en fasse pas non plus à Ah'med, en actes ou en paroles. Que Djilaly adore le soleil, la lune ou un oignon, peu nous importe. Pourvu qu'il ne nous nuise point, n'est-il pas hbre de choisir l'enfer s'il le préfère au paradis? En somme, il s'agit de lui, de sa peau, de son corps, et non de nous ; — par conséquent, il peut agir comme il voudra, du moment que ses actes ne gênent personne.

Un seul de mes auditeurs, vieux cagot, admirateur exclusif du Syllabus mahométique, vrai jésuite de l'Islam, s'en tient mordicus à la lettre du Coran. Par le fer, par le feu au besoin, l'ancien.

le répugnant compelle inirare, semble délecter cette âme de moderne Torquemada islamique. Les autres, plus sages et moins féroces, reconnaissaient la justesse de ces idées si nouvelles pour eux. Une objection grave, à lacjuelle je m'attendais du reste, me fut faite ensuite par l'intransigeant casuiste de la bande.

— Alors, vous n'êtes plus chrétiens? Vous n'avez plus de religion ?

— Si vous appelez religion, l'obligation de contraindre son semblable à massacrer et à martyriser ceux qui ne pensent pas comme lui, à rester le ventre creux pendant trente jours consécutifs, à se nettoyer, à s'habiller, à se marier, à manger d'une façon particulière, eh ! bien non, nous n'avons plus de religion. Et c'est fort heureux pour vous ! Happelez-vous en eflet le temps où l'Europe était chrétienne et fanatique. Voulez-vous donc voir renaître l'époque des Croisades, les tueries entre musulmans et chrétiens, les captifs musulmans ramant sur les galères du Roy, les chrétiens prisonniers subissant également les tortures atroces qu'on savait si bien leur inlliger en terre mahométane? Répondez, vaut-il mieux n'avoir pas de religion et ne faire de mal à personne, ou bien est-il préférable d'être dévot et d'étrangler ceux qui ne

ogle

partagent pas vos opinions religieuses, ou bien encore d'être étranglés par eux ?

L'homme qui, sortant d'une chambre noire, sera mis sans transition en présence d'un soleil radieux, n'aura pas d'éblouissement plus fortque celui que mes paroles faisaient éprouver à ces pauvres cerveaux qui n'avaient reçu jusqu'alors aucune clarté extérieure. Et ces paroles, semence de vérité, source d'une nouvelle justice, ne devaient pas rester figées au fond de ces consciences paresseuses. J'en reirouverai plus tard l'écho, soit chez ces mêmes auditeurs, soit dans d'autres consciences éclairées à leur tour par mes propres interlocuteurs, qui s'étaient fails ainsi, sans s'en- apercevoir, les missionnaires de la tolérance, de la paix, de la charité universelle.

Mon emploi du temps commence à prendre une tournure régulière. Levé à 5 heures, je descends réveiller le cuisinier. Au premier appel, l'excellent homme se lève, court à ses fourneaux et m'apporte un moment après deux œufs sur le plat que j'arrose d'un grand bol de caté noir.

ogie

Abruti par le kif qu'il a fumé une grande partie de la nuit dans sa petite pipe de terre rouge, Djilalyjui, finit par ouvrir les yeux vers 7heures, et c'est toujours avec la plus grande peine qu'il s'arrache au sommeil quand il entend ma voix, parcequil sait que j'ai hâte d'avoir mon courrier qu'il doit aller chercher à la poste. Je le vois soulever péniblement le monceau de tapis et de couvertures sous lequel il est enfoui, et, comme les nuits sont en elîet glaciales, il gémit, réitérant chaque matin la même plainte :

— Scmm, ou Llak, a l-fk'ih, had'ik es-semra enlad l-bamh' I (C'est du poison, par Dieu, ô fk'ih, que l'humidité que nous avons eue cette nuit I)

Ma correspondance faite, le berhri et d'autres indigènes arrivent vers huit heures; et ce sont alors des conversations, des demandes de renseignements à l'infini que je consigne autant que cela m'est possible sur mes registres.

A midi, le déjeuner. Je fais ensuite une promenade assez longue, à pied presque toujours, en vertu de ce principe qu'il faut prendre à rebours les conseils des Européens qui ont dit et écrit que l'homme qui se respecte ne doit circuler qu'à dos de cheval ou de mulet dans la cité de Moulaye Idris. Les plus hauts personnages scientifiques et

ogie

administratifs du pays vont plus souvent à pied qu'à cheval. Ce dernier mode de locomotion offre daiileursde multiples inconvénients: La déclivité de certaines rues, leur affreux, pavage occasionnent assez souvent des ciiules de montures qui entraînent, cela va sans dire, leurs cavaliers avec elles et les envoient rouler dans la boue ou sur des immondices qui n'ont rien de suave. Le fait est arrivé, pas plus tard qu'aujourd'hui, à Djilaly qui est cependant un écuyerde première force. A cheval, on s'expose à éclabousser les piétons, à les meurtrir contre les murailles. On ne peut s'arrêter quand on veut, on voit les choses en passant, rapidement, mal par conséquent. H est donc fort difficile de faire une enquêie sérieuse à 2 mètres 50 au-dessus du sol. De plus, occupé de sa bête, le cavalier nazaréen ne verra pas, la plupart du temps, les méchants garnements qui lui jetterontdes pierres en se dissimulant derrière des murailles ou des coreligionnaires complaisants. Ceci s'est produit hier au détriment de M. Pillois qui a reçu un assez gros caillou dans le dos tandis qu'il chevauchait à la suite de son ami à Ira vers la foule d'un quartier populeux.

Ces messieurs ont entendu également sur leur passage des détonations gazeuses, évidemment à leur adresse, puisque les gazomètres maho-

métans qui les avaient produites se livraient en leur présence à une joie indécente. Seuls de tous les indigènes musulmans de l'Afrique du Nord, les petits boutiquiers de Fez ont la triste réputation d'être très venteux. On sait, assez, Dieu merci, en Algérie et ailleurs, que les partisans de Mahomet abhorrent ce genre de basse incongruité, tandis qu'ils trouvent très naturel et très correct d'émettre dans la meilleure compagnie ces formidables éructations qui nous écœurent.

Je m'étonne qu'il ne me soit encore rien arrivé de tout ce que l'on raconte sur l'hostilité des gens de Fez à rencontre des chrétiens. Cela viendra sans doute. Jusqu'à présent, je ne puis dire qu'une choss : c'est que l'aspect de ma grande barbe blanchissante impressionne les Bédouins sans que j'aie besoin de recourir à l'ullima ratio, c'est-à-dire à la langue arabe ; et quand , au hasard des rencontres, j'ouvre la bouche, m'exprimant dans l'idiome du Prophète, alors ce sont des offres deservices, un empressement à m'ètre utile véritablement touchant de k part de ces pauvres égarés.

Avant-hier, un affreux bancal nous a arrêtés.

de Saulty et moi. Dressant de loin ses béquilles en l'air, il errait :

— Moulaye Idris ! Moiilaye Idris !

Nous allions nous engager dans le h'arm (enceinte sacrée) de cet illustre santon, et mon compagnon me dit en riant jaune :

— Tiens ! j'oubliais que vous êtes un noçrani. Passons par ici.

Un demi-tour à droite nous conduisit loin du mausolée célèbre qui est devenu le foyer d'un féticbisme incroyable, fétichisme dont les populations espagnoles les plus bouchées pourraient à peine se faire une idée.

Vers 4 heures, fidèle au rendez- vous, El-H'adj arrive à la maison.

— Il sera très difTicile, me dit-il, de t'aboucher avec les savants d'EI-K'erouiyin, qui redoutent, s'ils entrent en relations avec toi, d'être cassés aux gages, pour le moins, sinon emprisonnés.

Néanmoins, il a obtenu de l'un d'eux la liste des chaires les plus imporlantes de la vieille Université fassienne ainsi que les noms de leurs titulaires. Un douro, puis un autre, et encore un autre, seront les amorces magiques auxquelles se laissera prendre ce fournisseur de documents aussi caché que vénal qui ne demande pas mieux que d'agir, à condition de rester dans l'ombre.

Samedi, 10 Mars.

Le rek'k'aç (1) que l'on attendait avant-hier ne paraissant pas à l'horizon, aucun courrier n'est arrivé depuis mardi. Cinq jours de mortelle attente ! Viendra-t-il aujourd'hui ? Nul ne le sait.

A la poste, les employés conjecturent qu'il a pu tomber de l'eau entre Tanger et El-K'çar, de sorte que les marais d'El-R'arbiya doivent se trouver de nouveau infranchissables. Étrange contrée, à deux pas de l'Europe, et aussi dépourvue de moyens de communication qu'à l'époque du déluge !

(1) Courrier, piéton indigène chargé du service de la poste. J'écrirai dorénavant rekkoi pour moins de complication or tfaograp bique.

ogie

Quand le beau temps le permet, voici comment le service postal s'efïectue entre Tanger et Fez, et vice versa, au moyen de piétons indigènes (rekkas) chargés de porter les lettres, dépêches, échantillons, colis postaux, etc. :

POSTE FRANÇAISE Ligne de Tanger à Fez et vice versa

Tanger. . . Départ: lundi, mercredi et veDdrcMli,àJh.s<rir.

El-K'^rd-KMr \ *'""*' ».ardi.i.»di.l„„edU4J.»lr.

t Départ : id, id. id. iSn.soIr.

Fez Arrivée: jeudi, samedi et lundi, à7k.sair.

Miquines . . Arrivée :vendi;edi, dimancbeet mardi, à 3 b. soir.

Méquinez. . Départ : dimanche, mardi et vendredi, à 7 h. nat.

Fez Départ: dimanctic, mardi et vendredi,! 4 h. sair.

, „ , . i Arrivée:mardi,ieudi«ldimanche,A4b.salr.

', Départ ; id. id. >d. 13 h. soir.

Tangur. . . Arrivée : mercredi, vendredi et lundi, è6h.s«ir.

!1 s'en faut de beaucoup que ce tableau officiel des arrivées et des départs soit conforme à la réalité. Les coureurs indigènes ont beau se relayer

D,g,l,7?<lT,GOOglC

de dislance en distance, troUer sans désemparer d'une étape à l'autre, ne prendre pendant la nuit que quelques tieures de repos dans "les douars et villages où ils pensent que leur vie et leur gibecière ne sont pas trop en danger, les rivières gonflées par les pluies, les marais débordants sont pour eux les seuls régulateurs de leur □larclie durant la mauvaise saison qui s'étend, dans le nord du Maroc, de décembre à avril inclusivement. En disant que les courriers mettent en moyenne trois jours en été et cinq ou six jours en hiver pour faire le trajet de Tanger à Fez, et vice versa, on ne s'éloignera pas trop, je crois, de ta vérité.

L'établissement de communications postales régulières entre Tanger et la capitale de l'Empire chérifien est de dale relativement récente.

La poste française Tanger-Fez fut ouverte au public le 14 juillet 1892 par notre compatriote M. Th. Gautsch qui créa ce service à ses frais. Son gendre, M. Fabarez, parti de Tanger le 10 juillet 1892, arriva à Fez quatre jours après avec le premier courrier français. Avant cette date, les communications postales étaient assurées par le bureau de poste anglais de Tanger qui envoyait à Fez un courrier tous les huit jours, quand le temps le permettait, et souvent aucun courrier

ogie

pendant la mauvaise saison. Les lettres mettaient de cette façon 6 à 7 jours pour arriver à Fez.

M. Gautsch installa d'abord deux courriers par semaine, avec deux relais pour les piétons (rekkas) ; — un à El-Ksar, l'autre aux Méliana, sur les bords du Sbou. Grâce à ces relais, les courriers ne mirent plus que Irois jours pour effectuer le trajet entre Tanger et Fez. Deux mois après, dans le but de servir la mission de M. d'Aubigny, alors en ambassade auprès du sultan, un troisième courrier par semaine fut créé entre Tanger et Fez, plus, deux fois par semaine, un courrier aller et retour sur Larache.

Pendant quinze mois, le service fonctionna aux frais de M. Gautsch. Cette entreprise, faite uniquement dans un but patriotique, se traduisit pour lui par 25,000 francs de déficit, dont il avait fait d'avance le sacrifice avec son abnégation habituelle.

Ce fut il cette époque que, se trouvant à Fez, il reçut un jour une lettre du Chargé d'Affaires de France, M. Souhart, lui annonçant qu'à partir du mois de février 1894, le Gouvernement français exploiterait pour son compte le service postal Tanger-Fez. M. Souhart demandait en outre à M. Gautsch de continuer à assurer provisoirement le service à titre gracieux. Bien que celte

lettre de contint aucun mot de remerciement, M. Gaiitsch accéda à ce qu'on voulait de lui. Non seulement il prêta le local, mais il fit rester son gendre à Fez pendant six mois encore comme Receveur officiel, et celui-ci dut prêter serment en cette qualité devant le médecin-major Linarè'-, délégué à cet efiet par la Légation de France à Tanger. Pendant la période de troubles qui suivit la mort du sultan Moulaje el-H'asen, un seul Européen, le nouveau receveur des Postes, M. Fabarez, eut la constance et le courage de faire son devoir jusqu'au bout et de ne pas quitter Fez qui était alors un foyer de complots et d'émeutes journalières. Plusieurs années après, et à Ja suite d'autres services rendus à notre cause par M. Fabarez, M. de Monbel, ministre de France à Tanger, sollicita et obtint pour lui la croix du Nichan-Iftikhar !

Quant à M. Gautsch, on m'apprend qu'if s'est encore dévoué et distingué récemment lors de la pose du câble Oran-Tanger. Cela ne m'étonne pas de sa part ; ce qui m'étonne, c'est que l'on semble ignorer à Paris les nombreux services . que cet homme nous a rendus et qu'il nous rend chaque jour au Maroc. Une simple lettre de remerciements ferait tant plaisir à cet excellent patriote ! J'ajoute timidement : — Un petit bout

ogie

de ruban rouge serait si bien placé à sa boutonnière, sur son cœur d'Alsacien-Lorrain qui n'a qu'un culte : — celui de la France !

L'Angleterre a également sa poste particulière de Tanger à Fez. Calquée sur la nôtre, elle n'en diffère que par les Jours de départ et d'arrivée. C'est le vice-consul britannique lui-même qui est à la tête de ce service à Fez.

Le bureau de poste français est situé à Fez dans un fouillis de grandes bâtisses appelé H'ouma-t-Ljek'a (Quartier de Djeh'a), et l'on m'a montré la maison que ce bouffon des légendes orientales aurait vendue à une certain étourdi en stipulant qu'il restait propriétaire d'un gros clou planté dans le mur inférieur de l'immeuble. L'acheteur ayant accepté cette clause, Djeh'a en profita pour pendre à ce clou des animaux crevés, dont l'odeur infecte chassa bientôt du logis le naïf acquéreur qui abandonna, dit-on, la maison à son ancien possesseur sans même exiger de celui-ci la restitution du prix de vente (1).

(1) Voyez ma traduction des Fourberies de Si Djeh'a. Contes kabyles. Paris 1892, page 91.

AprèS' le- déjeuner, une envie irrésistible de respirer l'air puF des champs, de laisser dormir pendaotqueiquesheures mes études de sociologie fassienne, m'entraîne hors des portes de la ville, loin de la lugubre capitale que je veux contempler de haut afin- de mieux juger et apprécier dans son ensemble l'angoissant K'bor en-^çara (Tombeau des Chrétiens}, où je serais déjà mort d'enuui sans le travail forcené auquel je me livre.

Vraiment, j'ai bien lait de sortir par le temps délicieux que nous avons aujourd'hui. L'éclatant soleil qui brille dans un ciel sans nuage me fait oublier les jours maussades et pluvieux de ces derniers temps. Nous clievauchons sous des oliviers centenaires, le long des pistes arabes tracées à travers des champs d'orge et de blé. Çà et là, des ruines, des cimetières, des mausolées de santons, reconnaissabies à leurs dômes, des tours antiques et délabrées nous rappellent que la ville s'étendait autrefois au-delà de l'enceinte actuelle. Aucunehabitation dans ces beaux jardins qui sont de redoutables coupe-gorge si l'on s'avise de s'y promener dès que la nuit est tombée.

ogie

S6i nm

Bien au-dessus du cimetière d'EI-Guebeb, trois ou quatre cabanes de gasdiens sont là, en vue de proléger les voyageurs nocturnes qui arrivent trop tard ou trop tôt devant la vieille cité dont les hautes portes, bardées de fer, se ferment le soir au crépuscule pour ne s'ouvrir que le matin aux premières lueurs du jour.

Pas une tente, pasunseul villagede chaume non pi us en dehors d u massif d'oliviers qui touche aux remparts. On a fait le vide autour d'une ville dont la banlieue u été si souvent saccagée à travers le cours des siècles. A l'Est, où nous galopons, la plaine recommence, nue, aride, parsemée de touties espacées d'asphodèles et de fougère naine, puis, là-bas, toujours l'énorme montagne des Beni-Ouaraïn, couverte de neige, formidable et mystérieuse.

Les campagnards que nous rencontrons, tous armés de sabres et de longs fusils enveloppés dans des gaines de drap rouge, ne paraissent pas s'inquiéter beaucoup de nos costumes hérétiques. Un coup d'œil en dessous, une petite réflexion échangée à voix basse, et ils continuent leur route

ogie

sans avoir l'idée de bous envoyer du plomb dans la tête, ce qui leur serait extrêmement facile dans cette solitude.

Ud groupe attire plas particulièrement moa attention : ce sont des hommes petits, trapus, presque imberbes 4 ils chacboteot entre eux des mots berbères que je saisis au vol. Je m'ofire le luxe de les interpeller dans leur ian^ie :

— JKani sig ttigam, a Imazir'en? (Qui êtesvous, ô Braber?)

Surpris, ils me regardent.

— Aroumi men tamazir't t (Ud chrétien qui sait le berbère!)

Et la glace est rompue. Je les suis, bavardant avec eux, ravi de cette occasion de me faire donner une leçon imprévue de berbri pratique. A l'entrée du cimetière d'EI-Guebeb, ils arrêtent brusquement leurs chevaux près d'un vaste monceau de pierres qui barre à moitié le chemin, très large à cet endroit.

Us font d'abord une invocation mentale : Les mains ouvertes comme un livre par dessus lequel on regarde, ils dévorent des yeux le minaret et le mausolée de Moulaye Idris qui se distinguent très bien d'ici des autres temples d'Allah. Puis, chacun d'eux ayant lancé sur le monceau de pierres un caillou qu'il tenait dissi-

ogie

luulé- dans sa main, la inarche vers !a ville continue.

Silencieux, j'avais regardé cette scène sans oser la troubler ni en demander la signification. Le soir même, on m'en donnait l'explication et l'on m'apprenait que le monticule de cailloux qui s'étale à rentrée du cimetière <I'£1-Guebeb a été apporté là, pierre à pierre, par ceux qui, n'étant jamais venus à Fez, voient pour la première fois de cet endroit le minaret et le tombeau de Moulaye Idris. Telle est leur manière à eux de maudire Satan, de le chasser, de le lapider et de lui dire :

— Ici, nous ne te craignons plus. Nous voici maintenant dans la zone de protection du plus grand saint de l'univers 1

ogie

xxxrv

Mmanch», 11 Mars.

Si Moiih'aaimed el-Meri'akchi nous quitte ; il retourne à Tanger après avoir attendu plusieurs jours son back-h'ammar (chef muletier) ijui devait revenir précisément de Tanger, où il était allé faire un voyage, en promettant de se retrouver à Fez à une date convenue d'avance. Mais, au Maroc, la notion du temps est chose aussi raie tpie l'exactitude. Un indigène vous dit :

— Je serais chez vous ce malin, à 10 heures.

S'il y est lo surlendemain à 8 heures du soir, estimez-vous heureux. Quand, à la phrase précédente, il ajoute: — In cha Allah. (S'il plaît à Dieu), — alors, soyez presque sûr qu'il ne viendra pas.

ogie

A Bab-Ségma, où nous nous étions rendus avec l'intention de faire nos adieux à El-Merrakclii, nous trouvons un peloton ctiatoyant de beaux citadins enveloppés de mousselines blanches et confortablement installés sur les larges bardelles écarlates (srija) de leurs mules. M. Gaillard me' présente ceux de ces personnages que je ne connais pas encore, entre autres El-Hadjj H'ammadi ben Abd-el-K'ader el-Oujdi, né à Fez, appartenant à une ancienne famille de TIemcen ayant émigré au Maroc à la suite de l'arrivée des Français en Algérie.

— H'atla ana Tlemsani. — Et moi aussi je suis TIemcénien, dis-je à ce brave homme en lui tendant la main.

Sa bonne grosse figure un peu pâle, un peu tirée par une maladie d'eslomac dont il souffre en s'en plaignant souvent, me rend cet Algérien sympathique. Son regard paterne se plaMe droit dans le vôtre ; il fait bon rencontrer de ces visages francs et ouverts dans un pays où chaque individu semble avoir peur de son ombre. El-H'adjj H'ammadi m'apprend, sans en tirer vanité, qu'il fut pendant longtemps noire dernier agent consulaire indigène à Fez avant la création du vice-consulat de France. — Est-il peiné de son changement de situation? — Je n'en puis rien savoir. Dans tousles

D,g,l,7?<lT,GOOglC

cas^ il trouve de belles formules élogieuses à l'adresse de ses successeurs français q«i lui ont toujours manifesté la plus haute considération, les plus sincères égards à cause de ses anciens services.

Décidément, notre patricien franco-marocain se fait attendre I-Pendant que MM. Gaillard, Herr et Pillois piquent de petites charges dans la plaine, nous, les islamisants, pour tromper le temps, nous nous alignons à l'ombre des hauts remparts de la ville, à une dislance respectueuse des rayons d'un soleil qui brûle les crânes et qui doit être en été une terrible rôtissoire. Nous causons commerce, politique, administration, et l'on me répète, pour la centième fois, les abus révoltants du gouvernement chérifien ; pour !a centième lois aussi, j'entends sortir des bouches musulmanes ce souhait ardent :

— A Itebbi, ejât-na m l'adr-t-el-Franeis I {0 mon Dieu, fais de nous des sujets français !

Un étalon, hennissant dans le lointain, signale l'arrivée de notre voyageur. C'est bien lui, c'est Mouh'ammedel-Merrakchi, admirablement drapé dans ses burnous blancs, capuchon pointant vers le ciel comme un casque à pointe, qui des-

ogle

cend à toute allure, dès qu'il mtus aperçoit, le raidillon d'El-FtOuh'.

— Par où diable est-il passé? — Pourquoi pas par Bab-Ségma?

Emporté par son élan, le magnifique grispommelé qu'il monte a de la peine à s'arrêter net à deux mètres devant nous, et son cavalier, en de rudes articulations arabes, nous explique aussitôt qu'il y aeu malentendu: — ilestrestéàsemorfondre au consulat, puis, ne voyant personne, il s'était figuré que le rendez-vous était à Bab-Ftouh', ou à Bak-Jdid, et il disait qu'il venait de par là-bas, nous cbercbant toujours, mais en vain.

A l'empressement que mettent ses coreligionnaires à l'entourer, à le féliciter, à l'accompagner, on devine que le cainle de Saully a une réelle influence à la Légation de Tanger. Chacun sait ici que le Naïb Uterlinir est son protecteur, — mieux que cela, — son ami. Il est donc naturel que nos protégés marocains recherchent l'amitié d'un homme qui peut leur être utile auprès de notre Chargé d'Affaires, lequel est omnipotent en ce moment et le sera jusqu'à l'arrivée de M. Révoil, le nouveau Ministre plénipotentiaire de France au Maroc. M. Gaillard lui-même montre à l'égard d'El-Merrakchi une sorte de déférence, mêlée de confiance absolue, parce que le fils.

à'Abd-er-Hak'îMm' est véritablement très fort, très au courant des intrigues du Makhzen, très compétent dans toutes les questions de çoff et de politique magribines.

— Peut-être est-il un peu trop violent.

Tel est le seul reproche que lui font les Français et les indigènes qui ont vu le comte à l'œuvre quand il parcourait les campagnes marocaines à la suite de son chef. Les horions qu'il lui est arrivé de distribuer en ce temps-là à certaines fortes têtes du Blad-el-Makhzen et du Blad-es- Siba sont restés, il faut bien le dire, dans le souvenir des susdites fortes têtes qui n'attendent que l'occasion de restituer à ce serviteur zélé la monnaie de sa pièce. Aussi El-Merrakcbi ne dort-il que d'un œil quand il est sous la tente. Toutefois, sa conscience est tranquille ; c'est la conscience d'un honnête homme, fanatique de notre pays, parlant, cognant et agissant uniquement en vue de la plus grande France africaine.

Ayant beaucoup à faire, je rentre en ville de bonne heure. Les autres accompagnent E!-Merrakchitrèsloin.àplusieurskilomètresdedistance. Si Moust'fa doit même passer la nuit à Douiyèt avec lui. Au lieu de dormir, ils tueront le temps en causant, en buvant du thé, en fumant des cigarettes sous la toile blanche, qui est partie

272 FKZ

bien avant eux, avec les bagages, escortée par des geos sûrs qui avaient en outre la mission de protéger le plus cher trésor de leur nialtre : la propre femme d'El-Merrakchi, voyageuse invisible et mystérieuse sôus ses longs voiles de mauresque citadine.

Heureux partants ! Quand pourrai-je comme eux tourner le dos à la prétendue mdina-f-eli êulm (la VlUe de la Science), où les vrais savants sont ausi rares que les edelweiss (1) à Saint-Louis du Sénégal I

Nous coupons à travers les ruines, les cimetières, les vergers, les ruisseaux, et nous entrons vers 3' heures au Mellah' où je dois procéder à l'inspection des classes de garçons et de fdles.

Le personnel enseignant est sous les armes, au complet, les élèves aussi. Dans la salle des garçons, M. Conquy fait faire au tableau, sur ma demande, quelques problèmes d'arithmétique à des grands et à des petits élèves indistinctement. Les raisonnements sont clairs, précis, en bonne langue française.

(1) Fleurs d«8 glaciers.

La sœur de M"* Benchimol, une fillette d'une quinzaine d'années, vèèue à la dernière mode européenne, nous fait une exposilion magistrale de ses connaissances aoatomiques et physiologiques; elle parle comme un livre du rôle de l'œsophage, de l'estomac, de l'action du suc gaslrique et pancréatique, de la circulation du sang, de l'appareil circulatoire ; elle accompagne ses paroles de nombreuses figures qu'elle trace au tableau d'une main agile et sûre. Nous écoutons en silence sa diction irréprochable, sans le moindre accent étranger. Avec quelle maestria elle enlève les u, les voyelles nasales, les é ouverts et les autres articulations revêches des phrases suivantes:

— La marchedusang dans les artères présente une particularité intéressante. Nous avons vu que le sang était chassé dans les artères par les battements du cœur qui se produisent à certains intervalles. Le courant du sang n'est donc pas continu, mais présente un certain nombre de saccades correspondant aux battements du cœur.

Non, vraiment, c'est à croire que nous avons devant nous une Tourangelle qui n'est jamais sortie de son pays d'Indre-et-Loire. Le maîlre nous apprend que celle brillante élève se destine

ogie

à l'enseignement ; elle subira prochainement ses examens du brevet élémentaire et elle ira ensuite à Paris à l'École préparatoire de l'Alliance Israélite . pour revenir sans doute à Fez comme adjointe de sa sœur aînée.

Une dernière et suprême épreuve, celle de la Littérature française, restait à tenter. J'avise sur une table une authologie de nos bons auteurs ; je l'ouvre au hasard et je tombe sur la scène burlesque de Maître Jacques et û'Harpagon. Le sujet est peut-être un peu difficile pour des enfants qui ne connaisssent d'autre ville et d'autre contrée que le ghetto de Fez. M. Conquy m'affirme cependant que son meilleur élève, un jeune écolier de 15 ou 16 ans, est capable d'expliquer la fameuse tirade : — « Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dira; franchement qu'on se moque partout de vous », elc.

— Non seulement, ajoute le directeur, il vous expliquera ce texte français par des synonymes et des équivalents français, mais encore il pourra vous en donner deux traductions : une en arabe vulgaire, l'autre en espagnol !

Le jeune homme attaque son texte, et je vois immédiatement qu'il possède à fond les finesses et les nuances de notre langue. Il explique :

PEz 275

— Monsieur, c'est-à-dire seigneur, ou monseigneur. — Puisque vous le voulez, — du moment que vous le désirez. — Je vous dirai franchement qu'onge moquepartoul de vous, — je vous parlerai avec sincérité et je vous ferai savoir que vous êtes la risée de tout le monde

Et ainsi de suite, jusqu'à la fin, T^ traduction arabe qui m'est faite après cela me démontre qu'il n'y a pas chez cet enfant la moindre trace de psittacisme. aucun dressage mécanique de la mémoire. L'eliroyabictâchede taire passer du Molière en arabe, en ne lui faisant pas trop perdre de sa saveur naturelle, est résolue au-delà de mes prévisions. La boutade de Maître Jacques :

— Vom faites doubler les quatre-lemps el les vigiles, — ptwas*- aesartment embarrassante pour un petit juif de Fez, est assez spirituellement rendue en arabe :

— En-nas fi darek içoumou setlin youm, bess^if âlihoum. (Les gens, dans ta maison, font un ramadan de 60 jours (1), contraints et forcés).

Je suis émerveillé! Combien de rhétoriciens de nos grands lycées seraient-ils à même d'exécuter-les deux tours de force que ce jeune Marocain

(1) Od sait que le Ramadan, ou carême des musulmans, ne doit durer que 30 jours au maximum.

ogie

vient de (aire devant nous avec la plus étonnante facilité? Aussi, je ne loi ménage nullement mes compliments, mes félicitations, mes encouragements, et je lui fais grâce de la traduction espagnole, langue qui me produit trop l'effet d'un patois français déjà vieux et usé !

Encore quelques questions sur l'histoire et la géographie de la France, et puis je sors de cet asile de la science contemporaine, de ce phare perdu au milieu d'un océan de ténèbres.

Ilot de l'avenir, premier affleurement d'un continent de lumière qui surgit lentement à travers les épaisses couches du fanatisme et de l'ignorance, qui peut dire si la modeste petite- Université qui brille comme une étoile sur- le Mellah' de Fez ne sera pas emportée un jour de noire tempête par les longs remous islamiques, par ces mêmes vagues humaines qui menaçaient il y a quelques siècles de submerger la terre entière ?

En bas, dans ta salle des petites fltles, on me récite des lambeaux de fables de La Fontaine. Je suis aussi attendri que surpris d'entendre des enfants de 8 ans, qui ne savaient pas un mot de

D,g,l,7?<lT,GOÔglé

(ranoais il y a ud mois et deraî, ine dire sans hésiter les noms de tous les objets de la classe : — une table, le banc, le tableau, la craie. — On me montre leurs premiers essais de couture et de broderie européenne.

C'est parfait !

L'inspection se termine par un thé servi en famille, dans l'appartement de M. Conqu y. Chacun de nous remet au directeur une obole destinée à l'accroissement de la prospérité de l'école qu'il dirige si bien depuis tant d'années, et, témoin des précieux résultats qu'il a obtenus, je lui promets d'appeler sur son dévouement l'attention du Ministre de l'Instruction publique. Jamais palme académique ne sera mieux placée, j'en ai l'absolue" certitude, que sur la poitrine de ce pionnier de la civilisation (t).

(1) Voici quelques détails complémeDtaires sur l'École du Mellah' de Fez : - Fondée en 1883 car lAUianfe Uraèlite Uni-ùerseUe, dont le siège est à Paris (35, rue de Trévise), l'Ecole est dirigée par M. J. Conquy, assisté d'un adjoint, M. Sinal, et de trois professeurs indigènes. Les deux premiers, formés à Paris ù l'Ecole Normale Orientale, pourvus des mêmes diplùmes et titres univcrtaires que nos instituteurs, sont chargés de l'enseignement du français ; les trois derniers de celui de l'hébreu.

Les ^éves (classes des garçons) sont au nombre de 180, dont 90 payants. Ils sont divisés en quatre classes, dont deux apprennent le français le matin et les deux autres dans l'après-midi.

Le personnel indigène ainsi que le local sont â la charge

A la sortiedel'école, nous retrouvonsles parents de Benchîmol de Tanger qui veulent absolument nous faire les honneurs de cliez eux. Ils nous font visiter, les unes après les autres, quelques maisons Israélites remarquables seulement par leur propreté. La disposition des cours intérieures et des appartements est calquée sur l'habitation

de la Communauté ; le directeur et le professeur de français sont rëtribuës par la Société de Paris. L'enseignement comprend : — Leçons de choses, —

— grammaire française, — lecture française expliquée,

— arithmétique, — géographie universelle, — histoire, — notions de sciences physiques et naturelles, — histoire post-biblique, — histoire sainte, — calligraphie, — dessin, — traduction française de la Bible et du Talmud.

On estime que le quart des jeunes garçons du Mellah' vient à l'école.

Quant à la classe des filles, fondée il y a peu de temps, on trouvera dans les pages précédentes les détails qui la concernent.

Quatre élèves de M. Conquy achèvent actuellement leurs études à Paris à l'Ecole Normale Israélite Orientale. Deux ont déjà obtenu l'année dernière (1900) leur brevet supérieur; les autres passeront cette année leur brevet élémentaire. Quatre autres élèves attendent à Fez leur nomination d'instituteurs. La capitale du Maroc, grâce au directeur de l'école du Mellah', commence donc à fournir des instructeurs et des éducateurs qui répandront bientôt, ici ou dans les colonies étrangères de l'Orient, un rayon du génie de la langue et de la civilisation françaises.

Page 1