OBSERVATIONS
OBsERVATION I.
Henri Basrarp, 1882.
Tumeur fibreuse de l'utérus. Thrombose de la veine fémorale
gauche. Mort par embolie pulmonaire.
Léonie H..., âgée de 42 ans, fleuriste, entre le 2 novembre 1880 à l'Hôpital de la Charité, salle Saiut-Bazile, n° 25, service de M. le docteur Bernutz.
Bien réglée depuis l'âge de 15 ans, cette femme avait depuis cinq ans remarqué que ses règles étaient devenues plus abondantes: il Y a trois ans qu'elle s’est aperçue, en outre, qu'à chaque époque, au moment de ses ménorragies, qui persistaient pendant sept à neuf jours, son ventre grossissait pour redevenir normal une fois la perte terminée: Cela dura un an; il y a deux ans, elle s’aperçut que la tumeur persistait entre les époques menstruelles et augmentait de volume; elle va consulter le docteur Chéron qui, après avoir diagnostiqué une tumeur fibreuse de l'utérus, lui fait subir un iraitement par l'électricité qui fait diminuer l'abondance des ménorragies: mais la tumeur elle-même ne diminuant pas, la malade entre à l'hôpital. ne
On reconnaît, chez elle, l'existence d’une tumeur abdominale volumineuse située exactement sur la ligne médiane, remontant jusqu'à l’ombilie, de consistance très dure, non douloureuse.
Le toucher vaginal, difficile à cause de Ja présence de la membrane
hymen, permet de constater néanmoins que les mouvements imprimés à la lumeur par la main qui palpe le ventre sont transmis au doigt qui est placé sur le col.
Les pertes de la malade durent neui jours à chaque époque. Jamais elle n’a eu de métrorragies, mais elle perd en grande abondance un liquide blanc jaunâtre. Ce fait explique sa grande pâleur, la décoloration de ses lèvres, de ses gencives, de ses culs-de-sac conjonctivaux et un soufle anémique de la base du cœur se propageant vers les vaisseaux du cou. Peu d’appétit, une digestion difficile, une constipation opiniâtre. Telles sont les constatations qui furent faites dans le service du docteur Bernutz en novembre 1880. Un traitement par injections sous-cutanées d’ergotine est abandonné parce que trop douloureux pour la malade et à cause de la formation d’abeès au niveau des piqûres.
Des signes légers de péritonite firent également abandonner un traitement entrepris, en février 4884, par les courants continus avec 15 éléments de la pile de Daniell à raison d'une séance de dix minutes chaque jour.
L'état général reste à peu près le même jusqu’en juin 1881. A cette époque survint un peu d’œdème des malléoles. Cet œdème, resté stationnaire à droite, remonte, au bout de quelques jours, jusqu’à l’aine gauche. A ce niveau, on sent un cordon dur assez volumineux descendant jusqu'à trois travers de doigt au-dessous du pli inguinal. L'œdème est assez considérable, sans rougeur, peu douloureux. Il s’agit d’une phlegmatia alba dolens.
La malade est condamnée au repos absolu; son état n'offre aucune modification lorsque, brusquement, trois semaines après, le 29 juin,
au moment où elle fait un mouvement pour se mettre sur le bassin,
elle est prise d’un accès de suffocation et meurt en dix minutes avec tous les symptômes d’une embolie pulmonaire.
- L'’autopsie montre au niveau de l’abdomen l'existence d’une tumeur fibreuse unique interstitielle, occupant la partie supérieure et postérieure de l'utérus qui a le volume d’un fœtus à terme, faisant saillie du côté de la cavité qui est analogue à celle d’un utérus bicorne. Les ligaments larges sont absolument sains. Au niveau du thorax, on trouve, à l’intérieur de l'artère pulmonaire, un eaïillot
cylindrique de la grosseur du petit doigt. Ce caillot commence un
peu au-dessous de la bifurcation de l'artère pulmonaire et se pro-
longe dans la branche gauche de cette artère qu'il oblitère complè-
tement; ses deux extrémités se terminent brusquement. Au niveau
des membres, la veine fémorale gauche est remplie par un caillot qui est cassé brusquement au niveau de l’arcade fémorale, un peu. au-dessus de l'embouchure de la saphène interne qui, elle, est restée perméable. La paroi veineuse paraît absolument saine et il
n’y a aucune adhérence avec le caillot. Cependant, l'examen micros-
copique démontre qu'il y avait un commencement d’endophlébite et il est probable que les adhérences n'auraient pas tardé à se former.
Le caillot. lui-même es formé de deux parties : l'une plus ancienne,
en rapport avec la paroi postérieure de la veine, est formée de fibrine;
l’autre partie est formée de sang nouvellement coagulé et renferme
encore des globules. Il est probable que le courant sanguin de la
saphène interne qui n’était pas oblitérée, aidé d’un mouvement brusque de la malade, a entraîné le caiïllot de la fémorale des le
torrent circulatoire et. amené l’embolie pulmonaire.