Ibid., p. 366. — 4. Napoléon
5. Fichte, S. W., VII. Bd., /n Begiehung auf den Namenlosen, p. 512-516.
s'était fait tuer en héros, il n'avait pas perdu l'espoir, convaincu que, fidèles au serment fait solennellement devant son cadavre, les grenadiers allaient venger sa mort par un coup d'éclat. Ce fut donc avec une douloureuse stupéfaction qu’au sortir d'une joyeuse réunion de famille où l’on avait fêté chez Hufeland un anniversaire, le 17 octobre, il fut mis au courant de la réalité : une nouvelle défaite, l’armée en déroute, l'ennemi s’avançant à marches forcées sur Berlin découvert. Fichte résolut de fuir l'occupation étrangère et d'attendre, dans la partie du territoire qui n’était pas encore envahie, les destinées de la Prusse. Hufeland, médecin du roi, appelé à le suivre à Kôünigsberg, partait avec le philosophe *.
Fichte laissait à sa femme le soin de son fils et la garde de sa maison. Il se rendit d’abord à Stargard, petite ville située à dix-huit milles seulement de Berlin, afin de pouvoir y revenir dès que l’ennemi en aurait été délogé, au lendemain d’une victoire qu’il escomptait toujours.
Dans cette ville, où les remparts avaient été transformés en promenades et en cimetière ?, il y avait un gymnase célèbre, un professeur primaire de théologie, un recteur, une demi-douzaine de professeurs, un corps nombreux de prêtres, de juristes, de médecins. Mais, quand Fichte alla rendre visite aux universitaires de sa spécialité, on lui demanda naïvement quelle branche il enseignait ; le pasteur supérieur, qui se montrait particulièrement préoccupé des fondements de la morale, tomba presque des nues quand Fichte lui déclara qu'il avait publié un système de morale, vieux déjà de plus de dix ans °. « Aïnsi, écrivait-il à sa femme, à dix-huit milles de Berlin, dans l’arrière Poméranie, ma célébrité prend fin *.» |
Fichte, du moins, se trouvait à Stargard en compagnie de réfugiés comme lui, avec lesquels il entretenait les plus cordiales relations : la femme du médecin Hufeland, Tieck et sa fille, le banquier Levin, le père de Rahel.
Fichte ne resta pas longtemps à Stargard; les événements qui se précipitaient dissipaient ses dernières illusions. Plus d'espoir d'immédiate revanche, et de longtemps peut-être plus de perspective de retour à Berlin. Le roi s'était réfugié dans la province de Prusse, la seule qui lui restât. Fichte résolut alors de se rendre à Kôünigsberg, où l'avaient
1. Fichte's Leben, I. Bd., 11, 3, p. 366-368. Voir aussi Varnhagen von Ense, Denkwürdigkeiten des eignen Lebens, Zweite Auflage, Leipzig, F.-A. Brockhaus, 1843; I. Bd., Berlin, Herbst 1806, p. 404. |
2. Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, II. Bd., Nr. 527, 1806, Oktober-November, Tagebuch seit Stargard, d. 22, A 424.
3. Fichte'’s Leben, I. Bd., im, 8, An seine Gattin, den 26. October 1806, zu Stargard, p. 368-69. — 4. Zbid., den 27. October 1806, zu Stargard, p. 369.
précédé un certain nombre de ses amis, entre autres le ministre Schrütter, le médecin Hufeland, dont la femme partit avec lui pour rejoindre son mari ‘. .
Les routes étaient peu sûres; le voyage dura longtemps. Sorti brusquement de Stargard, le 27 octobre, Fichte arrivale 30 à Coslin où, conduit par Levin, il était descendu chez Borchardt, un ami et coreligion-
naire du banquier ; le 31, à cause du sabbat, il avait fait halte àSchlawe ;
le 427 novembre, il arrivait à Stolpe où il trouva bon gîte au Prince de Prusse ; le 2, à Lupow, il assista dans l’église à un sermon du pasteur ; le 3, il traversa Neustadt dont il visita les alentours; il parvint à Dantzig le 7, oùil s'installa chez le libraire Goldstein, mais il n’y demeura point. La ville se trouvait menacée par l’armée française après la capture du prince de Hohenlohe et de son corps d'armée; on redoutait qu'elle ne suivit l'exemple de Stettin qui, en dépit d'une garnison forte de six mille hommes, s'était rendue à une troupe de deux mille cavaliers ?.
Fichte était arrivé à Kônigsberg trois semaines plus tard; il était descendu chez son