C. FICATE À KONIGSBERG
ami Pôrschke*.
Il yfitbientôt la connaissance du pasteur en chef dela Cour, Scheffner, et de sa famille avec laquelle il noua d’étroites relations *; il y rencontra aussi la fille du pasteur Schulz, l'ami de Kant qui, le jour de sa fête, lui apporta un ouvrage de broderie. Il prenait ses repas l'après-midi dans un jardin situé au bord d’un lac en plein milieu de la ville; il s’y trouvait d'ordinaire avec le professeur Süvern et le pasteur Nicolovius f.
Obligé, cette fois, et pour un temps indéterminé, de renoncer à sa chaire d’Erlangen, Fichte dut s’enquérir d’une nouvelle situation. Force lui était de chercher des ressources dans l’enseignement. Il souhaitait professer à Künigsberg au lieu d'Erlangen, du moins pendant la durée des hostilités’; et la chose paraissait d'autant plus aisée que son arrivée avait provoqué chez les gens de tout âge et de toutes conditions une véritable effervescence; on l'avait assailli de sollicitations pour qu'il consentit à faire un cours. Cependant il fallait l'assentiment de
l'Université de Kônigsberg qui pouvait exercer son droit de veto contre
4. Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, II. Bd., Nr. 527, 1806, Oktober-November, Tagebuch seit Stargard, p. 425. — 2. Zbid., p. 426.
3. Dr. W. Dorow, Erlebtes aus den Jahren 1790-1827. Dritter Theil; Leipzig, 1845. Verlag der J.-C. Hinrichen Buchhandlung ; März 1790 bis August 1811; Prof. Fichte in Kônigsberg, p. 21!
4. Fichte’s Leben, X. Bd., nr, 3, den 18. December 1806, p. 377. — 5. Jbid., den 11. April 1807, p. 381. — 6. ‘Ibid. den 20. Mai, p. 386. — 7. Zbid., den 6. Dec. 1806, Dr912,
8. Dr. W. Dorow, Erlebtes aus den Jahren 1790-1827, loc. cit., p. 21.
un enseignement non autorisé. De ce côté l'affaire ne souffrait pas de difficultés; mais si Fichte était décidéàfaire gratuitement des conférences
aux étudiants, il entendait, pour ses cours publics, fixer des honoraires.
Nouveauté qui avait singulièrement refroidi le zèle de ses partisans !; car, à Kônigsberg, la prétention de faire payer son enseignement paraissait quelque chose d’exorbitant et constituait une révolution, une “véritable atteinte à la liberté académique.
L'obstacle fut tourné de la facon la plus élégante. Dès le 19 opte 1806, apprenant que la Franconie avait été évacuée par les troupes prussiennes et occupée par l'ennemi, que, selon toute vraisemblance, Erlangen le serait bientôt aussi, Fichte avait écrit au roi pour lui demander s’il ne devait pas différer son installation jusqu’au jour où la sécurité serait rétablie. Le 23 septembre, il avait obtenu l'autorisation de suspendre jusqu'à Pâques ses fonctions à l'Université d’Erlangen*. L'Université de Künigsberg était en pleine réorganisation : Fichte, célèbre déjà par ses écrits, venait de grandir encore sa renommée en
se révélant ardent patriote; pareille recrue était singulièrement pré- cieuse. Nicolovius, dont Fichte avait fait récemment la connaissance, pour l’avoir souvent rencontré en compagnie du ministre Schrôtter, de Scheffner et de Hufeland, obtint la nomination du philosophe à l’Albertina. Le 20 décembre 1806, « le professeur Fichte d’Erlangen, présentement à Kônigsberg », était nommé professeur ordinaire de philo-
4. Fichte’s Leben, I. Bd., 11, 3, den 6. Dec. 1806, p. 374. — 2. Jbid., den 11. April 1807, p. 380.
3. Fr. Frôhlich, Fichte’s Reden an die deutsche Nation, Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1907, p. 47.
4, Voici en quels termes un peu singuliers Nicolovius, dans une lettre à Lotte Jacobi, appréciait cette connaissance :
« Fichte est totalement différent de ce que je m'étais figuré d’après toutes les descriptions. J'étais. plein de préventions contre lui, je ne le cachaïs pas ; pourtant, entre nous, il y avait un lien qui me réjouissait. La puissance de son esprit se montre de suite tout entière, mais son cœur n’est pas moins puissant et il se cache. C’est pitié que cette nature vigoureuse, si pleine de force, soit arrêtée dans sa croissance, qu'elle porte en soi un cancer qui ronge de plus en plus ses parties les plus nobles. Fichte, le philosophe, est, à mes yeux, un hypocrite qui se trompe lui-même et le monde avec lui. Jacobi et Schelling l’ont battu, lui ont pris ce qu'il y avait de vérité dans sa doctrine primitive, et il ne veut pas le savoir, il ne veut pas l’avouer et devient ainsi journellement plus faux interprète et plus hypocrite ; et, dans cette voie, il faut qu’à ses yeux et aux yeux du monde il soif confondu. Si cet homme énergique pouvait se rendre compte clairement de la chose et cesser d’être un écrivain philosophique, il y trouverait une force et une gloire toutes nouvelles, il acquerrait une considération toute nouvelle. S'il voulait être pour notre temps un auteur politique, il deviendrait grand. » (Allusion à l’article sur le Prince de Machiavel que Fichte venait d'écrire dans la Vesfa). Nicolovius ajoutait que Fichte considérait comme une lacune dans son existence de ne pas connaître Jacobi. (R. Zoeppritz, Aus F.-H. Jacobis Nachlass. Ungedruckte Briefe von und an Jacobi, Leipzig, Verlag von Wilhelm Engelmann, 1869, Il. Bd., 1, p. 168. Theil eines Briefs von Nicolovius an Lotte Jacobi über Fichte. Aus Kôünigsberg, 1807, p. 198-199.)