‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 13 sur 95 · Les disciples de Jacobi · texte numérisé non relu

Les disciples de Jacobi

7. Ed. Fichte, J.-G. Fichte. Lichtstrahlen aus seinen Werken und Briefen, Leipzig, F.-A. Brockhaus, 1863, p. 96.

& monde jusqu'à Platon, la terre et ses habitants ont été plongés dans les

ténèbres; de Platon à Kant aussi; de Kant à maintenant aussi »... A ce

moment, tous les « iens » se mettent à remuer et à faire un vacarme épouvantable en trépignant des pieds, en toussant, en crachant. Fichte

s'arrête, contemple avec sang-froid la salle tumultueuse, — seuls ses

veux étincelants trahissent sa colère. Le silence rétabli, Fichte recom-

mence à moucher les chandelles et dit du ton le plus sérieux : « I/essieurs, je croyais faire une leçon devant une assemblée d'humains : me serais-je trompé ? Qu'est-ce qui différencie l'homme de la béte? L'homme peut exprimer ses pensées, ses idées par des paroles qu'on comprend. Cela est impossible à la bête : éléphant, bœuf, âne aussi, elle trépigne, elle rugit des sons inarticulés, bref, elle se comporte en étre privé de raison ». Puis, après une courte pause : « Je disais que nous ne savons rien parce que, depuis la création du monde jusqu'à Platonet de Platon jusqu'à Kant et jusqu'à ce jour, tout a marché, tout continue de marcher dans les ténèbres. » Cette fois, plus de bruit, plus un murmure. Fichte peut achever sa conférence. Mais, dans la nuit, des pierres sont lancées contre ses fenêtres, comme aux beaux

jours d'Iéna ; elles se trompent, d’ailleurs, d'adresse, et elles tombent dans la chambre de la femme, alors malade, du professeur Pôrschke,

l’ami chez lequel habitait Fichte!.

Ce fut la dernière manifestation de la cabale. Désormais, Fichte put achever en paix ses « lecons géniales » ?. Cependant cet incident, et probablement le succès médiocre des lecons qui suivirent, avaient convaincu Fichte que « sur les côtes de la Baltique on n'était pas mûr encore pour sa philosophie *» et l’avait dissuadé de laisser venir sa femme. Il lui écrivit alors la lettre où il lui enjoignait derester à Berlin. En attendant, il rendit responsable le public entier de l’Université du tumulte de tous les « iens » et n’ouvrit pas les cours qu'il avait annoncés pour le semestre d'été.

Par contre, il fit « mainte autre chose »; « on commencait à découvrir qu'en dehors de la spéculation philosophique Fichte avait certaines aptitudes »°, et, après avoir d'abord recu à l'Université l'accueil que l'on sait, Fichte, s'adressant non plus aux étudiants mais à la société

1. Dr. W. Dorow, £rlebtes aus den Jahren 1790-1827, loc. cit. p. 21-93. — 21014;;p. 23.

3: Fichte's Leben, I. Bd., nr, 3, den 20. Mai 1807, p. 387. 4. Hans Prutz, Die Kônigliche Albertus-Universität su Künigsberg, IE, p. 28. Cours

| public : Artem audiendi, legendi, dicendi explicabit, exemplo monstrabit, exercita-

tionibus juvare studebit Phil. Prof. ord. des. Fichte.

Cours privé : Doctrinam de principiis (die Wissenschaftslehre) judicio adultioribus offert privatissime.

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