‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 18 sur 95 · Zbid., Nr. 95, Krockow Tagebuch, Juli 1792, p · texte numérisé non relu

Zbid., Nr. 95, Krockow Tagebuch, Juli 1792, p

cœur, qu'aucun changement des temps, aucune absence, que votre long et mortel silence n’a pu modifier, souhaite avec toute l’ardeur de l'amitié la plus profonde que vous soyez heureux. Ayez donc la bonté de me le dire afin que je puisse m'en réjouir.

« Vous m'avez un jour conseillé de donner, comme vousle disiez, mon cœur à quelqu'un de plus digne que vous; je ne l’ai pas fait, je ne le ferai jamais, car cetattachement intime avait des raisons trop prépondérantes ; il est né du respect, je pourrais presque dire de la vénération, de la reconnaissance pour l'amour que vous m'aviez voué, un amour qui venait du cœur le plus délicat, le plus tendre, le plus noble. Tout ceci, et autre chose encore dont je ne parle pas, a enchaîné un cœur comme le mien trop profondément pour qu'il puisse jamais changer. »

Et Jeanne, après avoir demandé à Fichte de lui répondre par la prochaine poste en lui déclarant que son adresse était toujours la même, comme, elle aussi, était demeurée la même Jeanne qu’il avait connue, ajoutait : « Jusqu'à la mort, jusque par delà la tombe, mon cœur eue vis-à-vis de vous dans les mêmes sentiments ! ».

Fichte, dans les dispositions d’esprit où l’avaient mis ses déceptions sentimentales, comprit, un peu tard peut-être, le mal qu'il avait fait; il comprit qu’il avait laissé échapper le bonheur et il revint à Jeanne plein de repentir. Nous en trouvons l’aveu dans une lettre inédite de Fichte, datée de Berlin le 29 mars 1793, où il raconte à Jeanne les deux anecdotes suivantes :

« J'avais trouvé à Kônigsberg une amie qui était, pour moi, plus que les mères n'ont coutume d’être. Forcé — pourquoi, je le dirai de vive voix — de lui faire connaître ma résolution de retourner dans tes bras, je ne lui cachai pas mon indignité.— Je connais le cœur des femmes, me dit-elle, je ne puis qu'espérer qu'on vous pardonnera. — Je connais celle que j'ai choisie, répondis-je. Même si aucune femme ne pouvait pardonner, elle le ferait. Elle me pardonnera.

« Je trouvai un ami. je lui laissai bientôt lire dans mon cœur, je lui laissai lire aussi ma résolution et mon attitude vis-à-vis de toi : — Vous ne serez pas, me dit-il, le seul heureux mortel qui sorte d’une pareille aventure, indemne de tout châtiment. Vous recevrez une lettre très polie et très froide. — Je parie, lui répondis-je, que je recevrai une lettre affectueuse et, entre temps, m'arriva {a première lettre qui m'aurait précipité de honte dans les abîmes de la terre si, quand je l’ai reçue, une lettre de moi n’était pas déjà partie vers toi ou même n'était pas déjà entre tes mains?. »

Tout commentaire affaiblirait ces aveux. Mais il faut reconnaître que si Jeanne, par sa constance, finit par triompher des hésitations de Fichte, elle fut désormais, de la part de son mari, l’objet d’un véritable culte.

1. Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, I. Bd., Nr. 108, Johanna Rahn an Fichte, Zürich d. 11. December 1792, p. 263-264.

2. 1bid., Nr. 11%, Fichte an Johanna Rahn, Berlin, d. 29. März 1793, p. 274.

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