CHAPITRE I
È En acceptant, malgré ses répugnances, de A. RETOUR DE FICATE ; À BERLIN. rentrer dans Berlin encore occupé, Fichte avait bien spécifié que tout contact avec les autorités françaises devait lui être épargné.
Dans une lettre du 1% août 1807, où il informait sa nn de son revirement, 1l déclarait :
« Ma principale raison d'éviter Berlin jusqu’au départ des étrangers, ce fut de me dérober à leur pression, à leur inquisition et à leur parti pris d'imposer de force leurs desseins et leurs projets soi-disant supérieurs à tout homme de quelque notoriété. Ceci ne peut se faire que dans la mesure où je demeurerai ici à peu près ignoré. Je demande, j'implore cet incognito vis-à-vis des étrangers. Je redoute seulement à cet égard là présence de Harbaur. Pourvu qu'il n’aille pas s'aviser de vouloir me faire nouer de hautes relations ! Au moindre indice de ce genre, je repars !. » à
Le vœu de Fichte fut facilité par les circonstances. Au début de l'été Jeanne et son fils avaient changé de logis? ; ils habitaient le deuxième étage de la grande bâtisse — devenue depuis l’Institut Frédéric-Guillaume ? — située au fond du Georgenpark, tout entouré de grands
4. Fichte’s Leben, 1. Bd., m1, 3, Kopenhagen, den 31. Juli 4807, p. 398; et Ed. Fichte : J.-G. Fichte. Lichtstrahlen aus seinen Werken und Briefen, Leipzig, F.-A. Brockhaus, 1863, p. 98, note. Voir aussi Fichte’s Leben, I, x, 4, p. 403.
2. Fichte’s Leben, I. Bd., x1, 3, An seine Gattin, Kopenhagen, den 10. Juli 1807, p. 394.
3. C’est du moins ce qu'affirme Steffens dans sa biographie ; mais Edouard Fichte, dans ses ZLichtstrahlen, parlant des diverses résidences de Fichte à Berlin, déclare que la famille de Fichte habitait alors dans les mansardes d’une vaste demeure située dans le Georgenpark. C'est plus tard que Fichte se serait logé dans le bâtiment
depuis consacré à une école de médecine militaire sous le nom d’Institut Frédéric- Guillaume. (Ed. Fichte, J.-G. Fichte. Lichtstrahlen aus seinen Werken und Briefen,
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arbres, s'étendant d’un côté de la Friedrichstrasse jusqu’à la Sprée, de l'autre jusqu’à la Georgenstrasse. Dans cet endroit retiré on pouvait aisément vivre à l'écart, et Fichte échappait à l'obligation de loger des soldats français, ce qui eût aliéné sa liberté d'esprit pour réfléchir aux
principes concernant un avenir meilleur‘. La présence de Fichte passa
tellement inapercue que Steffens cite, à ce propos, une amusante anec-
dote. Allant rendre visite au philosophe, il rencontra, en montant l’es-
calier de la maison, un monsieur distingué, correctement vêtu, auquel il demanda si c'était bien là qu'habitait Fichte. Le monsieur lui répondit : « Fichte, je ne connais pas ». Steffens ajoute : « Je l'avoue, je le regardai avec stupeur... Que Fichte, un des hommes les plus célèbres de toute l'Allemagne, alors dans l'éclat de sa réputation, pût être inconnu d’un homme cultivé qui habitait la même maison, la chose, j'en conviens, me parut fort étrange ? ».
Fichte était doncsatisfait ;il avait voulu rester ignoré ; il l'était jusque dans sa propre demeure. Il ne vivait d’ailleurs pas dans une solitude absolue. Deux pavillons tout proches de sa maison abritaient des hommes de marque : A. de Humboldt et Jean de Müller ; d'autres amis venaient fréquemment s’entretenir avec lui, notamment A. Zeune, alors professeur au gymnase du Cloître Gris(Gymnasium zum Grauen Kloster), plus tard fondateur et premier administrateur de l'Institut des aveugles à Berlin, et Bernhardi, le beau-frère de Tieck et l’auteur des Bambocciades tant vantées par Schlegel, qui, tous deux, pendant son absence, s'étaient consacrés à l'éducation de son jeune fils, l’un lui enseignant, avec les éléments du latin, la géographie et les mathématiques”, l’autre le grec #.
p. 105 et 109.) De son côté, Hermann Fichte, dans la biographie de son père, affirme que Fichte et sa famille habitaient un petit pavillon (ein kleines Gartenhaus) à côté de celui de J. de Muller. (Fichte’s Leben, 1. Bd., nr, 4, p. 403.)
1. Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, I. Bd., Nr. 368, Fichte an Beyme, Berlin, 29. Sept. 1807, p. 486.