‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 23 sur 95 · bid., p · texte numérisé non relu

bid., p

3. G.-H. Pertz, Das Leben des Ministers Freiherrn vom Stein, Berlin, Verlag von G. Reimer, 1851, II. Bd., 1807 bis 1812, III. Buch, x. Abschnitt, Der Abschied, p. 318.

1808, Dreher et Schütz montèrent à Berlin leur théâtre de marionnettes avec des pièces que l’on sut empruntées à de vieilles légendes allemandes, les classes cultivées, qui auraient jusque-là cru compromettre quelque peu leur dignité en fréquentant ces théâtres, commencèrent à venir en nombre, sans souci du danger qu'ils y couraient en faisant remarquer leur affluence à des hôtes étrangers qui s’y rendaient aussi, mais, comme à un jeu frivole, et non, sans doute, dans le même sentiment sérieux et sacré ! ?

Rappellerons-nous, enfin, cette Ligue de la Vertu dont parlait

Varnhagen et dont Henri Bardeleben avait eu l'idée première, dès octobre 1807, à Braunsberg, où il était alors juge assesseur, ce livre sur l'Avenir de la Prusse qu’il destinait à réveiller les âmes endormies, à leur rendre les forces et un esprit communs ? Dans cet ouvrage, qu'il envoyait à Stein, il rendait un hommage sans restriction à l’homme dont le haut courage, l’énergie, sans autre égard que son amour pour la patrie, laissaient espérer un avenir meilleur et le retour de son ancien éclat.

L'idée germa, lorsque Henri Bardeleben vint à Kônigsberg, et le récit .

par Varnhagen — que nous avons reproduit — des premiers entretiens de Fichte à son retour à Berlin, laisse supposer que l'influence du philosophe ne fut pas étrangère au projet de la Société secrète l'Union éthico-scientifique. Réunissant une vingtaine de savants et d'officiers (dont Gneisenau), elle avait pour principal objet de « combattre l’égoïsme chez soi-même et dans les rapports avec les autres, de vivifier les sentiments moraux les plus nobles, de favoriser le développement spirituel, de prêter un appui aux efforts du même genre tentés par le gouvernement ». Au lendemain des Discours à la Nation allemande, durant l'été 1808, elle prit sa forme définitive et devint la Ligue de la Vertu, qui obtint pour ses statuts l'approbation royale et dont l’action s’étendit sur une grande partie du pays, au delà même des frontières de la Prusse?.

Ainsi les meilleurs esprits comprenaient l'urgence d'une réforme des mœurs ; les bonnes volontés ne manquaient pas non plus pour se mettre à la tâche, mais il fallut le génie de Fichte pour rendre ces intentions vraiment efficaces et pour donner aux idées qui flottaient dans l’air une âme et un corps.

Les Discours à la Nation allemande, prononcés le dimanche, pendant,

1. J. Fürst, Henriette Herz. Ihr Leben und thre Erinnerungen, p. 309 (?), cité par

Koberstein, op. cit., $ 341, p. 928-929. Nous avons vainement cherché ce passage dans le livre de Fürst qui, d’ailleurs, n’a que 248 pages. 2. J.-H. Pertz, op. cit., II. Bd., III. Buch, vi. Abschnitt, p. 193-194.

LES DISCOURS A LA NATION ALLEMANDE. 6l

l'hiver 1807-1808, dans le grand amphithéâtre de l’Académie de Berlin, furent, pour le peuple allemand, la parole attendue, la parole de régénération. Et Arndt put écrire un jour que Fichte avait été le véritable philosophus teutonicus comme Stein avait été le heros teutonicus!.

oniciNeS ‘DES Pour comprendre ces Discours dont l’igno-

« DISCOURS ». —I.ZES«L£- rance des uns, la passion des autres a si

1 2 ESP £ souvent et si profondément altéré le sens, il faut en étudier de près les origines.

Fichte, dès son exorde, présente ce nouvel enseignement comme « la suite des conférences qu'il avait faites à Berlin même trois ans plus tôt, durant le semestre d'hiver, et publiées sous le titre de: Traits caractéristiques du Temps present? ; il considère les événements qui ont fait perdre à l'Allemagne son indépendance comme le châtiment de la corruption qu'il avait alors dénoncée. De cette corruption il avait rendu en grande partie responsable la nouvelle orientation du romantisme. Le naturalisme qui enveloppe, au fond, la glorification de la sensualité

et qui conduit, avec le réalisme, à un mortel égoïsme ; le mysticisme qui aboutit aux grossières superstitions de la thaumaturgie et de la théosophie ; le reniement du Protestantisme et de la Révolution, qui vise, avec la glorification du Moyen Age, à la réhabilitation du Catholicisme et du Césarisme, étaient, à ses yeux, les véritables causes de la dégénérescence allemande. Or, nous nous étions efforcé d'établir que les lecons de Fichte étaient, pour une part, la réplique aux lecons du Second

1. H. Meisner und Robert Geerds, Arndts Lebensbild in Briefen, Berlin, 1898. Cité par Fr. Frôhlich, Fichtes Reden an die deutsche Nation, Eine Untersuchung 1hrer Entstehungsgeschichte, Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1907, p. 110.

2. C’est ce qui ressort de l’annonce faite par Fichte dans le Journal de Voss, le samedi 28 novembre 1807 :

Je reprendrai aussi le dimanche, à l'heure habituelle, de midi à une heure, mes lecons du semestre d'hiver pour le public des deux sexes — et j’y pousserai jusqu’à nos jours les considérations que j'ai commencées il y a trois ans et qui ont paru sous le titre de : Traits caractéristiques du Temps présent. J'annoncerai, quand il y aura lieu, dans cette feuille, l’ouverture de ces leçons.

Berlin, le 26 novembre 1807. Ficxre.

Et, en effet, le jeudi 10 décembre paraissait dans le supplément du journal l'annonce suivante :

Mes leçons pour faire suite aux Traits caractéristiques du temps présent commenceront dimanche prochain, 13 décembre, de midi à une heure, dans l’amphithéâtre de l’Académie.

Et Fichte donnait l’adresse du libraire où, pour le bon ordre et conformément aux dispositions déjà prises pour les conférences précédentes, on pouvait se procurer des cartes d'entrée gratuites pour la première, vendues un Thaler pour les suivantes. {Franz Frôhlich, Fichtes Reden an die deutsche Nation, p. 4-5.)

. 3. C’est ce qu’a bien vu Fr. Frühlich dans son étude sur les Discours à la Nation allemande. 11 écrit : « Fichte, dans les Grundztügen (8° leçon), s'était déjà élevé contre ceux qui érigeaient l’inconnaissable au rang de premier principe... 7 considérait comme un des maux du siècle les aberrations des romantiques, leur prédilection pour le césarisme et le catholicisme. » (Dr. Franz Frôühlich, Fichtes Reden an die deutsche Nation, note 3 de la page 80.)

lu GR Mo UMA DE Do DAT RE ETS CSP TAUSR mi LT 26 LR TORTUES à Œler } ke SN 4 ICRAENE-4 à TER s po “ut IVe TN CNET AR AU Ÿ À { ve J | Vi ‘à TAUAIA “ dy ÿ y ; $ 1 \ AE AT lo.

f 5 ‘ ' F \ Dr m 4 F rs 4:

62 FICATE À BERLIN. } Cours d'A.-G. Schlegel et notamment à son Zntroduction sur l'esprit du siècle. Si l’on examine, en effet, le Cours de l’année suivante qu’A.-G. Schlegel rattache, lui aussi, au précédent « comme une suite et comme un complément! » etnotamment à son /ntroduction sur l'esprit du siècle, « où se trouvait mainte rectification des opinions régnantes sur le Moyen Age si injustement décrié? », il est impossible de ne pas étre frappé des analogies qu'il présente encore avec certaines parties des Discours de Fichte (Discours IV à VII). En ce qui concerne le véritable sens du Troisième Cours de Schlegel, aucun doute possible : il s’agit de fonder le Nationalisme allemand, la Deutschheit, sur l'étude des origines de la langue allemande et sur l'histoire de la littérature allemande, notamment au Moyen Age. |

«A.-G. Schlegel, écrit Haym, l'historien du Romantisme, commence par délimiter du dehors le domaine de la poésie romantique. Elle constitue, pour lui, le caractère de la poésie propre aux grandes Nations de la nouvelle Europe, aux nations romantiques’. A l’exclusion des peuplades slaves et des souches asiatiques étrangères, il comprend sous ce vocable les peuples de langue allemande ou latino-allemande qui, après la chute de l’Empire occidental romain, ont constitué le noyau de la nouvelle histoire de l’Europe. Cette Europe unifiée du Moyen Age que Novalis avait glorifiée, du point de vue de la civilisation historique et religieuse, Schlegel en fait, àson tour, la base de son histoire littéraire ?. » Abordant alors la question de savoir ce que la culture européenne doit à l'Allemagne, Schlegel y répond dans une longue digression qui est une véritable introduction à son exposé historique. « Elle nous ouvre, dit encore Haym, une vue profonde sur le lien qui, chez les Romantiques, unit à l'intérêt national les intérêts poétiques et philosophiques. : Elle nous montre comment, par le détour du cosmopolitisme, peut se rencontrer aussi dans cette culture spirituelle par excellence le retour aux sentiments et aux intentions patriotiques*. +

Tout en raillant les hommes bien intentionnés à la manière de Klopstock qui, par un orgueil national exagéré et par réaction contre les Allemands, « prisent sans mesure l'étranger » croyant patriotique d’exalter le sentiment national au détriment des autres peuples dont ils sont tentés de suspecter le génie, Schlegel, à son tour, se propose de

1. A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst. Dritter Theil (1803-1804) : Geschichte der romantischen Litteratur, Heïlbronn, Verlag von Gebr. Henninger, 1884; Vorlesungen über die ramantische Poesie. Einleitung, p. 8.

2H DId RE D

3. Haym, Die romantische Schule, Ein Beitrag zur Geschichte des deutschen Geistes, Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1906, III, v, p. 804, et Schlegel, loc. cit., p. 3, 14, 15. — 4. Zbid., p. 805.

te LR REPAS DS PT SRE EN

réhabiliter le Teutonisme, mais en montrant que sa supériorité vient non pas de son caractère purement national! mais de son excellence et en le rattachant à ses origines moyennageuses, à la Mythologie, aux légendes de la Chevalerie, aux chants d'amour, aux maîtres chanteurs.

A la suite de son frère Frédéric, qu'il cite à plusieurs reprises, il s'efforce

d'établir que « l'universalité, le cosmopolitisme constituent l'essence même de l'esprit allemand? ». Plus que les autres peuples, les Allemands se souviennent de l'ancienne unité originelle de l’Europe, et pour une raison bien naturelle qui repose sur la manière même dont s’est développée la race allemande. Avec les conquérants allemands du temps de la migration des peuples venus de l’est du Rhin, des fiefs, remontant

aux âges les plus reculés, et de plus loin encore, à l'Orient, pour se répandre au nord et au sud, surgit, comme du roc, une source fraiche et bouillonnante de vie héroïque qui se déversa sur les restes de l’'Empire romain, et, aujourd'hui encore, tant de noms de pays et de provinces nous disent les lieux où se fixèrent Saxons, Francs, Burgondes, Lombards, Vandales, et confirment que les habitants actuels sont en partie leurs descendants. L'Europe moderne doit donc à des peuplades allemandes d’avoir été recréée et reconstituée. Et, s’il fallait en appeler au sentiment national allemand, ce serait pour se souvenir que l’Europe est de souche allemande *.

Sur cet hémisphère du globe les Allemands, après les Romains, ont ainsi été les seconds grands conquérants du monde “ et, à considérer l'Orient comme la région d'où viennent les régénérations du genre humain, l'Allemagne a été, comme le disait déjà Frédéric, cet « Orient de l'Europe » 5 à qui est revenu le sort enviable de rallumer en Occident le sentiment éteint de l’unité européenne.

1. A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst (1803-1804), p. 24. 2. Ibid., p. 33. — « Le cosmopolitisme n'était d’ailleurs pas nouveau chez les Schlegel et l’on en trouverait maintes traces dans les écrits antérieurs des deux frères — comme, d’ailleurs, chez la plupart des penseurs du temps. Qu'on se souvienne notamment du passage de Fichte dans les Traits caractéristiques du Temps présent, que nous avons eu déjà l’occasion de citer, et de son premier Dialogue sur le Patriotisme. En ce qui concerne les idées d’A.-G. Schlegel à ce sujet, nous avons le témoignage de Tieck : « Combien de fois, disait-il, ne me suis-je pas bataillé avec A.-G. Schlegel sur ses idées cosmopolites auxquelles il était entièrement adonné. Il était, au fond, d'avis que peu importaient absolument les gouvernements et les événements, et que, finalement, plus les choses allaient mal, mieux cela valait; car, alors, la science est d'autant plus libre et plus indépendante. Sous une forme aussi générale, je n’ai jamais pu comprendre de pareilles pensées. J'ai toujours considéré la vraie patrie comme ce qu'il y a dé premier et de plus immédiat qu’on puisse assi- gner à l'homme et à quoi il lui faille se tenir. » (Koberstein, Geschichte der deutschen Nationalliteratur, IV. Bd., $ 340, p. 911. Ludwig Tieck, Erinnerungen aus dem Leben des Dichters nach dessen mündlichen und schriftlichen Mittheilungen, Brockhaus, 1855, 2, p. 247). — 3. A.-W. Schlegel, Vorlesungen.…., p. 34. — 4. Jbid., p. 15; voir aussi p. 88. — 5. Zbid., p. 32 et 35.

Page 1