‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 24 sur 95 · DAS · texte numérisé non relu

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Il s’agit, pour A.-G. Schlegel, « tout simplement d’unir les qualités”

respectives des différentes nationalités, de se confondre en elles par la pensée et par le sentiment, de fonder ainsi, pour l'esprit humain, un centre cosmopolite », de restaurer contre les égoïsmes nationaux actuellement suscités par les intérêts bornés de la politique et qui ont divisé l'Europe, ce sentiment d’un intérêt commun, d’un véritable patriotisme européen qu'avait connu le Moyen Age, en faisant de l'Europe un seul pays, et qui n’était pas encorecomplètementéteint vers le début du xvre siècle !.

Ce qu'A.-G. Schlegel propose ici, c’est la reconstitution du «patriotisme européen, » le réveil du « sens cosmopolite » sous l'égide du peuple allemand et en raison de son « excellence ». Les lecons de 1803- 1804 ont pour principal objet de faire ressortir cette excellence ; l'argumentation d'A.-G. Schlegel invoque à la fois la considération de la langue allemande et la réhabilitation du Moyen Age.

Aux Romantiques revient vraiment l'honneur des recherches sur les origines delalangueetde la littérature allemandes et sur leur valeur.Jusqu'au milieu du xvun° siècle, ce qui s'était fait, en ces matières, n’était que travail sporadique et demeurait sans influence?. Ce n’est pas le lieu de dire ici tout ce que la philologie et l’histoire littéraire doivent, notamment, aux frères Schlegel. Rappelons seulement l'influence

qu'exercèrent sur eux, au point de vue de l'étude du langage, Herder

et Bernhardi. Bernhardi, en particulier, venait de publier à Berlin sa théorie du langage. La première partie avait paru en 1801, la seconde venait de paraître en 1803, au moment où A.-G. Schlegel, qui en avait rendu compte lui-même dans un numéro de l’Europe, faisait son cours ÿ. L'influence de Bernhardi sur l'orientation de Schlegel n’est donc pas douteuse; l’enseignement répondait trop à ses aspirations

pour qu’il n’en subit pas l'empreinte : l'étude des langues apparaissait

comme la racine même de toute poésie *.

Mais ce qui paraît appartenir en propre à Schlegel, c'est l’applica-

tion qu’il en fait à la littérature allemande, Il proteste d'abord contre « l’assertion répétée jusqu’à satiété que l'allemand est une langue dure, rauque, difficile, dont larigidité est rebelle à toute douce euphonie» à. Schlegel reconnait sans doute que, « d’après les lois générales

4.A.-W.Schlegel, Vorlesungen über schône Litieratur und Kunst (1803-1804), p.16, 38. 2: Haym, Die romantische Schule, III, v, p. 809.

. A.-F. Bernhardi, Sprachlehre, 2 Theiïle., Berlin, bei Frülich, 1801-1803 (Eure ne . 193-204); v. A.-W. Schlegel, S. W., ‘éd. Bôücking, Leipzig, Weidmann’sche TAN 1847, XII. Bd., p. 141,

4. Haym, Die romantische Schule, IX, v, p. 779 et 852. 5. A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst (1803-1804), p. 27.

de l’euphonie dans la nature des voyelles et des consonnes, dans leurs rapports de fréquence ou de position, lois déjà déterminées jadis par lui-même dans ses lecons et dans ses écrits, on pourrait souhaiter à la langue allemande un peu plus de charme auditif ‘ », sans oublier toutefois que « le poète écrit pour des oreilles allemandes », mais il nenest pas de même en ce qui concerne l’eurythmie, c’està-dire la fixité de la quantité et la variété de l'accentuation qui rendent une langue apte à exprimer et à caractériser les modes de versification artistiques les plus divers ; là il est facile de montrer que la langue allemande offre des avantages considérables sur la plupart des langues modernes? ; Schlegel en fournit des exemples en s'appuyant sur l’autorité de Klopstock. Tout en reconnaissant les emprunts faits aux idiomes grec et latin, avec lesquels l'allemand se trouve apparenté originellement, Schlegel soutient que, par rapport aux langues composites néo-latines, et à l'anglais, l’allemand est une langue pure et primitive*; il ajoute que ces langues, si elles doivent leur matière (leur vocabulaire) au latin, doivent, en grande partie, leur forme à l'allemand, parce que ce sont les conquérants allemands qui, ayant appris de la masse des indigènes latins ou latinisants leur vocabulaire, n'ont cependant pas pu ou pas voulu se soumettre aux règles grammaticales latines et ont plié ce vocabulaire « à la manière allemande » (par exemple la conjugaison allemande par périphrase avec les auxiliaires, qui se retrouve dans toutes ces langues)‘. Il insiste aussi sur l'insuffisance et les limites de ces langues dérivées pour la création des mots nouveaux. « On voit, dit-il, aisément combien il est désavantageux pour la libre constitution d’une langue de n’exister qu’à

. titre de rameau greffé sur une souche morte en grande partie et de ne

pas êtreen contact direct avec le sol nourricier 5 ». La supériorité essentielle de l'allemand saute ici aux yeux. Le latin, par insuffisance originelle, n’était pas une langue poétique ou philosophique; pour la poésie, il lui a fallu se plier laborieusement aux modèles grecs et, même à l'époque classique, elle n'a jamais été apte à la philosophie. Les langues néo-latines en ont souffert f. L’allemand, au contraire, bien plus apparenté au grec dans toute sa structure, porte en lui-même la source la plus riche pour la formation des mots : il est capable de se renouveler sans cesse; c'est, autant qu’il peut réellement y en avoir une, une langue vivante ‘.

Ces considérations conduisaient Schlegel à tracer un « court exposé

4. A,-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst (1803-1804), p. 27. — 2. Ibid. — 3, Ibid., p. 28. — 4. Ibid., p. 29. — 5. Jbid., p. 30. — 6. Jbid., p: 30. —.7. Zbid., p. 31.

FICHTE ET SON TEMPS (Ill). 5

de l’histoire de la langue et de Ja poésie allemandes » et à en déter-

minerles époques depuis les origines, où l'on trouve les traces primitives

du teutonisme ; le premier peut-être, en ressuscitant la littérature des anciens âges dont il s’occupait dès avant 1798, il faisait place aux chantres d'amour (Minnesänger'); puis, avec les Vibelungen, aux poèmes du temps de la Chevalerie et, plus tard, à la fin de la période dite bourgeoise, aux maitres chanteurs contemporains de la Réforme, à Hans Sachs notamment ; enfin, avec le xvne siècle, il arrivait à la poésie dite savante (à Opitz et à son école en particulier) et, avec le xvuie, à l’âge d’or de la littérature allemande. Nous avons, pour l'objet qui nous occupe, à insister plus particulièrement sur les vues qu’expose Schlegel à propos du Moyen Age. En effet, la conclusion que tire Schlegel de l'étude de l’histoire de la poésie en Allemagne nest point, par comparaison avec les autres littératures, une conclusion triomphante, mais il estime que le romantisme lui ouvre des voies nouvelles si elle sait utiliser les enseignements de l’histoire. Sous la forme « savante », qui est celle qu’il faut aujourd’hui revêtir et qui aura ses racines dans la philosophie et la mythologie romantiques, la poésie allemande ne doit pas oublier ses attaches avec la Chevalerie et la période bourgeoise, c’est-à-dire avec le nationaulisme, soit idéaliste, soit réaliste, en vue de reconstituer cette unité de l’Europe moderne où Schlegel voit l’aurore des temps nouveaux”. Or, que nous apprend, à cet égard, l'étude du Moyen Age, qui inaugure la civilisation de l’Europe moderne ? |

Tout le monde sait qu'avec la chute de l’Empire romain d'Occident il faut voir, dans ce qu’on a appelé la migration des peuples, l'origine de la République des États de l'Europe moderne. Que, dans cette migration, le rôle prépondérant revienne à des hordes venues d’Asie et qui furent les souches allemandes primitives, c'est ce qu'avait déjà soutenu Schlegel. Il ajoute ici que ces peuplades, avant d'envahir les provinces romaines, avaient, en partie, embrassé le Christianisme ; la religion constituait entre elles un lien presque plus solide que la communauté de race, si bien que leur conquête fut aussi celle du Christianisme devenu dès lors le principe de l'unité de l'Europe. Voici donc ce qui caractérise le Moyen Age: c'est la combinaison de la bravoure indomptable du Nord allemand, d’un élément indigène et vivant, avec l’idéalisme religieux et oriental du Christianisme. De là est sorti l'esprit chevaleresque, en opposition d’abord à l'esprit de la mystique monacale qui avait figé l'esprit de l'antiquité

1. Koberstein, Geschichte der deutschen Nationalliteratur, IV. Bd., $ 332, p. 747. 2, A.-W.Schlegel, Vorlesungen über schôüne Litteratur und Kunst(1803-1804), p. 84-86.

classique dans une scolastique morte avant de se fondre avec lui dans

une synthèse supérieure, ainsi que l’attesteront ultérieurement ses légendes et ses romans !. Et c’est précisément dans cette « Mythologie héroïque » du Moyen Age que Schlegel voit se refléter le plus directement l'esprit de l’époque romantique?. Sans entrer dans la démonstration qu'il tente en esquissant les quatre cycles de la Mythologie chevaleresque, retenons seulement tout ce que doit à Schlegel la mise au jour des trésors de cette Mythologie allemande, de l’époque des Burgondes et des Lombards, notamment la révélation des Vibelungen comme d’une véritable épopée allemande, d’une sorte d’Iliade germanique * où tous les traits héroïques du caractère national allemand se trouvent déjà fixés *, et aussi du Zivre des Héros (Das Heldenbuch}, qui est une sorte de comédie héroïque de la Chevalerie allemande.

l'étude du Moyen Age confirme donc, aux yeux d’A.-G. Schlegel, les conclusions auxquelles ses étades linguistiques l’avaient déjà parallèlement conduit : le peuple germanique est le successeur né du peuple romain pour la domination du monde ; à l'Allemand est revenue la mission de restaurer, après la chute de l’Empire romain, l'unité politique et morale de l'Europe moderne, sous l'inspiration de la religion chrétienne. Le Catholicisme romain, le Papisme y a échoué, et, de nouveau, après la crise de la Réforme, l’Europe disloquée a sombré dans les divisions intestines ; mais le Romantisme, héritier de l’Idéal du Moyen Age et du pur esprit allemand, prédit les temps nouveaux où l'Allemagne, consciente de son rôle historique, restaurera l'unité de l'Europe dans la foi d'un Christianisme rajeuni.

! LES EMPRUNTS DE Que la conception romantique du Germa- | RP REA nisme et de sa mission dans le monde ait été LES « DISCOURS A LA NA- présente à la mémoire de Fichte au moment NOR EEE | où il composa ses Discours il est, après ce que nous venons de dire, bien difficile de le contester, car'on y retrouve les mêmes idées appuyées sur la même démonstration.

Dans l’adjuration qui sert de péroraison à son dernier Discours, Fichte s’écriait: « Si vous reprenez courage et que vous écoutiez mes conseils..…., vous verrez naître autour de vous une race qui assurera aux Allemands la mémoire la plus glorieuse. Vous pouvez voir, par les yeux de l’esprit, cette génération rendre le peuple allemand illustre entre

tous les peuples, et la nation allemande devenir la régénératrice et la

1. A-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst (1803-1804), p. 87-90. —- 2, Zbid., p. 110. — 3. Zbid., p. 121. — 4. Zbid., p. 120.

rénovatrice du monde! »; et il ajoutait, un peu plus loin : « Oui, parmi tous les peuples, il y encore des esprits qui ne peuvent pas se résoudre à ne voir que de vaines duperies dans les grandes promesses faites au genre humain relativement à l'instauration d’un empire régi par le droit, la raison et la vérité, pour qui l’âge de fer actuel n’est qu'une période de transition à laquelle succéderont des temps meilleurs. Ces hommes, et par cela même l'humanité moderne, comptent sur vous ?.…. Le vieux monde, avec sa splendeur, sa grandeur, mais aussi ses défauts, a sombré par sa propre indignité et la violence de vos ancêtres. Sice que nous avons exposé dans ces Discours renferme une parcelle de vérité, c'est vous qui, parmi tous les peuples modernes, possédez le plus nettement le germe de la perfectibilité humaine et à qui revient la préséance dans le développement de l'humanité. Si vous disparaissez dans votre essence, tout le genre humain perdra l'espoir de pouvoir se relever un jour de la profondeur de ses maux... Il n’y à donc pas d'issue : si vous sombrez l'humanité tout entière sombre avec vous, sans espoir de restauration futureÿ. »

On ne pouvait annoncer en termes plus magnifiques la mission que: À.-G.Schlegel, dans ses Leçons de 1803-1804, assignait déjà au peuple allemand. Mais l’analogie se poursuit plus profonde encore. Schlegel affirmait, pour justifier cette mission, que le caractère propre du peuple allemand était précisément d’unir en lui patriotisme et cosmopolitismé : la conquête du monde par l'esprit allemand ne l’asservissait pas aux fins particulières d’une nation, elle réalisait les fins mêmes de l'humanité ; c’est déjà ce quiressort du passage que nous venons de citer, c'est ce qu'avait mis encore en lumière le huitième Discours où Fichte se demande en quoi consiste, pour le peuple allemand, le véritable patriotisme. Son patriotisme n’est pas un patriotisme étroit, borné à l'amour du sol et aux limites d’une frontière, c'est le patriotisme qui convient à un peuple primitif (Urvolk) qui porte en lui une source de vie éternelle, un principe spirituel, au fond l’amour de la liberté. Fichte reproduit, ici, les expressions mêmes dontils’était servi dansles Traits caractéristiques du Temps présent et qu’on a trop souvent opposées à l'inspiration des Discours. « Nul prince allemand, s’écrie-t-il, n’a jamais eu le courage de limiter la patrie de ses sujets aux montagnes et aux fleuves soumis

à son autorité et de les considérer comme attachés à la glèbe... Et c’est.

1. J.-G. Fichte, Discours à la Nation allemande, trad. Molitor, Paris, A. Costes, 4993. Discours XIV, p. 231-232. — 2. Jbid., p. 243. — 3. Jbid., p. 244-245.

4. Ibid. Discours VII, p. 119-123, 126-127, 131-132. — « Les Allemands, déclare ici Fichte, en leur qualité de peuple primitif, sont capables de ce patriotisme qui, nous croyons du moins en être certains, a récllement existé chez eux jusqu’à ce jour. (/bid., p. 134.)

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ainsi que, malgré l'exclusivisme et l'étroitesse d'esprit des États

particuliers, on put trouver, dans l’Allemagne considérée comme un tout... la culture supérieure qui descendit peu à peu jusqu’à la masse du peuple. »

On retrouve ici le souvenir des idées que Fichte avait déjà soutenues dans le premier Dialogue patriotique. Au patriotisme particulariste des différents États de l'Allemagne, au faux patriotisme, il avait opposé le vrai patriotisme édifié sur la communauté de race et de langue, l'esprit national allemand, et il avait montré dans cet esprit national, le seul véritable patriotisme, un patriotisme reposant sur les fins universelles de l'humanité. Le patriotisme allemand — parce qu'il était l'esprit même de la science, de la raison —, était précisément par essence cosmopolite?. « Seul l'Allemand pouvait être patriote parce que seul il pouvait embrasser, dans les fins de sa Nation, l’ensemble de l’humanité*. » Ainsi se conciliaient, pour l'Allemand, Cosmopolitisme et Patriotisme; patriote agissant, il était aussi le plus agissant « citoyen du monde », car son but était de faire participer toute l’ humanité à sa culture nationale qui était en même temps la culture générale‘. Et si l'Allemand, par la science qui est son apanage, ne prenait pas la direction de l’Europe, ne la préservait pas de la folie et de l'ignorance, c'en était fait de la civilisation européenne, et on verrait des nations extra-européennes, l'Amérique du Nord sans doute, imposer leur domination au mondeÿ. Il est difficile ne ne pas apercevoir dans ces développements de Fichte une allusion à la récente thèse des romantiques, et nous aurons plus loin l’occasion de montrer qu’elle est ici directement visée.

Convaincu de la grandeur de cette mission du peuple primitif, du peuple élu qu'est le peuple allemand, Fichte reprend le thème prophétique de Scblegel, « les temps nouveaux » où il accomplira sa destinée, et « qu'il faut demander aux Allemands d’inaugurer en précédant tous les peuples et en leur servant de modèle ». « Voici poindre déjà l'aurore du monde nouveau ; elle dore les sommets des montagnes, annonciatrice du jour qui se prépare. Je vais, autant que mes forces me le permettront, capter les rayons de cette aurore, les condenser en un miroir où notre époque désolée pourra se contempler et se figurer qu’elle existe

1. Discours à la Nation allemande, trad Molitor, Discours XIV, p. 135, et III, p. 45. — « Sans doute, lisait-on dans les Traits caractéristiques du Temps présent, les

enfants de la terre qui voient leur patrie dans la glèbe, le fleuve ou la montagne,

demeureront les citoyens de l’État déchu ; ils conserveront ce qu’ils voulaient, ce qui fait leur bonheur, mais l'esprit, fils du Soleil, sera irrésistiblement attiré, pour s’y rendre, là où brillent la lumière et le droit.

2. Fichte, N. W., III. Bd., Der Patriotismus und sein Gegentheil, erstes Gespräch, p.232-234. — 3. Jbid., p. 234. — 4. Jbid., p. 229 et 234. — 5. Jbid., p. 243.

encore ; elle y verra se refléter son essence véritable et défiler en une vision prophétique tous les épanouissements, toutes les transformations dont cette essence est capable'.» | |

Comme Schlegel, Fichte appuie cette mission future à l’histoire. « Pour caractériser les Germains, il nous suffira de dire qu'ils eurent pour rôle de relier l’ordre social établi dans la vieille Europe à la vraie religion conservée dans la vieille Asie et de préparer ainsi, en et par eux-mêmes, une époque nouvelle, toute différente de l'antiquité disparue ?». Quant à l'argumentation dont se sert Fichte pour justifier le caractère primitif du peuple allemand et cette excellence qui explique sa mission, elle consiste, suivant encore les indications de Schlegel, à faire fond sur le caractère de la langue. Fichte, quand il revint à Berlin, eut de fréquents entretiens avec deux hommes auxquels, pour s'être occupés de l'éducation de son fils, il avait témoigné une particulière reconnaissance, Zeune et Bernhardi. Ces entretiens portaient notamment sur l'étude des langues. Avec Zeune, Fichte étudiait l'italien, l'espagnol, le portugais ; il faisait de la grammaire comparée, cherchant à connaître les lois conformément auxquelles la langue mère, le latin, s'était proprement transformée en chacun de ces dialectes romans ; s’il n’est point sorti un ouvrage achevé de ces essais de grammaire comparée, il reste, dans les papiers posthumes du philosophe, de nombreux fragments qui attestent la minutie des études auxquelles il se livrait alors ?. Avec Bernhardi, les conversations étaient peut-être plus générales. Mais Varnhagen nous apprend aussi que l’un des principaux objets de ces conversations était « la linguistique qu’on examinait à la lumière des concepts purs », ce dont Fichte était d'autant plus satisfait que Bernhardi était l’auteur de cette théorie du langage dont A.-G. Schlegel avait rendu compte‘. ù

La préoccupation de se documenter sur les langues et sur leur structure se reflète dans le quatrième Discours où Fichte cherche, dans l'examen critique de la langue allemande, la raison même de l’originalité du peuple allemand et de sa supériorité sur les autres peuples d’origine germanique, sur les néo-latins 5. Il reprend à son tour, pour la

4. Discours à la Nation allemande, Trad. Molitor. Discours I, p. 17.

2. Zbid., Discours IV, p. 51; v. aussi Discours VI, p. 85 et suiv.

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