Fichte’s Leben, 1. Bd., ni, 2, p
4. Varnhagen, D enkwürdigkeiten und vermischte Schriften, VIII. Bd., August-
Ferdinand Bernhardi, Schreiben an seinen Sohn Wilhelm Bernhardi, Berlin, den 10. Nov. 1845, p. 289-290.
5. Il faut ajouter, en ce qui concerne l’histoire du peuple allemand, que l’unique occupation de Fichte, en déhors de la préparation de ses leçons, durant le temps où il prononça ses Discours, fut de relire Tacite que Napoléon haïssait à l’égal d’un vivant parce qu’il enseignait aux peuples l'insurrection contre la tyrannie. (Voir Mémoires de Talleyrand, Paris, 1891, T. I, p. 442 : Conversation avec Wieland,
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renforcer encore, la thèse de Schlegel. L'’autonomie du peuple allemand, ce pouvoir de vie et de régénération qu'il portait en lui est attesté par la langue allemande. Et, en effet, la langue allemande est une langue-mère, autochtone, demeurée au fond toujours vivante et créatrice; à travers les changements que les siècles lui ont fait subir, elle représente une civilisation originale par contraste avec les langues néo-latines, qui représentent une civilisation d'emprunt. Elles sont incapables de se renouveler parce qu’elles portent la mort en elles, parceque la racine est coupée qui les reliait à la vie. « Les Allemands parlent une langue qui est restée vivante dans toutes ses parties, jusqu’à la source même d’où elle découle; la langue des autres peuples germaniques, au contraire, ne vit qu’à la surface, et ses racines sont mortes. Toute la différence est là pour nous : la vie d’un côté, la mort de l’autre... Aucune comparaison n’est possible entre la vie et la mort; la première l'emporte infiniment sur la seconde. Aussi les comparaisons directes entre l’allemand et les langues néo-latines sont-elles sans force !. » Ce n’est pas tout. Schlegel avait montré l’étroit rapport qui unit, chez un peuple, sa langue à sa poésie. Fichte montre, à son tour, que le peuple qui à une langue originale a aussi une poésie originale et qu'ici encore il est créateur : « La véritable poésie a pour mission d'étendre au domaine tout entier des symboles ce que le penseur a fait pour élargir et compléter la sphère des symboles de la langue... Seule une langue vivante peut avoir cette poésie; c’est chez elle seulement que la sphère des symboles sensibles peut être élargie par la pensée créatrice et que les choses créées restent vivantes et accessibles à l'influence de la vie à laquelle elle s'apparente. Une telle langue porte en elle la faculté d'une poésie infinie, toujours capable de rajeunissement et de renouvellement, parce que tout frémissement de la pensée vivante ouvre en elle une nouvelle veine d'inspiration poétique. Une langue morte ne
Wéimar, le 6 octobre 1808, et Gœthe-Jahrbuch, hgg. von L. Geiger, Frankfurt-a.-M., : Rutten und Lœning, 1894, XV. Bd. I. Mittheïilungen aus dem Gœthe- und Schiller- Archiv : 4, Napoleons Unterhaltungen mit Gœthe und Wieland, p. 21-22.)
Et ce qu’il cherchait dans Tacite, nous dit son fils, c’étaient surtout les épisodes des Annäles concernant l'Allemagne. Il en lisait à haute voix les passages les plus saillants, en particulier les discours que l'historien met dans la bouche de son héros Arminius ; il y puisait comme une inspiration nouvelle avant de se remettre au travail. (Fichte’s Leben, 1. Bd., 1n, 6, p. 427.)
La trace de ces lectures se trouve encore dans les inédits de Fichte conservés à la Bibliothèque royale de Berlin, sous la forme d'une traduction de certains passages des Annales, en particulier du premier livre, ch. 55-72. Cette traduction, sorte de véritable préparation à ses Discours, fut finie le 4 janvier 1808, le lundi après le quatrième Discours où Fichte analyse l’essence du peuple allemand. (Frühlich, Fichtes Reden an die deutsche Nation, p. 67 et note 3, p. 67-68.)
1. Discours à la Nation allemande, trad. Molitor. Discours IV, p. 65-66 ; voir aussi, Discours V, p. 80-81.
saurait avoir de poésie dans ce sens élevé du mot parce qu'il lui manque les conditions nécessaires à toute poésie ‘ ». Schlegel avait insisté sur l'insuffisance non seulement poétique mais philosophique du latin et des langues néo-latines, langues dérivées, « sans contact direct avec le sol nourricier », tandis que l'allemand, bien plus proche du grec, qui est aussi une langue-mère et capable, comme langue originelle et vivante, d’une perpétuelle création, est, par excellence, une langue philsophique.
Fichte, à son tour, fait allusion à la parenté de l’allemand et du grec; il insiste sur ce progrès incessant du symbolisme qu'implique leur caractère de langues vivantes et créatrices ? ; il met enfin en lumière la qualité philosophique de l’une et de l’autre : « Les recherches du peuple dont la langue est vivante pénètrent jusqu’à l'endroit où les notions découlent de la nature spirituelle; dans une langue morte, au contraire, elles s'efforcent uniquement de pénétrer les notions étrangères et de les comprendre ; ces dernières sont donc simplement historiques et exégétiques, alors que Îles premières sont réellement philosophiques * ».
Voilà pourquoi, aux yeux de Fichte, le « génie étranger parsèmera de fleurs les sentiers battus de l'antiquité et tissera un vêtement gracieux à la sagesse de la vie qu'il prendra facilement pour de la philosophie ; l'esprit allemand, en revanche, ouvrira de nouvelles veines; il fera pénétrer la lumière et le jour dans les abimes et fera sauter d'énormes masses de pensées dont les âges futurs se serviront pour construire des demeures. Le génie étranger sera l’aimable sylphe qui, d’un vol léger, passe sur les fleurs jaillies spontanément de son propre sol, se pose sur leurs tiges sans les faire fléchir et boit dans les corolles la rafraichissante rosée ; il sera l'abeille qui, adroïite et industrieuse, butine le miel sur ces mêmes fleurs pour le déposer ensuite en bon ordre dans des cellules régulièrement construites, mais l'esprit allemand sera l'aigle qui, d’une aile puissante, enlève son corps pesant et, d’un vol vigoureux, monte toujours plus haut vers le soleil dont la contemplation le fascine“. » | |
Il était impossible de céiébrer plus superbement le génie et la puissance de là langue, de l'esprit allemands, comme si Fichte avait voulu montrer à celui qu’il semblait prendre pour modèle qu'il pouvait être, à son tour, et par la magie de son verbe, un maitre de l’éloquence romantique. |
Reste enfin l’apologie du Moyen Age.
4. Discours à la Nation allemande, trad. Molitor. Discours 'V, p. 75. — 2. Zbid., Discours IV, p. 66. — 3. Zbid., Discours V, p. 81. — 4. Zbid., Discours V, p. 81-82.
Fichte, dans son sixième Discours, suivant une dernière fois les traces de Schlegel, évoque avec émotion les villes impériales du Moyen Age « fondées grâce à l'initiative d'hommes du peuple » : « toutes les branches de la vie civilisée ne tardèrent pas à s’y développer en pleine floraison, tandis que prirent naissance d'excellentes constitutions et institutions bourgeoises, grâce auxquelles l'esprit et l'amour de l’ordre se répandirent bientôt dans le reste du pays. Leur commerce étendu contribua à la découverte du monde ; leur ligue inspirait de la crainte au roi;les monuments de leur architecture durent encore
malgré les injures dessiècles et la postérité, émerveillée, les admire et se
reconnait en comparaison impuissante. » Durant cette époque, « l’histoire
de l'Allemagne, de sa puissance, de ses entreprises, de ses découvertes, de ses monuments, de son esprit, se réduit à l’histoire de ces villes. C'est, d’ailleurs, la seule époque où la nation allemande, brillante et glorieuse, occupe le rang qui lui revient en sa qualité de nation-mère... Partout est évidente l'influence décisive de cette bourgeoisie du Moyen Age, la plus puissante de toutes, sur le développement de la constitution de l’Empire allemand, sur la réforme religieuse et sur tout ce qui caractérisa jamais la nation allemande et fut, par elle, communiqué aux pays étrangers, et l’on peut démontrer que tout ce qui subsiste de vénérable parmi les Allemands est sorti du milieu de ces cités. » Fichte ajoute : «Un des plus puissants moyens particuliers etspéciaux de relever le caractère allemand, ce serait d'écrire une histoire enflammée des Allemands de cet autre âge; elle pourrait enthousiasmer les foules et devenir, comme la Bible ou les recueils des Cantiques, le Livre national et populaire, jusqu'au jour où nous accomplirions de nouveau quelque haut exploit digne d’être noté. Mais une telle histoire ne devrait pas se borner à l’énumération des faits et des événements selon l’habitude des chroniqueurs. Par l’action magique qu’elle exercerait sur nous, elle devrait nous transporter, sans effort et comme à notre insu, dans la vie de ce temps-là... et il faudrait qu'elle en fit ressortir, à titre d'exemples typiques, les faits et les événements. Une telle œuvre ne pourrait être le fruit que de connaissances étendues et de recherches qui peut-être n'ont jamais été entreprises... Outre ces connaissances historiques, elle
4. Discours à la Nation allemande, trad. Molitor, Discours VI, p. 96-97. À propos de cette apologie de la bourgeoisie du Moyen Age et de la constitution de ces villes libres, Fr. Janson fait remarquer que Fichte était certainement au courant des plans de réforme dont s’occupait, au cours de l'hiver 1807-1808, le gouvernement prussien et son entourage, et notamment de vues que Suvern, avec lequel il avait été en étroit contact à Kônigsberg, exposait juste au temps même où il prononçait ses Discours. (Fr. Janson, Fichtes Reden an die deutsche Nation. Eine Untersuchung thres aktuell-politischen Gehaltes [Abhandlungen zur mittleren und neueren
. Geschichte, Berlin und Leipzig, Dr. Walther Rothschild, 1911], p. 52.
exigerait un grand esprit philosophique. ., et surtout une âme pleine de fidélité et d'affection.
« Cette époque médiévale fut le rêve juvénile de la nation qui, dans des cercles restreints, entrevoyait les hauts faits, les combats et les victoires des temps à venir; ce fut également l'annonce prophétique de ce qu’elle deviendrait un jour quand ses forces seraient dans leur complet épanouissement {. »
C'est ainsi que Fichte voit, comme Schlegel, dans la restauration du Moyen Age l'exemple et la condition de la régénération allemande. Les rapprochements que nous venons de faire ne sont pas de simples coïneidences : Fichte, systématiquement, emprunte au romantisme les principales thèses de ses Discours. Faut-il admettre que, frappé de la grâce romantique, il se soit fait le disciple de Schlegel, ou que, par pauvreté d'imagination, il soit devenu un imitateur servile ? Il est plus vraisemblable que, fidèle à la tactique qu’il à suivie jusqu'ici, il ne s'approprie les thèses romantiques que pour les rectifier ou pour les . combattre.
A.-G. Schlegel préchait le retour, par un nouveau catholicisme, à une sorte de papisme, la restauration, sous l’égide du peuple allemand, d’une nouvelle forme de césarisme. L'idée du Saint-Empire romain est à la base de toute sa conception du Germanisme. « Je ne puis, dit-il, m'empêcher de remarquer qu’en dépit de toutes les plaisanteries auxquelles il a donné lieu, le nom du Saint-Empire romain conserve une belle signification; historiquement, il a sans doute pour origine le fait que l’Empire jadis païen a recu maintenant sa consécration du Pape, chef de la Chrétienté?. » Et il disait aussi : « On pourrait représenter la Germanie comme une Matrone vieille et respectable, qui garde immobile le tombeau de l'Antiquité, pleurant, les cheveux épars, dans le costume le. plus négligé, dépouillée de toute parure. Elle ne peut pourtant pas encore se convaincre que l'Antiquité est vraiment morte et non simplement endormie... quel que soit le: dédain avec lequel d’autres nations considèrent actuellement l'Allemagne, il est cependant indéniable que, durant le Moyen Age (auquel il faut en revenir comme à la grande époque de l'histoire moderne), elles ont reconnu la prééminence de l'Allemagne. Alors, dans l'Europe entière, le chef de l'Allemagne jouissait de la plus haute considération et à l'Allemagne s’attachait le nom d'Empire romain rénové. … L’Aigle, ce symbole de la Rovauté, est pour l'Allemagne un héritage de Rome ?. »
4. Discours à la Nation allemande, trad. Molitor. Discours NI, p. 98.
2. A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst (1803-1804). Einleitung, p. 36. .
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Le rêve d’A.-G. Schlegel est donc de restaurer le Saint-Empire germanique. Et, quand il déclare que, plus que d’autres peuples et à cause de leurs affinités ethniques, les Allemands se souviennent de l’ancienne unité de l’Europe, il sous-entend que la « nouvelle unité » doit se modeler sur l’ancienne et être une unité à la fois politique et religieuse. Fidèle à la tradition romantique inaugurée par Novalis qui, parce que « d'Orient étaient venues les régénérations du genre humain‘ », voyait dans l'Allemagne l'Orient de l’'Europe?, il considère le peuple germa-
nique comme le dépositaire de la religion chrétienne, chargé de ressusci-
ter l’unité de l'Europe. Et, pour cette restauration, il donne en exemple la facon dont le despotisme asiatique avait réalisé ses conquêtes et consti-
tué son Empire. Il ne répugne pas à la guerre, et à la plus féroce de
toutes, à la guerre religieuse; il fait complaisamment l'apologie des croisades.
« Geux qui, tout en ignorant l’histoire, la prennent pour thème deleurs déclamations ont, en général, l'habitude de maltraiter fort les guerres de conquêtes, en invoquant des arguments d'humanité : ils allèguent au fond cette raison d'ordre économique que les guerres ne seraient absolument pas nécessaires et que, tout bien pesé, elles ne seraient pas productives. A la base de ce raisonnement il y a une grossière confusion. Il existe, dans l'espèce humaine comme dans la nature, des forces créatrices et des forces destructrices ; quand celles-ci sont restées inactives pendant un long temps, il se produit dans les premières une stagnation et la destruction brutale n’est souvent que le passage nécessaire à une nouvelle création. Dans les groupements humains règnent les mêmes principes d’assimilation, d'unité et d’antagonisme que dans la nature élémentaire et organique. Comme l’homme est constitué d'une partie corporelle et d’une partie spirituelle, ces principes se manifestent forcément aussi — pour la part matérielle dans des révolutions violentes, pour la part intellectuelle dans des transformations intérieures. — L'action réciproque interne du corps et de l’esprit fait que révolutions et transformations intérieures s’entremêlent de multiples facons. C’est de ce point de vue qu'il faut considérer les guerres de religion... qui remplissent toute l’histoire de l’Europe moderne. Les adversaires des conquérants auxquels j'ai fait allusion voient dans ces guerres le comble de l’absurdité; je n’ai pas peur de dire qu’elles m'apparaissent, au contraire, comme les guerres au plein sens du mot et qui font le plus d'honneur à l'humanité? ». ... Quand les deux partis en guerre luttent
4. A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst (1803-1804), p. 35.