Haym, Die romantische Schule, XII, v, p
3. A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst (1803-1804), Ueber das Mittelalter, p. 93-94.
pour la défense de leurs convictions, quand ces convictions sont de telle nature qu'elles se rapportent à quelque chose de spirituelet d’invisible.…., quand elles sont néanmoins si fermes et accompagnées d’un tel sentiment de leur infinie valeur que chacun meurt avec joie pour elles, c’est alors là le témoignage le plus fort de la puissance des Idées, une glorieuse victoire de la liberté sur les penchants, sur la nature animale. On objectera que la pointe des lances, les coups d’épée et le tir du canon ne sont pas des preuves capables de désabuser un adversaire ; mais ce n’est pas là non plus le sens de ces entreprises. L'enthousiasme religieux que peuvent susciter les guerres de religion est si puissant, il voit si clairement l’objet de ses convictions, qu’on ne peut le nier, à ses yeux, sans commettre une faute pure et simple d'intention, sans l’endurcissement au péché !. »
À « la grande tolérance politique de l’ancienne Rome, qui accueillait dans son sein toutes les divinités étrangères et leur donnait l'hospitalité », sans doute parce que les religions polythéistes étaient unes dans leur principe, à « la tolérance de l'Europe contemporaine » faite de son indifférence, A.-G. Schlegel oppose. une apologie de l'intolérance : ces guerres
de religion sont une nécessité, à travers tous les temps et toutes les.
parties du monde; elles traduisent la lutte du principe intelligible contre le réalisme naturaliste, du bien contre le mal; c’est la guerre de religion que la poésie romantique a profondément sentie et comprise et qu'ont immortalisée les meilleurs de ses poètes des temps passés? (Dante, Pétrarque, le Tasse, Camoens, Calderon, etc.) : la grande tendresse du Romantisme pour la Chevalerie du Moyen Age vient de ce qu’elle a confondu, dans les Croisades, son amour de la guerre et son amour de la religion.
On voit dans quel esprit et dans quel sens A.-G. Schlegel concoit la restauration de l'unité européenne : son idéal est le catholicisme du Moyen Age, avec son aspiration à la domination universelle, avec sa persécution des hérétiques, avec sa croyance mystique en sa mission divine, avec ses Croisades dont le but était d'imposer la foi par la force, tandis que s’accuse une hostilité non dissimulée pour le Protestantisme, qu'on retrouve jusque dans l’histoire de la langue et de la littérature allemandes qu’esquissaient ses Leçons de 1803-1804. Comme le remarque Haym, Schlegel n’y fait aucune mention des mérites de la traduction de la Bible de Luther et il met les chants liturgiques protestants bien au-dessous de la liturgie catholique*.
1. A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst (1803-1804), Ueber das Mittelalter, p. 95. — 2. Zbid., p. 96. 3. Haym, Die romantische Schule, WI, v, p. 816. Schlegel, dans ses Leçons, répète
LES DISCOURS A LA NATION ALLEMANDE. “ré
Ainsi Schlegel fait, une fois de plus, dans ses Leçons de 1803-1804, figure de « réactionnaire de la plus belle eau! », et c'est ce que confirme d’ailleurs un cours inédit de quelques mois antérieur, donné en tout petit comité, durant l'été de 1803, sous le titre de : Leçons sur l'Encyclopédie.
Il nous suffira d'y signaler, avec Haym, de constantes attaques contre l'humanitarisme, une défense du principe économico-militariste de la politique moderne, le mépris de la constitution anglaise dont il prédit la chute inévitable. En dépit de ses répugnances personnelles, il se félicite de la formation, en Prusse, d’une grande puissance protestante de pure race allemande faisant contrepoids à l'influence de l'Autriche qui est catholique, il est vrai, mais qui est gênée dans son action par tous les éléments non germaniques de son Empire; c'est la Prusse seule qui à permis la constitution d’une confédération nationale allemande hostile à la Révolution francaise, et qui a donné l'exemple des avantages d’une Monarchie absolue*?.
Si tel est bien le sens dans lequel A.-G. Schlegel nd orienter la nouvelle Allemagne, peut-on vraiment croire encore que Fichte l’ait suivi? Le disciple de Kant et le défenseur de la Révolution française a-t-il voulu, dans ses Discours, s’agenouiller repentant devant les idoles qu'il n'avait cessé de renverser, se faire subitement le fougueux apôtre du despotisme et de l’'obscurantisme. Ceux qui ont admis cette singulière volte-face n'ont rien compris aux Discours ?, et nous dirions volontiers, avec un récent éditeur des Contributions de Fichte pour rectifier les jugements du public sur la Révolution française, le D’ Strecker : « À qui connaît Fichte, les politiciens d'orientation naturaliste, les politiciens
ce qu’il a souvent dit du Protestantisme si défavorable à la poésie, de son formalisme et de son rationalisme si desséchant et si stérile pour l’art, de l’effet désastreux de la Réforme en Allemagne, source de divisions politiques et même par son « illibéralité » de la régression artistique des Provinces demeurées catholiques. Schlegel, Vorlesungen, 1803-1804. Xurze Uebersicht…., p. 71.