II. Bd., n. Buch, 6, p
2, Goethe Briefe. Goethe, S. W., hgg. im Auftrage der Grossherzogin Sophie von Sachsen; Weimar, Hermann Bôhlaus, Nachfolger, 1895, 19. Bd., 9. Mai 1805-Ende 1807,
Weimar, den 17. April 1807.
changer de situation. Plût au ciel que cela ne fût pas vrai! Vous donneriez par là raison à vos détracteurs'.»
Quand sa femme lui apprit que la lettre par laquelle Jean de Müller offrait sa démission était déjà partie, il en fut navré?. N’étant plus à Memel il lui était impossible d'avertir secrètement les amis demeurés
4. Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, IL. Bd., Nr. 556 (4807, Juli 18, Kopenhagen), p. 466. Et c'est aussi le conseil que, de Méèmel où il était près du roi, Hufeland lui adressait le 19 juillet 1807. « Et vous aussi, vous voulez nous quitter. C’est le moment où vous le devriez le moins. Le caractère d’un J. de Müller supporterait-il qu'on lui donnût la signification d’avoir abandonné, dans la détresse, son roi, son gouvernement qui l’entretenait avec amour, avec ferveur. » Et, un mois plus tard, le 26 août, quand Hufeland sut que la première lettre avait été perdue, il renouvelait ses instances en ces termes : « Avant tout, je vous prie de réfléchir que votre départ fournira les armes les plus puissantes à ceux qui vous voulaient du mal et donnera précisément alors à ceux qui sont encore indécis ou qui ont été égarés la conviction que le soupçon était bien fondé. » (J. Schmidt, op. cit., II. Bd., u. Buch, 7, p. 487.)
2. Fichte’'s Leben, I. Bd., m1, 3, An seine Gattin, Kopenhagen, den 31. Juli 1807, p. 398. — Mais, chose bien digne de remarque, loin de saisir la balle au bond, la Cour avait été si peu offusquée du Discours sur Frédéric, dont les « patriotes » s’étaient tant indignés que cette offre causa le plus grand déplaisir au roi (J. von Müller, S. W., 39. Theiïl, 272, An Herrn J. v. Hammer in Wien, Berlin, 30. Sept. 1807, p. 267) et à la famille royale ; la reine trouvait inconcevable qu'il eût pris cette détermination : les princes la regrettaient ; on estimait à la Cour qu’à cette époque Jean de Müller ne devait pas faire à l’État l’affront de douter de lui (/bid., 33. Theiïl, 395, B., 11. Aug. 1807, p. 155-156). Ainsi la Cour suspectait si peu la loyauté et le patriotisme de l’historien de la Prusse qu’elle se formalisait non du fameux Discours, mais d’une démission qui lui apparaissait comme une défection ; pour éveiller les soupçons du roi, il fallut la démarche de deux personnes venues exprès à Meme pour desservir Müller auprès du roi et travestir ses intentions (Zbid., 33. Theiïl, 396, B., 11. Sept. 1807. Note de la page 158); il fallut les représentations des « patriotes » (Zbid., 395, B., 11. Aug. 1807, p. 456) pour le décider, après trois demandes successives restées sans réponse (/bid., 393, B., 7.Julius 1807, p. 148, Nachschrift des Herausgebers und Beilage zum Briefe, 396, p. 162), et le veto jusqu'alors opposé aux sollicitations du roi de Würtemberg qui le pressait de venir à Tubingen (/bid., 393. B., 11 Aug. 4807, p. 156 et 396, B., 18 Sept. 1807, p. 157), à donner son agrément au congé de J. de Müller, cette fois en termes secs et brefs (Ibid., 397, 6. Oct. 1807, p. 165), et ce, à l'heure même où celui-ci, devant le silence prolongé du roi et la perspective de la fondation d’une Université à Berlin, s’apprétait peut-être, sur les instances de Fichte, à renoncer à son projet (/bid., 396. 18. Sept. 1807, Nachschrift des Herausgebers und Beïilage zum vorigen Brief, An... in Memel, Berlin, 5. Sept. 1807, p. 165, et 395. B., 11. Aug. 1807, p. 156, et 39. Theil, Briefe an Freunde, 272, An Herrn von Hammer in Wien, p. 267). Et, même une fois ce congé donné et l’acceptation de J. de Müller envers le roi de Würtemberg devenue définitive, essayat-on encore de le retenir : le 21 octobre un personnage important vint lui proposer d'accepter une réduction de moitié de sa pension comme tous les fonctionnaires, en présence des nécessités de l’heure, mais avec la promesse d’une compensation à attendre dans la future Université où il serait nommé professeur (/bid., 33. Theil, p- 166, note de l'éditeur). Notons enfin que la pénurie des ressources de la Prusse qui l'obligeait à réduire le traitement de ses fonctionnaires semblait autoriser leur départ et même le rendre désirable. C’est ce qui ressort d’une lettre encore inédite de la femme de Fichte où celle-ci annonce à son mari l'appel de Müller à Tubingen, ajoutant qu'avant de prendre une décision ferme, l'historien attend de savoir si le gouvernement ne considérerait pas comme un soulagement son départ. Elle déclare, en outre, que si Fichte le souhaitait, Jean de Müller croyait qu'il ne lui serait pas difficile d'obtenir également une place pour lui. (Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, IT. Bd., Nr. 553, Fichtes Gattin an ihn, B., d. 4. Juli 1807, p. 460.)
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fidèles à Jean de Müller, Hufeland, Beyme et le ministre v. Schrôütter!,.
4 Il multiplia dès lors les démarches en faveur de Jean de Müller. Il | écrivit à Altenstein, à Hufeland, leur expliquant le sens de son Discours, ; Q FU Li Q Q ®
destiné à inspirer aux vainqueurs le respect des vaincus, se portant
garant de la loyauté de l'historien, exposantlesraisons de sa démission justifiée par la situation économique de la Prusse, mais son désir secret de rester à son service, s'il pouvait le faire avec honneur ?.
Il déclara que le « scandale qu’en réalité Jean de Müller n'avait pas causé acquerrait, par son départ, une sorte de confirmation et l'appa-
rence de la vérité »; il ajoutait, enfin, qu’il considérait sa perte pour la Prusse comme « préjudiciable à la bonne cause? ».
Fichte était de ceux qui avaient refusé de rester dans Berlin envahi — de ceux que Jean de Müller n'avait pas consenti à suivre. Il avait promis au roi de ne rentrer qu'après la victoire ou, du moins, qu'après la paix conclue. Quand il parlait maintenant de Jean de Müller comme d'un « ami vrai *», quand il lui faisait part de son « chagrin » d’être trop tôt privé d'une intimité dont il aurait pu tant espérer, quand il lui exprimait son profond respect et son profond amour, quand il lui disait sa joie d’avoir obtenu le droit de les lui témoigner par des paroles et par des actes, ce n’était pas de la part de Fichte une manifestation sans
portée. |
Il est nécessaire de comprendre comment Fichte en était arrivé à cette conviction pour élucider le rôle joué par Jean de Müller dans l'élaboration des Discours à la Nation allemande.
Et, en effet, l'attitude de Fichte vis-à-vis de Jean de Müller pourrait sembler double. Nous le voyons, d'une part, défendre l'historien et se porter garant de sa loyauté vis-à-vis de cette sorte de patriotes qui criaient partout « à la trahison ». Nous constatons son accord avec lui sur la déchéance de l’Allemagne, et notamment de la Prusse, et sur la nécessité d’une transformation radicale des choses. Mais nous le voyons, d'autre part, combattre avec la dernière énergie, dans ses Discours, la thèse favorite de Jean de Müller sur « l’homme providentiel » qui, dans les crises successives que traverse l'humanité, vient périodiquement régénérer le monde. Il y a là une sorte de contradiction que nous ne nous dissimulons pas et qui demeure assez mystérieuse.
1. Fichte’s Leben,T.Bd.,n, 3, An seine Gattin, Kopenhagen, den 31. Juli 1807, p. 398. 2. Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, V1. Bd., Nr. 562, Fichte an Altenstein, Kopenhagen, d. 1. August 1807, p. 475-476, et Nr. 562, Fichte an Ch.-W. Hufeland, Kopenhagen, d. 1. August 1807, p. 477-478.
. 3. Fichte’s Leben, I. Bd., mx, 3, p. 402, lettre à Beyme. & Jbid., An seine Gattin, Kopenhagen, den 31. Juli 1807, p. 399, 5. Zbid., Fichte an Johannes v. Müller, p. 401.
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104 j FICHTE A BERLIN.
Müller avait sur ses contemporains la même opinion que Fichte auquel il disait qu'ils « s'étaienttous à ce point écartés de leur vraie destinée, qu'ils étaient à ce point devenus des pantins mécaniques sans force et sans vie dans la guerre et dans les affaires, qu’ils ne méritaient plus de vivre! ».
« En histoire, écrivait-il à un autre ami, la même année, quand les temps sont venus d’un grand changement, tout ce qu'on y oppose ne sert à rien; la véritable sagesse est de discerner les signes du temps; la véritable vertu, de ne pas se laisser aller au pire quand telle ou telle forme s'écroule ? »; après le désastre de la Prusse (ruit alto a culmine Troja, écrivait-il) et « dans ce malheur incommensurable », reprenant les expressions de saint Paul pour les appliquer aux circonstances présentes, il estimait le « passé mort », il « voyait surgir quelque chose de nouveau : la fin de la grande période de la pluralité des royaumes qui existait depuis l'extinction de l’Empire romain * ».
L'accord sur les causes du désastre de la Prusse était donc complet entre Fichte et Jean de Müller.
Comme le philosophe encore, l’historien croyait à une résurrection possible de l’Allemagne et à l’obligation, pour les savants, de la préparer.
«Un homme était venu entre les mains duquel avait été remis le glaive de la destruction. Cet homme avait son heure. Que les Allemands pussent retrouver la leur, cela dépendait d'eux ; ce serait dans la mesure où la leçon leur profiterait. Mais s'ils persistaient dans leurs erreurs, ils finiraient, véritable caput mortuum, par disparaître, et une humanité meilleure fleurirait en d’autres lieux ou en d’autres temps. Au contraire, si l’on savait tirer parti de la lecon, les malheurs de la Prusse ne seraient que passagers. Le devoir des savants était de faire tout ce qui dépendait d'eux, par la parole et par la plume, en variant les moyens, par la douceur et par la rigueur, pour réveiller les sentiments, pour empêcher qu’on se désespérât, pour servir d’éclaireurs sur le chemin du bien *.»
À. Fichte’s Leben, I. Bd., ur, 3, Johannes von Müller an Fichte, Berlin, am 95. Juli 1807, p. 400.
2. J. von Müller, S. W., 39. Theil, Briefe an Freunde, III, 254, An den Herrn J.-C. Stokar von Neuforn zu Wien. Berlin, 25. Oct. 1806, p. 213.
3. Que ce füt bien là son intention, on n’en peut douter; les termes dont il se sert ici: « Alles Alte ist hin ; siehe, etwas Neues wird » sont les termes mêmes de l’'£pitre aux Corinthiens (Paul, II, Cor. v. 17). J. von Müller, S. W., 39. Theil, Briefe an Freunde, 253. An Herrn von Salis in Künigsberg, am Berlin, 17. Oct. angefangen, vollendet am 24. Oct. 1806, p. 211. 5
4. Fichte’s Leben, 1. Bd., ur, 3; Johannes von Müller an Fichte, Berlin, am 23. Juli 4807, p. 400-401,
Ce devoir, Jean de Müller ajoutait qu’il estimait l'avoir rempli dans son Discours ; il avait voulu tout à la fois inspirer au vainqueur quelque res- pect pour ce peuple et rappeler aux Prussiens ce qu'après d'aussi grands désastres, en 1630-1640, ils étaient pourtant redevenus, ce qu’ils pourraient redevenir encore s'ils suivaient les grands exemples. Les hommes de Cour n'avaient pas compris ou n'avaient pas voulu comprendre; pour Jean de Müller, peu importait leur jugement si sa conscience était satisfaite. À la postérité de juger les principes ; il ne pouvait, quant à lui, que répéter la parole du vieux Corneille :
Faites votre devoir et laissez faire aux dieux 1.
Un pareil langage répondait assez aux sentiments intimes de Fichte pour avoir de l’écho dans son cœur. Fichte avait jadis lui-même trop souffert de la calomnie pour considérer avec indifférence le procès de tendance que les pseudo-patriotes intentaient à Jean de Müller ?. 11 comprenait maintenant qu’au fond ce qu’on ne pardonnait pas à Jean de Müller c'était « de n'avoir jamais tu les fautes inexcusables de la Prusse, de n'avoir jamais soutenu ses folles attentes ». Sous l'accusation de « double face, de fausseté, de trahison », ce qu’on lui reprochait, en somme, c'était de ne pas avoir gardé le silence.
« Le silence ! Lorsque le plus patriote des prophètes adjurait en pleurant son peuple de se soumettre pour un temps à celui auquel la main de Ja Providence avait, momentanément, livré le sort de l'Asie, il parut patriotique aux juifs de le lapider : et Jérusalem fut brûlée. Pourquoi ne gardait-il pas le silence ? Parce que Dieu était en lui et lui prescrivait de parler *?. »
L’allusion était transparente. Jean de Müller, nouveau prophète et prophète patriote, se voyait injurier parce qu'il avait osé dire la vérité à
1. Fichte’s Leben, I.Bd., x, 8 ; Johannes von Müller an Fichte, Berlin, am 23. Juli 4807, p. 400-401. Dans une lettre antérieure à Ch. de Villers, on trouve la même expression : « J'ai dû écrire ces jours-ci dans un album (Ein Stammbuch, [en allemand] ; connoissez-vous cet usage allemand ?) et voici quoi : Das Alte ist vergangen; siehe es ist Alles neu worden. So spricht Paulus (IT, Cor., v. 17): Was ist zu thun, das sagt Corneille : Faites votre devoir et laissez faire aux dieux. (J. von Müller, S.W., 40. Theil, Briefe an Freunde, IV, 298, À Mr. Charles Villiers, à Lubet. À Cassel, 2. Juni 1808, p. 11.)
2. De vrais patriotes, et qu’on ne pouvait taxer de partialité à l'égard de Napoléon, n'avaient pas hésité, tout comme Jean de Müller, à manifester leur admiration pour le génie de Napoléon. C’est ainsi que Côlln, dans ses Lettres confidentielles, écrit, sans qu’on ait songé à lui en faire grief : « Grandioses étaient, depuis dix ans, les plans du grand génie de Napoléon; le voile n’est pas encore soulevé qui cache ses derniers projets. Mais, jusqu'ici, il a réalisé tous ceux qu'il avait formés ». (Vertraute Briefe, I, 270, cité par Fr. Janson, Fichtes Reden an die deutsche - Nation. Eine Untersuchung îthres aktuell-politischen Gehaltes [Abhandlungen zu mittleren und neueren Geschichte], p. #4.)
3. J. v. Müller, S. W., 39. Theïl, Briefe an Freunde, III, 260, an N., Berlin, 44. März 1807, p. 226-227.
son peuple. Et il Vase dite, lui aussi, pour épargner à son peuple le sort de Jérusalem, « parce que Dieu était en lui et lui prescrivait de parler ».
Voilà sans doute quel fut le thème des entretiens entre Fichte et Jean de Müller, pendant les quelques semaines qu'ils passèrent ensemble à Berlin. La proximité de leurs demeures facilitait leurs rencontres et l'influence qu'à ce moment l'historien exerça sur le philosophe paraït bien avoir été décisive.
L'attitude de Fichte avait été jusque-là caractéristique. C'était une attitude de révolte contre le destin, une attitude à la fois héroïque et déclamatoire : il révait d’imiter Eschyle et Cervantès, de vivre libre dans sa patrie libre ou de mourir en combattant pour elle. Et la Prusse avait perdu son indépendance et Fichte n'avait pas même pu combattre. Jean de Müller venait de lui enseigner les lecons de l’histoire, l'inutilité de ces révoltes, le péril qu’il peut y avoir à se laisser fasciner par un désastre momentané au lieu d'envisager l’enchaîinementdes évé-. nements, et de préparer l'avenir. Il venait de lui montrer le moyen de mettre à profit les malheurs de la Prusse pour redresser les erreurs etles fautes de l'Allemagne, de le faire réfléchir sur la grandeur de la tâche qui s’imposait aux savants pour réveiller le sentiment national, de susciter chez le philosophe le désir d’être à son tour le prophète des temps meilleurs, un prophète plus heureux que lui. Et sa foi communicative suscite l'enthousiasme de Fichte.
« Puisque la nation dont j'ai si longtemps en vain prêché l’unitication a pour le moment perdu son indépendance, je considère qu'il faut réveiller en elle un nouvel esprit commun, germe d’une renaissance future. ! » :
Cette idée que Jean de Müller exprimait à un ami, le 14 mars 1807, en lui rappelant qu’il avait soutenu de sa plume la Prusse quand elle défendait la bonne cause de la Ligue des Princes, qu'il l'avait combattue quand elle avait soutenu la mauvaise cause de la paix séparée, c'est l'idée même des Discours à la Nation allemande, et c'est celle aussi qu'avait déjà Fichte avant la guerre. Dans une lettre inédite du 18 octobre 1808, il écrivait à Hardenberg qu'après l'achèvement de l'exposition de la Théorie de la Science « il formait le projet d’enflammer, soit par la plume, soit dans des Discours vivants, le cœur des Allemands pour les grands intérêts du temps, de les inciter à y prendre patriotiquement leur part? ». En reprenant son projet, après l'issue de
4. J. v. Müller, S. W., 39. Theil, Priefe an Freunde, III, 260, an N., Berlin, 14. März 1807, p. 994-298.
2. Hans Schulr, Fichtes Briefwechsel, II. Bd., Nr. 525, Fichte an Hardenberg, Berlin, 18. Okt. 1806, p. 422.
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la guerre, Fichte, sans doute, poursuivait encore la même idée, mais il est permis de penser que les entretiens de l'historien patriote ‘ ont contribué grandement à préciser l'esprit qui anime les Discours à la Nation allemande. Et c’est bien l'annonce des Discours — l'événement le plus mémorable de ces tristes années — qui se trouve dans la promesse solennelle de Fichte à Müller quittant Berlin le 29 octobre 1807.
Fichte, accompagné de sa femme et de son fils, lui avait fait escorte, sur la route de Leipzig, avec quelques amis. Au moment de se Séparer — pour toujours sans doute — le philosophe et l'historien, se jetant dans les bras l’un de l’autre, se jurèrent en pleurant de travailler mutuellement au relèvement de la Patrie ?.
Nous avons vu comment Fichte, pour sa part, s'était mis immédiatement à l'œuvre. Jean de Müller l’avait convaincu que « de rien, rien ne peut sortir, qu’il ne peut y avoir de saut brusque entre des états absolument opposés, que, en dehors d’une entière transformation de tous les sentiments du peuple allemand obtenue par une éducation efficaceÿ, il n'y a pour le peuple pas de salut à attendre des événements, fussent-ils heureux ou malheureux ». Et c’estle plan même de cette éducation que Fichte prétendit apporter dans ses Discours *.
4. Dans une lettre inédite du 12 février 1810, Fichte lui-même se porte garant du patriotisme de Jean de Müller « contre les erreurs de ceux qui le considéraient comme traître à la cause de la Patrie allemande. (Hans Schulz, Fichtes Brief wechsel, Ddi Nr. 611, p. 542)
Remarquons, avec Fr. Janson, dans l'étude déjà souvent citée, que Fichte, dans ses Discours, d’ailleurs avec la plupart des autres grands réformateurs de l’époque
qui n'étaient pas nés en Prusse, envisage la réorganisation de l'Allemagne à un point de vue qui n’a rien de prussien et qui dépasse la Prusse (unpreussisches und überpreussisches). La constitution qu'il rêve d'établir n’est pas modelée sur le mécanisme qui caractérise le régime prussien et qui exprime bien l’autoritarisme du pouvoir absolu d’un monarque, elle s’inspire des Dore démocratiques et est toute pénétrée du souffle de la liberté.
Par là, Fichte s'oppose, une fois de plus, aux ques mettant tous leurs espoirs de régénération allemande dans le Prussianisme comme en témoigne, par exemple, le sermon prononcé par Schleiermacher le 24 janvier 4808 : « Ueber die rechte Verehrung gegen das einheimische Grosse aus einer früheren Zeit ». (Fr. Janson, Fichtes Reden an die deutsche Nation, Eine Untersuchung ihres aktuell-politischen Gehaltes [Abhandlungen zum mittleren und neueren Geschichte], p. 61-62.)