‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 3 sur 95 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

püt l'utiliser, lui et ses forces ». « De cette manière, ajoutait-il ie

encore, il lui serait loisible de quitter l'Allemagne, qu'il était bien obligé de considérer comme un pays étranger. Pour lui, seule la République française pouvait être la patrie de l’homme de bien; les plus chères espérances de l'humanité, son existence même étaient liées à la victoire

de la France : pour collaborer à ce but il offrait sa plume, seule arme

dont il disposait, et, soutenu par la droiture des procédés républi-

cains, peut-être n'était-il pas encore trop tard pour ouvrir les yeux aux

Allemands aveuglés. »

Ces déclarations font mieux aee l'attitude de Fichte en 1806 et en 1813, telle qu'elle ressortira, croyons-nous, de notre exposition.

Le « jacobin » qu'était Fichte et qu'il demeura, même aux heures où il

devint, en Allemagne, un des instigateurs du réveil national, ne pardon: nait pas à l’auteur du coup d’État du dix-huit Brumaire la chute de son espérance. Napoléon n'avait pas donné à la France le « gouverhement digne d'une nation libre » ; il avait trahi la Révolution : laquelle -Fichte n’a pas cessé d’être Sbstinement fidèle. ES

Cette fidélité peut, nous semble-t-il, être mise en lumière si l’on restitue aux Discours à la Nation allemande, grâce à une étude plus approfondie des écrits de A.-G. Schlegel, leur signification historique:

Les Traits caractéristiques du Temps présent prétendaient répondre aux Cours de A.-G. Schlegel sur la Littérature et les Beaux-Arts de 1801-1802 et de 1802-1803. Les Discours à la Nation allemandè répondent, à leur tour, au Cours de 1803-1804. La méthode reste la même : Fichte emprunte, en apparence, à A.-G. Schlegel ses thèses sur la langue et là littérature allemandes, sur le germanisme et:.sur son rôle historique, sur la réhabilitation du Moyen Age, etc., mais ce n'est — suivant sa coutume — que pour combattre les prétentions du romantisme, non pour y adhérer. Les romantiques, convertis au catholicisme et devenus des réactionnaires « de la plus belle eau », envisageaient la restauration, fût-ce au prix de nouvelles et sanglantes croisades, d’une sorte de monarchie universelle. Fidèle à l'idéal démocratique de sa jeunesse, comme l’attestentles Fragments politiques, contemporains des Discours et auxquels les Discours font de larges emprunts, Fichte s'empare des thèses initiales des romantiques pour en tirer des consé: quences contraires : les Discours, cinglant réquisitoire contre le césarisme, transportent au peuple allemand l'héritage des principes révolutionnaires reniés par la France napoléonienne et Le convient à se faire le héraut de la liberté. FHRENS

Aussi quand, en 1843, à l’instigation du parti des « patriotes », le roi de Prusse lance contre Napoléon son fameux Appel à mon peuple,

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