INTRODUCTION. IX
Fichte, loin de partager l'enthousiasme des romantiques, hésite et réfléchit; il se demande, devant ses auditeurs, s’il s'agit d’une de ces guerres dynastiques dont le peuple estl'enjeu comme un bétail et qu’il a si sévèrement condamnées; il n’adhère à l’Appel qu après s'être convaincu que la guerre en question est bien une guerre nationale, une guerre libératrice.
. Mais, ici encore, c'est pour se séparer dés romantiques, pour leur reprocher de poursuivre, au fond, le vieux rêve dont l'Allemagne avait
déjà failli périr : en essayant de fonder, sur les ruines de l'Empire fran-
çais, un autre Saint Empire germanique; c'est aussi pour se séparer de Jean de Müller, l « historien » du romantisme. Plus clairvoyant que ses amis, et pour le triomphe de cette ironie qui était une de leurs armes favorites, n’a-t-il pas vu en Napoléon le « génie politique » cher aux romantiques, l’homme du destin, le « sauveur » providentiel du monde, l'héritier de César et de Charlemagne? La haine de Fichte contre Napoléon procède d’une autre inspiration que celle des roman-
tiqueset elle est aussi une réaction contre l'admiration de Jean de
Müller : le génie de Napoléon, s’il ÿ avait eu en lui une étincelle de moralité, pouvait assurer le triomphe de la liberté dans le monde, mais il a trahi la France de la Révolution. C’est le crime impardonnable devant la conscience de Fichte et en comparaison duquel le meurtre même du duc d’Enghien lui paraît peu de chose,
Aussi voit-il en Napoléon non l’« homme de Dieu », mais l’'« homme du diable », le principe du mal, et, à l'encontre de trop de ses compatriotes résignés à le subir comme un châtiment des fautes de l’Allemagne, il exige, au nom de la morale et de la justice outragées, qu’on l'extermine comme un malfaiteur de l'humanité.
À près d’un siècle de distance, la voix du philosophe en qui l’Allemagne découvre à bon droit un de ses libérateurs trouve un écho singulièrement significatif dans la parole de celui qui fut, devant la nouvelle tentative d’hégémonie mondiale, le meilleur artisan du triomphe de la liberté. |
Dans une conférence sur la bataille de Laon (mars 1814) faite en 1903 et publiée en mai 1921 par la Revue de France, le lieutenant-colonel
- Foch disait :
« Quoi qu'il en soit, Napoléon était décidément vaincu. Non pour avoir montré un génie inférieur à lui-même, mais pour avoir manqué du nécessaire pour vaincre... Les ressources du pays, il les a dépensées dans les gigantesques entreprises de son insatiable ambition. Bien
plus, il en a tari les sources en étouffant les activités et les élans de
tout un peuple dans sa colossale, absolue et égoïste personnalité. En lui
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