bid., 5, p
a l'intention d'installer à Berlin; c'est maintenant son projet favori et, quoiqu'il n’y ait encore aucune décision définitive à ce sujet, il est très vraisemblable, si seulement l'État jouit de la tranquillité extérieure, que le nouvel établissement sera fondé »,
Cependant G. de Humboldt ne voulait pas s'engager à la légère. S'il écrivait à Schleiermacher le 23 mai 1809 : « Je suis toujours, vous le savez, puisqu'on a perdu Halle, pour l’Université de Berlin, sous certaines conditions », il ajoutait aussitôt : « … mais l'Université exige des ressources — et, sans quelque chose d’important et de sûr, je ne commence rien; c'est à me les procurer que je travaille ‘ ».
Outre l'argent il fallait trouver un local disponible; il fallait s’assurer le concours des maîtres les plus éminents ?.
A cette triple tâche G. de Humboldt se consacra tout entier. En l’état actuel des finances le plus difficile était d'obtenir la dotation de la future Université. Conformément à l’avis exprimé par Hufeland, dans son mémoire de 1807, G. de Humboldt estimait nécessaire de lui constituer un revenu propre et fixe, à l’abri des fluctuations de dons tout arbitaires et aléatoires comme l’étaient ceux de la cassette royale. Ce serait aussi le moyen d'assurer à ses membres leur entière indépendance intellectuelle. Il entama des négociations avec le ministre de l'Intérieur et des Finances, Altenstein, dont la sympathie personnelle lui était acquise et dont il connaissait par ailleurs les dispositions bienveillantes. N'avait-il pas déclaré « qu'il considérait comme un devoir d'employer toutes ses forces à soutenir, et de la manière même dont le souhaitait son collègue, le bel effort de G. de Humboldt pour la science etles arts » ?
Pourtant, en dépit de ces bonnes intentions, les pourparlers furent
1. R. Kôpke, Die Gründung der Kônigl. Fr.-W.-Universität zu Berlin, 5, Die Gründung, p. 68.
2. C'est ainsi que, dès le 10 mai 1809, il songéait à Fichte, comme à un de ses premiers collaborateurs ; il rappelait au roi la promesse faite en automne 1806 à Fichte d'un traitement de 800 Thaler et en demandait, à défaut du payement intégral, s’il était impossible, la moitié, avec l’assurance qu'il lui serait continué jusqu’à ce que l'Université de Berlin füt fondée et que le philosophe y eût sa place. Le motif quil donnait de sa proposition montrait l'estime où il tenait le caractère de Fichte ; il rappelait la maladie qui, pendant un an, avait rendu Fichte incapable de tout travail ; la discrétion et la délicatesse qui, dans la situation tout à fait pénible où ik se trouvait, l'avaient empêché de rien demander Jui-même ; G. de Humboldt ajoutait : « Plus ces sentiments l’honorent, plus je considère comme mon devoir de rappeler au souvenir de Votre Majesté royale un homme que l’Allemagne compte parmi les premiers de ses philosophes et qui a donné aussi dans les dernières circonstances malheureuses les preuves les plus convaincantes de la fermeté de son caractère et de la pureté de son patriotisme ». (Max Lenz, Geschichte der Kônigl. Fr.-W.-Universität zu Berlin, I. Bd., 1m. Kap., p. 169.)
Et, dans son rapport sur les traitements des professeurs de l’Université, de Humboldt portait celui de Fichte à 1200 Thaler pour monter jusqu’à 2000. (Zbéd., p. 207.)
laborieux : le ministre des Finances, soucieux dela gestion des deniers publics et des prérogatives de l’État, devait faire violence aux sentiments intimes de l’homme et du lettré. A la demande que lui adressait, le 14 mai, G. de Humboldt de constituer à l’Université, avec un budget indépendant, un capital dont elle aurait la propriété, Altenstein répondit, le 2 juiliet, en formulant ses réserves, au nom des droits de l’État. L’entente finit cependant par s'établir et, le 40 juillet, G. de Humboldt rédigeait son mémoire, exposait l'historique de la question, répondait aux objections qu'avait soulevées l'installation de l’'Université à Berlin, insistait sur les exigences d'ordre intellectuel et moral qui créaient à la Prusse l’impérieux devoir de fonder à Berlin même, et en connexion avec les Instituts déjà existants, un grand établissement d'instruction supérieure; il indiquait les moyens d’y subvenir. Il suffirait, pour toutes les Universités réunies, d’un crédit annuel de 150.000 Thaler.
Cette charge ne pouvait être prélevée sur les revenus de la couronne; il y fallait la contribution même de la nation qui participerait tout entière à la dignité et aux bienfaits d’une instruction également néces- : saire dans la paix et dans la guerre; elle y prendrait, d’ailleurs, un intérêt d'autant plus vif quelle en supporterait la charge pécuniaire et qu'elle y verrait sa propriété et son œuvre; ce serait un gain de collaborer ainsi à la culture des générations à venir. En conséquence et pour assurer à l'Université son indépendance à la fois matérielle et morale, G. de Humboldt proposaitqu'’on fit à l’Université une donation perpétuelle sur les terres domaniales dont l’affermage lui fournirait ses revenus ; on comblerait le déficit qui en résulterait pour le budget en sécularisant le « fonds des Jésuites », les propriétés léguées dans un but spirituel à l'Église catholique dans le Schleswig et la Prusse orientale !.
Le mémoire de G. de Humboldt, après communication aux ministres compétents, fut signé le 24 juillet; remis au roi le %5, il obtint son approbation. Le 16 août, le roi adressait au ministre Altenstein, au comte de Dohna, au chancelier Beyme, un ordre de cabinet : il consentait à toutes les propositions du directeur de l’Instruction Publique et des Cultes, et il leur enjoignait de nommer une commission pour procéder à leur examen. Cette commission se réunit le 28 août : mais elle se trouva en présence de telles difficultés d'exécution qu’elle dut faire subir au projet de G. de Humboldt des modifications radicales ?.
Finalement les choses demeurèrent en l’état pendant tout le temps que
1. R. Kôpke, Die Gründung der Kônigl. Fr.-W.-Universität su Berlin, p. 69. Et Max Lenz, op. cit., I. Bd., 1. Kap., p. 171-175. 2. R. Kôpke, loc. cit., p. 68-70. Voir aussi Max Lenz, loc. cit., p. 191.
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G. de Humboldt resta au pouvoir ; lorsque Schuckmann lui succéda, la question fut résolue (en mars 1811) dans un sens diamétralement opposé aux vues du précédent ministère. Le nouveau cabinet, dont Hardenberg était le chef, trouva dangereuse l'indépendance que G. de Humboldt rêvait pour l'Université; il estima que la raison d'État primait la « liberté de la conviction scientifique » ; la distribution des traitements était pour le gouvernement une précieuse garantie contre les audaces des penseurs; la meilleure sûreté contre le travail des têtes était encore le besoin de satisfaire les estomacs ; enfin il n’était pas inutile de rappeler aux savants, à côté de leur droit idéal à la Cité universelle, leurs devoirs positifs de citoyens prussiens et de sujets du roi. Bref, à la donation perpétuelle que réclamait G. de Humboldt, il substitua un budget annuel, d’ailleurs largement suffisant, de 54.146 Thaler!.
Si la question financière prima longtemps toutes les autres, la question du local n’alla pas non plus sans de sérieuses difficultés. Choix avait été fait du palais du prince Henri. Le prince semblait l’avoir destiné à unusage de ce genre : n’y avait-il pas, d'ailleurs, lui-même, de son vivant, dans un but patriotique, installé une salle de conférences, et maintenant qu'après sa mort et celle de sa femme le palais avait fait retour à la couronne, n'était-il pas naturel qu'on le consacrât à un service publie, et au plus haut de tous? Le roi se laissa convaincre; il fit don à l'Université du château princier et, dès le 17 juillet 1809, G. de Humboldt signait l’ordre d'en commencer l'aménagement ?. Mais alors s’élevèrent toutes sortes de protestations : l'ancien personnel du prince, du maître de cour aux domestiques, y habitait encore ; le conseil municipal y tenait ses séances ; enfin tout l'état-major général du cabinet militaire y avait ses bureaux. Déloger ce monde ne fut pas une pétite affaire. Il fallut que, dans sa propre demeure, la Science conquit sa place de haute lutte ; il fallut recourir à la force pour ouvrir ce que G. de Humboldt appelait les « cellules de la sagesse ». Les militaires furent les plus récalcitrants ; ils essayèrent d'obtenir la révocation du don royal, et le maréchal de Massow fit en ce sens une démarche à la Cour *. L'Université, pourtant, triompha de ces résistances et conserva le domicile que le roi lui avait gracieusement octroyé. En novembre et en décembre 1809, les journaux annoncèrent l'ouverture des cours « dans le palais de Henri * » et désignaient les premiers professeurs que G. de Humboldt avait recrutés : c'étaient Schmalz, l’ancien recteur de Halle, l’orgueilleux Wolf, personnage très infatué qui avait exigé, outre un gros traitement, un titre
1. R. Kôpke, Die Gründung der Kônigl. Fr.-W.-Universität zu Berlin. 6, Die
beidenersten Triennien, p. 103-104. — 2. Zbid., 5, Die Gründung.…, p. 66. — 8. Zbid., p. 71-72. — 4. Jbid., p. 72. Voir aussi : Max Lenz, op. cit, I. Bd, m1. Kap., p. 290-299.