‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 48 sur 95 · bid., 2, Fichte's Separatvotum zum Vorigen, p · texte numérisé non relu

bid., 2, Fichte's Separatvotum zum Vorigen, p

3. 1bid., 1, Gutachten der philosophischen Fakultät über die Ertheilung akademischer Würden, p. 104.

Enfin Schleiermacher considérait la Faculté de philosophie comme l'unification des différentes disciplines de l'esprit, comme embrassant les principes de la philologie, des mathématiques, de la physique, de l'histoire, et même de la théologie. Le doctorat en l’une des branches de la Faculté devenait ainsi un doctorat de philosophie !.

Fichte combattait l'idée de cette unité. Au nom de la philosophie, il protestait contre l'application du titre de Docteur en philosophie à toutes les branches du savoir. Pour lui, on devrait ne conférer ce titre qu à ceux qui véritablement auraient fait leurs preuves en matière de philosophie proprement dite; pour chacune des autres branches, il y aurait un doctorat spécial?.

L'opposition de Fichte à Schleiermacher se manifestait encore sur d’autres points qui étaient traités dans le rapport. Nous n'y insisterons pas ; il nous suffit d’avoir montré dans quel esprit Fichte abordait ses fonctions à l'Université nouvelle et comment, dès les premiers jours, il entrait en conflit avec son rival.

Quelques mois plus tard, le 46 avril 1811, Fichte avait, toujours comme doyen de la Faculté de philosophie, à prononcer un discours de bienvenue aux nouveaux docteurs faits par l'Université de Berlin“. Ici encore il rompit avec toutes les traditions : il ne se borna pas au banal compliment d'usage ; il prononça une véritable exhortation où il prescrivait aux jeunes savants leurs futurs devoirs.

Ils avaient pour mission propre d’affranchir l'esprit humain, de le développer et de le cultiver dans tous les sens. Cette mission que l'État n'avait jamais pu, ne pouvait jamais remplir, avait un caractère universel, indépendant des contingences politiques et historiques, des ambitions et desrivalités locales. La dignité que l’on confère aux récipiendaires ‘est comme le symbole de leur admission dans la grande association de ceux qui ennoblissent et élèvent l'humanité par la Science. Celui qui la reçoit fait, par là même, le serment solennel devant Dieu et devant les hommes de consacrer sa vie entière à cette suprême destination et d’y subordonner toutes ses fins. Ceux qui violeraient ce serment auraient beau avoir le titre de docteur, ils n’en auraient ni l’âme, ni la dignité.

1. Max Lenz, Geschichte der Kôniglichen Fr.-Wilhelm's-Universität zu Berlin, I. Bd., iv. Kap., 5, p. 365.

2. Fichte’s Leben, IX. Bd., Erste Abth. Beilagen und Actenstücke, VIII. 1, Gutachten der philosophischen Facultät über die Ertheilung akademischer Würden, p.106-107.

3. Max Lenz, Geschichte der Kôniglichen Fr.-Wilhelm's-Universität zu Berlin, I. Bd., 1v. Kap., 5, 366-367. Pour toute cette polémique, voir p. 358-368.

4. Himly, Eytelwein, Hermbstaedt, Bernhardi; c'était la seconde promotion faite par l’Université depuis sa fondation. (Fichte, S. W., VIII. Bd., Beilagen zum Universitätsplane, II, Rede von Fichte, als Decan der philosophischen Facultät, bei

Gelegenheit einer Ehrenpromotion an der Universität zu Berlin, am 16. April 1811, p. 219.)

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Le titre, en effet, n’est qu’une dénomination tout extérieure, comme | la promotion n’est qu'une attestation purement extérieure : et peut-on proclamer vraiment savant celui qui n’en a pas l'esprit; peut-on vraiment attester de quelqu'un qu'il est ce qu'il n’est pas!?

Paroles assurément hardies dans une cérémonie instituée précisément pour célébrer une promotion, et te eurent un profond retentissement.

Mais cette intransigeance de Fichte, une fois son élection au Recto devait être pour l'Université une source d’incessantes difficultés. Chacun de ses actes devait provoquer un conflit. |

I. CONTRE LE SYNDIC Dès son installation il commence à entrer en RU lutte ouverte avec le syndic de l’Université, le conseiller aulique Eichhorn. Le syndic, nommé directement par le roi, parmi les conseillers à la Cour d'appel, en dehors des professeurs, était investi de la juridiction académique. C’est lui qui, assisté du doyen de la Faculté de droit, au nom du recteur auquel il devait toujours en référer et au nom du Sénat académique, rendait les arrêts et faisait appliquer les peines qui n’excédaient pas quatre jours de prison ; pour les crimes qui relevaient du Sénat académique et exigeaient la constitution du jury d'étudiants, il faisait office de procureur et il avait voix délibérante®?.

En prenant en mains les affaires de l’Université, Fichte s’apercut que son prédécesseur avait laissé au syndic une indépendance qui portait atteinte à la fois aux règlements en vigueur, à l’autorité et à la dignité du recteur.

Le syndic affichait trop souvent la prétention de régler à lui seul les affaires disciplinaires sans en référer à son chef hiérarchique ; de substituer dans les actes sa signature à celle du recteur ; d'entretenir à sa place la correspondance officielle avec les autorités du gouvernement.

Fichte, avec une brutalité voulue, rappela au syndic qu'il était son subordonné. Il lui adressa une lettre qui revendiquait les droits des autorités académiques et lui intimait l’ordre de cesser ces errements* puis il exigea de lui dans les relations officielles le titre de #agnificens

1. Fichte, S. W., VIII. Bd., Beilagen zum Universitätsplane, II, Rede von Fichte als Decan der philosophischen Facultät, bei Gelegenheit einer Ehrenpromotion an der Universität su Berlin, am 16. April 1811, p. 216-219.

2. R. Kôpke, 5, Die Gründung der Kônigl. Fr.-W.-Universität…, 5, p. 85.

3. Fichte’'s Leben, Il. Bd., Erste Abth. Beïlagen und Actenstücke, VIII, 7, Fichte an den Syndikus der Universität, Kammergerichtsrath Eichhorn, Berlin, den 6. Jan. 1812, p. 119-124.

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que lui conféraient les règlements en ones et dont le syndic affectait de ne pas faire usage. |

« Bagatelle » que cette revendication, écrivait-il lui-même ; mais elle attestait, chez Fichte, la ferme intention d’exercer toutes Les prérogatives du rectorat et de ne point admettre le moindre manque d’égards'. Son insistance auprès du ministre de l'Intérieur, des Cultes et de l’Instruction publique finit par obtenir gain de cause sur tous les points.

D'autre part, l’Université avait recu du roi lui-même le palais du prince Henri. Mais on sait quelle résistance opposèrent à cette donation ceux qui avaient jusqu'alors la jouissance des locaux. À l'heure où Fichte devint recteur, l'Université n'était pas encore maîtresse des lieux. La chambre de l’adjudant général, les écuries qui devaient servir à l'installation de laboratoires n'étaient pas évacuées ; au nom du Sénat académique, Fichte exigea l'exécution immédiate et intégrale de la # promesse royale ; il se plaignit qu’au mépris des droits de l’Université des étrangers continuassent à tenir résidence dans les locaux et, après ÿ versement de l'indemnité qui leur était due dans les premiers mois de d 1819, il les fit expulser du palais sans souci de leur condition et de leur | rang, fussent-ils, comme Mecheln, des académiciens ?.

Tant que Fichte mit son autoritarisme au service des droits méconnus de l'Université, il ne pouvait manquer d’être soutenu par ses collègues ; mais un jour vint où l’intransigeance de son caractère devait heurter leurs sentiments intimes.

IL CONTRE LES PARTI- Jusqu’alors, et sous l'inspiration de Schleier- D re macher, l'Université nouvelle s'était montrée indulgente aux Ordres d'Étudiants, respec-

tueuse de leurs vieilles coutumes ; elle cédait volontiers à leurs exigences,

1. Fichte’s Leben, II. Bd., Erste Abth., Beilagen und Actenstücke, VIII, 4, Fichte an das Departement wegen des verweigerten Ehrenprädirats des Rectors, Berlin, den 11. Nov. 1841, p.113-114. — Déjà, au moment de sa nomination à l’Université d’'Erlangen, Fichte avait montré sa susceptibilité ombrageuse. Il s'était plaint amèrement à Altenstein qu’on se fût permis de traduire en un latin fort barbare l’affiche qu’il avait envoyée de son cours parce qu’on n’avait pas su comprendre à première vue la construction d'une période qui, précisément, n’était pas une tournure allemande. Bien que faible latiniste, il était pourtant fermement convaineu qu'il était encore le meilleur latiniste d'Erlangen. A l’exception d’un seul maître, le vieil Harless, s'il l'avait cru bon, il aurait pu rédiger lui-même son texte en latin sans se voir infliger l’humiliation de cette correction. Il s'était plaint aussi qu’on ne respectât pas son rang à l’Université. Il venait, par ordre d'inscription, aussitôt après le professeur Hildebrand, et on faisait passer devant lui des membres de la Faculté nommés postérieurement à lui. Il revendiquait avec âpreté son droit et priait le ministre d'enregistrer sa protestation et d'intervenir pour qu'il eût satisfaction. (Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, 4 IL. Bd., Nr. 517, 1806, Mürz, Berlin, Fichte an Altenstein, p. 413-414.) 2: R. Kôüpke, Die Gründung der Kônigl. F,-W.-Universität gu Berlin, 6; Die beiden ersten Triennien, p. 106. Il avait dù d'y être logé gratuitement à ses relations avec la famille royale.

même à leurs menaces, comme le jour où, par crainte de les laisser déserter Berlin pour léna, elle leur accorda une salle d'armes publique

en dépit des observations de Schmalz, effrayé déjà de l'audace des duel-

listes et des plaintes qu'ils suscitaient ‘. Fichte, devenu recteur, s’appliqua, dès son entrée en fonctions, à imposer les idées qu'il avait toujours soutenues au sujet de la discipline universitaire. Il saisit l’occasion d'une pétition que firent auprès de lui quelques étudiants de Berlin (Gives nonnulli Universitatis litterariae Berolinensis, comme ils signaient) effrayés des mœurs introduites par leurs camarades de Francfort. É |

Ils se plaignaient au recteur qu’on leur imposât cette conception tyrannique et meurtrière suivant laquelle l'honneur exigeait d’être lavé dans le sang, honneur qu’on mettait en jeu à tout propos. Le moindre dissentiment était l'occasion de duels parfois mortels, de duels où les blessures étaient considérées comme des titres de gloire. La sévérité des châtiments dont la loi punissait le duel rendait le plus souvent impossibles les poursuites et obligeait à une déplorable tolérance. Car la rigueur paraissait aux duellistes une sorte de défi qu'ils mettaient leur orgueil à braver.

Les étudiants de Berlin, disciples de Fichte, tenaient à protester contre «ce fantôme de l'honneur des étudiants » funeste à l'État qu'il privait de futurs serviteurs, cruel aux familles qu'il mettait en deuil, honteux pour de futurs savants dont il faussait la conscience. Ils se décla-

raient émus par la douleur des pères, par les larmes des mères ; sou-. cieux de leurs devoirs de fils, de leurs obligations de citoyens, de leur

mission de savants, ils exprimaient leur mépris et leur horreur à l'égard du détestable préjugé qui exigeait du sang pour laver les prétendues injures faites souvent par un offenseur indigne ; qui faisait perdre, pour la guérison des blessures, le temps précieux destiné à la culture de l'esprit et du cœur ; ils déploraient cette brutale façon, digne tout au plus de sauvages, de se rendre justice à soi-même. Pourtant ils étaient impuissants à triompher de cette «hydre ». Eux-mêmes, parfois, avaient été forcés de se battre pour écarter le soupçon de lâcheté. Pleins des sentiments que ce mal terrible devait inspirer au cœur d’honnèêtes jeunes hommes, ils s’adressaient à leur recteur comme à un père, pour le supplier d’y mettre un terme. Ils ne demandaient pas qu'on usât de violence, ce serait inutile : toutes les ordonnances, toutes les menaces, tous les châtiments ne serviraient qu'à empirer le mal en le rendant plus secret et à surexciter l’orgueil des étudiants. Le seul moyen d’en

1. R. Kôpke, Die Gründung der Kônigl. F.-W.-Universität zu Berlin, 6, p. 101-102.

EE k triompher était la constitution d’un tribunal d'honneur où les étudiants

eux-mêmes jugeraient leurs pairs. Ce tribunal, arbitre de l'honneur, supprimerait la crainte de faillir à l'honneur qui était le motif de presque

tous les duels. Pour obtenir un semblable résultat, ils comptaient sur

l'autorité du recteur : le respect dont sa personne était universellement entourée, les services rendus à l'Université faisaient de lui l’avocat désigné de cette grande cause. Quant à eux, on ne pouvait les soupconner de lâcheté en présentant cette supplique ; ils avaient prouvé,

ils étaient prêts à prouver encore qu'ils pouvaient défendre par l'épée

leur honneur outragé, même s’il s'agissait d’un pur préjugé. Ce qui les poussait à cette démarche, c'était l'unique et ardent sentiment de leur respect pour les lois sacrées de la raison et de la morale ;ilsétaient sûrs qu'à ce titre leur appel ne pouvait manquer d’être entendu.

LB LEA DISCOURS! REC- C’est Le 8 octobre 1811 que Fichte avait reçu Li RAR re cette supplique peut-être inspirée par lui. Le DE LA LIBERTÉ ACADÉ- 19, il prononca son discours inaugural : La FE seule destruction possible de la liberté académique Dobee die einzig môgliche Stôürung der akademischen Freiheit) ; ce fut un discours de combat. Reprenant ses idées familières

sur la destination du savant, Fichte commençait par établir que si le

A. Fichte’s Leben, II. Bd., Erste Abth., Beilagen und Actenstücke, VIII, 5 ; Schreiben einiger Studirender an Fichte über Gründung eines Ehrengerichts von Studenten, p. 114-116. — Vers la même époque quelques hommes de bonne volonté, s'inspirant des vues de Fichte dans ses Discours, avaient formé le projet de consti-

tuer une association générale des étudiants, une sorte de Ligue des Universités alle-

mandes qui, le cas échéant, serait armée et prête à défendre la patrie. On y prononçait même le mot de « Corporation d’EÉtudiants ». Le plan conçu par Jahn en 1810-1811 avait été soumis à Fichte en février 1812 par Fries, le célèbre porte-parole de la jeunesse du temps. Il n’était cependant pas l’œuvre des étudiants.

Fichte fut effrayé des tendances de ce projet. Dans un « avis » qu'il formula relativement au plan qui lui avait été soumis, il mit en garde les auteurs contre des illusions qu'il estimait dangereuses. D'abord il protestait contre le mot de corporation dont on voulait désigner la future association ; le mot avait été trop avili pour qu'il fût encore permis d’en faire un bon usage; il protestait aussi contre l’idée même de la corporation qui était une idée du Moyen Age et qui opposait les citoyens d’un même pays classe à classe au lieu de les fondre tous, — ce qui était la nécessité du temps, — dans l’unité de la patrie allemande ; il déplorait aussi la restauration prônée de l’esprit chevaleresque, du point d'honneur, à quoi il opposait l'esprit allemand ; enfin il considérait comme intolérable l’armement des étudiants à l’Université, fût-ce pour lutter contre l'invasion possible, non par peur du

danger, mais parce que la lutte pour l’affranchissement des esprits, singulièrement

plus importante que l’autre guerre, exigeait la conservation des membres de la Société qui s’adonnaient à la science.

Sous ces réserves il indiquait dans quel esprit pouvait être conçue l’association de la « jeunesse allemande », c'était le nom qu'il proposait, et comment elle devait travailler à une culture appropriée à la fois du corps, de l’esprit, de la volonté. (Fichte’s Leben, Il. Bd., Erste Abth,, IX ; Fichte’s Gutachten über einen ihm

vorgelegten Plan su Studentenvereinen im Jahre 1811, p. 133-136, et Kôüpke,

Die Gründung der Kônigl. F.-W.-Univensität zu Berlin, 6, p. 111-112.)

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