‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 51 sur 95 · NT PAT OT RE · texte numérisé non relu

NT PAT OT RE

le ma s4le D, bte

te

L'édification de ce règne est donc le but suprême de toute la pra-

tique : la productivité du concept, la praticité de la Raison, termes

synonymes, n’ont qu'un sens, réaliser le monde de l’Idéal, le Royaume ynony y

de l'Esprit. Au fond, il n’y a pas d’autre monde, le monde prétendu

objectif, le monde de la nature qui, pour Schelling, est absolument vrai n'est qu'une apparence : sa théorie de la nature n’est qu’une phénomé-

nologie; dès qu'on en analyse l'essence, ce monde s’évanouit dans le

néant. Il n'y a pas de place dans le réel pour un monde qui n’est pas l’œuvre de la liberté.

Schelling, sans doute, prendra en pitié Fichte qui méconnait ainsi la nature ; on pourrait bien plutôt le prendre à son tour en pitié de poser ainsi la nature et de s’abandonner tout entier au simple hasard. Il faut choisir : l'esprit ou la nature. La prétendue conciliation de Schelling n'est qu'hypocrisie et mensonge. Reconnaissons donc, une fois pour toutes, qu'il n'y a d'être que le spirituel, tout le reste n'existe pas — et c’est pourquoi la théorie de la morale, étant la théorie de la réalisation de l’Idéal, est par là même la théorie de l’Être; si le nom de physique convient à la théorie de l’apparence, de la nature, c’est bien le nom de métaphysique qu'il faut donner à cette théorie de l'Étre.

En même temps nous apparaît la signification religieuse de la moralité : elle est proprement, suivant la parole de la Bible, que Fichte a tant de fois rappelée, l’incarnation du Verbe, la Raison pratique. La Raison pratique, créatrice de l’Idéal, est l'expression même de Dieu, sa vivante image, l'instrument de sa réalisation dans le monde ; la négation

de la réalité de la nature, l'affirmation de la nécessité d’un retour à la

vie spirituelle, comme à la seule vie vraie, rejoignent aisément les dogmes de la renonciation au monde, de la mort, de la résurrection, toute la théorie de l'existence du Christ en Dieu, suivant l'Évangile de

saint Jean”.

Par là se comprend quelle espèce d'immortalité appartient à l’homme. La Raison que la moralité nous révèle agit dans le temps; pour que s’accomplisse sa destinée spirituelle, il faut qu'elle remplisse de son contenu le temps tout entier : si, dans le cours du temps, par indifférence ou par inertie, elle laisse s’introduire une détermination qui ne soit pas son œuvre, une détermination étrangère au devoir, cette détermination produira ses conséquences et fera naître un ordre dont elle ne sera point maitresse, un ordre dont elle devra subir la fatalité : ce sera pour elle, par sa faute, le néant et la mort. C'est donc à juste titre que Kant avait vu dans cette trahison de la volonté le mal radical. Au con-

4. Fichte, N. W., III. Bd., Das System der Sittenlehre, p. 31-34. — 2, Jbid., p. 36-37.

Page 1