‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 56 sur 95 · CHAPITRE VII LA GUERRE DE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LA GUERRE DE

A. L'APPEL DU ROI A Le 14 septembre 1812, Napoléon entrait dans L2 JEUNESSE. Moscou, mais dans Moscou désert, dans Moscou incendié par les Russes eux-mêmes; son inutile victoire était déjà le commencement du désastre. Un mois plus tard, après avoir vainement attendu des ouvertures de paix, il était obligé par le froid de précipiter la retraite. En quelques semaines la nature accomplit ce que, depuis tant d'années, aucun homme de guerre n'avait eu le pouvoir d'obtenir : elle avait triomphé du génie de Napoléon; et les cosaques, en harcelant sans cesse les débris de la grande armée, ne faisaient qu'activer l’œuvre destructrice de l'hiver russe.

A ce moment Fichte reçut d'un de ses amis le conseil de quitter Berlin et de fuir en Russie avant le passage des Français. On savait d’une manière pertinente que Fichte passait pour un des instigateurs les plus audacieux de la révolte contre la domination française. A l'heure où Napoléon marquait chacune des étapes de sa route par de sanglantes représailles, l’auteur des Discours à la Nation allemande, si l'armée française traversait Berlin, avait à redouter les pires rigueurs. En exprimant à son ami sa reconnaissance pour tant de sollicitude, Fichte lui déclara tout net que son devoir de professeur et de citoyen le retenait à Berlin ; il était résolu à y demeurer quoi qu'il dût advenir : sa vie ne lui. appartenait pas, elle appartenait tout entière à la science, à son pays, et il était prêt à la donner pour l’une et pour l’autre’. Ilse félicita bientôt d’être demeuré à ce poste d'honneur qui allait devenir un poste de combat.

Dès le 23 décembre 1812, Knesebeck avait écrit : « Les temps sont révolus! La destinée des États dépend de certaines conjonctures. Saisir les conjonctures favorables les rend grands, les laisser passer

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