‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 6 sur 95 · __ DEUXIÈME PARTIE LUTTE POUR L'AFFRANCHISSEMENT NATIONAL · texte numérisé non relu

__ DEUXIÈME PARTIE LUTTE POUR L'AFFRANCHISSEMENT NATIONAL

RE Gôürres, pu tard un ennemi Re de la LA FRANCE. France, écrivait, à un moment où il était encore partisan passionné de la Révolution : « Le

30 décembre 1797, jour de la reddition de Mayence, à trois heures de l'après-midi, à Ratisbonne, à l’âge florissant de neuf cent cinquantecinq ans, cinq mois et vingt-cinq jours, le Saint-Empire romain germanique est mort doucement et dans le Seigneur, à la suite d’épuisement complet et d’une attaque d’apoplexie; il s’est éteint en pleine conscience et muni des sacrements de l'Église. Pourquoi a-t-il fallu, Dieu clément, que ta colère atteignit cette inoffensive créature? Il broutait si paisible, si tranquille, les prairies de son père! Dix fois, il s'était laissé tondre sa laine ; il était si doux, si patient, semblable à l'humanité, cette bête de somme qui ne se cabre et ne rue que lorsque d’effrontés garnements lui brülent les oreilles avec de l'amadou enflammé ! Le défunt était né à Verdun, en 842; lorsqu'il vit la lumière, une fatale comète à perruque brillait au zénith. La sage-femme, qui l’apercut la première, prononça

* ces paroles fatidiques : « Un enfant né sous ce signe sera pacifique,

patient et, pour cela, il sera poursuivi par les méchants ». Dans sa jeunesse, il paraissait solidement constitué, mais son goût pour la- vie sédentaire uni à la manie religieuse compromit vite sa santé, d’ailleurs

chancelante ; il parut bientôt que sa tête devenait plus faible, ses facul-

tés intellectuelles baissaient tous les jours. A l’âge de deux cent cinquante ans, à l’époque des croisades, il devint fou. Des saignées abondantes, une diète sévère amenèrent quelque amélioration ; mais, de la

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folie, il tomba dans la phtisie. Ce n’était plus qu'une ombre. Il traina ainsi pendant des siècles jusqu'à la Guerre de Trente Ans, où de violentes hémorragies achevèrent de l’épuiser. Il commençait à peine de se relever quand arrivèrent les Français, une attaque d’apoplexie termina. ses souffrances {. » ”

Cette oraison funèbre du Saint-Empire germanique trouve dans une brochure française de la même époque, intitulée La Passion, un complément plus significatif :

« Et'après que Bonaparte, y lit-on, eut terminé cela, les docteurs, les grands-prêtres et les pharisiens se réunirent dans une ville que l'on

- nomme Rastadt et tinrent conseil pour savoir comment ils s'empareraient, par ruse, de l'Empire romain et le tueraient.. Et l'Empire vit

que sa dernière heure était arrivée, et il dit : « Mon âme est triste jJusqu’à la mort... » L’électeur ecclésiastique était fort mélancolique, et il dit dans le Congrès : « En vérité, en vérité, un de vous me trahira ». Et voilà, la Cour de Prusse murmure à l'oreille de la France : « Que me donnerez-vous ? Je vous le livrerai® ».

C'est ainsi que, depuis les premiers temps de la République jusqu’à l'année d’Austerlitz, la France avait trouvé chez le roi de Prusse une espèce d'allié plus ou moins sincère, plus ou moins réticent, mais enfin une espèce d’allié. Après Marengo et Hohenlinden, ia paix de Lunéville (9 février 1801) marquait, pour l'Autriche, c’est-à-dire alors pour l’Allemagne, une heure historique. Les Habsbourg devaient. renoncer à la poursuite de cette hégémonie universelle dont le rêve, depuis Frédéric III, ne cessait de hanter périodiquement leur pensée. Les nouvelles guerres n'avaient fait qu'aggraver sa situation, et, après Austerlitz (2 décembre 1805), le traité de Presbourg (25 décembre) consommait, avec sa défaite, la ruine définitive de l’ancien Empire germanique. François Il, le vingt-et-unième prince de la dynastie fondée par Rodolphe de Habsbourg, dut, le 26 août 1806, et se déclarer délié de ses obligations envers le corps germanique et délier de son côté tous les membres de l'Empire de leurs devoirs constitutionnels.

La Prusse qui, grâce à ses complaisances envers la France dont elle avait sollicité la protection, avait jusqu'alors largement profité des. dépouilles de l'Autriche, commençait à s’épouvanter des progrès de la. domination française. La réorganisation de l'Allemagne que Napoléon, héritier en cela des plans du Directoire, envisageait sous son contrôle et pour ses desseins, ne pouvait être viable ; il ne créait des royaumes

4. E. Denis, L'Allemagne (1789-1810), Bibl. d'histoire illustrée, publiée sous la direction de MM. J. Zeller et Vast. Paris, ancienne maison Quantin. Ch. x : Fin du Saint-Empire romain germanique, p. 148. — 2, Zbid., p. 149.

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que pour morceler l'Allemagne, et n’affranchissait les peuples que pour les maintenir en tutelle : mais il allait par là même, en réveillant l’esprit national, transformer l'unité religieuse en une unité allemande et, sur les ruines de l’Empire français, préparer l'édifice d’un nouvel empire allemand. La Prusse, cette fois, devait en être la bénéficiaire après des péripéties où l’on put un moment croire qu’elle allait perdre jusqu à l'existence.

« Depuis le traité de Bâle, écrit E. Denis dans le livre que nous avons cité, la Prusse assistait aux événements, tiraillée entre ses ambitions qui la rapprochaient de la Révolution ou ses effarements qui la rame-

-naient vers les coalisés ‘. » Au moment même du traité, le Comité de Salut public entendait passer sans transition de la guerre à l'offre d'une alliance défensive et offensive avec Frédéric-Guillaume IT. Pendant dix ans les avances de la France se multiplièrent, la sympathie de la Prusse et une entente avec elle étaient nécessaires à la sécurité de ses dernières conquêtes ; mais la Prusse, sans se compromettre, se réservait et, pas plus qu’elle n'avait répondu aux offres des Conventionnels, ou aux objurgations du Directoire, elle ne répondait franchement aux séductions de Bonaparte premier Consul, et peut-être la rancune de Napoléon, qui devait se manifester plus tard, eut-elle son origine dans l'amertume de ces premières déceptions. La Prusse se réservait, moins par calcul, sans doute, que par crainte. Entre l'alliance française, qui la brouillait avec l'Autriche et avec l'Angleterre, ou l'alliance contrerévolutionnaire, moins riche de perspectives, mais plus solide et immédiatement plus profitable, elle ne sut ou n’osa pas choisir. L'abaissement de l'Autriche la réjouissait; cependant, sa défiance envers une rivale qu'elle abhorrait, mais qu’elle respectait, n'allait pas jusqu'à la faire complice de sa ruine, et ce perpétuel flottement entre des désirs contradictoires, entre des projets qu’à peine conçus elle abandonnait, la discréditait dans les deux camps. Le régime politique de la Prusse aggravait encore la situation; l’absolutisme du souverain n’était qu'une

façade et les intrigues du palais remplaçaient dans l’ombre des cou-

loirs les agitations parlementaires. Le « cabinet » du roi gouvernait, insoucieux des intérêts vitaux du pays, ballotté entre le désir de se plier aux caprices, voire aux abdications du souverain, et la peur d'une opinion qui le rendait responsable de toutes les fautes commises. De là tant de démarches souvent contradictoires qui, dans la crise de 1806, aboutirent à une guerre dont, au fond, les dirigeants ne voulaient pas, mais que réclamait tout un parti de la Cour.

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