E. Denis, L'Allemagne (1789-1810), ch. 1v, p
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Après la rupture de la paix d'Amiens (1802) et l'occupation, par les troupes françaises, du Hanovre que briguait la Prusse, des négociations furent entamées avec Napoléon au sujet d’une alliance en règle, mais . la condition mise par lui, la brouille avec la Russie, avait effrayé le roi
et ses ministres; Haugwitz répondit aux offres du Gouvernement par des protestations, d’ailleurs sincères, de bon vouloir, qui ne lui suffisaient pas.
En 1804, au mois d'octobre, l'enlèvement, sur le territoire des villes hanséatiques, d’un agent anglais accrédité auprès du cercle de la Basse- Saxe, créait à la Prusse une situation difficile. Frédéric-Guillaume était obligé de protester, mais il tenait à ne point pousser les choses à l'extrême et à concéder tout ce qui serait compatible avec l'honneur. Napoléon, de son côté, au moment mêrne de la rupture avec l'Autriche, désirait ménager la Prusse; il se montra conciliant. |
« Embrassons-nous, écrivait à l'ambassadeur de France le conseiller de cabinet Lombard, embrassons-nous avec une joie que la crainte ne trouble plus et soyons orgueilleux de nos patries! Oh! cette lettre de l'Empereur ! L'avez-vous lue? C’est un mélange de noblesse et d'amitié dont l'effet est irrésistible. Le mal que nous redoutions est devenu pour le roi Ja source de la satisfaction la plus pure. Napoléon, accoutumé aux conquêtes, vient d’en faire une par un trait de plume. »
Mais, quelques mois plus tard, nouveau revirement : Bernadotte violait la neutralité de la Prusse en traversant la province d’Ansbach. Le parti de la guerre, Hardenberg en tête, conseillait au roi d'adopter une attitude énergique, le tsar Alexandre essayait de toutes ses séductionspour vaincre les résistances du monarque qui tenait à sonisolement, et pour l’entrainer dans la coalition; il obtint, par le traité de Potsdam
(3 novembre 1803), une espèce de consentement : Frédéric-Guillaume s'engageait à adresser à Napoléon l’ultimatum des coalisés et, en cas ‘de refus, à se joindre à eux. Engagement plein de réticences : car le roi ne tenait nullement, pour servir la coalition, à s’aliéner les Francais; et tous ses efforts, pour respecter sa parole, se bornaient au rôle de médiateur. La bataille d’Austerlitz vint à point servir ses desseins pacifiques; le traité de Schônbrunn (15 décembre 1805), qui, en échange de certains territoires, accordait le Hanovre à la Prusse, faisait d’elle l'alliée de la France. Pour témoigner de sa sincérité en même temps que pour mettre un terme aux agitations anti-francçaises, le roi ramenait sur le pied de paix l’armée qui avait été mobilisée.