‹ Fichte et son temps (volume 2)Chapitre 67 sur 95 · Ibid., Nr. 191, Zürich, d. 12. Juli 1794, p · texte numérisé non relu

Ibid., Nr. 191, Zürich, d. 12. Juli 1794, p

4, 1bid., I. Bd., Nr. 224, 1795, Februar 16, Jena, Fichte an Voigt, p. 433-437, et Nr. 225, 1795, Februar 21 (Sonnabend}), Jena, Fichte an J.-H. Voigt, p. 437-458.

à FES méditation. [1 lui faudrait, à l'exemple de ce que le roi de Danemark avait fait pour Klopstock, une pension. Mais quel roi ou quel prince consentirait à à pensionner l’auteur de la Théorie de la Science? Aucun, parce que les principes qu’elle soutient ne sont pas bons pour leurs pièges. Si, d'ailleurs, il s'en trouvait un, Fichte n’accepterait pas de pension de sa main. Mais il l’accepterait de la Nation française qui commençait alors à ouvrir aussi les yeux sur l'Art et sur la Science. Et il croyait qu'il appartenait à la Nation française de le faire.

« Mon système, déclarait-t-il, est le premier système de la liberté. De même. que cette Nation délivra l'humanité des chaînes matérielles, mon système la délivra du joug de la Chose en soi, des influences extérieures, et ses premiers principes font de l’homme un être autonome. La Théorie de la Science est née durant les années où la Nation française faisait, à force d'énergie, triompher la liberté politique ; elle est née à la suite d’une lutte intime avec moi-même et contre tous les préjugés ancrés en moi, et cette conquête de la liberté a contribué à faire naître la Théorie de la Science ; je dois à la valeur de la. Nation francaise d’avoir été soulevé encore plus haut; je lui dois d’avoir stimulé en moi l'énergie nécessaire à la compréhension de ces idées. Pendant que j'écrivais un ouvrage sur la Révolution, les premiers signes, les premiers pressentiments de mon système surgirent en moi comme une sorte de récompense. Ainsi donc , ce système appartient déjà dans une certaine mesure à la Nation française ; la question est de savoir si elle veut se l’approprier ouvertement, officiellement, en me donnant les moyens de l'édifier.

« Si la France m'accorde une pension, sinon viagère du moins jusqu’à l'achèvement de mon œuvre, et me permettant de vivre sans superflu, mais convenablement, je m'engagerai à écrire l'original de mon ouvrage, d’un seul coup ou par morceaux, dans la langue universelle, le latin (j'aurais de graves difficultés à le faire en français, et il me semble aussi plus convenable pour cette Nation de ne pas se réserver un cadeau, mais de l’offrir à l'Europe cultivée tout entière), et je ferai connaître en tête que j'ai dû à cette Nation seule les loisirs nécessaires pour l’achever ; je ne porterais pas d’autre titre que celui de citoyen français, si la Nation voulait bien me le donner; je vivrais en Alsace ou dans une des autres provinces allemandes de la République parce que je ne possède pas assez pe la langue française pour en faire un usage habituel dans la conversation. »

En terminant, notre ae demande à Baggesen de faire connaître ce projet comme venant de Fichte lui- -même, et d'intéresser à l’affaire un certain Bacher, secrétaire d'ambassade à Bâle, qui était son amit. :

On ne saurait plus s'étonner qu’au moment de l’accusation d’athéisme, Fichte ait entamé des négociations pour aller professer en France ou du moins dans les provinces allemandes soumises à la France. Ce qui est encore confirmé par deux lettres à Yung que publie Hans Schulz.

Dans l’une d’entre elles, datée du 29 fructidor VI (12 septembre 1798), Fichte écrit : « Je voudrais, aussi ongtemps que je le pourrai, agir par mes paroles et par mes écrits : c’est Le but de ma vie. Où je trouve le meiileur cercle d'action, c'est là que je préfère vivre. On ne fera que me rendre justice en me considérant comme un partisan de la liberté politique et de la Nation qui promet de la répandre. Je suis, d'ailleurs, fermement convaincu qu'on peut bien plus facilement agir sur des hommes qui participent à la liberté politique, qui sont égaux à tous leurs concitoyens et ne sont les maitres ou les esclaves de personne que sur des mutilés à qui manque ce qu'il y a de plus noble dans la nature humaine.

« À ce point de vue, je n'aurais pas de souhait plus cher que celui de

1. Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, I. Bd., Nr. 231, Fichte an Baggesen (?), 1795 (?), April(?}), p. 449-451.

# Roi : | 3 è

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consacrer ma vie au service de la grande République pour former ses futurs | citoyens!. » ; | Et Fichte propose à Yung un plan approprié à la grande Nation; il lui semble digne d’elle de prendre l'initiative d’un.Institut uniquement consacré aux recherches scientifiques pures et désintéressées, destiné non seulement à ses propres concitoyens mais à l’ensemble de l'humanité, de manière à s’attacher toutes les nations et à élever les esprits. La base d’une pareille fédération de l'humanité pour l'intérêt de la pure science implique l'union de l'esprit allemand et de l'esprit français. Par suite, le siège de l’Institut, le plus conforme à son objet, serait la rive gauche du Rhin?. Si sa proposition est agréée, Fichte sollicite de La République française un traitement équivalent à celui de la chaire d'Iéna et qui lui assure ainsi qu’à sa famille la tranquillité de ses vieux jours.

Dans une lettre postérieure de deux mois (3 novembre 1798 [13 brumaire VII) Fichte répond à une lettre de Yung qui n’a pas été retrouvée, mais qui, évidemment, donnait à Fichte les plus sérieuses espérances. Fichte le remercie des perspectives qu'il lui ouvre et qui sont aussi vivifiantes pour son esprit qu'agréables à son cœur. Sans doute, le projet d’Institut purement scientifique de Fichte avait dû être écarté, mais une place de professeur dans une école spéciale ou centrale semble lui avoir été promise, car il dresse tout un plan de leçons pour l’école spéciale (cours sur les fondements de la philosophie transcendantale, celui-là même qu’il professait actuellement sous le nom de Théorie de la Science) et pour l'école centrale (exposé populaire de cette philosophie accessible à tout homme et notamment exposé du Droit et de la Morale et peut-être de l'Esthétique ; enfin exposition d’une théorie philosophique de la religion sous forme de Discours à l’usage d'un public éthico-religieux*).

Cependant quand, au moment de quitter léna, quelques mois plus tard, Fichte (dans une lettre à Yung datée du 10 avril 1799 [20 germinal VII) demande un passe-port pour traverser les lignes françaises et aller sur la rive gauche du Rhin, c’est soit pour se rendre en Suisse, soit pour rechercher, sur la rive gauche du Rhin, un coin où il pourrait, loin des regards du public, poursuivre tranquillement l'étude de sa philosophie transcendantaleÿ, ce n’est pas pour se fixer en France.

Sans doute (Jeanne l’écrivait à Reinhold encore le 3 mai de cette même année), on semblait tout faire pour pousser Fichte par nécessité à venir en France; on lui refusait, dans les diverses contrées de l'Allemagne, un asile où il pût vivre en paix, quitte à l’accuser ensuite de n'avoir jamais été un bon Allemands, én arguant des propos que lui prêtaient, d’ailleurs faussement, les généraux français républicains 7. Cependant Fichte, bien qu'il ne crût pas à sa sécurité sur la terre allemande, voulait épuiser tous les moyens avant de la

4. Hans Schulz, Fichtes Briefwechsel, I. Bd., Nr. 311, Fichte an Yung, Ilena, den 29. Fructidor VI, p. 593.

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