E. Denis, L'Allemagne (1789-1810), ch. 1v, p
Cependant, depuis Austerlitz, l'ambition de Napoléon se précisait : il visait à l'hégémonie; l'alliance prussienne devenait même un obstacle pour sa politique allemande ; les conditions du traité de Schünbrunn se trouvaient aggravées par le traité de Paris (15 février 1806) qui
obligeait la Prusse à fermer sans délai au commerce anglais les
bouches de l'Ems, du Weser et de l’Elbe, au risque d’immédiates
représailles. [l fallut bien céder; mais le roi et ses conseillers, à
l'heure précise où ils s’engageaient à soutenir la France contre l’An-
gleterre, cherchaient en sous-main un rapprochement avec la Russie
- pour échapper à une dangereuse protection qui n’était plus qu'un
vasselage.
Napoléon, informé de ces négociations secrètes, exigea le renvoi d'Hardenberg qui les avait préparées, Haugwitz, le représentant de la Prusse au traité de Paris, fut hué à son retour et presque lapidé. Le parti de la guerre, soutenu par la reine Louise, par le prince Louis- Ferdinand, par les meilleurs généraux, se faisait plus pressant; d'autre part, pour compliquer la politique de temporisation qui était celle du roi, l'Angleterre venait de répondre à la fermeture des ports de la mer
du Nord par une déclaration de guerre immédiate et par la confiscation,
en quelques semaines, de trois cents navires. En outre, la Confédération du Rhin, créée le 12 juin 1806, menaçait militairement les frontières méridionales et occidentales de la Prusse. Sans doute Napoléon faisait miroiter aux yeux de l’ambassadeur prussien la formation d’une Confédération du Nord dont la Prusse aurait la direction; mais, quand il s’agit de négocier, Haugwitz ne trouva pas, du côté de la diplomatie française, les appuis qu’il espérait. Bien au contraire, le bruit courait que M. de Talleyrand faisait des ouvertures à la Saxe et à la Hesse pour les entraîner dans l’orbite de la Confédération du Rhin. Le Hanovre
. même, qui devait suffire, au jugement du conseiller de cabinet Lombard,
pour consoler la Prusse, était singulièrement compromis. Après la mort
de Pitt, Fox avait entamé des pourparlers de paix avec la France : la
restitution du Hanovre à l'Angleterre passait, à tort ou à raison, pour
être un des enjeux de leur succès, et on commençait à mettre en doute la fidélité de Napoléon à ses engagements.
Pour conclure la paix, n’allait-il pas sacrifier son alliée? Le 6 août, une dépêche de l'ambassadeur de Prusse à Paris semblait confirmer ce bruit. Le plénipotentiaire anglais Lord Yarmouth aurait déclaré que la question était réglée, le Hanovre revenait à l'Angleterre. Nouvelle au moins prématurée, mais dont la seule annonce causait à Berlin une telle émotion que le roi, pusillanime, débordé par les partisans de la guerre
qui ne dissimulaient même plus leurs sentiments et poussaient jusque
dans les rues des cris hostiles à la France, incapable de résister à une agitation dont il s'exagérait d’ailleurs la profondeur et la portée, crut habile de lui faire des concessions. Sans avoir le moindre désir de déclarer la guerre, il adressa un ultimatum à Napoléon et donna ouvertement, le 9 août, un ordre de mobilisation aussi précipité que l'avait été, quelques mois plus tôt, l’ordre de ramener l’armée sur le pied de paix. >
Napoléon, à ce moment, n’envisageait pas l'invasion de la Prusse; il escomptait la paix avec l'Angleterre ; il croyait aux sentiments pacifiques de la Russie. La maladresse de la Cour de Prusse lui ouvrit soudain les yeux, et quand le tsar refusa d’apposer sa propre signature sur la convention déjà signée à Paris par M. d'Oubril, il comprit qu'une nouvelle coalition était nouée contre lui; il n’eut plus d'autre pensée que de mettre à profit la situation où il se trouvait en Allemagne pour écraser la Prusse avant que la Russie eût le temps d'intervenir.
Ainsi s'ouvrit cette guerre qu'un peu de circonspection à la Cour de Berlin eût pu éviter et où allait se jouer le sort de la Prusse.
Depuis le traité de Potsdam une sorte de fatalité pesait sur Frédéric- Guillaume : « on avait déclaré la guerre à la France sans la faire; on
avait contracté une alliance avec elle sans la ratifier; on en avait subi
une seconde qu'on avait ratifiée sans la vouloir sincèrement! » et on venait de provoquer Napoléon sans même vos la réplique fou-
-droyante qui était toute prête.
Dans ces conjonctures, quelle-allait être l'attitude de Fichte?
B. LES IDÉES DE FICHTE Dès son arrivée à Iléna, en 1794, Fichte REPATIVES A L'APPHÉA “navait point caché, au dire de Forbers 00e TION DE L'ÉLOQUENCE À is :
LA GUERRE ACTUBEÈLE intention « de diriger l’esprit de son temps par ses principes », et, récemment encore, il arrachait à Schelling cette exclamation : « Agir, agir; c'est l’appel qui retentit de bien des côtés ». Pouvait-il demeurer spectateur impassible devant la guerre qui venait d'éclater ? Pouvait-il consentir, orateur né, à rester dans sa chaire, muet, devant une salle déserte, quand la jeunesse qu'il enseignait allait sur les champs de bataille verser son
-sang pour la patrie? Alors qu'il ne cessait de prêcher le sacrifice à ses
auditeurs, pouvait-il, sans se renier lui-même, oublier la mission du
savant et de l’éducateur : l’exemple ? L'occasion s'offrait à lui de
prouver la vertu pratique de la Théorie de la Science. Le penseur devint homme d'action ; par la parole, par la plume il prétendit exercer une