Ibid., I, 2, 1, p. 404, et x, p
3. Par exemple, les producteurs comprennent des agriculteurs, des maraïîchers, des jardiniers, des forestiers, des éleveurs, des pêcheurs, etc.; de même les artisans se divisent en presque autant de catégories qu’il y a d'objets fabriqués, et les branches du commerce sont également multiples. (Zbid., I, 2, n, p. 406-408).
fixé par la valeur et par la qualité du produit ; enfin les commerçants, qui servent d’intermédiarres entre ces deux classes et leur épargnent la peine et le temps de se chercher mutuellement, doivent renoncer entre eux à tout commerce direct, source de tous les accaparements. et de tous les monopoles, véritable plaie inhérente au mercantilisme; ils doivent cesser d'être soit marchands et producteurs ou. artisans, soit les deux à la fois, et rester toujours pourvus, en. tout temps, des objets qu’on leur demande. En échange, les deux autres classes s'engagent à leur remettre le superflu de leurs produits ou de leurs objets fabriqués à un prix qui permette aux marchands de vivre de leur commerce aussi confortablement que les membres des autres classes vivent de leur travail. |
Il convient d'ajouter que cette division ne se fait pas arbitrairement et au hasard : elle exige une réglementation minutieuse par l'État, seul capable de déterminer, suivant les besoins de la communauté, le nombre respectif des travailleurs de chaque classe, d’établir, au cas où une branche manque de bras, un système de primes. pour attirer les travailleurs, d'interdire aux incapables l'exercice: public de tel ou tel métier *, de fixer les prix des échanges en fonction de la quantité des marchandises et du nombre des consomma- teurs, de surveiller enfin la régularité des opérations commerciales et de punir la fraude *.
Bref la tâche de l’État est d'assurer à tous les citoyens, par cette réglementation du travail, avec le maximum de bien-être national ou de richesse publique, à la fois l'égalité du confort qu'exige la justice et le maximum de confort compatible avec une situation donnée *. |
Remarquons d’ailleurs que cette égalité de confort n “entraine pre dans l'esprit de Fichte, une égalisation des individus.
Sans doute, il éonvient, déclare-t-il, que tous aient une vie également agréable; mais il ajoute : proportionnellement agréable, c’està-dire telle qu’on obtienne l'espèce de force et de bien-être dont chacun a besoin pour ses fonctions propres. Par exemple, l'homme occupé à de profondes méditations et dont l'imagination doit prendre son élan pour la découverte n'aurait pas même le nécessaire, s’il devait nourrir comme l’agriculteur qui, au jour le jour, fait un travail tout mécanique, et ne dépense que des forces physiques. Celui-ci peut, sans inconvénient, les jours où 1l travaille, apaiser sa
1. Fichte, S. W., ITL. Bd., Der geschlossene Handelsslaat, I, 2, 1, p. 404-405; voir aussi 4, 7, p. 447. — 2. Ibid., 1, 2, 1, ut, p. 408-411. — 3. Ibid., I, 2, 1v, p. 413. — 4. Ibid... I, 3, p. 423.
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faim avec une quantité d'aliments végétaux qu'il digérera en plein
air; de plus, un vêtement fin et soigné serait, dans ses occupations, bien vite perdu. Au contraire celui qui exécute, assis dans sa
chambre, un travail manuel, a besoin d’une nourriture dont une petite quantité le rassasie; et celui qui, soit dans les arts supérieurs,
soit dans la science, doit faire des découvertes a besoin d’une nourriture plus variée et plus réconfortante, il lui faut constamment devant les yeux, au dehors, cette pureté et cette noblesse qui
doivent régner intérieurement en lui.
Il convient enfin de remarquer que cette proportionnalité de confort, loin de tendre, dans l'esprit de Fichte, à un matérialisme médiocre, a, au fond, pour but de rendre accessible à tous le loisir destiné à l'élévation spirituelle qui, dans l’ordre économique actuel,
est le privilège, singulièrement mal employé, de quelques oisifs.
« Ce n'est pas simplement pour l'humanité un pieux désir, c'est
la revendication inéluctable de son droit et de sa destinée qu’elle vive Sur la terre aussi aisément, aussi librement, aussi maîtresse de la nature, aussi véritablement humaine que le permet la nature,
L'homme doit travailler, mais non pas comme une bête de somme, qui s'endort sous son fardeau et qu'après la réfection nécessaire de ses forces épuisées, on réveille en sursaut pour porter de nouveau la même charge. L'homme doit travailler sans l’aiguillon de la peur, avec plaisir et avec joie, conservant du loisir afin de lever son esprit
et son regard vers le ciel pour la contemplation duquel il est formé.
Ï ne faut pas qu’il mange pour ainsi dire avec sa bête de somme, sa nourriture doit être aussi différente du foin, son habitation de l'écurie, que sa conformation est différente de celle de sa bête de somme. Il possède ce droit, parce qu’il est un homme? »
Et voici le point important. Cette réglementation assurant à tous les membres de la Cité une égalité dans le confort et dans la par-
ticipation à la vie spirituelle qui est la condition même de la Justice,
ne devient possible qu’à l'intérieur d’un État commercial fermé, ear toute introduction de produits étrangers à l'État romprait nécessairement l'équilibre maintenu avec tant de labeur entre les différentes branches du travail *.
« Si vraiment il n’est pas entièrement indifférent à l'État de savoir de quelle manière le citoyen est parvenu à l'acquisition de ce que
l'État doit reconnaître et garantir comme sa propriété; si le citoyen,
dans ses acquisitions, se voit refuser à une certaine limite, a imite
4. Fichte, S. W., IH. Bd., Der geschlossene Handelsstaat, 1,2, v, p. Mére Ibüid., I, 3, p. 422-423. — 3. Ibid., 1, 2, vi, p. 420.
du vol à main armée, la liberté sans obstacles qui permettrait que l'un s’emparât de tout sans que l’autre n'eût rien; si vraiment le devoir du gouvernement ne consiste pas seulement à veiller d’une certaine manière sur les stocks accumulés et à empêcher celui qui n’a rien d'obtenir quelque chose; si c’est bien plutôt la véritable fonction de l’État d’aider tous les citoyens à acquérir ce qui leur appartient comme membres co-partageants de l’humanité.., alors il faut que tout le commerce soit réglé de la manière qui a été dite; il faut, pour que cette réglementation soit possible, qu'on puisse faire abstraction de l'influence de l'étranger sur lequel on n’a pas de prise; et alors l'État conforme à la Raison est un État commercial fermé aussi bien qu'il est un ia fermé quant à ses lois et aux individus. qui le constituent t. | Mais trois choses Mer compromettre, à l’intérieur même de l'État fermé, l'équilibre de la justice : c’est, en premier lieu, l’existence d’une classe de citoyens qui ne sont ni producteurs, ni fabricants, ni commerçants, la classe des fonctionnaires qui consomment sans produire, fabriquer ou échanger, diminuant le bien-être général sans compensation; c’est en second lieu l'impossibilité de prévoir le : rendement annuel des produits naturels, et par suite la menace d’un déficit dans la production; c’est enfin la nécessité de recourir à la monnaie comme valeur d'échange, et la possibilité de constituer avec elle une richesse purement fictive. | Mais d'abord les fonctionnaires assurent les services publics; ce sont eux qui garantissent à tous les citoyens la jouissance de leurs droits : il est à la fois nécessaire et juste qu'ils aient dans l'État leur place et dans la fortune publique leur part; il faut donc, dans le calcul économique qui règle le rapport des classes et le degré du confort commun, commencer par opérer la déduction de la somme qu'exige l'entretien des fonctionnaires; c’est là le principe même des impôts; et sans doute la fortune publique et le bien-être de tous en sont diminués, sans doute le prix des denrées s’en trouve augmenté d'autant, mais l'équilibre commercial n’en est pas rompu ? En second lieu, l'équilibre pourrait être modifié non pas sans doute par une perturbation dans la quantité des produits fabriqués, puisque ceux-ci peuvent toujours être réglementés suivant le calcul des besoins, mais par une insuffisance dans la production annuelle, insuffisance sur laquelle nulle réglementation n’a de prise. Pour y obvier l’État n’a qu’une ressource : Calculer, sur un espace
1. Fichte, S. W., IIL. Bd., Der geschlossene Handelsstaat, I, 2, vi, p. 420. — 2. Jbid., I, #4, p. 424-427.
à Cr Er LL ré
4 L'ÉTAT COMMERCIAL FERNÉ. 85
de cinq ans environ, la moyenne de la production et de la consommation annuelle; créer des magasins où il mette en réserve dans les années de surproduction le surplus des produits nécessaires à l’ali-
. mentation normale, et obliger les producteurs soit à verser dans les
magasins de l’État, soit à conserver par devers eux, après déclaration préalable, ce surplus qu'on inscrit à leur crédit et qui sera payable au moment de la livraison ‘. |
Mais c’est surtout l'introduction de l'argent, de l'or, des métaux
| précieux, condition des échanges, qui est susceptible de troubler
l'équilibre économique de l'État en modifiant la valeur même des produits, le rapport entre la quantité des objets de consommation et le prix en argent qu'ils représentent étant alors essentiellement variable; visiblement Fichte dénonce ici les méfaits du mercantilisme qui considérait la quantité accumulée de métal précieux
comme la richesse même d'un pays ?.
Or, sans doute Fichte ne va pas jusqu'à interdire toute introduc-
tion de monnaie dans l'État conforme à la Raison ; mais il va
s'efforcer de montrer que, dans un État commercial FR où les citoyens n’ont pas d’attaches directes avec l'étranger, l'argent ne peut avoir par lui-même de valeur réelle, il ne doit avoir qu'une valeur purement fictive, celle d'un signe, d'un simple instrument d'échange, d’un nouvel et commode intermédiaire, parce que pus maniable, dans le troc des marchandises ?.
Dans l'État commercial fermé la quantité d'argent en circulation, pour parler le langage ordinaire, n'a aucune importance; le plus ou le moins n’a aucun sens, sa valeur n’a qu'une valeur fictive, celle
que l'État lui donne: la somme totale de l'argent en circulation
représente exactement la somme totale des denrées en circulation publique dans le commerce, la dixième partie de l'argent, la dixième