Jaurès, Histoire socialiste, La Convention, p
testations et heurté les sentiments de tous ceux qui, élevés à l’école de Turgot et d'Adam Smith, défendaient les principes de la liberté du commerce et qui évoquaient le spectre d’une loi agraire, finit par triompher".
Mais après combien d’° Hé tione Les premiers projets de os mentation présentés à la Convention par les comités d'agriculture et de commerce, les 3 et 16 novembre 1792 (rapport de Fabre de l'Hérault), portent qu'en aucun cas et sous aucun prétexte on ne pourra taxer le prix des grains. Fabre se borne à proposer d’obliger tout propriétaire, fermier ou dépositaire, à faire devant la municipalité du lieu de sa résidence la déclaration de la quantité de grains qu'il possède dans ses réserves, de forcer les marchands qui voudraient faire des achats hors de leurs communes à se pourvoir d’un certificat de la municipalité constatant la quantité de grains qu'ils ont dessein d'acheter, les lieux de leur destination, enfin d’obliger tous les détenteurs de grains à porter sur les marchés la quantité jugée nécessaire ?.
Il ‘fallut la pression des événements, il fallut la menace d'un soulèvement populaire pour vaincre les résistances de la Convention, le 3 mai 1793, elle, promulgua une loi fixant le maximum des grains et des farines; le 29 septembre 1793, trois semaines après qu'eut commencé le régime de la Terreur, comprenant que seule la taxation légale des denrées pouvait assurer la subsistance du peuple, elle rendait le grand décret qui tarifait toute la vie économique de la nation, les marchandises ét les salaires ?.
Ici encore, on ne peut pas ne pas songer au projet de Décret économique de Babeuf et à la réglementation de l’État commercial fermé de Fichte. Les prétendues utopies du grand communiste révolutionnaire, les conceptions du philosophe jacobin apparaissent ainsi comme singulièrement plus proches des faits que leurs contemporains n'étaient tentés de le croire.
Mais, s'il fallait une ‘preuve indiscutable de l'influence exercée . alors sur l'esprit de Fichte par les événements de France et des origines jacobines de l'État commercial fermé, il suffirait de rappeler sa théorie des frontières naturelles, tout inspirée du souffle de Danton déclarant la France inachevée et les limites où elle devait atteindre « marquées par la Nature à l'Océan, au bord du‘Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées ».
Fichte pouvait-il affirmer plus ouvertement, Dj PO eRE
1. Jaurès, Histoire socialiste, La Convention, p. 319. — 19. Ibid; p..388..— 3. Ibid., p. 1676- 107:
plus clairement qu'il approuvait les guerres entreprises par le gouvernement jacobin? |
Au courant, comme il l'était, des événements de la Révolution, Fichte avait donc écrit son État commercial fermé en pleine connaissance de cause et avec le sentiment très net des réalités; il avait voulu composer un livre d’une application possible et immédiate; ce que la Convention avait pu tenter en partie, la Prusse, avec sa forte organisation centrale, ne pourrait-elle l'accomplir le jour où elle le voudrait?
Fichte ne fut pas compris; le public fit à peine attention à l'ouvrage; ceux qui le lurent y virent une utopie et volontiers le raillèrent ; personne n’en soupçonna la portée‘, et le gouvernement lui-même resta sourd à l'appel de Fichte.
Struensée, le ministre auquel était dédié l'État commercial fermé,