Feb. 1800, p. 284. — 2. Ibid., p
. 8. Gœthe-Jahrbuch, éd. L. Geiger, Frankfurt a/M., Literarische Anstalt, Rütten und Lœning, 1894, XV. Bd., 1, Mittheilungen aus dem Goethe- und Schiller-Archiv, 5, Zwei-Briefe von Fichte an Schiller, hgg. von R. Steiner, VIII, Berlin, den 2. Febr.1800,
La date du 2 février 1800, attribuée à cette lettre de Fichte à Schiller, est manifestement fausse. Le 2 février 1800 Fichte était, non pas à Berlin, mais à Iéna, où il arrivait dans la première quinzaine de décembre 1799 (« Ich bin in der ersten Hälfte. des künftigen Monats bei lhnen, mein theurer Freund », écrit Fichte à Schelling le 19 novembre 1799, Fichte’s Leben, Il. Bd., Zweite Abth., IV, 10, p. 308). Et c’est non de Berlin, mais d’Iléna que, le 8 février, il écrivit à Reinhold pour lui annoncer la fondation de l’Institut critique; dans cette même lettre Fichte déclare d’ailleurs formellement qu’il est encore retenu à Iéna pour le mois de février tout entier (Fichte’s Leben, II. Bd., Zweite Abth., III, 28, Fichte an Reinhold, lena, den 8. Febr. 1800, p. 284).
Ce n’est pas tout. Dans la lettre de Fichte à Schiller un double renseignement paraît de nature à établir qu’elle ne peut avoir été écrite le 2 février 1800. D’abord, à la fin de sa lettre, Fichte annonce qu’il adresse à Schiller et à Gœthe, au nom de Cotta et au sien, deux exemplaires de son dernier ouvrage, l’État commercial fermé : « Ich lege, eben sowohl in Cotta’s als in meinem Namen, zwei Exemplare meiner neusten Schrift für Sie und Gœthe bei. » (Gæthe-Jahrbuch, XV. Bd., loc. cil., p. 43). Or, cet ouvrage, selon toute vraisemblance, n’avait pas paru en février 1800. Struensée, auquel il est dédié et auquel Fichte sans doute l’adressa dès son apparition, ne le reçut que le 8 novembre 1800. (Voir la lettre de remerciements adressée par
Mais Fichte ne voulait pas se contenter d'exercer une surveillance sur la philosophie, il voulait l'étendre au domaine entier de la science et de la littérature, aussi loin que le lui permettraient ses forces et
les collaborations que la communauté des sentiments lui acquerrait
peu à peu. Il ajoutait qu’il songeait, pour commencer, à un rapport sur l’état actuel de la littérature allemande dont il mettrait franchement à nu les côtés pourris : la mission d’écrivain transformée en industrie par les libraires et par les auteurs, le ridicule des institutions pour comptes rendus, les mobiles misérables des écrivains. Et il proposerait des améliorations. |
En ce qui concernaït le jugement des choses de l’art, il faisait appel au concours de Schiller et de Gœthe, afin de décider quels enseignements il était nécessaire de donner aux jeunes artistes et de quelle manière ces enseignements devaient se produire. Gœthe n’avait-il pas fourni sur ce point des modèles dans ses Propylées et dans quelques autres de ses récents ouvrages? Fichte terminait en disant à Schiller que Schelling désirait commencer, dès les Pâques prochaines, la publication de ce journal scientifique, et, s’il n’était possible ni à Schiller, ni à Gœthe d'apporter leur collaboration immédiate, du moins sollicitait-il d’eux l’annonce d’un concours prochain.
Ce désir hâtif de commencer dès la foire de Pâques la publication de cet Znstitut critique, comme l’appelait Fichte, s'explique par la rupture de Schelling avec le Journal littéraire universel, qu'il avait dénoncé comme « l’auberge de toutes les basses tendances et de toutes les basses passions », comme un « abîme de méchanceté et d'ignominie !, » Il s’agissait maintenant de fonder une institution
Struensée à Fichte; Fichte's Leben, II. Bd., Zweite Abth., XVIII, Minister Struensee an Fichte, Berlin, den 9. Nov.1800, 29, p. 549.) Cette lettre est du 9 novembre, et Struensée dit avoir reçu l'ouvrage la veille. En second lieu, Fichte ajoute qu'il joint à l’envoi la Destination de l'homme, qui n’est plus du tout une nouveauté (« Ich bitte um Verzeihung, dass ich auch die Bestimmung d. M., die gar keine Novität mehr ist, beilege; Gœthe-Jahrbuch, XV. Bd., loc. cit., p. 43). Or, en février 1800, la Destination de l’homme était encore une nouveauté. Le 28 octobre 1799 Fichte écrivait à sa femme qu’il avait conclu avec un libraire un traité avantageux pour la Destination de l’homme, mais qu’il avait encore pour quinze jours de travail avant de remettre son manuscrit (Fichte’s Leben, I. Bd., u. Buch, 6. Kap., p. 328). Dans une lettre antérieure il lui avait annoncé que la Destination serait prête à paraître pour la Noël (Ibid., p. 321). Il est certein qu'avant de partir pour léna, en décembre 1799, Fichte avait donné le bon à tirer de l'ouvrage: mais la couverture porte la date de 1800. Quoi qu'il en soit de la date exacte, la publication ne peut se placer, au plus tôt, que dans les derniers jours de 1799, et il paraîtinfiniment probable que la Destination ne parut que dans les premiers mois de 1800. Elle était donc certainement encore une nouveauté le 2 février 1800.
1. Pour comprendre la hâte de Schelling, il faut se reporter aux démêlés qu’il venait d’avoir avec le Journal littéraire universel d’'Iéna. Fondé en 1785 par le philologue Schutz et le juriste Hufeland, le Journal littéraire universel d'Iéna avait été pendant longtemps, dans toutes ses branches, l'organe attitré de la philosophie esitique. On sait la place qu'y avaient tenue, avec Schiller, avec Gœthe, avec
rivale. Ce fut la raison pour laquelle Sehelling avait, en novembre, prié Fichte, qui n'hésita pas à le faire, de hâter son retour à Iéna, pour conférer avec lui oralement de tout cela.
G. de Humboldt, avec Kôrner, avec À.-G. Schlegel, Kant et ses disciples, Fichte tout particulièrement. Mais, depuis que Fichte avait été accusé d’athéisme, depuis que
- A.-G. Schlegel avait, avec son frère, fondé l’Athénée et déployé le drapeau du roman-
tisme, le Journal littéraire universel montrait une singulière circonspection vis-à-vis de collaborateurs auxquels jadis il donnait volontiers carte blanche; il les trouvait maintenant compromettants.
Ce fut d’abord à A.-G. Schlegel qu’il s’en prit. Schlegel, depuis le milieu de l’année 1796, avait fait, de son propre aveu, le compte rendu de presque tous les ouvrages de quelque importance parus en littérature (Allgemeine Literatur-Zeitung, 1799, Intelligenzblatt, n° 145, Mittwochs, den 13. Nov. 1799, II, Vermischte Anzeigen, Abschied von der À. L. Z., p. 1179); mais, le jour où il proposa aux direeteurs d’annoneer l’Athénée dans les colonnes du Journal littéraire, on lui fit une réponse dilatoire : on allégua la nécessité d’attendre la suite de cette publication; et, quand il voulut rendre compte du Sternbald de Tieck, Hufeland déclara contraire aux règlements du Journal que Schlegel recensât les ouvrages de Tieck, alors que c'était Tieck qui rendait compte des ouvrages de Schlegel. Ce n’était là d’ailleurs que de mauvais pré-
textes; il fallut bientôt que le Journal littéraire universel prit nettement position pour
ou contre le romantisme; l’occasion lui en fut fournie par un roman : Les lettres
confidentielles d'Adélaïde B. à son amie Julie S., que fit paraître, au commencement
de l'année 1799, et sous le couvert de l'anonymat, Nicolaï,. le vieil adversaire de l’Idéalisme critique, l'ennemi déclaré des nouveautés et de l'originalité, le défenseur attitré de la tradition et de l’orthodoxie. C'était une satire très vive des procédés du romantisme, et les fragments de l’Afthénée s'ÿ retrouvaient textuellement dans la bouche de différents personnages.
* Dans le Journal littéraire universel, un compte rendu vanta l’esprit et l'humour de ce roman. Cette fois, la mesure était comble. Le 30 octobre, A.-G. Schlegel envoyait aux directeurs du Journal littéraire sa démission motivée de rédacteur, avec prière de publier dans la Feuille d'annonces ses explications. Elles y parurent dans le numéro du 43 novembre 1799. A.-G. Schlegel déclarait qu'il avait honte de certains voisinages, que les tendances et les desseins de la direction étaient en contradiction avec ses principes, et que l'esprit de cette institution ne permettait plus à la franchise de sa conduite de continuer à y collaborer.
Les directeurs répondirent par une défense personnelle qu’ils publièrent à la suite de cette lettre de démission. Tout en regrettant le départ d’un rédacteur comme A.-G. Schlegel, ils déploraient qu'il fût le premier à quitter le Journal, contre toutes les bienséances, en faisant un éclat, et en oubliant tous les liens qui l’unissaient à la maison où il avait passé treize années de son existence. Sechlegel prétendait avoir été l’auteur de tous les comptes rendus de quelque importanee, ils en demeuraient d'accord : si Pimportance devait se mesurer à la longueur, plusieurs des siens avaient tenu jusqu’à six numéros; personne, à cet égard, ne pouvait rivaliser avec lui.
Quant aux voisinages Héntèux dont Schlegel se plaignait, Schütz et Hufetand déclaraient tout net qu'il s’agissait des Lettres confidentielles d’Adélaïde B. à son amie Julie'S. et que la colère de Schlegel contre l’auteur du compte rendu de ces Lettres provenait uniquement de ce qu’elles étaient essentiellement dirigées contre son frère et contre lui-même.
Les maximes et les desseins de la rédaction que les principes de A.-G. Schlegel ne lui permettaient pas de tolérer, les directeurs du Journal n’avaient qu’à les exposer. pour se justifier : ces maximes consistaient à laisser aux rédacteurs toute la liberté de leurs jugements et à refuser de faire du Journal littéraire l’organe d’une secte ou d’une école; e’était là sans doute ce que Schlegel ne lui pardonnait pas, depuis qu’il était chef d’École, car auparavant sa conscience était moins intransigeante, et ses principes avaient fait, pendant treize ans, assez bon ménage avee les vues du Journal littéraire universel. (Allgemeine Literatur-Zeitung, 1799. Intelligenzblatf, n° 445, Loc. cit., p. 1179-1184.)
Ce fut donc la guerre déclarée entre le Journal littéraire universel et la jeune École. Le départ de A.-G. Schlegel fut bientôt suivi du départ de Schelling : c’est le 30 oc-
232 no FICHTE À BERLIN.
Tout cela?, c'était d’abord la question soulevée par Schelling d'examiner s’il ne conviendrait pas, pour. mener à bien l'entreprise, de s'établir en Franconie, où les deux philosophes pourraient vivre et travailler en commun ?; c'était ensuite l’urgence d'un entretien au sujet des singuliers propos de Bohn sur la décadence du Journal lit.
tobre 1799 que A.-G. Schlegel avait adressé aux résine du Journal sa démission de rédacteur; or, le 2 novembre, la feuille d'annonces du même Journal se voyait contrainte de publier une protestation de Schelling contre deux comptes rendus des Idées pour une Philosophie de la Nature parus dans les n°* 316 et 317 de ce périodique, dont l’un avait pour auteur « un homme qui visiblement ignorait les plus élémentaires notions de la philosophie et n’était pas capable de les connaître, quoiqu'il fût, assurait-on, un mathématicien et un physicien célèbre, dont l’autre, versé quelque peu dans la philosophie kantienne, témoignait, à vrai dire, de pauvres connaissances en sciences naturelles ». (Allgemeine Literatur-Zeitung, 1199. Intelligenzblatt, n° 142, Sonnabends, den 2. Nov., III, Vermischte Anzeigen. Bitte an die Herren Herausgeber der À. L. Z., p. 1150.)
Pour apprécier le caractère de cette protestation, il faut rappeler que Schelling avait demandé à Hufeland de confier à son élève et ami Steffens le compte rendu de son ouvrage; Hufeland avait refusé, sous prétexte que Steffens était encore un élève, et l'élève de Schelling ; ce refus avait été suivi bientôt des deux comptes rendus hostiles qualifiés par Fichte lui-même de « bousillage, inspiré par une évidente animosité ». (Fichte’s Leben, II. Bd., Zweite Abth., IV, 8, Fichte an Schelling, Berlin, den 22. Oct. 1799, p. 306.)
C’est alors que Schelling, profondément blessé, avait adressé sa réplique dont les: termes étaient sans doute assez vifs, et s'était offert, puisqu'on avait ainsi dénaturé sa pensée, à écrire lui-même un troisième compte rendu de son livre, qui serait la synthèse des deux autres, l’auteur n’en devant être « ni uniquement un physicien, ni uniquement un philosophe, mais l’un et l’autre à la fois et avec une même puissance », un compte rendu qui ne se réduirait pas à « quelques misérables remarques de cerveaux bornés, incapables de sortir du cercle étroit de leur point de vue pour juger les autres, et sans aucun pressentiment de l’idée de l’ensemble ». (Allgemeine Literatur-Zeitung, 1799. Intelligenzblatt, n° 142, Sonnabends, den 2. Nov. Bitte an die Herren Herausgeber der A. L. Z., p. 1150-1151.)
Mais il avait essuyé de Hufeland un nouveau refus, motivé, cette fois, par la tradition du Journal littéraire universel, qui n'avait jamais admis de comptes rendus des auteurs par eux-mêmes (Selbstanzeigen). Pour pallier ce refus, Hufeland proposait à Schelling d'insérer un compte rendu personnel dans la feuille d'annonces qui était le supplément -du Journal et qui, elle, donnait de tels comptes rendus. (Allgemeine Literatur-Zeitung, 1799. Intelligenzblatt, n° 142. Antwort der Herausgeber, p. 1151-1152.) C'était la brouille définitive : bientôt Schelling allait publier contre le Journal littéraire universel son fameux manifeste (qui parut en appendice à un compte rendu des derniers écrits de Schelling, par Steffens, dans le Journal de physique spéculative). Il liait sa cause à celle de son ami A.-G. Schlegel. [Pour l’histoire de cette querelle, voir Allgemeine Literatur-Zeitung, 1799. Intelligenzblatt, n° 142, p. 1150-1152, et 1800, Intelligenzblatt, n° 57, Mittwochs, den 30. April 1800, p. 466-479, et n° 62, Sonnsbends, den 10. May 1800, p. 513-515 (Vertheidigung gegen Hrn Prof. Schelling’s sehr unlautere Erläuterungen über die A. L. Z. et Fortgesetzte Vertheidigung gegen Hrn Prof. Schelling sehr unlautere Erläuterungen über die A. L. Z., von Schütz), enfin n°77, Mittwochs, den 11. Junius, Erklärung von Hufeland, p. 639-640, et n° 104, Sonnabends, den ini Julius, Erklärung von Steffens et Antwort von Schütz, p. 891-806. ]
1. Fichte’s Leben, II. Bd., Zweite Abth., Il], 28, Fichte an Reinhold, den 8. Febr. 1800, p. 282. « Ich habe bei meiner gegenwärtigen ‘Anwesenheit zu lena den Plan eines solchen Werks, einer « pragmatischen Zeitgeschichte der Literatur und Kunst », ausgearbeitet und mit meinen Freunden mündlich debattirt. » Voir aussi IV, 9, Schelling an Fichte, Lena, d. 1. Nov. 1799, p. 307, et 10, Fichte an Schelling, Berlin, den 19. Nov. 1799, p. 308-309.
2. Ibid., IV, 9, Schelling an Fichte, Lena, den 1. Nov. 1799, p. 307-308.
téraire universel et sur l'opportunité, à l’heure actuelle, de le remplacer par une nouvelle création. Bohn avait dit : « Ah! si seule-
ment on avait un capital; si seulement un homme, tel qu’il le faudrait, prenait la direction de l’entreprise! ! » Les fonds manquaient peut-être, mais l'homme s'offrait, et, après
en avoir conféré avec Schelling et avec Schlegel, il se mit aussitôt à
l’œuvre pour rédiger le plan du nouvel /nstitut.
4 Le 23 décembre Fichte envoyait à ses B. PLAN DE FICATE, À | at La lett Le OPPOSITION DE SscyLe. Mis son projet avec la lettre suivante :