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découverte du réalisme rationnel de Bardili. Je n'aurai donc pas tant à réfuter ce système qu'à le développer :. »
Cette préface portait la date de novembre 1800, et les Contributions ne parurent qu’en janvier 1804. Entre temps, Fichte avait publié dans le Journal d’Erlangen le compte rendu de la Logique de Bardili, où Reinhold vit, « plus encore qu’une critique de Bardili, une critique de son compte rendu de Bardili ? ».
Une addition à cette première préface, en date du 3 janvier, annonçait que les attaques de Fichte nécessitaient les deux derniers articles du premier fascicule. Reinhold devait au public de montrer qu'il n'avait vraiment compris, qu'il n’avait été en mesure de faire comprendre la philosophie transcendantale que du jour où il avait cessé de la trouver vraie, c’est-à-dire, pour parler comme ses inventeurs, de la « comprendre * ». |
Rien ne motivait, dans le Journal d'Erlangen, le compte rendu de Fichte, — puisque l'ouvrage de Bardili y avait été déjà analysé, — pas même « ce devoir d’impartialité » dont parlait, pour le justifier, la note de la rédaction, — car ce deuxième eéompte rendu ne traitait pas mieux le livre que le premier, dont la partialité avait frappé tous les lecteurs; rien, sinon le dessein avoué de faire savoir au public que Reinhold n'avait jamais compris quoï que ce fût à la Théorie de la Science — sans doute parce qu'il cessait alors d'y voir la vérité absolue. Fichte y disait expressément, nous l'avons vu, qu'il aurait laissé dans un oubli mérité le livre de Bardili, s’il n'avait pas été exalté, comme l'aboutissement définitif de l’/déalisme transcendantal, par « certains hommes » qui, depuis quelque temps, ont fait accroire au public savant qu'ils connaissaient à fond l’/déalisme transcendantal et qu’ils y coopéraient. Ce « certains » ne pouvait désigner que Reinhold, le seul homme qui eût encore pris parti pour Bardili et déclaré publiquement sa Logique une œuvre capitale, promettant à la philosophie une forme toute nouvelle. Mais où Fichte prenait-il que l'Esquisse fût une nouvelle découverte de l’/déalisme transcendantal, ou un progrès de cet Idéalisme? De cela Reinhold n'avait pas dit un mot; il avait tout au contraire affirmé que l'Esquisse de Bardili était écrite contre l'/déalisme transcendanial sous toutes ses formes, qu'elle combattait tout ce que celui-ci admettait comme immédiatement certain et démolissait toutes ses preuves, qu’elle
1. C.-L. Reinhold, Beyiräge zur leichlern Uebersicht des Zustandes der Philosophie beym Anfange des 19. Jahrhunderts, Erstes Heft, Vorrede, p. xi-xu. — 2. Ibid., p. xt. C'est lä, au dire de Fichte, une erreur matérielle, car le 3 avril 1801 il n'avait point éncore eu sous les yeux le compte rendu de Reinhold, et son compte rendu à lui était de septembre. — 3. Jbid., p. xt.
atlaquait son fondateur et ses disciples avec une vivacité qu'on pouvait blâmer. :
Pour identifier avec l’auteur du compte rendu de l’Esquisse due le Journal littéraire d'Iéna les idéalistes transcendantaux qui présentaient la philosophie de Bardili comme une nouvelle découverte de l’/déalisme transcendantal, il fallait vraiment rêver.
On ne pouvait donc comprendre que Fichte eût traité Reinhold en disciple de l'/déalisme transcendantal, et en disciple indigne, en disciple « dépourvu de sens transcendantal », à moins qu’on ne fût au courant de toute la correspondance particulière échangée par Reinhold avec Fichte. C’est, au fond, à cette correspondance privée que répondait publiquement le compte rendu de Fichte, plus compréhensible pour Reinhold que pour le public. Mais dans la présente Lettre Reinhold entendait au contraire écrire plus pour le public que pour Fichte. Elle répondait seulement à ce qui, dans le compte rendu de Fichte, concernait l'interprétation de Reinhold touchant la philosophie de Fichte et celle de Bardili*.
Reinhold commençait par rappeler à Fichte dans quelles conditions, après une longue étude de ses ouvrages, il s'était convaincu que la philosophie élémentaire ne suffisait pas à remédier à l’absence de fondement transcendantal de la Critique kantienne, et que la Critique ne pouvait devenir une science que si et dans la mesure où les conditions matérielles de l'expérience seraient, tout comme les conditions formelles, déduites du principe de la subjectivité?.
« J’ai donné mon adhésion à votre Théorie de la Science, déclaraitil, aussi longtemps que j'ai considéré la pensée, en tant que pensée, comme une activité purement subjective, ceci avec votre école et avec toute l’école kantienne, avec la plus grande partie des adversaires des deux écoles. Je déclare encore que, dans cette hypothèse, votre système est et peut être la seule philosophie conséquente, que la peur de passer près des critiques et des Journaux littéraires d’'Iéna et d'Erlangen pour un roseau pliant à tous les vents ne me retiendrait pas de revenir à la Théorie de la Science dès que vous pourrez me convaincre que la pensée, comme telle, est activité purement subjective. Quant à « l'opinion », chez moi et aussi chez le public savant, que « je possédais votre système et que j'y coopérais », rien n'y a plus contribué que vos propres affirmations, car c’est ce que vous avez déclaré vous-même dans votre Deuxième Intro-
1. C.-L. Reinhold, Beyträge.…, Erstes Heft, N. v. Sendschreiben an den Herrn Prof. Fichte über die zweyte Recension von Burdilis Grundriss der ersten Logik (Erlang. Lit. Zeitung, n° 214- 215), p. 113-117. — 2. Ibid., p..118-118.
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duction à la Théorie de la Science : « Reinhold a prouvé qu'il a aussi compris la Théorie de la Science ». J'ai montré ensuite, d'une manière plus précise, comment je la comprenais, dans le compte rendu que j'en fis pour le Journal littéraire universel d’Iéna (1798, n° 5) et dans mon petit écrit sur les Paradoxes de la plus
récente philosophie (Paradoxieen der neuesten Philosophie), sans
que vous jugiez nécessaire de rectifier dans l'intérêt de l’{déalisme transcendantal. Mais voici que maintenant, à s’en rapporter à mon compte rendu de la Logique de Bardili et au vôtre, il résulterait subitement que je n’ai jamais compris votre système et que je ne le comprends pas encore, parce que J'ai recommandé celui de Bardili ?. » Fichte ne s'était pas borné à accuser Reinhold de n'avoir rien compris à la Théorie de la Science; il lui reprochait d’avoir cherché un point de vue nouveau entre sa philosophie et celle de Jacobi, « qui,
au su de tous, était un dogmatisme opiniâtre » 2. Double assertion,
double erreur. Reinhold avait affirmé expressément qu’on le comprendrait mal, si l'on considérait son point de vue intermédiaire entre Fichte et Jacobi comme un point de vue nouveau, comme un
compromis (Coalitionssystem), un moÿen terme entre les deux:
Reinhold tenait le point de vue de Fichte pour le seul possible, le seul vrai, le seul conséquent comme savoir spéculatif, de même qu'il tenait le point de vue opposé de Jacobi comme le point de vue originel de la conscience vivante. Le troisième point de vue auquel se plaçait Reinhold, c'était celui-là même auquel depuis s'était placé Fichte, dans le troisième livre de la Destination de l’homme : celui d’une réalité supérieure au savoir, qui sert de fondement au savoir, d'un
Absolu qui n’est point un simple phénomène de la conscience, un
simple produit du Moi, mais la source même de toute réalité®. Quant au système de Jacobi, loin d'être un « dogmatisme opi-
niâtre », c'était bien plutôt un scepticisme; et il était permis de
s'étonner que Fichte pût encore commettre cette méprise après la
Lettre que Jacobi lui avait adressée®. Tout le système de Jacobi, en
‘14. G.-L. Reinhold, Beyträge..., Erstes Heft, N. v. Sendschreiben an den Herrn Prof. Fichte über die zweyte Recension von Bardilis Grundriss der ersten Logik (Erlang. Litt. Zeitung n°* 214-215), p. 119-120. — 2. Jbid., p. 120. — 3. Ibid., p. 121-122.
4. Sur ce point voici la réponse de Fichte : Que Jacobi soit, comme le veut Fichte, un dogmatique ou, comme le veut Reinhold, un sceptique, peu importe, car, pour Fichte, tout sceptique est nécessairement un dogmatique. On ne peut douter raisonnablement que de ce qui est inconnaissable à tout homme quelconque:{mais c’est là une hypothèse dogmatique qu'on n’aurait pas dû faire, c’est une chimère qu’on
n’aurait pas dû se former. Dans le domaine d’une philosophie scientifique, c’est-
à-dire de l’Idéalisme transcendantal, il n’y a absolument de place que pour ce qui
peut être objet de science; le scepticisme est donc encore ici un dogmatisme, et -
l’Idéalisme transcendantal supprime à Ja fois l’un et l’autre. (Fichte, S. W., II. Bd., J.-G. Fichte’s Antwortsschreiben an Herrn Prof. Reinhold, p. 533.)