Ibid., p
4. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, ZWeyte Auflage, Freyberg, bey dem Br. Gerlach, 1805. Briefe (Fessler’s maurerische RP IAUSAUES Brief, B., den 18: Jan-1791; p. 276-282.
5. Ibid., p. 274-276. — 6. Ibid., Zweiter Brief, B., den 26. Jul. 1797, p. 308-309. — 7. Ibid., p. 326-328. — 8. Ibid., Erster Brief, p. 293-305. Voir aussi : Abhandlungen. v. Die Freymaurerlogen, was sie sind, und was sie seyn sollen, p. 168-190.
anciens maîtres, Fessler dut quitter sa chaire de Lemberg. Il se. réfugia en Prusse, terre plus libérale; il y devint précepteur chez le prince de Carolath, en Silésie, où il écrivit quelques-uns des
- ouvrages qui le firent avantageusement connaître : Marc-Aurèle,
Aristide et Thémistocle, Attila'; il se mit aussi à l'étude de Kant.
Depuis bien des années il ne croyait plus; 1l cherchait dans la philosophie la paix de la conscience. Une première fois il s’imagina l'avoir trouvée dans le panthéisme de Spinoza; la lecture des Lettres de Jacobi sur la doctrine de Spinoza ébranla ses convictions nouvelles; maïs la Critique de Kant fut alors pour lui comme une révélation. Trop occupé à ce moment pour l'approfondir, il en reprit l'étude avec ardeur, quand, chez le prince de Carolath, ïl eut quelques loisirs, et cette fois il trouva dans le kantisme une doctrine qui le satisfit sans réserves.
« Le contenu de la Critique de la Raison pure et de la Raison
pratique m'était, par un effort incessant, devenu si familier, écrit à
ce moment Fessler, que je croyais, à la limite de tout savoir rationnel, avoir trouvé dans le fini le seul point de vue certain qui pût me permettre, sur les ailes d’une foi de raison, de me rapprocher de l’Infini et de l'Éternel. Je me considérais comme parfaitement heureux dans la foi que je m’imaginais posséder, et, dans mon enthousiasme. en éveil, je voulais amener tous ceux que j'aimais à cette croyance aux postulats de la Raison pratique. Lois, Postulats de la Raison,
Devoir, au sens kantien, étaient pour moi des mots sacrés, des éclairs
Fu auxquels je voulais foudroyer en moi et chez les autres tout a l’é oo et le penchant au bonheur avaient de contraire
à eUX. » R Aa te que, parvenu à cette certitude et à cette paix que lui
donnait la philosophie de Kant, il tremblait de les perdre et redoutait toutes les attaques directes contre la philosophie critique comme autant de menaces pour sa sécurité personnelle. Le kantisme devint
chez lui un fanatisme ?.
Le jour donc où, sur la recommandation du peintre de portraits
Darbes qui le connaissait depuis 1790 (lors d’un premier voyage de Fessler à Berlin) *, les hauts dignitaires de la Loge Royale-York, le
1. Taschenbuch für Freimaurer, LI. Bd., 1800, Lit. 5. Jahrbücher der D HGREeT Loge R. Y. zur Fr..in Berlin, p. 333-335.
2. Fessler, Rückblicke auf seine siebzigjährige Pilgerschaft, Leipzig, 1851, Verlag von Carl Geibel, III. Kap., p. 159-160.
3. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, Il. Bd., I. Abth., 11, Meine Affiliation bey der St.Joh. Loge R. Y. z. Fr., p. 58. Le prince de Carolath avait perdu sa fortune, et. le ministre von Haym, chargé de la direction de l’Instruction publique, avait confié à Fessler une mission qui l’amenait à Berlin, le 6 mai 1796.
mn FICHTE A BERLIN.
Grand-Maître Delagoanère et l’orateur Schlicht en tête, profitèrent
du séjour de Fessler à Berlin‘ pour l’affilier à la Loge, lui deman-
dant de reviser le Rituel suranné et d'établir un projet de Consti-
tution?, c’est dans le sens et dans l'esprit de la philosophie kantienne
que Fessler opéra la réforme de la Loge, et on appelait alors couramment cette réforme : « le système de Fessler » ou «le dernier système maçonnique? ». | i |
Fessler commença par réviser le Rituek des trois grades johanniques; il y travailla toute une année (la refonte du premier grade est du 13 décembre 1796, celle des deux derniers, du 19 janvier 1797“). Sa rédaction, approuvée après une discussion longue et animée par la commission de six membres chargée de l'examen du nouveau Rituel, fut adoptée à la presque unanimité®. Prié alors de réviser les grades supérieurs au troisième‘, en dépit de la difficulté qu'il éprouvait à introduire dans les anciens Rituels français, dans « ce fatras d’insanités », comme il les appelle, un sens rationnel, Fessler parvint, tout en conservant les figures, les cérémonies, les signes, les mots, les poignées de mains de ces ordres de chevalerie burlesques, à leur donner une signification morale”.
1. Taschenbuch für Freimaurer, II. Bd., 1800, Lit. 5, p. 336. Fessler, S. Schriften, über Freymaurerey, I. Bd., I. Abth., 11, Meine Affiliation, p. 58-59. .
2, Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, IL. Bd., I. Abth., 1, Maurerischer Zustand der St. Joh. Loge R. Y. zur Freundschaft bey meiner Affiliation, den 21en Jun. 1796, Schreiben des Brs. Schlicht an den Br. St...r, vom 27. Jun. 1799, p. 7-24.
8. Taschenbuch für Freimaurer, IV. Bd., 1801, Ueber einige neue Erscheinungen im Frei- Maurerorden, p. 212, et III. Bd., 1800, Das neuesle System in der Maurerey, p. 76.
4. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, Il. Bd., I. Abth., 1, Das Conseil Sublime und erste Revision der Rituale der 3 St. Joh. Grade, p. 83-88. AE À PAgS
5. Ibid., II. Bd., I. Abth., 1., Maurerischer Zustand.…, p. 26.
6. De ces grades, la Loge en possédait quatre, celui des Élus des neuf, des quinze et de Périgman, celui des Ecossais rouges et des Écossais verts de Saint-André, celui ‘des Chevaliers de l’Orient, celui des Chevaliers de l’Aigle ou Princes souverains de Rose-Croix. ï |
7. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, I. Bd., I. Ablh., 1797, 1v, Stiflung des
Innersten Orients, p. 90-91, et vi, Umarbeitung der hôhern Grade, p. 121. C’est ainsi qu'ayant dû finalement renoncer à trouver un sens à l’Élu des neuf, des quinze et de Pérignan et au Chevalier de l'Orient, il en découvrit un au quatrième grade de l'Écossais rouge : il en fit le symbole du maçon parfait, construisant le sanctuaire d’un ordre moral du monde. La Loge, à ce grade, devenait une école de culture morale, préparant l'avènement du « Règne des Fins », du règne absolu de la loi
morale. Son but était le progrès de la conscience, de la vie intérieure, la supré- .
matie du divin en l’homme, et la tendance de ce grade se définissait pour Fessler :
la culture de la pure moralité, développée par la pureté de l'intention, par l'obéis-
sance à la loi. Le cinquième grade, celui de l’Écossais vert de Saint-André, avait
pour fonction de permettre aux Frères coupables d'infraction à la loi la réparation
de leur faute, la victoire sur l’égoisme par l’amour d'autrui; sa formule était :
renouvelle ton effort de perfection intérieure, prends conscience de ton imperfection
et de tes fautes, aime ‘ton prochain, sois-lui indulgent; et le sixième grade, l'Élu
du Tombeau, préparait l’homme à l'éternité, il lui enseignait l'oubli des biens tem-.
porels, l'aspiration aux biens éternels, à la véritable patrie des esprits. Mais cette aspiralion à l'éternité et à l’infinité avait besoin, pour ne se pas perdre
FICHTE ET LA FRANC-MAÇONNERIE. ; Ma
Son dessein, en élaborant les Rituels et en déterminant la hiérarchie des grades, n’est pas douteux; il se propose de réaliser cette Cité morale, ce Règne de la Raïson dont Kant avait tracé le plan, en 1793, dans la Religion, et de faire, des affiliés à la Don les bons ouvriers de cette grande œuvre.
dans le vide, de lo représentation d’un Idéal qui la fixât. Cet Idéal, le septième grade le fôurnissait, le grade du Chevalier de la Croix ou de l’Aigle, destiné à rappeler les souvenirs des grands éducateurs de l’humanité; parmi ces éducateurs, le plus grand, celui en qui, plus excellemment qu’en tous les autres, s'était réalisé l’Idéal sublime, c'était Celui qui avait fait le don de lui-même pour la réalisation de
: cette sainteté à laquelle il avait d’ailleurs si activement travaillé. Le Christ, voilà
l’Idéal qu ’en fin de compte Fessler proposait à la Maçonnerie, et la fête instituée — à ce grade — en l'honneur du Christ était, pour le parfait maçon, à la fois un exemple . et un réconfort. Il y retrouvait le symbole de la Foi (foi rationnelle), de l’Espérance (en l’immortalité), de la Charité (amour), de la Croix (signe de la victoire de la vérité).
Mais l'idéal du Christ, c’est, en | dépit des déformations introduites dans sa doctrine par les concepts de la philosophie grecque, déformation d’ailleurs prévue par luimême, l’idée du Royaume des Cieux, c’est-à-dire du règne de la moralité. Tel est le secret que le Christ avait confié à ses meilleurs disciples pour en transmettre le
-: dépôt aux générations successives; ce secret, les maçons l'avaient pieusement
recueilli le jour où, dans l’Église COrTOTRpUE, s'était perdu le vrai sens du Christianisme. C'étaient eux désormais qui en conservaient intégralement le dépôt pour les élus de l'avenir, pour ceux qui auraient compris l’hiéroglyphe de notre vie : le. devoir de nous unir à l'Éternel dans l'Unité morale. [Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, II. Band, Erste Abth., vi, Umarbeitung der hôhern Grade, p. 119-121, et Taschenbuch für Freinaurer. 1805, VIL. Bd., 11, Was für eine Tendenz hat das maurerische System der Loge R.Y., so wie es Br. Fessler aufgestellt hat? p. 156-174. L'ordre des Grades que nous avons donné ici est indiqué par Fessler dans sa « refonte des ‘ gradés supérieurs ». Dans l'Annuaire de la Maçonnerie auquel nous avons emprunté l'explication de ces grades, le grade de l'Élu du Tombeau (Chevalier du Tombeau) est le septième, le sixième étant consacré à la commémoration du Christ. Mais, dans ce même Annuaire, l'énumération des grades qui précède l'explication correspond à celle de Fessler : I, Écossais rouge (4° grade de la Loge R.-Y.); II, Écossais vert de Saint-André (5° grade); Il, Chevalier du Tombeau (6° grade); IV, Chevalier de la Croix (7° grade); Taschenbuch ‘für Freimaurer, loc. cit., p. 130-132.]
‘1. Taschenbuch für Freimaurer, VII. Bd., 1805, 1, War für eine Tendenz.., p. 175. Si Pose de la réforme de la Loge Royale-York pouvait laisser le moindre doute à cet égard, il suffirait, pour le dissiper, d'ouvrir l’Essai d’un code général des Maçons et des Loges (Versuch eines allgemeinen Maurer-und Logenrechts) que le même Fessler publia, deux ou trois ans plus tard, et son Traité sur la mission du frane maçon (Der Beruf des Freymaurers) qui est de l’année 1798.
La Franc-Maçonnerie, telle que prétend là définir Fessler dans son Essai d’un code général des Maçons et des Loges, est une institution qui a pour dbjet essentiel le per- . fectionnement moral des hommes en société. Indépendante à la fois de l’État et de l'Église, qui ont. leurs fins spéciales, distinctes de la sienne, elle s'oppose tout ensemble à la religion et à la morale. [Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, zweyte Auflage, 1805. Versuch eines allgemeinen Maurer-und Logenrechts, 1, Freymaurey, S1,p.16.J ; La religion end en effet, la détermination de la conduite humaine à la
‘connaissance des relations de l’homme avec Dieu, connaissance sujette à l’erreur et infiniment variable, appuyée tantôt sur les sens, tantôt sur la raison. Quant à la morale, elle est sans doute la science des lois fournies par la raison pour la détermination de la conduite humaine, mais une science purement abstraite ; au contraire la Maçonnerie échappe à l'erreur des religions, parce qu’elle est par essence une Connaissance vraie et pure, la connaissance absolue de la raison; elle dépasse les sbstractions de l'École, parce qu’elle est précisément l’art moral, l’art d'appliquer les :
FICUTE ET SON TEMPS (Il). 2
Que ce dessein, exposé par Rhode, ait trouvé en Fichte un auditeur complaisant, on l’imagine sans peine; il reconnaissait des idées qui lui étaient familières et qu'il avait puisées à la même source
règles abstraites de la raison à la conduite, et qu’elle entre dans la réalité ; elle accomplit ainsi notre perfection dans la société et duns l’État. [Ibid., $ 4, p. 18- 19. ] Instruire ses adeptes dans cet art; produire par là une société dont tous les. membres auraient spontanément, en dehors de toute contrainte, une conduite publiquement conforme à la moralité, et réaliser ainsi ce Règne de la Vertu, cette Cité éthique dont l’idée est la fin que la raison propose à chacun de nous et dont l’incessante approximation est l’objet même du devoir, tel est le but spécial que poursuit l'association maçonnique. Elle réalise, à l’intérieur de l'État, celte communauté éthique que, livrés à eux-mêmes et soumis aux lois du droit public, les hommes restent sans doute parfaitement libres de constituer, comme ils restent libres aussi de demeurer dans Ia situation où ils se trouvent; elle les oblige à ce que, vraisemblablement, on ne peut attendre de leur seule bonne volonté, à sortir de la conception
d'une société purement civile pour tendre à la formation d’une société vraiment morale...
La mission du franc-maçon, c’est donc, partout où il le peut, partout où il lui est loisible d'agir, de travailler pour la majesté de la Raison et de la Vertu, et par une instruction appropriée, qui exerce l'indépendance de l’entendement, qui applique librement les forces de l’esprit, qui enseigne le vrai, le bon et le juste, de former des. adorateurs de la Vertu, des citoyens du règne de la Raison. [Ibid., Abhandlungen 1v, Der Beruf des Freymaurers, p. 148-149.1
Mais l’art maçonnique est un art difficile, et qui exige une singulière prudence pour conduire progressivement les hommes à la Raison et à la Vertu. Il s’y faut préparer par un ensemble de maximes dont l'esprit est d'adapter sans cesse la. majesté de la Raison à l’humaine faiblesse. L'homme ne croit pas sérieusement à. l’absence au moins partielle de sa culture morale; il ne veut pas être moralement un mineur. Il est comme un enfant qui n’aime pas à s'entendre traiter d'enfant. Il ne faut donc pas, sous peine de manquer le but, se présenter à lui en magister moral, en censeur de sa conduite; il faut se montrer indulgent à ses fautes, entrer dans ses vues et, partageant ses jeux de mineur, il faut l’élever peu à peu, insensiblement, aux occupations sérieuses; d’où cette première maxime : agir avec prudence. [fbid., p. 150.]
Dans l'ordre moral, comme dans l’ordre naturel, les sauts sont dangereux: tout ce. ? ? à
qu’il y a de vraiment bon dans l’homme ne peut venir que de sa propre liberté, de sa propre réflexion. On ne force pas les convictions d’autrui, on l’amène à se les. former par les raisons qu’on lui expose. Cela demande du temps et un certain degré dans le développement de l'esprit; il faut donc aller à pas comptés, et c’est la seconde maxime. [Zbid., p. 151.]
La troisième est d'éviter que notre zèle pour la vérité et la justice puisse jamais. être taxé d’ égoisme orgueilleux et de vain désir de briller. [bid., p. 151 i
Mais ce qui importe ‘davantage encore, c’est de laisser intacts aux hommes leurs.
biens les plus chers, leurs opinions, leurs symboles, leurs costumes, et c’est la qua-
trième maxime. Ils y attachent leurs idées religieuses, morales, politiques; et ce sont là choses du goût, lequel est l’expression de notre jugement; vouloir les renverser, c’est blâmer leur goût et c’est mettre en doute leur jugement, c’est blesser leur fierté dans ce qu’elle a de plus susceptible, et c’est se priver de tout moyen effcace pour agir sur eux moralement. [/bid., p. 151-152.]
La cinquième maxime est de ramener peu à peu et insensiblement l'opinion des. hommes à des principes. Une opinion erronée est un préjugé qui repose sur l’autorité ou que maintiennent des raisons incomplètes. Laissons à ceux qui se trompent l'opinion qu’on respecte leurs opinions; cherchons seulement à enlever insensiblement à l’autorité son importance, à la rendre douteuse; la peur de l’inconséquence, inhérente à la nature humaine, agira d’elle-même contre le préjugé où l’on se tient, le battra en brèche, et, avec le moindre secours du dehors, en triomphera. Ou, sans attaquer l'opinion, montrant clairement ce qu'ont d’incomplet les raisons sur lesquelles elle se fonde, la peur de l’inconséquence fera son œuvre encore et produira
dans l’âme de qui se trompe ce que n’aurait pu accomplir la plus persuasive
éloquence. [lbid., p. 152-153.]
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que Fessler. Mais Fichte se trouvait être pour Rhode autre chose encore : il était un auditeur compétent. Il avait fait preuve des connaissances maçonniques les plus étendues, de connaissances qui ouvraient sur les Ordres des vues lointaines. Lui-même, en effet, était franc-macçon; il avait été reçu, le 6 novembre 1794, à une Loge du rite écossais, la Loge Günther au Lion debout : Rudolstadt (Günther zum stehenden Lüwen : Rudolstadt), et, durant son séjour en Saxe, il avait, sans aucun doute, étudié les principes de l'Illumi- nisme. Weishaupt, le fondateur de l’Illuminisme, chassé d’Ingolstadt,
Apprendre aux hommes à donner à leurs symboles un sens élevé, non pour blâmer le sens vulgaire qu'ils y atiachent, mais pour vivifier ces symboles et leur restituer une actualité, est la sixième maxime de l'éducation maçonnique. [Ibid., p. 153-154].
Et la no consiste à tourner leurs ‘coutumes à des fins élevées. La plupart d’entre elles, surtout celles qui concernent la religion, ont des buts égoïstes : obtenir la rémission de nos péchés, la grâce de Dieu, des titres à la vie future. Ne commençons point par traiter ces coutumes de ridicules, par nous moquer de ces croyances, par mépriser les Églises et renverser Dieu; montrons-nous respectueux des habitudes et tolérants; mais laissons comprendre le sens symbolique de ces usages ; leur nécessité dans la constitution du culte et des Églises, et par là même leurs limites. Cet enseignement fera. {;aître le doute sur la valeur absolue de ces usages et ressortir l'insuffisance du culte des Églises : ce sera le premier pays vers la croyance rationnelle et la vraie religion, car le Royaume de Dieu, c’est le Royaume de la Raison. [lbid., p. 154-156.
Voici la huitième maxime : ne pas méconnaître, dans nos opérations, l’ordre approprié à la nature humaine. Tous les progrès vers la raison et la moralité la plus haute ne peuvent se produire que par la succession des degrés suivants. Premier degré, l’égoïsme réfléchi dont la règle est : dans tout ce que tu fais, aie pour but ta ENT ta satisfaction, ton boue Deuxième degré, le sens social avec cette règle : dans tout ce que tu fais, comprime tés inclinations égoistes et ne consi-. dère que ce qui est universellement utile. Troisième degré, l’homme sent déjà . davantage dans sa conduite la connaissance de ce qui est bien. Est bien ce qui ne contredit pas la loi morale. La loi morale est donc ici la règle de toute activité. Quatrième degré, celui de la maturité morale ou de l'entière conformité à la raison : iei l’homme n’agit que d’après sa connaissance de ce qui est bien, parce que c’est bien. Est bien ce qui s'accorde avec la loi et se fait uniquement par respect pour la loi; tout ce qui accomplit la loi non à cause des avantages qu’on en tire, mais parce que c’est la loi et parce que c’est une prescription de notre nature raisonnable dans son perfectionnement. On peut appeler les deux premiers degrés les degrés de l’entendement, parce que la valeur ou la non-valeur des actions se mesure uniquement aux conséquences; les deux derniers degrés, degrés de la raison, parce que la valèur ou la non-valeur des actions s’y mesure non aux con- séquences, mais à la connaissance préalable de ce qui est juste et bon. [Jbid., p. 157-150.
Ajoutons que ce progrès de la raison, qui est le même chez tous les hommes, rencontre un triple obstacle dans la paresse naturelle de l'esprit, dans la foi en l'autorité, dans le gaspillage du temps. Triompher de ces obstacles est une des œuvres essentielles du franc-macçon. [Zbid., p. 160-161.] |
Tels sont les bienfaits de la Maçonnerie, bienfaits non pas purement matériels et passagers, mais bienfaits d'ordre tout spirituel méritant la reconnaissance qui vient de l'éveil à une vie nouvelle et plus haute, et du respect que nous impose la majesté de la Raison. [Ibid., p. 163-164.]
C’était là l’enseignement que, de son propre aveu, Fessler, dès 1798 (date de ce Trailé), inculquait aux membres de la Loge Royale-York, dont il avait prétendu faire la Loge SAP
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en 17851, pour avoir violé la loi du 22 juin 178% sur les sociétés secrètes?, avait gagné la Saxe; il avait trouvé en Ch.-Auguste d’abord un protecteur, puis un adepte. L'Université d'Iéna, devant ce haut exemple, était elle-même devenue un foyer d'Illuminisme; les Corporations d'étudiants, notamment celle des Amicistes, s'étaient affiliées à la secte, et Fichte en personne est clairement désigné par l'abbé Barruel, dans ses Mémoires pour servir à l'hisloire du Jacobinisme, comme un de ces jacobins, disciples du dieu Kant, qui introduisent dans l’enseignement public les mystères les plus secrets de l’Iluminisme ‘. : | Or, au moment même où Rhode entretenait Fichte des choses maçonniques, il était chargé du rapport sur un projet de Constitution définitive pour la Royale-York®. Voyant Fichte si renseigné, il pen-
1. Voir Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, HAE chez P. Fauche, 1893, T. IV, p. 272.