‹ Fichte et son temps (volume 3)Chapitre 7 sur 107 · Ibid., p. 297. — 3. Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p. 297. — 3. Ibid., p

4. Ibid., T. V, p. 229-230 et note; p. 244-245. « En Saxe, par re à léna, on souffre qu'ua professeur enseigne à la jeunesse que les Gouvernements sont contraires aux lois de la raison et de l'humanité : et que par conséquent il n’y aura dans vingt, dans cinquante ou dans cent ans, plus de gouvernements dans le monde. » [Mémoires sur le Jacobinisme en Allemagne, année 1794.] |

». Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, II. pes I. Abth., 1800, x, Revision der Fundamental-Constitution, p. 315.

Fessler, invité par les dignitaires de la Loge Royale-York à leur révéler les hautes connaissances maçonniques dont son mattre K....y lui avait découvert les secrets, et expressément autorisé par celui-ci à leur conférer le 8° grade [Fessler, op. cit., Il. Bd., I. Abth., 1797, 1v, Sliftung des innersten Orients, p. 90-92. Ibid., ne 1798, Vereinigung mehrerer St. Johannis-Logen zu einer Grossen Loge unter der Firma : Grosse Loge der Freymaurer zu Berlin, R. Y. z. F. genannt, p. 243] (grade où le récipiendaire, par sa soumission absolue à la loi morale et son respect de la divinité, acquérait le droit de cité dans le Royaume des Cieux, avec le titre de : l’élu de la nouvelle Jérusalem), avait rédigé, sous le nom de Grand-Orient (/nnerstes Orient), une Constiiution pour les futurs dignitaires de ce grade (3 juin 1797) [Ibid., 1v, Stiftung des Innersten Orients, p. 94-101, et v, Fundamental-Constitution, p. 117]. Peu après et pour apaiser les rivalités entre les différents collèges de la Loge (Loge maîtresse, Collège écossais, Conseil sublime, Grand-Orient) il avait rédigé une Constitution générale de la Loge, fixant les attributions et la hiérarchie des collèges. [Zbid., 1, Maurerischer Zustand.…, p. 28-29, et v, Fundamental-Constitution, -p. 111-112.] Cette Constitution, promulguée après un vote unanime des membres de la Loge, le 3 août 1797, déniait à la Franc-Maçonnerie le droit d’être une société secrète, proclamait que tous les usages, toutes les lois maçonniques devaient être subordonnées au droit social naturel, aux prescriptions de la morale, aux lois de l’État, elle interdisait à ses membres de faire partie d'associations politiques [Taschenbuch für Freimaurer, 1800, III. Bd., 12, Literatur, Die gute Siche der Frei-Maurerey in ihrer Würde dargestellt, II Anhang, Auszug aus der Fundamental-Constitution der altschottischen Mutterloge R. Y. zur Fr., p. 284-285]. Elle obtint ainsi l'agrément du roi, ce qui permit à Fessler d’avoir pour la Loge Royale-York la reconnaissance officielle et les mêmes prérogatives que les autres Loges de Berlin (4 janv. 1798). Voici le texte du décret:

« Je ne vois pas de difficultés à faire savoir à la Loge R. Y. que je lui confère, à

elle et à ses filiales, la jouissance de tous les droits que j'ai conférés aux autres | que J

Loges Mères d'ici par les Protectoria qu’elles ont précédemment obtenus et que cette Loge est par conséquent libre d’exercer en tout temps les privilèges d’une personne morale, en particulier au point de vue de ses locaux. » (Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, II. Bd., I. Abth., Kônigliches Protectorium, -p. 129-132, II. Abth.,

sait sans doute trouver en lui un auxiliaire précieux pour la Loge

en voie de transformation. Il s’en ouvrit à Fessler, le 20 septem-

bre 1799, le jour même où il venait d’avoir avec Fichte la conversation que l’on $ait. Deux jours plus tard, le 22 septembre, par une heureuse coïncidence, un autre haut dignitaire de la Loge, le Fx*x Basset, qui, lui aussi, avait fait la connaissance de Fichte,

entretenait à son tour Fessler de la même question‘. Il s’adressait à lui comme au Vice-Grand-Maître, car, depuis la fondation du Grand-Orient, Fessler était chargé des intérêts supérieurs de la Loge pendant les absences du Grand-Maïître Delagoanère?.

Basset, après Rhode, invitait Fessler à entrer en relations avec Fichte dont on pouvait attendre beaucoup pour la Loge; il se portait garant de la haute intégrité du philosophe, et, pour vaincre la résistance de Fessler ainsi que son aversion à l'égard de tous les savants de profession, Basset avait affirmé que Fichte était plus qu’un savant

de profession, un homme.

Devant cette insistance Fessler se laissa fléchir; le soir même il

: accepta de se rencontrer dans un banquet avec Fichte. Il prétendait

d’ailleurs ne pas le connaître personnellement, et, le surlendemain,

il recevait, déclare-t-il, sa première visite?.

Mais il faut considérer comme mensongères ces dernières alléga-

tions, contenues dans le récit où Fessler a consigné, jour par jour,

à l’usage des francs-maçons, l’histoire de ses rapports avec Fichte. Nous savons par une lettre de Fichte, et d’ailleurs aussi par un. aveu postérieur de Fessler, que celui-ci avait connu Fichte dès

l'arrivée du FAUSSORre à ne ru bien avant qu'il fût question de

Hviacc, 1, IH, IT, p. 316- 319, et Taschenbuch für Freimaurer, II. Bd., 1799, Kurzgefasste Geschichte der grossen Mutterloge R. Y. zur Freundschaft in Berlin, p. 134435, et III. Bd., 41800, Literatur, 1, Anhans, p. 296 marquée par erreur 662.

Cette Constitution d’ailleurs ne devait être valable que pour une durée de trois ans, jusqu’ à la Saint-Jean 1800, Fessler s'étant vu forcé, à cause de l’état d’anarchie où se trouvait la Loge, de ne point établir, de prime abord, la Constitution idéale qu'il révait, la Constitution conforme au droit social pur, et de commencer par apporter une Constitution bâtarde tenant le milieu entre le droit pur et l’anarchie, Constitution provisoire, destinée à préparer l'avènement de la Constitution parfaite. (Fessler, S. Schriflen über Freymaurerey, II. Bd., Erste Abth., v, Fundamental-Consti-

tution, P- 116-119.) C’est à l'élaboration de cette Constitution idéale que travaillait Rhode au Hrornént

où il s’entretenait avec Fichte.

Sur ce point, voir, pour plus de détails, le mémoire que j’ai présenté au Congrès de Heidelberg (Fessler, Fichte et la Loge Royale-York à Berlin) et publié en novembre 1908 dans la Revue de Métaphysique et de Morale, p. 813-843.

4. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, II. Bd., I. Abth., xiv, Meine maurerische Verbindung mit den Bn. Bn. F...e und F...r., p. 320-391.

2. Ibid., I1..Bd., I. Abth., 1v, Stiftung des Innersten Orients, p. 96-101.

8. Ibid., II. Bd. I. Abth., x1v, Meine maurerische Fra, mit den Bn. Bn. F...e und

Ts De 320-321.

son affiliation à la Loge Royale-York; nous savons que Fichte et Fessler cachaient leurs relations aux membres de la Loge.

« Il y a déjà longtemps, écrit Fichte à sa femme le 28 octobre 1799, que nous sommes intimes; je me suis fait fabriquer par lui des plans confidentiels ; nous avons conclu ensemble les conventions les plus secrètes, alors que, publiquement, nous agissions comme si nous ne pouvions pas nous souffrir, au point que Fessler se faisait reprocher par un autre supérieur de l'Ordre sa négligence à mon égard, et se faisait prier, sinon ordonner, d'entrer en relations personnelles avec moi. C’est. ce qui vient tout récemment d’avoir lieu. - Dans la droiture de ton cœur tu diras : À quoi bon tout cela? Je te réponds que Fessler, en ce qui le concerne, a de bonnes raisons pour agir ainsi’. » | |

Les « bonnes raisons » auxquelles fait allusion Fichte, et qui expliquent l'intérêt que le Vice-Grand-Maître de la Loge Royale-York avait à cacher son intimité avec Fichte, étaient des raisons politiques : concernant à la fois la situation de la Loge Royale-York et la situation personnelle de Fessler.

La Franc-Maçonnerie, qui avait joui de la protection du grand Frédéric et de son successeur, était vue d’un œil peu favorable par Frédéric-Guillaume III: c'était l'heure où venait d'être rendu l'Édit du 20 octobre 1798, relatif à l'interdiction des sociétés secrètes qui pourraient être dangereuses pour la sûreté générale. Cet Édit, en vue de parer à la propagation d'idées fausses et destructrices de l’ordre public, exigeait de toutes les associations une déclaration indiquant leur objet, le but de leurs réunions, interdisait celles dont la fin ne se concilierait pas avec le bien public et paraîtrait susceptible d’être dommageable au repos, à la sûreté des citoyens, et non seulement toutes celles qui, de près ou de loin, pourraient bien tendre à une modification de la Constitution (I), mais encore celles où l'on jurait obéissance sous serment, verbalement, par écrit où par simple poignée de mains, à des supérieurs inconnus (Il); celles où l'on jurait, même à des chefs connus, une obéissance aveugle quoi qu’exigeassent l’État, la Constitution, la Religion, la

1. Fichte’s Leben, I, 11, 6, p. 327. Lettre du 28 oct. 1799. Note. Fichte confirme donc ici le réeit de Fessler, en même temps qu’il révèle ce que les assertions de Fessler ont de volontairement inexact. Fessler d’ailleurs, de son côté, justifie la confidence de Fichte. Le jour où, accusé d’avoir dilapidé. les fonds de la Loge et communiqué à Fichte des secrets maçonniques, Fessier dut donner sa démission, il déclara pour sa défense (le .27 mars 1802) qu'il avait montré les rituels à Fichte longtemps avant l’affiliation de celui-ci à la Loge R. Y.; et lui-même souligne ces mots (Fessler, S. Schriflen über Freymaurerey, Il. Bd., II. Abth., xx, Mein Austritt aus dem Innersten Orient, p. 36). Na VAS)

Le

Morale (III); celles où l’on imposait aux membres le secret sur les révélations qui leur étaient faites (IV); celles qui avaient des mystères, ou qui, pour un dessein qu'on consentait à révéler, se servaient de moyens occultes, de signes mystiques, d’hiéroglyphes. Et, comme si la Franc-Maçonnerie n'était pas suffisamment désignée par là, le décret ajoutait expressément ($ 3) que dans la Franc- Maçonnerie trois Loges seules étaient autorisées, que, hormis celleslà, toutes les Loges maçonniques étaient interdites, et pas uniquement toutes les Loges, mais toutes les réunions secrètes, cela sous les peines les plus sévères : prison, travaux forcés, et même, en certains cas, la mort!.

Or, sans doute, la Loge Royale-York était une des trois Loges auto-

risées (a (avec celle des trois Globes et avec la Grande Loge Nationale);

elle devait cette autorisation à l’habileté de Fessler qui, prévoyant les événements, et en vue d'obtenir pour la Loge Royale-York la recon-

naissance officielle dont jouissaient depuis longtemps les deux

autres, avait eu ce trait de génie, devançant les prescriptions qui allaient être édictées, de violer les us jusqu'alors consacrés de la Franc-Maconnerie et de soumettre sans réticence au roi, non seule-

ment la Constitution de la Loge, mais la liste de ses membres et la

nature de ses travaux ?.. Cependant la protection royale, même une fois acquise à la Loge, n’avait pu triompher des jalousies, des ran-

cunes, des craintes qu'avait suscitées la réforme de Fessler. Les Loges rivales, la Grande Loge Nationale en particulier, accusaient

formellement la Loge Royale-York d’hérésie maçonnique et rompaient officiellement avec elle ?.

1. Taschenbuch für Freimaurer, II. Bd., 1800, Edikt wegen Verhütung und Bestrafung gehei-

. mer Verbindungen, welche der allgemeinen Sicherheit nachitheilig werden kônnten, p. 168-180.

2. Ibid., Il. Bd., 1799, Kurzgefasste Geschichte der grossen Mutterloge R. Y. zur F. in Berlin, p. 135.

8. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, 1800, II. Bd., I. Abth., x, Trennung der Logenverhälinisse zwischen der grossen Lañdes-Loge und der grassen Loge Re Y#Fz Fr, p. 282-283, et Taschenbuch für Freimaurer, III. Bd., 1800, Aktenstücke zur Geschichte der Trennung der grossen Landesloge von Deutschland zu Berlin von der grossen Loge R. Y.z. Fr. daselbst, p. 124-161. La Grande Loge déclarait qu’en modifiant, de sa propre autorité, la Constitution anglaise que lui avait jadis octroyée la Grande Loge de Londres, la Loge Royale-York avait détruit de ses mains son existence légale, et elle posait simplement ces trois questions :

4° Est-ce de la Franc-Maçonnerie ?

2° Est-ce la voie que la Franc-Maçonnerie a tracée pour ses fins ?

3° Est-il permis de s’écarter de la voie tracée ?

La réponse, on le prévoit, était négative et concluait que cessaient d’être francs-

, maçons ceux qui s’écartaient des lois de la Franc-Macçonnerie, que c'était abuser

malhonnêétement d’un nom usurpé que de désigner sous ce vocable quelque chose d’excellent peut-être, mais de tout à fait étranger à l’usagc, et, caché sous un man-

teau d'emprunt, de vouloir paraître quelque chose d’autre que ce qu’on était, ajoutant

qu’il n’y avait pas d’erreurs et de méchancetés qu’on n’eüt répandues sous le nom

Et ce ne sont pas seulement les Loges qui s'en prennent au « système de Fessler » (car ce sont à coup sûr les « nouveautés » de Fessler que dénonce la Grande Loge Nationale‘); à son tour la presse signale le danger. En 1798, il se publie à Paris un écrit anonyme, Les États prussiens avant et depuis le 19 novembre 1797, où l'auteur déclare que la F ranc-Maçonnerie n’a besoin ni de modifications ni d'améliorations; que, en eût-elle eu besoin, la Loge Royale-York n'aurait pas le droit d'entreprendre cette réforme ; que cette prétendue amélioration est d’ailleurs tout à fait défectueuse, tant au point de vue de sa matière que de sa forme?. La même année paraît à Zullichau une Exposilion de la bonne cause de la Franc-Maçonnerie dans sa dignité (Die gute Sache der Freimaurerei in ihrer Würde dargestellt), où se trouve discuté « le dernier système maçonnique », celui de la Loge Royale-York, et contestée la légitimité de la nouvelle Constitution. Enfin le Génie du témps (Genius der Zeit), en septembre 1799, s'attaque aussi à la Constitution de la Loge Royale- York, et plus généralement à la Franc-Maçonnerie; ces attaques servent de prétexte aux accusations des adversaires de Fessler, de ceux qui lui reprochent d'avoir nié le secret maçonnique #.

Pourquoi toute cette polémique? Pourquoi la simple réforme d’une Loge de Berlin devient-elle ainsi un événement public? C’est d’abord parce qu'’il's'agit au fond du procès intenté par les partisans des Lumières aux « nouveautés », à l’ « esprit du siècle », de la lutte entre la Tradition et la Révolution; car c’est bien une révolution qui, sous l'influence des penseurs de la lignée de . Rousseau et de Kant, s'opère dans la conscience publique; et ce

respectable de la Franc-Macçonnerie, qu’on avait vu s’affubler de ce manteau alchimistes, visionnaires, athées, papistes, révolutionnaires, empoisonneurs ; ce scan- * dale, la Grande Loge Nationale l’attribuait à ceux qui, d’une main téméraire et crimi-

nelle, avaient ébranlé la Constitution première de l'Ordre dont ils osaient modifier et soi-disant améliorer les dispositions et les usages, répandant ce principe pernicieux que l'Ordre vénérable des francs-maçons était, forcé de se soumettre, lui aussi, à l’esprit de réforme des temps nouveaux. C’est ainsi que, petit à petit et actuellement encore étaient nés, à linstigation directe ou. indirecte des ennemis les plus mortels de l'Ordre, des ennemis de la vérité, les innombrables systèmes et la foule des soi-disant grades supérieurs, cancer toujours plus dévorant de l'Ordre, dont ces implacables ennemis savaient faire un usage si avisé et si persévérant pour atteindre leur grande fin, l’extirpation de la ‘Franc-Maçonnerie [Taschenbuch für Freimaurer,

IIL. Bd. 1800, Aktenstücke..., p. 136-141] ». 1. Taschenbuch für Freimaurer, IV. Bd., 1801, Ueber e‘nige neue Erscheinungen im

Frei-Maurerorden, p. 212.

2. Ibid., IL. Bd., 1800, Lit., 5, Jahrbücher der grossen Loge R. Y. z. Fr. in Berlin, IT, Ueber die “Beschuldigingen eines Ungenannten Schriftstellers, die Absichten und Constitution der grossen Loge R. Y: z. F., betreffend, p. 337.

3. Ibid., III. Bd., 2, Das neueste System in der Maurerey, p 16-193.

4. Ibid., IV. Bd., 1801, p. 176-191, Clubs der Frei-Maurerei Genius der Zeit., Sept. 1799,.

p. 109 et suiv.).

procès, cette lutte dont l'affaire de la Loge Royale-York n'est qu'un épisode, ont une portée dont on n'a pas besoin de souligner ici l'importance. Que tel soit bien le nœud du débat en question, il est aisé de s’en convaincre.

Fessler est un disciple passionné de Kant, un « fanatique » de la Critique, l'expression est de lui; tout, dans la réforme qu'il a entre-. prise de la Franc-Maçonnerie, porte l'empreinte de la Philosophie nouvelle, comme on appelait alors la philosophie kantienne, tout, — le sens, la langue, les formules, — et c'est ce qu'on appelait le « pédantisme » de Fessler!.

Fessler d’ailleurs, en donnant sa Constitution à la Loge Royale- York, avait l'intention formelle de substituer à la Philosophie des Lumières, au plat rationalisme de Nicolaï et des Nicolaïtes, alors souverains dans la Franc-Maçonnerie, l'esprit de la philosophie de Kant. N’avait-on pas inscrit dans la Constitution fondamentale ce paragraphe caractéristique — le second — qui peut dispenser de tout commentaire :

« es véritables Lumières ne pouvant être Doeues et atteintes que par l'exercice propre de notre raison, toute autre voie ne pouvant par contre qu'augmenter le nombre des perroquets sans cervelle, dangereux pour le bien public; de plus, les soi-disant propa- gateurs des Lumières pensant toujours plus à eux-mêmes qu’à la . vérité et qu'au bien des hommes, la Loge mère Royale-York de l'Amitié déclare expressément, une fois pour toutes, qu’elle ne permettra jamais de comprendre au nombre de ses buts ou de ses moyens ce qu’on appelle la propagation des Lumières?, »

Animé de pareilles intentions à l'égard des Lumières, fervent du Kantisme, on aperçoit l'intérêt qu'avait Fessler à lier partie avec Fichte, continuateur de Kant, et qui servait de cible aux épigrammes de Nicolaï. Nul plus que Fichte n’était imbu de « l'esprit nouveau »; au moment où Fessler révait pour la Loge de grands desseins, aucune collaboration ne pouvait être pour lui plus précieuse; mais il avait

lieu de croire qu’elle ne pouvait être efficace qu'à condition de demeurer secrète, car nombreux étaient dans les Loges les partisans des Lumières, les adversaires des « temps nouveaux », qui traitaient les Kantiens de pédants, d'ennemis de la vérité, qui voyaient des criminels dans les réformateurs préoccupés d'adapter la Franc-Maçonnerie « à l'esprit du siècle »; qui étaient prêts à pro-

1. Fessler, S. Schriftien über Freymaurerey, IT. Bd., I. Abth., v, Fundamental- Consti-

tution, p. 118-119.

2. Taschenbuch fic Freimaurer, III. Bd., 1800, Das neueste System in der Maurerey,

p. 118-119. | | | is

fiter des moindres imprudences pour perdre la Loge Royale-York considérée par eux comme une usurpatrice.

Au sein même de cette Loge s'étaient manifestées, entre traditionalistes et réformateurs, des divisions dont Fessler avait eu peine à triompher; l’aveu' de ses attaches avec Fichte, l’aveu de sa collaboration surtout, eût suffi, aux yeux de quelques-uns, à discréditer d'avance, et peut-être à faire échouer, les réformes que Fessler avait | à cœur de réaliser.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule raison pour laquelle Fessler prétendait cacher à ses collègues ses relations avec Fichte, si souvent accusé de jacobinisme.

On prêtait volontiers à la Loge Royale-York une tendance révolutionnaire; on laissait entendre qu'elle n’était qu'un club jacobin clandestin ?; le bruit s'en était même répandu au dehors, et l'abbé Barruel avait pu écrire dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme : « Ce n'est pas une circonstance à mépriser dans les dispositions des Frères que la résolution à laquelle vient de se soumettre la Loge Royale-York. On sait par les nouvelles publiques que cette Loge a établi dans son sein un Directoire, un Sénat des Anciens et un Sénat des Jeunes, selon Ë modèle du gouvernement français actuel. »

Ajoutons que Fessler lui-même venait tout justement d'échapper à une accusation de haute trahison. La société des Évergètes, fondée à Carolath en vue de la culture morale et scientifique de ses membres, dissoute après le départ des trois plus éminents d’entre eux, avait donné lieu’ une poursuite publique. Un libelle publié contre un ministre de la Silésie avait été l'occasion d'une: perquisition au domicile de l’un des trois Évergètes; et cette perquisition avait fait saisir toute une correspondance de Fessler. Bien qu'au dire de Fessler cette ligue n’eût aucun caractère politique, le gouvernement en avait pris ombrage, et il avait prétendu y découvrir bel et bien une conspiration ourdie contre l’État, L'affaire fut portée devant le roi, avec les noms des cinq conjurés; Fessler en était. Le roi, heureusement, avait lu le Marc-Aurèle de Fessler, sur la recommandation de Bichofswerder, il biffa de la liste des conjurés le nom de Fessler en disant : « Celui-là n’est pas un cerveau brûlé, il a l’âme DCUArRAUES son nie Aurèle en est la preuve »; mails s les autres

1: Feshle. S. Schriften über PE IL. Bd., I. Abth., 1, Maurerischer Zusland.… Schreiben des Brs. Schlicht, p. 28- 2e et x1v, Meine maurerische Verbindung mit den Bn. Bn. F...e und F...r., p. 331.

2. Ibid., II. Bd. TJ. Abth., vu, Kôünigliches Protectorium, p. 129-132.

3. Barruel, Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme, T. V, p. 241.

FICHTE ET LA FRANC-MACÇONNERIE. el

furent mis en prison, et Fessler lui-même, en dépit de la protection royale, demeura quelque temps sous la surveillance de la haute police. Cette aventure était bien faite pour enseigner à Fessler la prudence, et c'est sans doute la meilleure des « bonnes raisons » pour lesquelles Fessler avait demandé à Fichte de ne point ébruiter leur intimité.

Car Fichte arrivait à Berlin avec une réputation établie, avec une réputation compromettante. Son prétendu athéisme n'avait été qu'un prétexte; c'est au démocrate qu'on en voulait, à l'ennemi du trône et de l’autel, à celui que l’'Eudæmonia avait publiquement accusé d'être chargé de répandre à travers toute l'Allemagne, avec l'esprit de la philosophie kantienne, les principes du jacobinisme, les principes destructeurs de l’ordre public, de la religion établie, de la moralité, et, fauteur d'anarchie, de proclamer le droit des peuples à la Révolution, d'instituer enfin, sur les ruines du culte officiel chrétien, la religion de la Raison!. |

Cela explique mieux encore pourquoi Fessler tenait, aux yeux de tous, à paraître ignorer Fichte, pourquoi il se fit en quelque sorte forcer la main pour le rencontrer publiquement et entrer en relations ouvertes avec lui?.

En consignant dans son journal l'histoire de ses rapports maçonniques avec Fichte, ceux qu’il pouvait maintenant avouer, Fessler a eu bien soin de noter à la fois l’insistance de ses collègues et sa propre réserve. Rhode est le premier à parler de Fichte à Fessler; mais la froideur avec laquelle celui-ci accueille les propositions de

Rhode explique l'intervention de Basset, le surlendemain; elle

explique aussi le besoin que Rhode éprouve de se porter garant de la haute honorabilité de Fichte et, devant la répugnance de Fessler pour les savants de profession, de faire cette déclaration que Fichte est plus qu’un savant, un homme, un homme qui impose le respect °.

1. Eudæmonia, 1796, II. Bd., Erstes Stück, Il, p. 28-35 et p. 46, 51, 53; voir aussi III. Bd., Erstes Stück, IV, p. 64-67.

2. Ce qui est confirmé dans la lettre du 28 octobre 1799, que nous avons citée plus haut et où Fichte raconte à sa femme l’histoire de ses premières relations avec Fessler, leur apparente hostilité réciproque destinée à faire illusion aux Frères, la longue résistance opposée par Fessler à l’entrée de Fichte dans les Loges de Berlin. et finalement son acquiescement. (Fichte’s Leben, 1, n, 6, p. 327.)

3. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey,-Il. Bd., I. Abth., xiv, Meine maurerische Verbindung mit den Bn. Bn. F...e und F...r., p. 320.

9 “ 2 C. MICHTE GRA ND-ORA- C'est donc, en apparence au moins, sur

TEUR DE LA ROYALE- l'invitation formelle et sur les instances

YORK. pressantes de ses collègues que Fessler entre

publiquement en pourparlers avec Fichte: Après deux ou trois conver-

sations sur l’objet de la Franc-Maçonnerie, après un échange de vues sur l'Ordre, Fessler sollicite officiellement le concours de Fichte pour la Loge. Fichte se fait d’abord prier; maïs, devant l’insistance de Fessler, il finit, le 10 octobre, par promettre un discours pour une

des prochaines séances de la Loge. Il le prononce le 14 après avoir,

la veille, soumis son plan à Fessler. L'assemblée nombreuse des Frères fut émerveillée; les hauts dignitaires ne purent cacher leur étonnement à Fessler, et, soupçonnant Fichte de posséder des connaissances maçonniques profondes, inconnues d'eux, ils prièrent

Fessler d'essayer d'obtenir que Fichte entrât dans la Loge; Fessler,

d'accord avec eux, de s’écrier : « Ah! si seulement cet homme voulait se laisser affiliert!»

Dès lors les entretiens entre Fosses et Fichte se muliohent ils portent sur l’état d'esprit des Loges, sur les réformes à y introduire

(21 octobre), on y trouve l’aveu public que Fessler a reçu de LE

ne.

des documents capitaux.

« Fichte, écrit Fessler, me raconta comment la communication de documents de la plus haute importance lui avait pérmis de connaître très suffisamment les secrets de l'Ordre; il me fit part de la

majeure partie de ces documents, et je dois reconnaître que Fichte

en sait, sans comparaison, beaucoup plus long sur la hiérarchie des grades supérieurs, sur les mystères les plus cachés et sur l'essence de la Franc-Maçonnerie que n’en savent et que n’en sauront jamais tous les membres réunis du Grand-Orient ?: »,

Fichte mit à son acceptation une condition barele la communication sans réserves du formulaire des hauts grades en usage à la

Loge. Il connaissait déjà, sans doute par des livres ou des rituels

imprimés, les grades de la Chevalerie française de la Loge; il n igno-: rait pas que, dans sa refonte, Fessler avait dû conserver le mécanisme, les cérémonies, les symboles de ces grades français; mais il voulait :

savoir quelle forme et quelle tendance Fessler leur avait données, con-

naître par là même l'esprit de la Loge et voirs’il valait la peine, en ce.

qui leconcernait, des’occuper d'elle. Ce furentses propres expressions*.

1. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, II. Bd., I. Abth., xiv, Meine maurerische Verbindung mit den Bn. Bn. F...e und F'...r. , P. 321- 392. FES 2. Ibid., p. 322-323.

3. Ibid., p. 323-324. Fessler semble, en Le ce fait, Soulois prévenir l’accusation, qui ‘d'ailleurs fut effectivement plus tard portée contre lui, d’avoir commu- .

Fessler communiqua donc à Fichte les rituels de la Loge. Le 23 octobre, ils lurent ensemble le rituel des 4° et 5° grades, le 26, celui du 6° grade, les 5 et 9 novembre, ceux des 7°et 8° grades!. Il fit plus, il pria Fichte d'assister aux délibérations mêmes de la Loge, et le philosophe dut consentir à subir l'examen de rigueur pour avoir accès aux séances. Fessler l'introduisit donc au milieu de ses confrères, en saluant en lui ces sentiments, ces mœurs, cette conduite dont la droiture, la moralité, la dignité avaient été publiquement proclamées, même par les adversaires de sa philosophie méconnue; preuve, déclarait-1l, que les plus hautes connaissances de l'Ordre n'étaient point restées un ornement stérile dans son esprit, qu’elles avaient porté leurs fruits au plus pur de son Moi; il ajoutait que la participation de Fichte aux travaux de la Loge ne provenait: ni de la curiosité, — Fichte n'avait rien à y apprendre, — ni du désir de briller, — il était trop respectueux de la morale qui interdit la passion de l’orgueil. Le seul respect de la sainteté, le seul amour des grandes causes que défendait la Maçonnerie avaient pu conduire Fichte à la Loge. Son exemple confirmait une vérité connue : un savoir étendu, mais superficiel traite la Maçonnerie de jeu vain; ceux qui n’ont du philosophe que l'apparence se tiennent éloignés d'elle; mais la vraie philosophie échauffe le cœur de ses élus d’un beau zèle et le remplit d’un profond respect pour elle.

Après ces paroles de bienvenue, Fichte avait écouté les ani cations données par les Frères présents. Interrogé par l’un d’eux, le frère Natorp, il avait déclaré qu’elles étaient bonnes sans doute, tout en laissant entendre qu'il en existait de meilleures. « Faites-nous espérer, avait interrompu Natorp, que vous trouvez le terrain assez bon pour en recevoir la semence. — Peut-être bien; nous verrons », avait répondu le philosophe?

C'est après son retour d'Iéna — où il avait été chercher sa femme et son fils — que, devant l’insistance pressante de Fessler, Fichte se décida. Et, le 41 avril 4800, il postula son inscription à la Loge. Il fut élu à l'unanimité le 17, en assemblée plénière, sur la présentation élogieuse de Fessler, après une courte discussion. Ceux-là même qui, à l'annonce de sa candidature, avaient manifesté des sentiments

niqué à Fichte les secrets de la Loge, en établissant d’une part que cette exigence de Fichte était la condition de l’affiliation qu’on souhaitait, et d’autre part que Fichte était, antérieurement à cette communication, parfaitement instruit des secrets et de la réforme de la Loge. Par qui? N’était-ce point par Fessler lui-même dans les entretiens secrets qu'ils avaient eus? C’est ce qu’on peut se demander.

1. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, Il. Bd., I. Abth., xiv, Meine maurerische Verbindung mit den Bn. Bn. F...e und F...r., p. 324-327. — 2. Ibid., p. 325-327 . et note. |

hostiles et ouvertement annoncé leur démission avaient fini par voter pour lui'. | |

Inscrit le 8 mai, Fichte était nommé aussitôt membre du Grand- Orient; le 23, il devenait Grand-Orateur, avec la mission de faire tous les quinze jours, le dimanche, des conférences sur la Mr LÉRRNARE Le

ON Im ar Si, en introduisant Fichte dans la Loge, FICATE ET FESSLER. LA Fessler avait cru trouver en lui un auxiliaire DIALECTIQUE ET L'AIS-. pour ses desseins, il fut vite détrompé. Quand ii € Fichte entrait quelque part, ce n'était pas pour y être à la suite: il se croyait né chef.

Il ne pouvait donc pas lui suffire de prononcer des discours, même retentissants; là où il passait, 1l voulait mettre sa marque personnelle. . Réformateur il avait été à Iéna, réformateur encore il entendait rester

à Berlin.

Le 26 mai, le surlendemain de sa oo de Grand-Orateur, Fichte alla chez Fessler et lui exposa ses vues au sujet du Grand-Orient. C'était le moment où la Loge allait procéder à la revision de la Constitution du 3 août 1797, conformément à la sage: prescription de Fessler. Sans aucun souci de toutes les difficultés qu'avait eu à surmonter Fessler pour triompher de la rivalité des différents Collèges de la Loge, au moment où il avait institué le

grade suprême, le Grand-Orient, Fichte voulait étendre encore à

les droits de ce Grand- Orient, accroître son influence, en faire le

conseil directeur de la Loge. C'était réveiller toutes les suscepti-.

bilités jalouses des diverses hiérarchies et provoquer volontairement les plus graves discordes. Fessler qui le savait s’éleva donc

avec la dernière énergie contre le projet de Fichte, lui rappe-

lant l’histoire des dernières années de la Loge, les embarras qu'il

avait eus, lui affirmant que la moindre tentative pour étendre les.

prérogatives du Grand-Orient discréditerait à jamais ses auteurs, leur ferait perdre toute la confiance qu'on avait pu leur accorder, compromettrait à jamais l’œuvre si laborieusement accomplie;

et cela juste à la veille du jour où il fallait lui donner une con-

sécration définitive. Fichte ne. voulut rien entendre. Le 6 juin,

1. Une lettre de Fessler à Bôttiger, du 3 mai 1800, fait allusion à l'affiliation de Fichte à la Loge Pythagore à l'étoile fulgurante (Pythâgoras zum flammenden Stern). V. D' Hans Schulz, Aus Fichtes Leben, Berlin, Reuther und Reichard, 1918, p. 29.

2. Fessler, S. Schriften über Freymaurerey, I. Bd., I. Abth., xiv, Meine maurerische

Verbindung mit den Bn. Bn. F...e und F...r., p. 328- 330.

dans le comité de quatre membres où se discutaient les derniers détails de la nouvelle Constitution qui allait être proposée à la Loge le soir même, une violente altercation se produisait entre

Fessler et lui; elle était relative aux rapports du Grand-Orient et de

‘la Grande Loge, à l'extension, demandée par Fichte, des droits et

des pouvoirs du Grand-Orient. L'affaire fut plus chaude encore à la réunion du soir, Fessler parle d’une « véritable explosion »!. Mais cest seulement dix-sept jours plus tard, le 24 juin, à la fête de la Loge, le jour de la Saint-Jean, qu'éclata le scandale : Fichte attaquant publiquement Fessler. Ce fut un folle général à la suite duquel, on le verra, Fichte dut quitter la Loge.

La chose n'était une surprise qu’en apparence; quiconque connaissait la polémique qui se poursuivait depuis quelques semaines entre Fichte et Fessler pouvait prévoir leur prochaine rupture.

Fessler, on l’a dit, avait pris l'initiative d’une réforme profonde de la Loge Royale-York; cette réforme consistait essentiellement dans une refonte des rituels et des grades. Profitant des connaissances maçonniques toutes spéciales et très rares qu'il devait soit à des recherches minutieuses, soit au hasard des circonstances, — on se souvient des « secrets » que lui avait confiés K... à Lemberg, — Fessler avait essayé d'introduire dans sa doctrine des Loges un ordre systématique, rationnel : 1l avait en particulier cherché et cru trouver

* une interprétation des rituels et des symboles qui concordât avec

Pesprit de la morale kantienne dont il était pénétré. En « fanatique » de la Critique, il croyait que l'introduction du Kantisme dans les Loges y susciterait une véritable rénovation de la Franc-Maçonnerie. C'était le « système de Fessler », pour l'appeler par son nom. Mais Fessler, quoique kantien, restait attaché au traditionalisme maçon-

nique; il devait précisément l’autorité singulière dont il jouissait

dans les Loges à ce qu’on le considérait comme détenant des secrets précieux; c'est la révélation de ces secrets qu’on attendait de lui en le nommant Grand-Maître. Il persistait done à considérer la philosophie maçonnique comme un ensemble de règles plus ou moins secrètes transmises par ceux qui avaient le privilège de les posséder; attitude d'autant plus nécessaire qu'il avait besoin, pour faire passer sans protestation dans la Loge les nouveautés qu'il apportait, de se couvrir du manteau de la tradition. Il fallait de vieilles outres pour y verser le vin nouveau. |

La méthode qu'il prétendait suivre consistait essentiellement à

Le Fessler, S.: Schriften über Freymaurerey, II. Bd., I. Abth., x1rv, Meine maurerische Verbindung mit den Bn. Bn. F...e und F...r., p. 330-331.

exposer, avec le degré de vraisemblance, de crédibilité ou de certitude qu'ils comportaient, les documents ou les témoignages qu’au cours de ses travaux il avait pu recueillir; à y chercher, par une interprétation appropriée, l'explication rationnelle la plus haute ee secrets, des rites, des grades de la Maçonnerie.

Or, Fichte, dès son entrée dans la Loge, avait contesté le bien fondé, non pas sans doute des idées de Fessler, mais de sa méthode. Il niait à la fois la valeur des matériaux fournis par Fessler au point de vue de l’histoire, et la possibilité — au cas même où la vérité historique pourrait être atteinte en ces matières — d’en tirer une explication satisfaisante des secrets de la Maçonnerie. Et, comme complément à sa critique, il opposait au système de Fessler son propre système. En dialecticien qu'il était, il prétendait appliquer

à la Maçonnerie la méthode même de la Théorie de la Science; il:

s'agissait de fournir une explication génétique de la Maçonnerie, d’en opérer la déduction; si cette déduction était exacte, elle devait, dans ses résultats, coïncider avec le fait même qu'il s'agissait d'expliquer, avec les mystères de la Maçonnerie.

Ce système, Fichte l'avait exposé dans deux conférences au Grand- Orient, d’abord le 13 avril 1800, quelques jours avant son affiliation officielle (elle est du 17 avril), puis dix jours après, le 27 avril!. Nous en reproduisons ici l'essentiel, afin d'expliquer, non seulement

le sens et la portée du différend qui s'était élevé entre Fichte et

Fessler, mais le rôle que Fichte assignait à la Maçonnerie, et l’usage qu il rêvait d'en faire pour la propagation de la Théorie de la Science. Les conférences de Fichte, bien que Fessler n'y soit pas une fois

1. Dans les conférences recueillies par Fischer, l’éditeur des Eleusinien des 19. Jahrhunderts oder Resultate vereinigter Denker über Philosophie und Geschichte der Freimaurerei, [] R. Y.., Berlin, 1802-1803, 2. Bdchn, bei Heinrich Frôhlich, sous ce titre : Philosophie der Maurerei, Briefe an Constant, se trouvent exposées les idées de Fichte. Fischer a d’ailleurs lui-même précisé les conditions de cette publication dans son averlissement.

« Voici, déclare-t-il, les idées d’un philosophe du premier rang, d'un penseur universellement respecté. Il les a produites, il y a quelquè temps, sous la forme de conférences orales dans lesquelles il a établi les principes philosophiques de la Maçonnerie, même pour ceux qui ne sont pas maçons; il en a fait don sans condition à l'éditeur des Eleusinien. Celui-ci n’y a mis de son crû que quelques amplifications, par exemple, la seconde lettre (le premier fascicule contenait cinq Lettres à Constant, le n° 1 du second fascicule les Lettres VI à XVI), quelques adjonctions explicatives, et ce qu’exigeait la forme d’éxposition adoptée (la forme des lettres); mais ce n’est pas à lui que revient ni la pénétration de la déduction, ni la nouveauté et la fécondité des idées, dont tout lecteur qui pense ne manquera pas d’être frappé dans les Lettres qui suivent. Certainement elles ne resteront pas sans influence bienfaisante, et c'est aussi un phénomène surprenant que, dans l'essentiel, les résullats d’une recherche historique et critique coïncident presque exactement avec celles d’une déduction purement philosophique. » (Bücherei für Freimaurer 7/8. Maurerische Klassiker, I. Fichle von Albin Freiherr von Reitzenstein, Berlin, Verlag von Franz Wunder, ' Philosophie der Maurerei, Briefe an Constant, Vorbemerkung, p. 17-19.)

FICHTE ET LA FRANC- No VANBNIE: 33

nommé, sentent à dla la polémique : en apportant sa méthode, c’est, chemin faisant et presque à chaque pas, la méthode de Fessler qu’il combat. Qu'on en juge.

« En fait de connaissance de l'Ordre, déclare l’orateur tout au début, je ne vous demande qu’une chose, c’est que vous m'accordiez son existence. La connaissance que vous voulez tirer de vos livres, au sujet du mode de cette existence, je ne peux déjà pas l’admettre pour cette raison que toutes ces lectures, faites à bâtons rompus, me vous ont pas donné un savoir, et n'ont fait que vous plonger dans les contradictions et le doute. Auquel de vos écrivains devezvous donc vous fier, puisque vous n'avez pas de mesure à laquelle vous puissiez les rapporter, ni de moyen terme qui permette de les unir? Et, quel que puisse être le degré de votre croyance ou, pour employer vos expressions, le degré de vraisemblance que la critique vous permette d'atteindre, j'en appelle à votre conscience quand jaffirme que votre véritable connaissance de la.-chose, à la prendre au pied de la lettre, ne va pas au delà de son existence. »

Le degré de croyance ou de vraisemblance des connaissances historiques, en fait de Maçonnerie, c'étaient les termes mêmes qu'employait Fessler dans ses discussions avec Fichte; linconsistance de la pure histoire, c'était le fond même du débat. Fichte, lui, prétendait partir de l'existence de la Maçonnerie comme du seul fait certain; il se souvenait qu'il n’y en avait pas d'autre pour Fessler lui-même. Il se demandait, non pas précisément ce que l'Ordre de la Franc-Maçonnerie était en soi et pour soi, — il y avait

des livres pour cela et en particulier le Franc-Maçon anéanti (der *zerschmetterte Freimaurer) —, mais ce qu’il pouvait et devait être en soi et pour soi; et cette connaissance-là, on pouvait la puiser à une meilleure source, celle de la Raison.

On a dit des francs-maçons, poursuivait alors Fichte, que leur grand secret, c'est qu ils n’en ont pas; on pourrait dire à meilleur droit que le secret le plus manifeste et pourtant le plus mystérieux des , francs-maçons, c'est qu'ils existent et continuent d'exister, en dépit . des persécutions dont les prétextes furent les plus divers (Fichte en appelle ici à l’histoire), en dépit des accusations les plus pertides, en dépit des révélations de leurs secrets, en dépit même de leurs divisions intestines.

Mais ce sont peut-être des faibles d'esprit qui se sont associés, ou des visionnaires, ou des fourbes, ou des intrigants, ou des ambiüeux? Non. A toutes les époques ce sont les plus sages, les plus honnêtes, ce sont les hommes les plus respectables par le talent,

FICHTE ET £ON TEMPS (Il) : 3

les connaissances, le caractère. Et alors la question suivante se

pose : s’il est vrai qu'un homme, indiscutablement sage et ver-

tueux. s'occupe de la Franc-Maçonnerie, alors la Franc-Maçonnerie n'est pas un jeu, elle a un but sérieux et élevé, bon et raisonnable. Quel est-il'? Évidemment celui que poursuit le sage, l'homme vertueux, c'est-à-dire le but même de l'humanité. Or, le seul but de l'existence humaine sur terre, ce n'est n1 le ciel, ni l'enfer, c’est seulement l'humanité que nous portons en nous, à son plus haut degré de perfectionnement, de culture. Ce but peut-il être vraiment poursuivi dans la société humaine telle qu’elle s’est constituée? La société, à mesure qu'elle s'est développée, a opéré entre ses membres une division du travail et des fonctions telle que, dans cette spécialisation à outrance, les fins générales de l’humanité

disparaissent devant ses fins particulières. Chaque individu ne songe .

plus, dans sa formation et dès sa première jeunesse, qu'à se perfectionner dans et pour l’état qu'il a choisi. Et sans doute cette spécialisation offre pour le bien-être commun des avantages qui sont trop évidents; mais elle a aussi ses inconvénients graves. Tel homme, par exemple, n'est plus simplement un savant, c'est un théologien ou un juriste, ou un médecin; tel autre n’est plus simplement un religieux, c'est un catholique, un juif, un mahométan,; tel autre enfin n’est plus simplement un homme, c’est un politicien, un marchand, un soldat. Bref, partout la culture professionnelle la plus parfaite empêche le perfectionnement général le plus haut de l’humanité; la spécialisation est ainsi pour l'individu un danger et une déchéance; la culture générale et vraiment humaine, les fins qui font de l’homme un homme, au sens véritable du mot, sont négligées: il en résulte des vues étroites qui n'envisagent qu’un côté des

choses, des vues qui tournent ordinairement à la pédanterie, car il y.

a une « pédanterie » de chaque métier.

Or, c'est précisément la tâche de cette petite société qu'est la

Maçonnerie d’obvier à ce vice de la grande société humaine, de remplir une fonction pour laquelle la grande société n’est pas faite, de .

supprimer les inconvénients de la culture spécialisée, en alliant cette culture spéciale à la culture générale, totale de l’homme.

Et cette tâche qui est sa mission propre, — hors de laquelle il n'y en a pas pour elle, — la Maçonnerie l’accomplit en réunissant les hommes dont les spécialités sont les plus diverses, en les mettant en contact, en les faisant mutuellement profiter les uns des

1. Maurerische Klassiker. 1. Fichte, Briefe an Constant, I. Bd., erster Brief, p. 20-29.

autres. Ce n'est pas en se repliant sur lui-même et en s'isolant que l'homme acquerra la nature humaine, c'est en étendant sa culture par le commerce avec les hommes qui n'ont pas sa spécialité. Chacun donnera, chacun apportera ce qu'il a : le penseur, des idées claires et précises; l'homme d'action, la souplesse et l’habileté dans J'art de vivre; l’homme religieux, son sens religieux; l'artiste, son enthousiasme. Chacun donnera ce qu'il a, non dans cet esprit de pédanterie dont on parlait tout à l'heure, mais en faisant, autant que possible, abstraction de sa spécialité, pour n'en communiquer que l'esprit dans ce qu'il a d'universel, de profitable à tous!.

Cette action et cette culture réciproques, voilà précisément ce que réalise l'association maçonnique. Et la société particulière qu'est la Maçonnerie a été fondée uniquement parce que le but qu'elle se propose ne pouvait être atteint dans la société humaine telle qu'elle existe actuellement. Mais ce qu’elle est actuellement, la société humaine ne l'est pas en vertu d’une nécessité. Du point de vue de la Raison, elle peut être tout autre quelle n'est, notamment en ce qui concerne la spécialisation des individus et de leur culture: bien plus, elle doit faire des progrès vers le mieux, et ce mieux consiste précisément dans l'égalité et dans l'harmonie de l'éducation des individus. Dans la mesure même où se fera ce progrès, la société particulière qu'est la Maçonnerie deviendra de moins en moins nécessaire, et, dans la mesure où son but serait atteint, elle deviendrait superflue et même illicite. On pourrait dire que le but de l'ensemble de l'humanité est de former une seule grande association, telle que la Maçonnerie devrait actuellement en fournir le modèle. Mais la simple existence de la Maçonnerie prouve que cette fin en soi n'est pas encore atteinte, car elle est précisément un moyen pour la réaliser ?.

Le but de la Maçonnerie étant ainsi défini, une double question se pose : Quelle est l'influence de l'Ordre sur le maçon? — Quelle est l'influence de l'Ordre sur le monde?

Et d’abord, si la société maçonnique n’est pas absolument vaine, celui qui s’y trouve doit, quelque degré qu’il ait atteint, acquérir plus de maturité, plus de culture générale qu'il n’en aurait eu comme individu isolé et en dehors d'elle.

Son esprit est absolument clair, affranchi de toute espèce de préjugés; il est maître des concepts, et l'horizon de la vérité humaine s'étend pour lui aussi loin qu'il est possible. Mais, à ses yeux, la

Fe Maurerische Klassiker. 1. Fichte, Briefe an Constant, I. Bd., dritter und vierter Pr p. 42-48 et 49-57. — 2. Ibid. fünfter Brief, p. 59-6

vérité est absolument une, elle forme un tout indivisible: il n’y a pas un de ses aspects qui soit préférable à l’autre; et la culture de . l'intelligence n’est, selon lui, qu'une partie de la culture totale. La science n’est pas tout pour lui, il y a la vertu, une vertu dénuée d'artifice et pleine de pudeur; il y a aussi la croyance. Déjà ici-bas il vit par la croyance dans un monde meilleur, et, à ses yeux, cette croyance seule donne à sa vie terrestre sa valeur, son sens et sa beauté; mais il n’impose cette croyance à personne; il la-porte en lui-même comme un trésor caché.

Voilà l’image de l’homme accompli et l'idéal du maçon. Une perfection supérieure à celle qu'en toute chose il peut atteindre en tant qu’homme, il ne la désirera pas, il ne s’en vantera pas; sa perfection ne peut être qu’une perfection humaine, que la perfection humaine.

Et sans doute on ne prétend pas que tous les maçons y atteignent; on dit seulement que c’est leur devoir d'y atteindre. On ne prétend pas davantage qu'il soit impossible à un homme d’y atteindre hors de la Maçonnerie, dans la société; on affirme seulement que le même homme, s'il était devenu, dans la Maçonnerie et par elle, ce qu'il s’est fait lui-même dans la société, serait plus à même d'y élever les autres, que toute sa culture serait plus sociale, plus communicable, et que son esprit serait autre!.

Mais que dire de l’action de la Maçonnerie sur le monde? L'homme qui, dans l'Ordre même, sera celui qu'on vient de définir, ne pourra manquer d'exercer hors de l'Ordre, dans sa famille, dans sa profession, dans la société, une influence bienfaisante. Ainsi personne dans la vie ne remplit mieux sa fonction que celui dont le regard peut dépasser sa position et n’est pas strictement borné à elle. C’est tout justement le rôle de la Maçonnerie d'élever les hommes au-dessus de leur condition spéciale pour leur donner une culture vraiment humaine, et les rendre par là plus utiles à la société. Ce n'est pas tout. La société humaine doit être dans un incessant progrès. Or, le perfectionnement continuel des individus est la tâche essentielle de la Maçonnerie et par là aussi la Maçonnerie sert le progrès social; elle le sert plus directement encore en effaçant entre ses membres les distinctions de fonctions et de classes, qui ont été jusqu'ici l'obstacle le plus puissant aux progrès de l'humanité. Tous les maçons sont frères, sont égaux, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur situation et quelle que soit leur fonction. Cette égalité transportée par le maçon dans la société, en

1. Maurerische Klassiker. 1. Fichte, Briefe an Constant, IL. Bd., sechster Brief, p.61-67..

supprimant la lutte des classes, la jalousie et la haine des uns, le mépris et l'orgueil des autres, serait le ferment le plus efficace du progrès!.

Telle est d’une façon générale, aux yeux de Fichte, la mission et la signification de la Maçonnerie. Pour que les principes dont elle a la garde eussent leur application à l’état présent des choses, pussent servir à juger les rituels, les lois et règlements en vigueur, les relations des Frères et des Loges, bref pour qu'ils permissent cette réforme à laquelle travaillait Fessler, Fichte croyait nécessaire de les formuler d’une manière explicite.

Premier principe : le but final de l'existence humaine n'est pas en ce monde. Cette première vie n’est que la préparation et le germe d’une existence plus haute dont nous sentons intérieurement la certitude, bien que nous ne puissions rien penser au sujet de cette existence. Deuxième principe : les buts posés dans la vie présente et cette wie même, n’acquièrent pour nous de valeur et de sens que parce que ces buts nous sont imposés comme des devoirs, que parce que cette vie est pour nous le lieu de la réalisation de ces buts. Toute

la conduite se présente à nous et ne peut être présentée que comme le moyen d'accomplir ce qu’exige la fin suprême de la vie présente. Il n’y a pas de préparation directe à l'Éternité; on s'y prépare et on l'acquiert ici-bas déjà par le seul fait qu'on accomplit avec une volonté droite les devoirs de la vie présente.

Nous n'avons donc affaire immédiatement qu'à la vie présente; le but de cette vie est le seul concevable; il peut être envisagé à un triple point de vue :

4° L’humanité entière ne doit former qu'une seule communauté, une communauté croyante et purement morale. C'est là le but de l'Église, de l'Église idéale bien entendu, car l'Église réelle et visible n'offre encore rien de pareil. |

2 L'humanité entière ne doit former qu’un seul État, un État absolument conforme au droit. C’est là le but de toutes les législations à l’intérieur des États particuliers, de toutes les alliances, de tous les traités des peuples entre eux.

3° L'être raisonnable doit avoir la suprématie absolue sur la nature privée de raison, et le mécanisme mort doit être subordonné à la loi d’une volonté. C’est ce que nous enseignent les arts mécaniques et une bonne partie des sciences.

Ce triple but, dans la société humaine, est en quelque sorte réparti entre des organismes différents et spéciaux; il semble

4. Maurerische Klassiker. 1.Fichte Briefe, an Constant, II. Bd., siebenter Brief, p. 67-73.

qu’ainsi la culture y demeure une culture partielle, que nulle part

on ne trouve de culture intégrale et vraiment humaine. Il reste donc dans la société une tâche à accomplir, qu'elle ne remplit pas : fusionner les cultures spéciales et, pourrait-on dire, professionnelles en une culture universelle, réunir en quelque sorte plusieurs personnes en une seule qui serait l’homme parfait, l’homme tel qu'il doit être. PSS

- C'est justement là ce que se propose la culture cel :

Quel en sera l'esprit aux trois points de vue qu'on vient d’examiner, et d'abord au point de vue de la pure moralité et de la pure religiosité ?

On ne saurait vraiment dire qu'il y a ainsi une moralité maçonnique, une moralité dont la Maçonnerie aurait le privilège. La moralité est chose purement intérieure, elle vient du fond le plus intime de nous-mêmes; elle est vraiment une création de notre liberté; elle ne saurait être imposée du dehors. Il y a donc des objets qui ne peuvent relever de la culture sociale, ni par conséquent de la culture maçonnique, des objets dont personne d'autre ne peut être

juge que notre conscience ou que Dieu, et à l'égard desquels toute

subordination à la Maçonnerie serait une profanation. Telle est la moralité. Ce qui ne veut pas dire qu'il n’y ait pas des devoirs maçonniques, comme il y a des devoirs sociaux. S'il n'y a pas de moralité maçonnique, il y a une religion maçonnique ou plus exactement une préparation maçonnique à la religion (à la religion morale, non à la religion ecclésiastique). En quoi consiste cette formation? À supprimer toutes les distinctions nées des cultes différents et des religions particulières, à purifier la religion de toutes les adultérations qu'y ont introduites les diverses théologies, pour en dégager ce qui en fait la substance même, ce qui constitue, à proprement parler, le sens religieux, le sens de l'infini, du supra-

sensible, de l'éternel, de ce qui est caché sous le voile de la terre.

et à quoi l'homme aspire.

Pour quiconque est pénétré de ce sens, la religion est comme l’éther où tous les objets sont plorgés; le monde entier, la conduite entière prennent une signification religieuse.

Certes il ne s’agit pas ici d'utiliser la religion pour gouverner les hommes, d'exploiter l'espoir des récompenses ou la crainte des châtiments éternels qui constituent pour d’aucuns — les malheureux! — tout l'essentiel de la religion. Ceux-là n'ont point de place

dans la Maçonnerie: ils profanent ce qu’il y a de plus sacré pour

1. Maurerische Klassiker. 1. Fichte, Briefe an Constant, 11. Bd., achter Brief, p. 76-82.

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