II. eL'AME DU MONDE
1. F.-W.-J. von Schelling, S. W., Il. Bd., Ideen zur einer Philosophie der Natur, p. 72. | 22
FICHTE ET SON TEMPS (Il).
à Dresde, où 1l vécut d’inoubliables journées au milieu des chefsd'œuvre de l’art, en compagnie d'une élite d'hommes dont il devait
subir la profonde empreinte, aux côtés d’une femme qui allait devenir l'inspiratrice de sa vie et de son génie. C'est, en effet, à Dresde que,
pour la première fois, Schelling rencontra les Schlegel et leur ami Hardenberg. Les Schlegel revenaient de Berlin, tout pleins de leurs grands projets. L'organe de la nouvelle École, l'Afhénée qu'ils venaient de fonder, avait paru à Pâques 1798, et c'était justement l'heure où le romantisme se développait, avec Tieck et Novalis, dans le sens d’un réalisme d’allure mystique, tendant à restaurer, à travers la philosophie critique, l’esprit du Spinozisme. Le principe des choses, l'esprit universel répandu à travers l'univers entier devenait, par l’action des poètes et par la magie de leur art, l'âme de la nature, conçue comme révélation de Dieu.
La philosophie de Fichte ne pouvait plus satisfaire le « saint cénacle ». L'heure de la Philosophie de la Nature avait sonné. En Schelling les romantiques allaient trouver l’homme dont le cerveau énfantait justement alors le système qui était la synthèse de toutes ces tendances. Caroline Schlegel, avec son instinet génial, ne sy était pas trompée. Elle, qui unissait à l'intelligence de la spécula- tion, de la spéculation fichtéenne en particulier, le sens intime de la nature et de la poésie, devina, dès sa première rencontre avec Schelling, qu'il était l'homme destiné-à réconcilier la philosophie et la poésie, l’idéalisme et la nature, Fichte -et Gœthe; et tout de suite elle aima d'amour celui en qui elle voyait la vivante réalisation de son. rêve; elle commença par l’inspirer avant de devenir sa femme *. Le rôle que lui assignait Caroline, Schelling le remplit en effet. Déjà porté par sa réflexion personnelle et par ses goûts à édifier cette philosophie naturelle qui manquait à la Théorie de la Science, il trouva dans le cercle d'amis qu’il avait rencontrés à Dresde, qu il retrouva bientôt (durant l'été 1779) à léna, auxquels se joignit Tieck, un milieu singulièrement propice à Ja formation de ses idées et qui, s’il n’en détermina pas le sens, en hâta certainenrent l'éclosion. Cependant Schelling, pour avoir reçu en quelque sorte des romantiques l'impulsion qui féconda son génie,-pour avoir appris d'eux notamment à reconnaître chez Spinoza son second maître, n'en restait pas moins, par son amour de la nature et par son panthéisme, éloigné du Christianisme; après avoir étudié les origines de
1. En 1803, quelques mois après son divorce d'avec A.-G. Schlegel, divorce dont la principale raison fut son inclination pour Schelling, ce qui avait accentué encore le désaccord de son esprit avec celui de Schlegel. |
la théologie chrétienne, il en avait depuis longtemps dénoncé les « mythes » : on disait couramment de lui quil était enflammé d'enthousiasme pour l’irréligion. Aussi vit-il d’abord des adversaires dans ceux des romantiques qui, comme Schleiermacher et Novalis, cherchaient dans la religion du Christ la source de leur inspiration. Contre leurs « énormités religieuses », il avait écrit son Heinz Widerporst, celte satire en vers à laquelle nous avons déjà fait allusion, et dont l'intervention de Gœthe empêcha la publication dans l’A fhénée ; Schelling ne se doutait pas que, quelques années plus tard, sous l'influence des circonstances qui le forceraient à se défendre, à son tour, contre l’accusation d’irreligion, il allait achever la Philosophie de la Nature par une véritable théosophie, et devenir, lui aussi, le fondateur d’une mystique et d'une magie nouvelles,
| Pour le moment il était tout entier à la pré-
UI. « ZA PREVIÈRE ES- baration de son cours; il travaillait dans ce
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