‹ Fichte et son temps (volume 3)Chapitre 69 sur 107 · DE PHILOSOPHIE NATU · texte numérisé non relu

DE PHILOSOPHIE NATU

RELLE. » de Philosophie naturelle (Erster Entwurf : eines Systems der Naturphilosophie).

Dans cette L'squisse, écrite à l’usage de ses auditeurs et qu'il leur distribuait feuille à feuille, au fur et à mesure de l'impression, Schelling, pour la première fois, exposait sa téléologie naturelle, sa théorie de l’organisation progressive du monde. Empruntant à la Théorie de la Science la déduction de l'imagination créatrice pour la transposer de l'esprit à la nature, il découvrait dans la nature une activité de production infinie, — donc idéale, — à laquelle, pour se réaliser, il fallait une limitation; la nature prenait ainsi la forme d’un produit, sans qu'aucun produit (un produit ayant toujours une déterminaton) pût d'ailleurs jamais épuiser sa puissance, qui exige un renouvellement incessant d'objets. Du conflit des déterminations élémentaires de cette activité, qu’une analyse parfaite multiplierait à linfini, puisque la nature est une évolution sans fin, Schelling prétendait faire sortir tous les caractères de la nature organique ?; établir nécessairement ensuite, en face de la nature organique et comme sa condition même, l'existence d'un monde inorganique* dont le principe, en dernière analyse, était d'ordre dynamique encore, une attraction qui exigeait la conslitution, dans le monde, d'un système de corps ou de centres d'attraction“; il montrait enfin dans l'excitabilité, qui est le plus bas degré de l’organisation, le lien entre

1. Schelling, S. W., IIL. Bd., 1858, Erster Entlwurf eines Systems der Naturphiloso-

phie, 1799, p. 11-20. — 2. Ibid., 20 et suiv. jusqu’à 85. — 3. Ibid., p. 85-93. — 4. Ibid., p. 104-127.

les deux mondes — l'excitabilité ayant sans doute sa racine dans l’organisation et permettant d'expliquer les différentes fonctions organiques (sensibilité, irritabililé, fonction plastique sous toutes ses formes : nutrition, sécrétion, croissance, reproduction), mais requérant à son tour, comme sa condition, des agents organiques . |

Après avoir établi d'autre part l'unité et l'identité de la force organique à travers tous les degrés de l’organisation, de cette force qui s'épanouit pleinement dans les formes les plus hautes de la sensibilité pour se perdre graduellement jusque dans la puissance de reproduction de la plus infime des plantes ?, Schelling entendait prouver que la même gradation existait à travers le monde inorganique (la lumière correspondant au penchant plastique, l'électricité à l’irritabilité, le magnétisme à la sensibilité)®, et il concluait à l'existence d’une racine commune aux deux mondes, d’une cause originelle identique pour la sensibilité et le magnétisme 4. La nature était donc une au fond, et, à travers la variété de ses formes, de la polarité magné-

hi

tique à l'organisation et à la sensibilité, elle révélait, avec un dynamisme profond, l'existence d’une finalité, c'est-à-dire, en somme, . d’une essence spirituelle.

1v.«Linrrooucrion À C'est là d’ailleurs le caractère sur lequel L'ESQUISSE D'UN SYS- insistait Schelling dans une /ntroduction à ne RE l’esquisse d’un système de Philosophie de la Nature, ou concept de la physique spécula-

live et organisation interne d’un système de cette science (Einleitung

1. Schelling, S. W., III. Bd., 1858, Ersler Entwurf eines Systems der Naturphilosophie, 1799, p. 143-154 et suiv., en particulier 160-194.

Voici le passage où Schelling résume le point capital de sa théorie :

« Die Natur ist in ihren ursprünglichsten Produkten organisch, aber die Funktionen des Organismus kônnen nicht anders als im Gegensatz gegen eine anorgische Welt abgeleitet werden. Denn als das Wesen des Organismus muss die Erregbarkeit gesetat werden, kraft welcher allein eigentlich die organische Thätigkeit verhindert wird, in ihrem Produkte, das eben desswegen nieist,sondernimmer nur wird, sich zu erschôpfen.

« Aber wenn das Wesen alles Organismus in der Erregbarkeit besteht, so müssen die erregenden Ursachen ausser ihm gesucht werden, in einer der organischen entgegengesetzten, d. h. unorganischen Welt. Es musste also die Môglichkeit einer unorganischen Welt überhaupt, und die Bedingungen dieser Môglichkeit mussten abgeleitet werden. Aber noch überdiess, wenn [das produktive Produkt oder der] Organismus überhaupt nur unter Bedingung einer anorgischen Welt môglich ist, so müssen auch in der unorganischen Natur schon alle Erklärungsgründe des Organismus liegen. Aber diese Natur ist der organischen entgegengesetzt. Wie kônnten also in ihr die Gründe des organischen liegen? — Man kann sich das nicht anders erklären als durch eine prâästabilirte Harmonie zwischen beiden. — Mit andern Worten : die unorganische Natur muss zu ihçem Bestand und Fortdauer selbst wieder eine hôhere Ordnung der Dinge voraussetzen, es muss ein Drittes geben, was organische und unorganische Natur wieder verbindet, ein Medium, das die Continuität zwischen beiden unterhält.

« Die organische und die unorganische Natur müssen sich also wechselseitig erklären und bestimmen », p. 143-144.

2. Ibid., p. 205-207. — 3. Ibid., p. 207-220. — 4, Ibid., p. 256-257.

zu dem Entwurfeines. Systems der Naturphilosophie, oder über den Begriff der spekulativen Physik und die innere Organisation eines Systems dieser Wissenschaft), qu'il écrivait après coup et où, reprenant les idées maîtresses de l’Esquisse, il s’efforçait d'en dégager le sens et la portée.

La nature, loin d'être un monde de phénomènes, présentait le caractère d’être une « Nature a priori », d’avoir une réalité absolue, une existence en soi et à soi, des lois internes, non des lois à elle imposées par notre esprit, bref, elle avait l'autonomie.

Or, appliquant à la nature, ainsi définie comme a priori, cette question de possibilité que Kant s’était posée à propos de la connaissance, que Fichte s'était posée à propos de la liberté, Schelling s’aperçut qu'une telle nature n’était concevable qu’à la condition d’être, non pas seulement un objet pour un sujet qui le pense, comme le voulait Fichte, mais d’être elle-même tout à la fois sujet et objet ; d'être en même temps une activité créatrice, une productivité (nalura naturans) et un objet pour la conscience, une donnée, un produit (natura naturata)?. La nature prenait ainsi, pour Schelling, les caractères mêmes que Fichte avait attribués au Moi. |

C’est, en réalité, cette dualité dans l'unité, cette diversité dans l’identité, qui permet d'expliquer tout le mécanisme de l’évolution dans la nature. La nature, pour prendre conscience d'elle-même comme nature, doit passer de l’état de productivité infinie, inconsciente, de l’état de subjectivité, à l’état d’objectivité consciente où elle est un produit donné. Or, ce passage ne peut s’opérer qu’en séparant et en opposant les deux caractères de la nature, son côté subjectif ou de production et son côté objectif ou de réalité, de manière à les réconcilier à travers la série des transformations qui constituaient le cycle même de son évolution. De cette antithèse primitive, de ce dualisme originel, tout le système porte la marque, depuis la polarité magnétique, principe général de l'explication du monde organique, avec son opposition fondamentale d'où découlent toutes les oppositions particulières de la nature, jusqu'à la sensibilité, principe général de l'explication du monde organique, avec sa dualité d’où sortent les fonctions particulières de l'organisme. C'est à travers ces oppositions, par des synthèses de plus en plus complexes, que s’accomplit le progrès même de l’évolution, le procès dynamique du

1. Schelling, S. W., IL. Bd., Einleitung zu dem Entwurf eines Systems der Naturphilosophie, oder über den Begriff der spekulativen Physik und die innere Organisation eines Systems dieser Wissenschaft, 1799, $ 4, p. 275-280, $ 6, IV, p. 287 et suiv.

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