‹ Fichte et son temps (volume 3)Chapitre 71 sur 107 · Steflens, Was ich erlebte, IV. Bd., p · texte numérisé non relu

Steflens, Was ich erlebte, IV. Bd., p

3. Fichie’s Leben, II. Bd., Zweite Abth., IV, 21, Schelling an Fichte, Jena, den 19. Nov. 1890, p. 326. — £. Ibid., p. 330. À

PHILOSOPHIE DE LA NATURE CONTRE THÉORIE DE LA SCIENCE. 347 l'Idéalisme et (si l'exposition de l'Idéalisme s'appelle Philosophie transcendantale) à la Philosophie transcendantale. Mais maintenant, vous le voyez, je ne considère plus la Philosophie de la Nature et la Philosophie transcendantale comme des sciences opposées, mais seulement comme des parties opposées d’un seul et même tout, du système de la philosophie; leur opposition est exactement celle qui existait jusqu'ici entre la philosophie théorique et la philosophie pratique... »

« Dans la Théorie de la Science, précisément parce qu'elle est une théorie du savoir (et que le savoir désigne déjà la puissance la plus haute de l'esprit par opposition à la nature qui désigne la puissance de l'esprit à son degré le plus élémentaire), il faut que le philosophe considère déjà son objet comme Moi (comme doué originellement du savoir, non comme pur objet). Il n’en est pas de même dans la philosophie de la nature (partie théorique du système), qui naît par absiraction de la théorie de la science théorico-pratique. L’/déalisme iranscendantal n’a donc de valeur que pour celui qui, dès l’origine, s’est déjà proposé de partir du savoir à sa plus haule puissance, en tant qu'il est à la fois théorique et pratique... »

« Ici je ne sais pas si nous pouvons nous mettre d'accord, si tout cela ne vous paraît pas une amplification inutile. Peut-être. Mais j'ai cru, et je crois encore que cette voie est la plus sûre pour réduire à jamais à néant tous les malentendus sur l’'Idéalisme. Songez que, si je semble m’écarter de vous, ce n’est que pour m'en rapprocher entièrement: laissez-moi seulement sortir par une tangente du cercle où vous êtes forcé de vous enfermer avec la Théorie de la Science; je reviendrai toujours à votre centre tôt ou tard et, je l'espère fermement, avec beaucoup d’enrichissements,; par là je donnerai à votre système même une extension qu’autrement, j'en ai l'intime conviction, il ne pourrait jamais obtenir!. »

C’est donc d’un cœur parfaitement sincère que Schelling se réjouit le jour où il reçut la Réponse de Fichte à la Lettre du Prof. Reinhold (J.-G. Fichte’s Antwortsschreiben an Herrn Prof. Reinhold).

Dans son Héautogonie, Reinhold, accouplant le maître et le disciple, avait lancé contre l'Zdéalisme transcendantal de Fichte et de Schelling l'accusation d’être un « égoïsme spéculatif », prétendant que Île fameux Moi absolu n’était que le Moi individuel de ces Messieurs, aperçu à travers une intuition qui, au fond, n’était rien d’intellectuel, Fichte avait répliqué en défendant leur philosophie; il avait, dans

t. Fichte’s Leben, H. Bd., Zweïte Abth., IV, 21, Schelling an Fichte, Lena, den 19. Nov. 1890, p. 327-330.

cette réplique, employé, pour définir le Moi, les termes dont se servait Schelling : il avait parlé d'intuition intellectuelle, d'identité du subjectif et de l'objectif. Cette affirmation publique de leur communauté de doctrine semblait donc autoriser Schelling à écrire à Fichte :

« Je viens de recevoir, il y a seulement quelques heures, votre

réponse à Reinhold', je l'ai relue déjà plusieurs fois, elle m'a <

empoignée et, par endroits, ému, c'est, de votre part, le témoignage que, depuis longtemps, j'attendais, le plus beau cadeau que vous pussiez me faire. Je suis maintenant délivré de tous mes doutes, et de nouveau je me vois d'accord avec celui dont l’assentiment, en matière de pensée, m'est plus précieux que ne me serait ou ne pourrait m'être l'approbation de tout le reste du monde. Désormais je ne me trouverai plus jamais gêné pour dire : ce que je veux, c’est uniquement ce que Fichte pense; vous pouvez considérer mes expositions comme de simples variations sur son thème. Je ne serai plus retenu par cette peur de donner comme notre affirmation commune ce qui pourtant

1. Voici les passages de la réponse à Reinhold que vise ici Schelling : « Sie sagen am Schlusse Ihrer Heautogonie, die mein Ekel mich bloss durchblättern liess, dass meine und Schelling’s Philosophie in unserer eigenen selbstsüchtigen Individualität gegründet seyen, und versprechen Seite 138 in der Note mit den zwei Sternen auch noch die Fortsetzung dieser sauberen Begründung.

« Lieber Reinhold, wenn Sie auch wirklich der Mann wären, der unsere Systeme beurtheilen kônnte, der Sie doch, wie Sie nun hoffentlich selbst einsehen werden, offenbar nicht sind; wenn Sie auch in der Voraussetzung, dass unsere Wissenschaftslehre ein speculativer Egoismus und Individualismus sey, so Recht hätten, als Sie offenbar Unrecht haben : so müssten Sie doch nicht sagen, was Gott allein wissen, und worüber Er allein richten kann, Sie müssten nicht, was doch bloss eine Verirrung der Spekulation seyn kann, zur absoluten Verderbtheit des Herzens machen. Es war um so ungeschickter, dass Sie dics thaten, da ja aus diesem Hefte hervorgeht, dass Sie selbst einem solchen speculativen Individualismus, den unsere Lehre — nicht enthält, diese Jahre daher angehangen haben, sonach dasjenige, was nur aus einer solchen Idiosynkrasie hervorgehen kann, nothwendig eine ähnliche bei

Ihnen finden musste, um Ihnen auch nur einzugehen. Nun kônnen Sie zwar Jahr.

und Tag Ihrer Wiedergeburt diplomatisch nachweisen, was Wir freilich nicht

kônnten; aber es dürften einige Leser aus dem sonderbaren Aerger über diese:

zweite Erlanger Recension, und dass sie Ihnen mit der — reitenden Post zugeschicktworden, vermuthen, das Sie gegen Rückfälle noch nicht vôllig befestigt seyen »

(Fichte, S. W., IT. Bd., J.-G. Fichte’s Antwortsschreiben an Herrn Prof. Reinhold, p. 531.) :

Et peut-être celui-ci où Fichte semble emprunter à Schelling ses expressions : « Dieses — wie soll ich es nennen, Verfahren, Setzen, oder wie Sie lieber wollen werden, diese Manifestation der absoluten Totalität, nenne ich intellectuelle Anschauung, betrachte sie, eben weil ich über die Intelligenz auf keine Weise hinauskann, als immanent in der Intelligenz, und nenne sie insofern Ichheïit, nicht Subjectivität, noch Objectivität, sondern absolute Identität beider; welche Ichheit denn doch wohl hoffentlich nicht Individualität seyn môchte. Es liegt in ihm, wie Sie es nennen, eine Wiederholbarkeit ins Unendliche. Und so ist mir das Wesen des Endlichen zusammengesetzt aus einer unmittelbaren Anschauung des absolut zeitlosen Unendlichen, mit absoluter Identität der Subjectivität und Objectivitôt, und aus einer Trennung der beïden letzteren und ins Unendliche fortgesetzten Analyse des Unendlichen. In jener Analyse besteht das Zeitleben; und die Trennung in Subject und Object, welche beide allein noch durch die intellectuelle Anschauung zusammengehalten werden, ist der Ausgangspunckt dieses Zeitlebens. » (Fichte, S. W., IT. Bd., J.-G. Fichte’s Antwortsschreiben an Herrn Prof. Reinhold, p. 507.)

peut-être ne serait que la mienne et pourrait servir d'obstacle entre votre pensée et le public, car je le vois par votre écrit et vous avez dû le reconnaître en recevant depuis l'Exposition de mon système : tous les deux, nous n’admettons qu’une seule et même connaissance absolue qui, dans tout acte de connaître, demeure la même et se répète toujours; notre affaire à tous deux est d'exposer et de rendre manifeste dans tout savoir cette connaissance... Nous pouvons exprimer différemment, nous pouvons chercher à la présenter de manière très variée; mais, en ce qui la concerne, nous ne pouvons plus jamais être en désaccord, et, si nous l’avons jamais été, j'en veux bien volontiers reporter sur moi toute la faute !. »

Cet accord ne dura pas longtemps. En revendiquant pour lui le droit à une doctrine originale, Schelling, dès les premiers pas, allait rencontrer Fichte pour adversaire. Depuis sa réponse à Reinhold, Fichte avait, en effet, reçu de Schelling son ouvrage dont le titre, l'Exposition de mon Système (Darstellung meines Systems der Philosophie), significatif par lui-même, disait assez l'intention.

. Déjà la conclusion du Système de l’Idéalisme 6. « LEAPOSITION DE rgnscendantal avait un caractère absolu- MON SYSTÈME », DE SCHELLING. ment original et qui tranchait nettement avec les enseignements de la Théorie de la Science. Dans une théorie de l’histoire, sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir, Schelling avait montré comment, par une sorte de nécessité mystérieuse, se réalisent, dans la nature, indépendamment de notre volonté réfléchie, les fins de la liberté, les « conséquences du devoir »; comment le progrès du monde exprime le développement de la Raison universelle: comment l'évolution de l’humanité est la révélation progressive de l'Absolu; comment enfin l'histoire de l'universesten quelque sorte le poème ie Mais si, entre le monde et l'esprit, il existe une harmonie fondamentale, si le mécanisme de la nature inconsciente réalise la finalité de l’activité réfléchie, il faut bien que, d’une certaine manière, le Moi intelligent ait ‘conscience de ce rapport; et il existe, en effet, pour l’intelligence, une discipline où se réalise cette harmonie : c’est l’art. L’union de Pinconscient et du conscient, du mécanisme et de la finalité, que, spontanément la nature atteste dans la vie, l’intelligence la produit dans l’art. L'œuvre vraiment géniale enferme une puissance - inconsciente de développement qui dépasse à l'infini la production

1. Fichte’s Leben, II. Bd., Zweite Abth., IV, 25, Schelling an Fichte, den 24 Mai 1801, p. 336-337.

consciente d’où elle est sortie et unit ainsi à la libre création de l’intelligence comme une sorte de nécessité naturelle dont les conséquences. échappent à l'intelligence même qui l'a créée; seulement, à l'inverse de la nature qui va de la production inconsciente à la finalité, l’art débute par une production consciente, par la finalité de la création, pour aboutir à une œuvre dont le sens, dont la portée ne sont plus au pouvoir de son créateur et semblent dépendre de l'Esprit infini. Le génie imite ainsi dans l’art l’œuvre même que l'Esprit universel accomplit dans la nature; il unifie le réel et l'idéal. C’est pourquoi l'art est vraiment, pour l’homme, la révélation de l’Absolut; il lui découvre la nature même de lintuition intellectuelle dans l'unité de la production à la fois intelligible et inconsciente : il est le véritable et éternel instrument de la philosophie ?,

L'art devenu l” « organe propre » de la philosophie, lui fournissant, avec le symbole de l’Absolu, la notion première de l'intuition intellectuelle, on reconnaît aisément dans cette vue l'inspiration du romantisme naissant et comme sa justification philosophique; on aurait plus de peine à y retrouver l'esprit de la Théorie de la Science. Le vertige de l'Absolu a décidément conduit l'Idéalisme transcendantal à l’abîme du dogmatisme. Emporté par l’art sur les ailes du génie, Schelling imagine complaisamment une communion directe avec l'Absolu — mais c’est au prix de tout le labeur et de toutes les conquêtes de la philosophie critique.

L'Exposition de mon Système, quoique demeurée à l'état de fragment, accentue cette orientation nouvelle.

L’Absolu, principe de l'identité et de l'unité foncières du réel et de l'idéal, de l’objet et du sujet, mais pour qui la distinction, la dualité de ces termes n’existe pas encore, l’Absolu dont l’intuition intellectuelle saisit l’existerce, cette vérité que le Système de l’Idéalisme transcendantal avait atteinte par voie de régression, Schelling, dans l'Exposition de mon Système, en faisait la vérité initiale de la doctrine, prétendant concilier le dogmatisme ontologique et l'idéalisme critique, Spinoza et Fichte.

Il commençait par définir le principe absolu des choses comme unité pure, comme le Tout-Un (All-Ein) en qui n’existe encore aucune différenciation, puisqu'il est antérieur à toute distinction et à toute détermination. Et c’est précisément pourquoi il n'est pas plus sujet qu'objet; on n'a donc le droit ni de le définir en fonctién du pur sujet, comme Fichte en somme l'a fait, ni de le définir, à la suite de Spinoza,

1. Schelling, S. W., IIL. Bd., 1858, System des transcendentalen Idealismus, 1800, NI, S$ 1-2, p. 612-624. — 2. Jbid., p. 627-628.

en fonction du pur objet; on n’en peut affirmer qu'une chose : l'identité avec soi-même, la position de soi par soi. L'identité de son essence, la forme aussi du principe absolu l’exprime dans la connaissance immédiate de soi-même, dans l'acte éternel de l'intuition de soi dont la permanence s'oppose à la relation et au devenir; Schelling exprimait cette coïncidence de la forme et de la matière dans une formule où l'identité se trouve en quelque sorte redoublée, 1l appelait son principe : l’Identité de l’Identité; c’est cette Identité de l'Identité qui, pour‘lui, constituait la Raison ou encore l'Universel". L’Absolu, Dieu, étant ainsi défini comme le Tout-Un, — non pas en puissance, mais en acte, la position de soi, la réalisation étant incluse en son essence, — contient en soi le monde de toute éternité, -il est le monde même, et toute idée d’une création du monde qui ferait de lui un effet dont Dieu serait la cause transcendante doit être écartée ?. Mais comment expliquer le changement, la relation, la multiplicité, la finitude, toutes ces déterminations qui caractérisent le monde, en partant d'un Dieu qui exclut toute différenciation, toute distinction entre l’objet et le sujet? Schelling se heurte ici, après Spinoza, à la pierre d'achoppement de tout panthéisme. C’est par un ingénieux subterfuge qu'il résout la difficulté. La représentation du monde impliquant une différenciation entre l’objet et le sujet, le monde d’autre part ne pouvant être, à son tour, qu’une représentation de l’Absolu, et l'Absolu ne comportant aucune différenciation entre l’objet et le sujet, il fallait, de toute nécessité, que cette différenciation ne fût rien de réel, d’essentiel, de qualitatif; qu’elle fût une pure apparence ; or, une pareille différenciation, en quelque sorte extérieure à l'essence de l’Absolu, est-elle concevable? Oui, prétendait Schelling, si l’on admet qu'elle a son origine uniquement dans la manière de se représenter l’Absolu, dans une division de la réflexion, qu’elle est purement quantitative et formelle® et qu’elle consiste dans la série infinie des représentations possibles de lAbsolu; chaque point de vue de l’Absolu s’exprimerait alors dans l’être par un certain degré d'identification entre l’objet et le sujet, il comporterait une prépondérance d’un terme sur l’autre, l’ensemble des êtres repré- . sentant tous les degrés possibles, si bien que le progrès du monde, à travers l’ensemble des puissances de l’Étre, exprimerait ainsi et réaliserait ce qu'est en soi et inconsciemment l’Absolu, dans son acte éternel, l’'Identité du sujet et de lobjet. Cette identité de

1. Schelling, S. W., IV. Bd., 1859, Darstellung meines Systems der Philosophie, 1801, S8 1-22, p. 114-123. — 2. Jbid., $$ 32-34, p. 129-130. — 3. Ibid., $S 23-31, p. 123-129, en particulier note du $ 30, p. 126-127, S$ 37 et suiv., p. 131.

l’Absolu, fond commun de tous les êtres finis, que chacun exprime à sa manière, suivant son degré de puissance, cette identité de Absolu en laquelle finalement chacun doit se résoudre, constitue leur unique réalité; c'est, en d’autres lermes, leur Idée de lAbsolu. qui fait leur vérité; les divisions, les particularisations qu'ils expriment ne sont que des apparences *. Ainsi se concilie, avec la différence purement quantitative des êtres, l’identité qualitative de PAbsolu, avec l'existence de Dieu l'existence du monde; ainsi s'opère, par l’intermédiaire de la représentation et de la réflexion, grâce à leurs divisions purement formelles, le fameux passage de l’Absolu au relatif, de l’Infini au fini; ainsi s'édifie, sur une base que Schelling estime inébranlable, un nouveau panthéisme; ainsi s’accomplit le rêve de sa jeunesse, celui qu'il inscrivait en toutes lettres dans la préface de son premier ouvrage philosophique : donner un pendant à l'Éthique de Spinoza.

Présenté sous cette nouvelle forme, le système de Schelling n'avait plus rien de commun avec la Théorie de la Science; d’ailleurs, dans une préface, l’auteur avait pris soin de marquer lui-même la différence.

«Il se pourrait très bien, disait-il, que l’Idéalisme édifié en premier lieu par Fichte, et qu’il professe encore aujourd'hui, eût une tout autre signification que l’Idéalisme dont je parle; par exemple, Fichte pourrait avoir conçu l’Idéalisme dans un sens entièrement subjectif, moi, au contraire, dans un sens objectif; Fichte pourrait, dans l’Idéalisme, s’en tenir au point de vue de la réflexion, tandis que je me serais placé, en ce qui concerne le principe de RENE au point de vue de la production ?. » Il ajoutait :

« Tout cela, je le dis à seule fin que le lecteur, désireux de s'informer de ma philosophie en général, se décide à lire l'Exposition suivante avec tranquillité et, tout bien pesé, non comme l'exposition de quelque chose de déjà connu de lui, où la forme seule pourrait l’intéresser, mails comme queue chose d'encore entièrement inconnu de lui; et je demande qu’on ne juge ce que) appelle Philosophie de la Nature que comme une philosophie de la nature, ce que j'appelle système de l’Idéalisme transcendantal que comme un système de l'Idéalisme transcendantal, enfin qu’on approuve ce qu'est mon système de philosophie uniquement d’après l'exposé qui suit. En second lieu je dis tout cela pour qu'on juge mes expositions de la Philosophie de la Nature et de RÉUUIRET et surtout l’Exposition de men ne

1. Schelling, S. W., IV. Bd., 1859, Darstellung meines Systems der ae 1801, SS 38-44, p. 131-136. x Ibid. ; Vorerinnerung, . 109.

PHILOSOPAIE DE LA NATURE CONTRE THÉORIE DE LA SCIENCE. 353 lème de philosophie, qui en est la suite, uniquement par elles-mêmes, non d’après d’autres expositions, qu'on ne se demande pas si elles s’accordent avec celles-ci, mais si elles s’accordent entre elles, et si, oui ou non, telles qu’elles sont et abstraction faite de tout ce qui existe en dehors d'elles, leur évidence éclate: je le dis spécialement pour qu’on commence par se résoudre à considérer, chacun pour soi, le système de Fichte et le mien; car seuls les développements ultérieurs pourront montrer si et jusqu'où nous sommes d'accord et n'avons jamais cessé de l'être. Je dis qu'on commence par là; car

dans ma conviction, il est impossible que cet accord n'ait pas lieu dans la suite, quoique actuellement (toujours dans ma conviction) ce

: De de rencontre n'ait pas encore apparu.

« D'après ce que je vois, Fichte n’a encore donné que les este les plus généraux de sa philosophie, et ce que je dis ici fera la joie des uns et la désolation des autres; à mon avis, ce qui a paru jusqu à présent n’est que le commencement de ce qui paraîtra ultérieurement, et l’œuvre dans son ensemble est encore loin de

son achèvement1. »

L'aveu était formel : Fichte, cette fois, ne pouvait se dissimuler que les « divergences » étaient irréductibles; Schelling ne se posait plus en simple disciple de la Théorie de la Science; il parlait en maître à son tour; il ne se bornaïit pas à revendiquer son originalité propre, il poussait l'indépendance jusqu'à critiquer publiquement la doctrine de Fichte, jusqu’à dénoncer son insuffisance, jusqu’à pré-

tendre y remédier. Schelling se faisant le censeur de Fichte, l'audace passait la mesure; et cela, à l’heure même où Fichte prenait devant

Reinhold la défense de leur doctrine. Que valaient, en présence de cet acte, les belles déclarations de la lettre du 24 mai? Fichte comprit alors l'erreur qu'il avait commise en voulant faire cause commune

- avec Schelling; l’'équivoque avait trop duré, il était grandement | temps de la dissiper. Fichte repoussa donc le pacte d'alliance que É- Schelling lui avait offert. Toutefois, « pour ne pas nuire à la bonne cause et pour ne pas servir de la pire manière les desseins des ennemis de la science et des imbéciles », il résolut de ne pas ébruiter encore le différend, se bornant à en faire part à Schelling secret de leur correspondance ?.

Après lui avoir dit la joie que lui avait causée sa lettre du 24 mai,

les espérances qu’il en avait conçues, espérances d'autant plus chères

, dans le

1. Schelling, S. W., IV. Bd., 1859, Darstellung meines Systems der Philosophie, 1801, p. 110-411. — 2. Fiches Leben, IL Bd., Zweite ni IV, 26, Fichte an Schelling, den 81. Mai 1801, p. 346.

Page 1