‹ Fichte et son temps (volume 3)Chapitre 80 sur 107 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Comment Fichte en élait arrivé à combattre ouvertement le romantisme dont il avait commencé par être en quelque manière l’inspirateur, à dénoncer le système de Schelling, son ancien disciple et son commentateur, on a eu déjà l'occasion de le montrer. Mais, pour expliquer le sens et la portée des Traits caractéristiques du temps présent (Grundzüge des gegenwärtigen Zeitalters), 1l faut rappeler ici l'orientation générale qu'avait rapidement prise ce grand et puissant mouvement. Avec Novalis, avec Tieck, avec les Schlegel, sous

l'influence du physicien Ritter et par le retour à J. Bæœhme, le romantisme évoluait vers un naturalisme spiritualiste, spirite même, où la théosophie, la magie, l’alchimie s’alliaient au mysticisme pour aboutir à une apologie de la chrétienté du Moy en Age et à la restauration d’un nouveau catholicisme.

Théosophe, mage, alchimiste, physicien

même, physicien d’abord, Ritter était tout

cela. Il avait débuté dans l’arrière-boutique d’un apothicaire auquel il séèrvait d’aidé'. Quand Novalis l'avait découvert, sans doute après la conférence sur le galvanisme qui fit sa célébrité et sur laquelle nous reviendrons, Ritter vivait à Iléna, solitaire, dans une rue écartée, habitant une chambre misérablement meublée, que parfois il ne quittait pas de quatre semaines, ayant

- pour toute société quelques bons livres (en particulier les Années d'apprentissage de W. Meister, le Don Quichotte) et son « étonnant logeur »; c’est dans cette chambre que Novalis vint lui rendre visite.

Dès les premiers mots, Ritter crut se sentir en présence d’une vieille connaissance; les deux hommes s'étaient compris sur l'heure; leurs cœurs battaient à l'unisson. Et ce fut l’origine d’une amitié durable qui avait la discrétion et la pudeur des sentiments profonds, d’une amitié que n’eut jamais soupçonnée celui qui n’était pas un vrai connaisseur d’âmes. « Ainsi a-t-on coutume, en effet, de s’adonner à ce qu'il y a de plus élevé, sans que quoi que ce soit, au dehors, puisse le faire pressentir; seule la félicité qui se répand sur la vie et sur le visage permet à l’initié de reconnaître l'orientation du cœur de l'homme. Et, si jamais l’ami ne peut rechercher ce cœur pour lui-même, toujours et uniquement s’unit-il à lui pour ce quelque chose de supérieur *. »

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