Ibid., Fessler’s Antwortsschreiben, p. 220, col. I, II
son Ordre qui ait, en outre, pour lui, la valeur d'une explication dernière? Est-ce simplement, comme le ferait l'historien érudit, pour apprendre un chapitre de l’histoire humaine, un chapitre sur les associations secrètes, qui n’est pas particulièrement intéressant, je ne
Bite pense pas, c'est plutôt pour voir comment ces usages particuliers
et ces formules particulières qui lui ont été transmises sont nés, et pour lui permettre de les comprendre à fond. Son histoire doit être une déduction génétique des mystères existants, comme une histoire politique doit être nécessairement une déduction génétique des Constitutions existantes 1. »
À quoi Fessler répondait que les FFx*, n’en demandaient pas tant; ils voulaient cette histoire pour satisfaire la curiosité de leur entendement. En outre, la connaissance des errements de l'esprit humain dans les associations secrètes leur paraissait instructive et amusante; ils voulaient cette histoire, parce que Fessler la leur avait promise; ils la voulaient, non pas à litre d'explication dernière absolue, mais comme l'explication la plus satisfaisante que Fessler pût leur donner. Quant à Fessler lui-même, il voyait dans l’histoire la majeure partie
et la plus importante de la Gnose, car elle permettait, par la connais-
sance des différents systèmes maçonniques, par la révélation de leurs
grades supérieurs, par leur comparaison avec les rituels existants,
de comprendre l’origine et le sens des formules ou des us actuellement en vigueur ?.
De la plus haute antiquité aux temps modernes, l'histoire forme : une chaîne ininterrompue où chaque anneau a son explication dans l'anneau précédent. Si l'histoire pouvait être entièrement connue elle fournirait l'explication foncière et intégrale *. |
Fessler n’entendait donc nullement construire un système original : il se bornait, dans la Gnose proposée, à apporter les résultats
de longues années d’études sur les sources qui lui étaient familières ;
il ne prétendait pas davantage avoir découvert ces données, il se bornait à les transmettre en leur conférant le degré de probabilité et de crédibilité qu’autorisaient les sources auxquelles il avait puisé *. Et il n'avait aucune raison de le cacher : il donnait comme possible
ce qui était possible, comme vraisemblable, ce qui était vraisem-
blable ; il laissait béants les trous là où il ne croyait pas pouvoir les combler sans entorse à la vérité ou sans fiction $.
1. Encyclopædie der Freimaurerei, Erster Bd., Fichte’s Bemerkungen I, p. 221, col. II, pe 222, col. I. — 2. Ibid., Fessler’s Gegenbemerkungen « Zu I », p. 222, col. II. — 3. Ibid., p. 223, col. I. — 4. Ibid., p. 223, col. Il. — 5. Ibid., Fessler’s [Gegenbemerkungen « Zu Il », p. 225, col. Il, p. 226, col. I.
Mais (répliquait Fichte qui tenait pour nécessaire la tradition secrète et la transmission purement orale), si le secret maçonnique se réduisait tout entier à une histoire de la Maçonnerie, on pouvait acquérir cette histoire hors de l'Ordre, et alors il posait à Fessler la queslion suivante :
« Peut-on raisonnablement se faire admettre dans un Ordi secret pour n’en obtenir finalement rien de plus que ce que chacun peut tout aussi bien acquérir hors de l'Ordre, par l'étude 1°? »
Fessler de répondre aussitôt : « C’est tout aussi raisonnable que de fréquenter les Universités et d'écouter les conférences d'un grand penseur, quoique finalement on ne doive rien en tirer de plus que ce qwon avait déjà pensé soi-même auparavant et peut-être même déjà exprimé avec d'autres formules, rien de plus que ce que chacun peut aussi apprendre hors de l’Université ou de la conférence: cela est même très raisonnable, parce qu’une grande partie de la Gnose consiste en choses que l'étude ne permet pas d'acquérir en dehors du système de la Loge. » ;
D’ ailleurs, en ee que la matière qui te connaissance maçonnique pût aussi s’acquérir hors des Loges, il n’en resterait pas moins aux Ordres une fonction propre : celle de faciliter l'acquisition de cette connaissance, ce qui est déjà sans doute quelque chose d'assez appréciable. de
Et, quand Fichte affirmait que le but propre is Maçonnerie étail de substituer à la culture unilatérale et partielle la culture générale, la culture vraiment et purement humaine, Fichte crovait-il personnellement, ou s'imaginait-il pouvoir faire admettre à n'importe quel observateur vraiment initié à la réalité que, hors de l'Ordre, il n'y avait absolument pas moyen de passer d’une culture spéciale à la culture générale et proprement humaine ?? Nes
Fessler, en ce qui le concernait, s’était assigné pour tâche de rendre plus facile l’acquisition des connaissances maçonniques, de faire pour les FFX*, le travail de compilation et de systématisation donlils étaient incapables par eux-mêmes. Les données dont il partait n'avaient sans doute rien de mystérieux, on pouvait les trouver inscrites dans des documents publics; maisilse croyait actuellement seul capable de les rassembler et de les combiner, de manière à constituer pour les FF;*; une histoire de l’origine des divers systèmes maçonniques, une explication et une révélation de leurs buts, de. leurs moyens, de leurs grades supérieurs.
1. Encyclopædie der Freimaurerei, Erster Bd., Fichte’s Bemerkungen Il, p. 223, col. II. — 2. Zbid., p. 225, col. I.
Fessler était donc à ce point de vue, si l’on voulait, un professeur d'histoire qui transmettait les documents, les témoignages dont il avait eu communication; ceux qui recevaient ses explications, des étudiants, la Maçonnerie, un collège d'histoire. Mais, quand Fichte, dans une fête où l’on célébrait les mystères maçonniques, faisait un discours où il exposait et démontrait ses théories, en était-il moins un professeur de philosophie ou de morale? Ceux qui l’écoutaient en étaient-ils moins des étudiants? La Maçonnerie en était-elle moins
un collège de philosophie ou de morale 1?
Fichte cependant ne se laissait pas convaincre par l’argumentation, ajoutant que, dans ces conditions, un historien pourrait se donner
‘exactement la même tâche que Fessler, fournir du problème une
solution à peu près identique et publier son ouvrage. Et il revenait toujours à sa question : à quoi bon alors le secret sur une chose qui peut être imprimée demain? Fichte allait plus loin et soutenait que nulle part Fessler, quand il s’expliquait oralement, ne donnait ses explications comme une suite de vérités historiques ; cela se comprenait d’aulant mieux qu’au fond la majeure parlie de ses recherches s’appliquait à un domaine où la vérilé historique n'avait que fort peu à intervenir?; en réalité, il y avait des choses auxquelles Fessler croyait plus fermement qu'à la pure histoire *, les choses qui précisément étaient l’objet propre, le secret de la Maçonnerie et dont
il cherchait dans l’histoire l'interprétation. Or, si, en faisant de
l'histoire, on avait déjà en vue, avant toute recherche, ce quon voulait prouver, si on acceptait tout ce qui était utile à la cause
qu'on défendait, si on négligeait tout ce qui lui était contraire, on
pouvait prouver n'importe quoi; Fichte pariait tout ce qu’on voudrait que par cette méthode il pourrait démontrer de façon tout aussi solide et tout aussi concluante qu’il descendait d'Alexandre le Grand. ;
Quant à l’histoire elle-même, Fessler croyait-il assez fermement à sa certitude pour oser parier que les choses s’étaient passées comme il les affirmait? Oserait-il imprimer et publier sa déduction historique du monde sans crainte pour sa République des savants °?
Fessler protestait en déclarant Fichte mal venu à juger de la nature de ses recherches et de leurs applicalions, alors qu'il ignorait, dans une grande mesure, la formation de sa culture littéraire, histo-
1. Encyclopædie der Freimaurerei, Erster Bd., Fessler’s Gegenbemerkungen « Zu II », p. 225, col. II, et p. 226, col. I. — 2. Ibid., « Zu II », p. 226, col. Il, et Fichte’s Bemerkungen III, p. 226, col. IL, et 227, I. — 3. 1bid., Fessler’s Gegenbemerkungen « Zu III », p. 227, col. E, II. — 4..1bid., Fessler’s Gegenbemerkungen « Zu III », p.228, col. I. — 5. Ibid., Fessler’s Gegenbemerkungen « Zu III », p. 228, 1.