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Que, dans les Leçons sur les traits caracté- FA PRO ones QUE ésent, Ficht it L'HISTOIRE DE FICHTH. "A6 CR EME SPrESERS Ce DANS LES«ATRAITS Visiblement inspiré de la théorie de l’histoire CARACTÉRISTIQUES DU esquissée par Schelling dans le Système de TEMPS PRÉSENT ». :
l’Idéalisme transcendantal et, plus récemment, dans les Leçons sur la Méthode des Études académiques; qu'il se soit approprié cette doctrine pour lui donner un sens nouveau, conforme aux principes de la Théorie de la Science, est-il permis d’en douter? Ne sont-ce pas les mêmes idées qui reparaissent, et parfois Jusque dans les mêmes termes? D’abord, cette idée que la raison d’être
du développement de l’histoire est le passage de l’instinct à la raison. 1. Schelling, S. W., V. Bd., Vorlesungen über die Methode des akademischen Studiums,
1803, p. 224. — 2. Ibid, VIII. Vorlesung, Ueber die historische Construktion des Christenthums, p. 287-205.
Au commencement même de sa première conférence, Fichte
déclare que le « but de la vie de l’humanité sur la terre est de se con-
former librement à la raison dans toutes ses relations ? »; il distingue dans l’histoire de l'humanité deux périodes essentielles : l’une, celle où la raison est encore purement inconsciente, instinctive, l’âge de l’innocence — l’autre, où la raison se possède pleinement ellemême et domine librement, l’âge de la justification et de la sanctification, le Règne des Fins. Toute l’évolution historique se justifie par l'effort de la raison pour passer de l’instinct, de l’inconscience primitive, à la conscience de la liberté. Fichte en marque ici les différentes époques. La première époque est l’époque de l'instinct, où la raison, à l’état de nature, gouverne la vie humaine sans la participation de la volonté. La seconde est l’époque de l’autorité, où l'instinct de la raison s'exprime et se formule avec plus de force en quelques puissantes individualités — les hommes supérieurs : ceux-ci imposent par la contrainte la raison à une humanité incapable de se conduire elle-même; cette ère, où la crainte du châtiment empêche seule la violation de la loi, est celle du péché naissant. Avec la troisième
. époque la faute est consommée : c’est l’ère de la révolte contre
l'autorité, de l’affranchissement à l'égard de l'instinct aussi, puisque
le règne de l’autorité n’en est qu'une expression particulière. Sous
l'effet de la réflexion le libre arbitre s’éveille en l’homme; mais sa première manifestation est une critique négative de toute vérité, de toute règle, une exaltation de l'individu au mépris de toute loi, de toute dépendance — un égoïsme réfléchi. Puis vient la période de la réflexion qui reconnaît sa loi : le libre arbitre accepte une discipline universelle; c’est la quatrième époque, l’ère de la moralité, où la réhabilitation commence; elle s’achèverait par la justification et la sanctification, lorsque la loi de la raison, cessant d’être pour nous un simple idéal, un devoir-être, deviendrait, dans une cinquième époque, le règne des fins.
Ces cinq époques, qui d’ailleurs ne se prêtent pas à séparation com-
plète, qui sans cesse interfèrent entre elles, constituent les cinq
moments essentiels du progrès de la raison, du passage de l’inconscience à la conscience de soi. C’est cette marche que figure symboliquement l’Écriture. Elle proclame l'éveil de l'humanité à la vie dans un paradis, où, sans science, sans travail, sans art, sa conduite était droite. Mais, à peine s’est-elle risquée à vivre d’une vie indépendante,
que, l’arrachant à son état d’innocence et de paix, l’ange arrive, avec
1. Fichte, S. W., VIS. Bd., Die Grundzüge des gegenwürtigen Zeitalters, I. Vorlesung, p. 7.
un glaive de feu, pour la contraindre à suivre le droit chemin. Errante et fugitive, elle traverse en tout sens le vide du désert, osant à peine fixer ses pas quelque part, de peur que le sol ne s’effondre sous ses pieds. Enhardie par la nécessité, elle s’installe enfin misérablement, elle arrache, à la sueur de son front, les épines et les ronces du sol inculte pour obtenir les fruils désirés de la science. La jouis-
sance de ce fruit lui ouvre les yeux, donne à sa main des forces, et.
elle se reconstruit son paradis sur le modèle du paradis perdu.
L’arbre de la vie croît devant elle, elle étend la main pour cueillir le
fruit; elle en mange, et elle vit pour l'éternité !. Dans ce progrès de l’inconscience à la science, Fichte, après Schelling encore, montre une révélation de Dieu : le développement
de la civilisation à travers la raison humaine, qui est une expli- :
citation de la puissance divine, remplit la succession du temps et constitue cette dynamique de l’expérience à laquelle on donne le nom d’histoire, comme en donne le nom de nature à une autre forme de la révélation divine, à la production inconsciente du savoir qu’exprime l'expérience dans la fixité de ses lois statiques, et qui constitue le monde de notre connaissance ?.
Ce n'est pas tout : Fichte, qui semble avoir emprunté à Schelling l’idée du passage de l’instinct à la raison, en tant qu’origine de l’histoire, et l’idée d’une révélation progressive de Dieu à travers la civilisation, sous la forme de l’histoire, lui emprunte encore l’idée d’un peuple élu, d’un Urvolk, éducateur du genre humain. Il est impossible, déclare-t-il, que l'humanité, dont le caractère essentiel est de s'élever librement à la hauteur de la raison, ait acquis à un moment donné la raison : rien ne.sort de rien; de l’absence de raison on ne pourra jamais faire sortir la raison. À un moment de son existence il faut donc qu'il ÿy ait eu quelque part, sous une de ses plus anciennes formes, une humanité chez qui la raison ait été l’état de nature. À un moment, quelque part, dit Fichte, car pour l'humanité le but de l'existence, ce n'est pas de posséder purement et simplement la raison, — d’être instinctivement raisonnable, — c’est de conquérir la raison par la liberté. De là l’hypothèse d’un peuple-norme qui, sans science et sans art, se serait trouvé, par le seul fait de son existence, en possession d’une civilisation purement rationnelle®. Mais rien n'empêche
1. Fichte, S. W., VIT. Bd., Die Grundzüge des gegenwärtigen Zeitalters, I. Vorlesung, p. 8-12. — 2. Ibid., IX. Vorlesung, p. 130-131. Cf. Schelling, S. W., LIL. Bd., System des transcendentalen Idealismus, 1800, p. 603. « Die Geschichte als Ganzes ist eine fortgehende, almählich sich enthüllende Offenbarung des Absoluten..….. » Voir aussi, V. Bd., Vorlesungen über die Methode des akademischen Sludiums, VIII. Vorlesung, passim,
3. Cf. Schelling, S. W., V. Bd., Vorlesungen über die Methode des akademischen Stu- .
diums, 1803, II. Vorl., p. 214-225.