Ibid., p
l'état commercial fermé. 6i
rexpéiiiMico. d'autre «ulliire que celle de la mémoire. Faudrail-il pourtant lui rappeler que tout ce qui a})paraît aujourd'hui comme vieux a eu son heure de nouveauté? Faudrait-il lui montrer que le progrès de l'humanité a changé bien des choses et rendu nécessaires des mesures nouvelles, dont ni l'idée ni l'application ne se seraient produites aux siècles précédents? On pourrait instituer devant lui une enquête instructive sur la question de savoir ce qui dans le monde a causé le plus de mal, les nouveautés audacieuses, ou l'inerte stagnation dans des mesures vieillies, devenues, à une certaine heure, inapplicables ou insuffisantes '.
En terminant cette dédicace, Fichte se demandait — question significative encore — si son présent ouvrage satisfaisait aux conditions requises pour être un traité solide de politique. Il déclarait qu'il n'appartenait pas à l'auteur de répondre. Cependant ne répondait-il pas en montrant à quels problèmes de l'heure présente ÏÉtat c( n.mcrcial jumé prtter.dait eijcrter une .'oluticn? Fndéncr.çart les méfaits du mercantilisme avec son cortège de monopoles et de corruption, avec Topjiression des colonies par la métropole, avec la traite des esclaves; en combattant également le remède proposé par le libre-échangisme naissant^?
Est-ce à dire que Fichte se fît grande illusion sur le succès de la réforme qu'il proposait? Il serait téméraire de l'affirmer. Mais ce n'était point qu'elle lui parût ulopique, c'était qu'il connaissait le mauvais vouloir du monde au milieu duquel il vivait.
« Pour supprimer la raison de ce refus obstiné, il faudrait montrer, disait-il. l'impossibilité de maintenir un rapport tel que l'Europe le soutient à l'égard du reste du monde, un rapport (|ui n'est pas fondé sur le droit et l'équité », et cette preuve ne rentrait pas dans les limites de son présent objet. Mais, une fois même cette preuve faite, on pourrait encore lui dire : « Jusqu'ici au moins ce rapport a duré, jusqu'ici l'assujettissement des colonies aux métropoles dure, la traite des esclaves dure, et, de notre vivant, nous ne verrons pas cesser cet état de choses. Laissez-nous-en les profils tant que cela durera. Les âges où ce régime sera aboli verront à se tirer d'aflaire. A eux d'examiner alors, au besoin, s'ils peuvent faire sortir quelque chose de votre pensée; nous, nous ne pouvons vouloir ce but que vous poursuivez, nous n'avons donc pas besoin qu'on nous montre les moyens qui y conduisent. » « A cela, déclarait Fichte avec une ironie cinglante, je reconnais que je n'ai pas de réponse ^ »
I. Fichte, S. \V., m. Bd., Der gescidosscne Ilandelsstaat. Dédicace à Siruensée, p. 391-31)2. — 2. Ibid., p. 3<J2-3'J3. - 3. Ibid., p. 393.
62 PICHTE A BERLIN.
El clans retle réplique perce la pensée intime du philosophe : la question politique, économique, sociale est, au fond, pour lui, une question morale. h'État commercial fermé n'est donc pas, ne veut pas être une utopie : c'est la protestation de la conscience contre un ordre économique qui est un outrage à la moralité et qui doit être aboli. On va voir en quel sens Fichte projette de transformer le monde économique du xix" siècle naissant, et comment il fut le premier à proposer un socialisme d'Etat. Le regard prophétique du philosophe annonçait déjà l'avenir.
Mais, pour comprendre toute la portée et toute la hardiesse de cette tentative, il faut rappeler brièvement quelle était alors la situation économique de la Prusse.
Le régime du mercantilisme v était depuis