‹ Fichte et son temps (volume 4)Chapitre 19 sur 116 · Berlin, Dir. 7. Juli 97, Dir. 3. Juli 'J · texte numérisé non relu

Berlin, Dir. 7. Juli 97, Dir. 3. Juli 'J

3. IL von Treilsclike, Deutsche GescldclUe iin neun:eliiUeii Juhrhuiidrrl. l. Tlieil, Drille Aunajre, Leipzi-, Hirzel, 1882, l, 2, p. 14'J et LjI.

4. FreyiUiirif, Zur preiissischen Handels-und Zollpolitik von fC^iS-l8î8, u, p. 2o. ZolL Dir. 20. Oct. 97; Dir. Kiislria 10. April 08. — 5. Ibid., p. 27. — 0. Ibid., p. 20.

ne furenl donc que la réalisation des idées que Slruensée avail eu le mérite d'être le premier à annoncer. Il ne lui manqua sans doute pour les faire aboutir plus tôt qu'un peu de celte audace et de cette énergie dont Stein allait donner mainte preuve.

En dédiant à Struensée son Êlat commercial

^-ANALYSE DE <^ L'ETAT ^ - m

COMMERCIAL FERMÉ ». /f^'''"^- & ^ licure OÙ. avcc le nouveau roi. la question de la réforme économique était à Tordre du jour et le projet de refonte des douanes soumis à la discussion des hommes du métier. Tannée même de la publication du Traité sur les principaux objets de iÉconomie politique de Struensée, Fichte n'ignorait ni le sens de la réforme, ni les sentiments et le caractère du ministre; il ne paraît donc pas douteux qu'il espérait, dans son ardente ambition d'action et de réformes, collaborer à l'œuvre qui se préparait, en opposant ses projets de réglementation économique aux propositions du libéralisme naissant.

VEtat commercial fei'mé nesi. en dépit des apparences, nullement une utopie, une fantaisie de philosophe; il prétend fournir la solution originale d'un problème économique posé par les faits : c'est ce qui ressort avec évidence de la courte introduction où Fichte définit le rapport de l'État conforme à la Raison avec l'État réel. Il prend soin de dire que la construction de la Cité vraiment rationnelle à partir des concepts du Droit pur fait abstraction de tous les rapports juridiques, ou du moins de tous les rapports en tenant lieu, qui auraient pu exister antérieurement entre les hommes.

Or. en fait, les hommes vivent sous une Constitution qui n'est sans doute l'œuvre ni de la réflexion, ni de l'art, mais bien plutôt du hasard ou de la Providence. L'État réel, en présence de cette situation, ne peut procéder à la destruction soudaine de cette Constitution sans disperser les membres de la communauté, sans les rendre à la sauvagerie, et par conséquent sans aller à Tencontre du but même qu'il poursuit : Tédification de l'État conforme à la Raison.

Tout ce qui est possible, c'est, partant de la situation de fait, de procéder progressivement et par étapes à la réalisation de cet Étal : la question qui se pose n'est pas une question de droit, mais une question d'opportunité. C'est ici qu'intervient la politique avec sa fonction propre : elle tient le milieu entre l'État actuel et TÉtat conforme à la Raison, elle décrit la ligne continue suivant laquelle du premier on passe au second.

Précisant, d'après ces principes, le but qu'il se propose dans \Etat commercial fermé. Fichte ajoutait :

LÉTAT COMMEllCIAL FËKMÉ. 77

c( Celui qui cnlreprend de monlrer les lois qu'il sagil d'établir en ce qui concerne les échanges commerciaux au sein de l'État a donc une triple tâche à remplir : chercher ce que, dans TÉtat conforme à la Raison, le droit exige relativement au commerce; exposer ce qui, à cet égard, est d'usage dans les États existants; tracer enfin la voie suivant laquelle un État peut passer de la situation de fait à la situation de droit. Je ne m'en défends pas, je parle d'une science et d'un art visant à l'établissement progressif de l'État conforme à la Raison.

« Tout le bien qui peut échoir à l'homme en partage doit être forcément produit par ses propres moyens suivant les lois de la science : telle est sa destinée. La nature ne lui donne rien d'avance que la possibilité d'appliquer ses ressources naturelles^. »

Par là se trouve nettement défini le dessein de Fichte dans VÉtal commercial fermée et justifiée la division même de l'ouvrage : Philosophie, ou établissement des principes qui. au point de vue du droit pur. doivent, dans l'État conforme à la Raison, gouverner les relations commerciales. Histoire : situation des relations commerciales, dans les États actuellement existants. Politique : procédure pour conformer à la constitution requise par la Raison les relations commerciales d'un État donné, ou fermeture de l'État commercial.

Une analyse rapide des trois chapitres qui constituent ainsi la matière de VÉtat commercial fermé fera ressortir tout à la fois l'originalité du penseur et le caractère pratique de cet écrit, où Fichte prétend apporter une solution précise et rationnelle du problème économique posé à cet instant même en Prusse, et que les hommes d'État cherchaient à résoudre d'une manière purement empirique.

Disons-le tout de suite, pour Fichle. la Raison ou, si l'on préfère, la Science exige, au nom de la pure justice, dans le domaine économique, l'établissement de ce que nous appelons aujourd'hui une constitution socialiste : voilà ce que Fichte, le premier du moins en Allemagne, proclame et entend démontrer. Et cette conclusion est conforme à la logique de son système.

En effet, la Théorie du Droit enseigne que l'exercice de la libre activité de l'individu dans le monde sensible, son droit primordial, est seulement possil)le sous la garantie de l'État et par la constitution d'un contrat d'association. Par ce contrat l'individu se trouve intégré dans une société; il devient membre d'un organisme dont toutes les parties sont solidaires, en réciprocité d'action. Ce contrat

1. Fichte, S. \V., III. IM., Der geschlossene HandcUslaa'. Einleiiung, p. 397-398.

ne repose dailleurs pas sur une pure fiction ou sur une simple convention; la société n'est pas un tout imaginaire, une création plus ou moins arbitraire, cest un tout existant et vivant, un organisme vérital^le. La vie en société, qui est aussi réelle et aussi naturelle que la vie individuelle, — car il n'y a pas plus dindividus hors de la société qu'il n'y a de société sans individus, — reconstitue ainsi dans le monde sensible, à travers la nécessaire division et la nécessaire multiplicité des consciences individuelles, l'unité que la Raison exige, ou plutôt elle est l'incarnation même de cette unité. Dans le tout organisé et organique que constitue la société, la Raison se réalise comme Humanité une ; la société civile exprime donc" une fonction naturelle dunification qui fournit déjà, dans la Nature même, une communauté véritable des individus, base sur laquelle pourra s'édifier ultérieurement l'unification morale du genre humain, le Règne des Fins; une communauté sans laquelle l'humanité se perdrait dans le désordre et l'anarchie des appétits individuels.

C'est le caractère de V organisme social qui est, à proprement parler, le trait essentiel de la théorie du droit chez Fichte.

Le droit, c'est, au fond, pour lui, l'aflirmation que l'homme individuel n'est un homme que parmi des hommes, qu'il est membre d'une société organique, où tous les individus sont solidaires ; l'homme est ainsi le concept d'un genre, non celui d'un individu, et l'individu isolé de l'humanité n'est qu'une fiction de l'imagination*.

Cette conception de l'État, de la Société, comme organisme, est une conception originale de Fichte qui s'oppose au point de vue, encore individualiste, au fond, de Rousseau et de Kant, et introduit,, en morale, une valeur nouvelle, le Social.

Or, cette substitution même du point de vue social au point de vue individuel dans le contrat civil conduit, pour toute l'économique, à une conception nettement socialiste. Par la définition de la propriété d'abord : du moment que, dans l'Etat, l'individu n'existe qu'en fonction de la société dont il fait partie intégrante, il ne peut y avoir pour l'individu un droit primitif et absolu de propriété sur les choses, comme le prétend le droit moderne, issu du droit romain; car la propriété conçue comme purement individuelle ou individualisée aboutit, en dernière analyse, à la justification de la grande propriété foncière, à une espèce de féodalité agrarienne, directement contraire aux intérêts de la communauté. Il est clair, sans qu'il soit besoin d'y insister, que la répartition entre

1. Fichte, S. II"., III. Bd., Grundlaie des yalurrec'ils, Erstes Hauptstiick, §3, Zweiler Lehrsatz, Coiollaria, p. 39, et II. Theil, ,^ 17, B, p. 203-209.

LETAT COMMEIiClAL FKUMK. 79"

quelques gros propriétaires du sol. source des subsistances nécessaires à la vie, — ce sol limité en quantité. — exclut le reste des membres de la société de la jouissance des biens auxquels leur donne droit le l'ait même d'appartenir à celte société.

Tous les meml)res de l'Etat ayant exactement le même droit à la vie, la justice exige qu'ils aient tous le moyen de vivre; une constitution sociale qui confère à quelques-uns aux dépens de tous l'appropriation des conditions de toute la subsistance, est une constitution mauvaise et que condamne l'État conforme à la Raison.

La seule conception admissible est celle qui détermine la propriété en fonction, non plus de l'individu, mais de la communauté des individus; elle supjDOse que le droit de propriété soit défini, non plus comme la possession exclusive d'une chose donnée, mais comme l'attribution d'une certaine sphère d'action, comme la condition nécessaire de toute existence dans le monde physique, d'un mot, comme la production du travail qui permet à chaque honnne de vivre.

Une pareille définition, fondée d'une façon manifeste sur les principes de l'ensemble de la Théorie de la Science, n'oppose pas le droit d'un individu aux droits des autres individus ; elle implique la coexistence des droits de tous les individus en affirmant pour tout individu la nécessité de trouver les moyens de vivre et de vivre de son travail \

Déjà, dans sa Théorie du Droit, Fichte avait écrit : « Le but suprême, le but universel de toute activité libre est de pouvoir vivre. Ce but, chacun de nous l'a en vue; il lui est garanti dans la mesure où la liberté en général lui est garantie. Sil n'arrivait pas à ce but, la liberté et la conservation de la personne ne seraient pas possibles..., la faculté de vivre est le bien inaliénable, absolu de tout homme ''. »

Dès les premières pages de l'Etat commercial fermé il revient sur cette idée :

« Le but de toute activité humaine est de pouvoir vivre. Tous ceux que la nature a jetés dans la vie ont le même droit à revendiquer celte possibilité de vivre. La répartition doit donc être nécessairement faite de telle sorte que tous y puissent trouver leur subsistance'. »

C'est précisément sur l'obligation, au point de vue social, d'assurer

1. Fichte, S. W., III. Bd., Der geschlossene Handelsstaat, I. Buch, 1 Cap., i, ii, p. 401-403, et 7 Cap., p. 440-4i.j.

2. Fichle, S. W.. III. Bd., Grundlage des \aturrechls, II. Theil, 2, § 18, p. 212.

3. Fichte, 5. IF., III. Bd., Dcr geschlossene Handelsstaat, I, I, ii, p. 402.

SO FICHTK A BRULIX.

la vie à tous les membres de la Cité, sans exception aucune, que j'eposent. en j)rincipe, la division des produits et la réglementation du travail.

« Chacun veut vivre aussi confortablement que possible. Or, comme chacun le demande à titre d'homme et que personne n'est homme à un degré plus ou moins grand que le voisin, tous ont le même droit à émettre cette prétention. Il faut que la répartition se fasse conformément à cette égalité de leur droit, de telle sorte que chacun d'eux et tous ensemble puissent vivre aussi confortablement que possible, si on veut que cette masse d'hommes qui s'y trouvent puissent coexister et subsister dans la sphère daction donnée, c'est-à-dire que tous puissent vivre dans un confort approximativement égal. »

« Posez comme première grandeur une somme déterminée d'activité possible dans une certaine sphère d'action. Le confort de vie résultant de cette activité est la valeur de cette grandeur. Posez comme seconde grandeur un nombre déterminé d'individus. Divisez la valeur de la première grandeur par parts égales entre les individus; vous aurez ce que, dans les circonstances données, chacun doit recevoir. Si la première somme grandissait, si la seconde diminuait, la part de chaque individu augmenterait, vous n'y pouvez rien changer, ce que vous pouvez faire, c'est tout simplement de partager également ce qui est donné '^. »

Cette arithmétique économique est l'oeuvre propre de lElat; elle aboutit, suivant Fichte. à une division ^t à une réglementation du travail, telles qu'elles puissent assurer à l'ensemble des citoyens le maximum de bien-être; telles qu'elles puissent aussi prévenir le désordre économique et conséquemment l'injustice qui naîtraient forcément de la liberté anarchique.

Visiblement inspiré à la fois des travaux des Physiocrates et de l'ouvrage d'A. Smith (la seconde édition de la traduction allemande par Garve venait de paraître), Fichte, dans son économique, d'une part insiste d'abord sur la valeur éminente des produits naturels, des produits du sol, comme condition première de tout gain, de toute richesse dans la cité, et comme unité de la valeur. Le prix de tout objet se mesure en particulier, soit à la quantité de blé qui aurait pu être produite pendant le temps qu'on a consacré à le faire, soit à celle qu'aurait exigée pendant ce temps la vie de l'artisan -.

L'agriculture et, avec elle, l'extraction et l'exploitation de tous les produits naturels sont, dit-il, le fondement même de l'État, la norme

I. Fichte, S. W., III. Bd., Der geschlossene Handelsslaat, I, 1, ii, 'p. 402-40-3. — 2. Ibid., I, 2, V, p. 4IG-417.

qui règle les prix de tout le reste. Le bien-être et le luxe plus ou moins grands de la société dépendent des conditions plus ou moins favorables de la production, du degré d'avancement ou d'enfance de Texploitation '.

La pi'cmière place, dans la division des branches de Tactivité humaine, appartient au travail qui concerne les produits naturels, à la classe des produclears opposée à celles des non-producteurs, suivant l'expression que Fichte emprunte aux Physiocrates. Les p?'oducteurs, détenant les produits naturels, sont les seuls qui pourraient, à la rigueur, se passer de toute aide étrangère; il suffit d'opérations, en somme assez simples, pour transformer ces produits en nourriture et en vêtements. Au contraire les artisans ne peuvent se passer de ces produits naturels à la fois pour leur subsistance et pour leurs travaux; ajoutons que le but de l'artisan ne se trouve nullement dans son travail même (comme pour celui qui récolte des produits naturels), son but, c'est de vivre de son travail, et, si sa vie n'est pas assurée par son travail, il n'y a pour lui rien d'assuré. La première condition, la condition nécessaire pour que l'existence soit j)ossible dans l'Etat, c'est que les producteurs obtiennent une quantité de produits suffisante pour subvenir à la nourriture de l'ensemble des membres qui constituent la société^.

Mais, en reconnaissant avec les Physiocrates la part privilégiée de l'agriculture et de ses annexes, source même de la richesse de l'État, Fichte. comme A. Smith, estime que la division du travail est un fait économique et social de première importance : il permet d'acquérir dans la société le maximum de bien-être avec le minimum d'effort.

Fichte admet la distinction, alors courante, de cette division du travail en trois grandes classes : Producteurs, Artisans, Commerçants, chacune de ces classes étant susceptible elle-même de subdivisions plus ou moins nombreuses '.

Il exige seulement entre ces différentes classes le rapport suivant : d'une part les producteurs doivent être en nombre suffisant pour entretenir, avec l'existence de leur propre classe, celle des deux autres, pour fournir aussi aux artisans les matériaux nécessaires à la fabrication; d'autre part les artisans doivent livrer aux producteurs la quantité d'objets fabriqués dont l'usage leur est habituel, au prix

1. Fichlc, S. W., III. Bd., Der (jcscldossene Handelsstaat, I, 2, ii, p. 408.

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