‹ Fichte et son temps (volume 4)Chapitre 35 sur 116 · Ibid., 111. den 29. Septemher 98, p · texte numérisé non relu

Ibid., 111. den 29. Septemher 98, p

(i. Fichle's Lcben, I. Bd., n, 0, lettre du 20 juillet 1799 : «... und gehe um 1 Uhr zu Madame Voit, \vo icii Schlegel, und einen reformirten Prcdiger, Schlegel'is Freund, IrelTe », p. 314.

moment même où il travaillait à sa Destination de l'homme. Schleiermacher a écrit ses Discoui^s de janvier à avril 1799; le 22 février 1799, il parle à Henriette Herz de la communication de son premier Discours à Sack, le censeur pour les éci'its concernant la religion^; à la fin de mars, il lui demande si elle a bien reçu le quatrième Discours et ce qu'elle en pense ^; Dorothée Veit, de son côté, dans une lettre du 8 avril, fait allusion au cinquième Discours qu'Henriette Herz a déjà reçu ^.

D'autre part, au lendemain de l'arrivée de Fichte à Berlin, dès les premiers jours de juillet, Schleiermacher écrit à Henriette Herz :

« Je crains vraiment un peu que Fichte n'ait l'occasion de lire les' Discours: je ne crains pas qu'il ait sans doute beaucoup d'objections à y faire, cela, je le sais d'avance, et ce n'est pas ce qui m'inquiète, je crains seulement de ne pas savoir où diable me tomberont sur le dos toutes ses objections et de ne pas être capable de pouvoir en discuter convenablement avec lui *. »

La chose redoutée de Schleiermacher ne pouvait manquer de se produire, et Fichte eut sous les yeux les Discours entre le mois de juillet et le mois de septembre; Frédéric Schlegel écrit, en effet, à Schleiermacher à la fin de septembre :

« Pour tes Discours, il en est de Schelling à peu près comme de Fichte *. »

Or, c'est au mois de juillet que Fichte, pour la première fois. annonce à sa femme qu'il travaille à la Destination de lliomme^; le 20 août, il déclare qu'il en est à la moitié, qui sera prête à paraître à la Noël ^ le 28 octobre, il estime à environ quinze jours le temps qu'il lui faudra pour l'achever ^ W est donc certain que les Discours de Schleiermacher pouvaient être présents à l'esprit de Fichte au moment où il composait la Destination de Vhomme. Est-il cependant permis d'en conclure qu'ils aient exercé une influence directe sur la composition de l'ouvrage? On n'oserait l'affirmer; tout ce qu'on peut dire, c'est que Fichte d'une façon générale devait être hostile à l'inspiration des Discours; nous en avons recueilli l'aveu de la plume même de Schleiermacher : le mvsticisme naturaliste du nouveau

1. Aas Schleiermacher's Leben. In Briefen, éd. W. Dilthey, I. Bd., n, Potsdam, den 22. Fehr. 1799, Schleiermacher aa Henriette Herz, p. 202. —2. Ibid., III. Bd.. m, Schleiermacher an H. Herz. d. 28. Mârz 1799. p. 110. — i. Ibid., IH. Bd., m, Dorothea Veit an Schleiermacher, Berlin, den 8. April 1799, p. 1 10. — 4. Ibid., I. Bd., ii, Schleiermacher, après la lettre du 4 juillet. La lettre portait en tôte : vendredi soir (Freita^- .Uiend), I, p. 240-241. — o. Ibid., III. Bd , lu, Fr. Schlegel an Schleiermacher. Lettre sans date placée entre une lettre du 23 septembre et une lettre du 11 octobre, p. I2.j.

6. Fichte's Leben, I. Bd., ii, 6. Lettre à sa femme, du 20 juillet, p. 314. — 7. Ibid., lettre du 20 août, p. 321. — 8. Ibid., lettre du 28 octobre, p. .328.

romantisme lui répugnait étrangement; il y avait (railleurs entre lui et Schleiermacher une antipathie instinctive qui se manifesta dès le premier abord et qui ne fit que croître dans la suite.

Schleiermacher écrit à Brinkmann, le i janvier 1800, qu'il a fait la connaissance de Fichte, mais que ce dernier ne lui a pas produit grande impression. « La philosophie et la vie sont, dit-il, chez lui entièrement séparées, sa /72e7z/a///(/ /2rt/a/'e//e n'a rien d'extraordinaire », et, tant qu'il reste placé au point de vue de tout le monde, Fichte n'a rien, pour Schleiermacher, de ce qui pourrait le rendre intéressant à ses yeux^. Il en résulte qu'entre eux les conversations philosophiques furent rares et sans prix : ils étaient trop éloignés l'un de l'autre pour pouvoir, pour vouloir communiquer entre eux.

« Avant qu'il vînt, ajoute Schleiermacher dans cette même lettre, j'avais l'idée de parler avec lui de sa philosophie, pour lui déclarer qu'à mon sens il ne me paraissait pas suivre le droit chemin dans sa fafjon de séparer le point de vue de tout le monde du point de vue philosophique. Mais j'ai bien vite replié cette voile, voyant combien la mentalité naturelle est ancrée en lui, et n'ayant pas de critique à lui faire dans les limites mêmes de sa philosophie; comme l'étonnement n'est pas pour moi un objet de dialogue et que hors de sa philosophie il n'y avait d'autres points de contact que ceux qui sont tout à fait ordinaires, nous ne nous sommes jamais beaucoup rapprochés. Il n'est pas bien instruit; il ne paraît pas avoir d'idées précises en d'autres sciences (pas même en philosophie en tant qu'il y a en elle des connaissances), il n'a pas de vues généi'ales, comme chacun de nous en a. C'est du reste très dommage, parce qu'il a un don tout à fait magistral de tirer les choses au clair et qu'il est le plus grand dialecticien que je connaisse^. »

Un pareil éloignement était réciproque. Fichte ne pouvait pas se tromper sur l'hostilité de Schleiermacher pour l'idéalisme, sur la glorification du mysticisme, au nom d'un réalisme supérieur, et d'autant moins que son ami Frédéric Schlegel s'engageait à son tour dans la voie que venaient de frayer Novalis et Schleiermacher, et se mettait délibérément à leur remorque^.

1. Aus Schleiermacher' s Leben. In Briefen, éd. W. Dillhey, IV. Bd., i, Schlegel an Brinkmann, Berlin, d. i. Jnn. 1800, p. 53.

3. On est porté à croire (yie Fichte a ignoré les Monologues qui parurent en même temps que la Deslinalion de Vhomme, puisque, dans une lettre sans date, mais <iui se place entre le 28 mars et le 11 avril 1800, Fr. Schlegel écrit à Schleiermacher « qu'il devrait engager Fichte à les lire..., qu'il est convaincu que, si Ficiito apprend à connaître le livre impartialement, il l'aimera fort »; il ajoute même : « Je ne sais pas si tu lui accordes toute la profondeur de sentiment qu'il a vraiment » {Aus Srhlcier-

III. FiiÉDÉRic scHLE- ^" printemps de l'année 1799, Frédéric GEL. LES « IDÉES », LE Sclîlegel travaille fiévreusement avec Schlei- « CAVIAR » DE LA MYS- ermacher, pour V Athénée; il compose ce

TIClTJ P

que, dès la fin de mai, il annonce à son frère Guillaume comme une toute petite portion de pensées, — il préfère ce nom à celui de Fragnients. — mais de pensées « choisies » ;

macher's Leben. In Driefcn, éd. W.Diltlicv, III. Bd., m, Fr. Schlegel an Schleiermacher, p. 1G7).

Il y a d'ailleurs lieu de remarquer que les Monologues, au moins à la première apparence, semblent tout inspirés de Ficlite : la liberté originelle du pouvoir de création absolu, conçu sous la forme de l'esprit, principe premier et unique; l'esprit, ce qu'il y a de plus profond et de plus intime chez l'homme, dont la réalisation est proposée comme la tâche infinie de la personne, comme le devoir même; ce devoir, le progrès moral, consistant dans une intériorisation croissante, dans une conversion du dehors au dedans: le monde extérieur considéré comme le reflet de l'esprit; Dieu représenté comme la destination morale de l'homme, l'immortalité affirmée dès cette vie, sans attendre l'au-delà d'une existence future, ne reconnaissonsnous pas dans ces idées, et presque textuellement, les enseignements de la Théorie de la Science'7 {Delhos, Le problème moral dans la philosophie de Spinoza: deuxième partie, chapitre vi, Schleiermacher, p. 347-348; Haym, Die romantische Schule, Drittes Buch, Drittes Kapitel, p. .>32-o3i.) Mais qu'on ne s'y trompe pas : Schleiermacher, comme les autres romantiques, ne part de Fichte que pour le dépasser. Dès le second Monologue et dans les Monologues suivants apparaît l'opposition fondamentale entre la pensée de Schleiermacher et celle de Fichte, Schleiermacher s'eiïorçant à la fois de réhabiliter, en la pénétrant d'esprit, la nature sensible, que Fichte prétendait au fond subordonner à l'esprit, et de réhabiliter aussi, en lui attribuant une réalité absolue, une valeur morale, l'individu qui n'était pour Fichte qu'un pur instrument et qu'il prétendait anéantir devant la forme universelle de la Raison.

La nature sensible n'est plus pour Schleiermacher l'obstacle que la liberté s'oppose pour se réaliser; elle est la détermination même de l'esprit, le singulier en lequel seul il s'affirme et se réalise. Et. en ellet, c'est au sein de la conscience individuelle et par le sentiment que s'opère le miracle de l'union du fini et de l'Infini; c'est en développant son individualité dans ce qu'elle a de plus original, c'est-à-dire de plus particulier, que l'homme réalise en lui, autant qu'il le peut, la divinité. Chaque individu est ainsi une révélation immédiate de Dieu, une réelle et vivante conciliation du fini et de l'Infini, alors que cette conciliation dans le devoir kantien ou flchtéen demeurait médiate et purement formelle. Par là l'individualité acquiert vraiment une valeur incommensurable, et elle la conserve tant qu'elle ne prétend pas limiter à elle-même, à elle seule, la révélation du Dieu infini. II est donc très douteux, n'en déplaise à Fr. Schlegel, qu'à lire impartialement les Monologues, Fichte dût les « aimer fort ». Loin de reconnaître dans les thèses de Schleiermacher ses propres idées, il n'y pouvait voir qu'un travestissement de la Théorie de la Science, et une raison de plus de combattre le romantisme.

Or, il se trouve justement que, par une curieuse coïncidence, la Destination de l'homme, qui restaure le point de vue de l'Idéalisme critique, le Moralisme panthéistique contre le Mysticisme naturaliste et individualiste, est comme une réponse anticipée aux Monologues. Autre coïncidence : la forme de la Destination de l'homme est précisément celle du monologue, et la Destination de l'homme débute exactement comme le premier Monologue par l'exposé du conflit de la nécessité et de la liberté et par la solution de l'Idéalisme qui alfranchit l'homme du joug de la conception déterministe du monde, et affirme, avec la primauté de l'esprit, le règne de la vie éternelle. Coïncidence plus curieuse encore : les Monologues sont le développement d'un Fragment composé par Schleiermacher en 1792-171)3 sous le titre: La valeur de la vie {Ueber den Werlh des Lebens), et la seconde partie, qui est intitulée : La destination de la vie (Die Hesliinmung des Lebens), pose en toutes lettres la question de la destination de l'homme, le litre même de l'ouvrage de F'ichte (W. Dilthey, Leben

son essai achevé, en août, il rappellera, « d'un nom plus exact », les Idées ^

Ces Idées, le « caviar de la mystique », au dire de Dorothée, à cause de leur forme, à cause aussi des goûts du temps ^, attestent le changement qui s'opère dans la pensée de Schlegel; cest, de son propre aveu, l'heure où il passe de la Critique au mysticisme; et cette transformation s'est accomplie précisément sous la double intluence de Schleiermacher et de Novalis ^.

« Les Idées tout entières, écrit Fr. Schlegel à Schleiermacher, le 20 septemljre 1799, ont d'une manière précise leur origine en toi. ou bien plutôt dans tes Discours. Parce que tu es attaché fortement d'un côté, je me suis mis de l'autre, et, à ce qu'il semble, je me suis pour ainsi dire accroché à Hardenberg *. »

Il s'y est même si bien accroché qu'en réalité il conclut ses Idées par une invocation à Novalis.

« ... En ton esprit, écrit-il, la philosophie et la poésie se sont intimement pénétrées. Ton esprit était tout près de moi tandis que se présentaient ces images de la vérité incomprise. Ce que tu as pensé, je le pense, ce que j'ai pensé, tu le penseras, ou bien tu l'as déjà pensé ^... »

A son tour il prétend « déchirer le voile d'Isis », révéler le secret

Schleierinachers. Denkmale der innerea Entwicklung Schleiermachers. Ueber den Wertfi des Lebens, II. Die Beslimmung des Lebens, p. 5l-.")2).

Il semble d'ailleurs qu'il y ait eu de la part de Fichte, à l'égard des écrits de Schleiermacher, une abstention systématique. Quand, en 1803, parut la première édition de VEsquisse d'une critique de la Morale régnante (Grundlinien einer Kritik der bishcrigeu Sittenlehre) où Fichte était vivement pris à partie, le philosophe déclara (ju'il s'abstiendrait de lire l'ouvrage, ce qui lui valut cette réplique de Schleiermacher : « Gela rentre tout à fait dans son système, car il croit toujours savoir d'avance ce que les autres vont dire; il croit aussi que ce qu'ils disent et rien, c'est tout un » {Schleiermacher' s Leben. In Briefen, éd. W. Dilthey, I. Bd., ii, Schleiermacher an E. v. Willich, Stolpe, den 28. Januar 1804, p. 404). Quelques années plus tard, Fichte déclare lui-même qu'il n'a pas lu l'ouvrage de Schleiermacher : Pensées de circonstance sur les Universités (Gelegentliche Gedankeu iiber Universitiiten). {Fichte's Lrben, II. Bd., Erste Abth., viu, 8. Gesuch Fichte's an das Département um Enthcbung vom Rectoramte, Berlin, den 14. Febr. 1812, p. 124.)

On se demande vraiment, sans que d'ailleurs rien permette de l'affirmer, si Fichte, qui vivait alors dans l'intimité de Schlegel et de Schleiermacher, n'aurait pas été tenu au courant des Monologues, ne fût-ce que par des conversations.

1. Caroline, Briefe, I. Bd., éd. Waitz, Leipzig, Hirzel, 1871, 171, Fr. Schlegel an Caroline und an A.-W. Schlegel, Berlin, Mai 17'.J9, p. 2o0-2o7.

2. Fr. SchkgeCs Briefe an seinen Bruder August-lVilkelm, éd. Walzel, III {Berlin, 1797-1799), 14.3, p. 427. Voir aussi lettre du lO août, 142, p. 420.

3. Europn, I, 52, cité par Havm, Die romantische Schule, Drittes Buch, drilles Kapitel,

4. Aas Schleiermacher s Leben. In Briefen, éd. W. Dilthey, III. Bd., ni, lena, den 20. September 17'JO. p. 122.

0. J. Minor, Fr. Schlegel, 179U-1802, Seine prosaischen Jugendschriften, Wien, 1906, Verlagsbuchhandlung Cari Konegen, II. Bd., An Novalis, p. 307.

de la religion, et, à quiconque ne peut supporter la vue de la déesse, il déclare qu'il n'a qu'à fuir ou qu'à périra

Ce secret, on le connaît déjà, c'est, au fond, celui qu'avait découvert Novalis : le mysticisme poétique et panthéiste. « La religion est Tâme du monde, ce qui vivifie toute la culture intérieure, \e quatrième élément invisible pour la philosophie, la morale, la poésie -. »

« La religion n'est pas seulement une partie de la culture intérieure, un élément de la nature humaine, elle est le centre de tout le reste, elle est ce qu'il y a de premier et de suprême, elle est ce qu'il y a d'absolument originel ' «, « le rapport de l'homme à l'Infini * »; elle est « l'intuition ou la révélation de l'univers qu'on ne peut ni expliquer, ni réduire en concepts », « ce qu'avait déjà si bien compris Spinoza, ce que montrent aujourd'hui les Discours sur la religion ° ».

Ce sentiment immédiat de la nature, voilà le divin partout visible; Dieu, nous ne le voyons pas®. Et c'est pourquoi l'amour est divin, car c'est par l'amour et par l'amour seul que nous pouvons connaître la nature '.

]\Iais dans cette pénétration de la nature par l'amour consiste justement l'œuvre du poète. « Si tu veux entrer dans les profondeurs de la physique, fais-toi initier aux mystères de la poésie^. » Cette communion dans la nature est ce qui rend la poésie inséparable de la religion : « Quiconque a de la religion, parlera poésie^. » « Le noyau, le centre de la poésie, on le trouvera dans la Mythologie, dans les Mystères des Anciens. Saturez le sentiment de la vie de l'idée de l'Infini, vous comprendrez les anciens et la poésie ^''. » « Sans la poésie la religion devient obscure, fausse, mauvaise ^^. »

Tel est le sens dans lequel se développait alors le romantisme.

Fichte pouvait-il l'ignorer, alors que c'est B. a ZA DEsjiNATiox g^j, |gg instauces pressantes de Frédéric

DE L'HOMME *. SA SIGXI- ^, , , , -.,,.., . r. i • i

FiCATioN Schlegel qu n était venu a Berlin; alors

que, avant même son arrivée, Schlegel l'avait sollicité de « consacrer à ses amis, à Tieck, à Schleiermacher et à lui-même, toutes ses heures de loisir qu'ils chercheraient à rendre

1. J. Minnr, Fr. Schlegel, 179U-1802, Seine pro.'faischen Jugendschriftcn, Wien, 1906, II. Bd., Ideen, I, p. 28'.». — 2. Ibid., 4, p. 289. —.3. Ibid., 14, p. 290. — 4. Ibid., SI, p. 297. — o. Ibid., l.-)0, p. 306. — 6. Ibid., 4i, p. 29-3. — 7. Ibid., 103. p. 300. — S. Ibid., 99. p. 300. — 9. Ibid., 34, p. 292. — 10. Ibid., 85, p. 298. — 11. /6k/., U9, p. 306.

le plus agréables possible^ »? Et, en effet, à peine installé, il vécut dans l'intimité de Schlegel et du cercle des amis de Schlegel -. Tous les jours, à une heure, il se rendait chez Dorothée Veit où il rencontrait justement, avec Schlegel, le pasteur réformé Schleierinacher; ils allaient se promener ensemble, ils faisaient ensemble (les parties de campagne, ils soupaient ensemble ^. Telle était leur jimitié qu'à l'idée du départ de Frédéric pour léna, où il devait rejoindre son frère Guillaume, Fichte se sentit entièrement aban- (lonné; il aurait voulu pouvoir le retenir en décidant Guillaume et les siens à venir à Berlin; il formait déjà le projet, s'il y réussissait, de louer un grand logis avec Schlegel et d'y vivre en commun, comme une seule famille *.

Dans ces conditions, Fichte ne pouvait manquer d'être le premier informé de l'évolution des romantiques. On sait d'ailleurs le prix que Frédéric attachait au jugement de Fichte; déjà, en octobre 1797, il déclarait à son frère combien « la pensée de savoir si ses Fragnienis philosophiques élargiraient la vision de Fichte le troublait^ », et, à la fin de novembre, on voit qu'il les lui avait effectivement communiqués. « J'écrirai très certainement à Caroline, à Hardenberg et à Fichte la prochaine fois, dit-il à son frère, dans une lettre du 28 novembre 1797; j'enverrai aussi à Fichte les Fragments^ »; de même en fut-il pour les Idées. Fichte en eut connaissance avant leur publication dans V Athénée. Ses efforts pour attirer Guillaume à Berlin n'ayant point abouti, Frédéric était parti à la fin d'août, et il était arrivé à léna dans les premiers jours de septembre^. Quelques semaines plus lard, dans une lettre qui ne porte pas de date, mais qui, visiblement, est encore de l'automne 1799, puisqu'il y est fait allusion à l'hiver qui approche % Schlegel nous apprend que Fichte a lu les Idées.

Il lui écrit : « J'ai éprouvé de la joie et de la surprise à voir que

1. Fichle's Leben, II. Bd., Zwoile Ahlh., VIII, Fr. Schlpj^ol no Fichte, 2, ohne Daluiu, p. 423. — 2. Ibid., II. Bd., Zweite Abth., IV, 2, Fichte au Scheliing, Berlin, den 20. Juli 1799, p. 298. « Je ne vois que Schlegel et ses peu nombreuses connaissances », écrivait-il à Scheliing le 20 juillet 1799.

3. Fichle's Leben, I. Bd., n, 6, Lettre de Fichte à sa femme, 20 juillet 1799, p. 31i. « Mit Fichte leben wir sehr innig, angenehm und intéressant », écrit aussi Frédéric à Guillaume, le 10 août 1799, et il ajoute : « Nur hat er einige (iewohnheiteu und Eigenheitcn, die uns Zeit oder Geld oder beydes kosten ». Fr. SchlegeVs Briefe on seincn Brader August-WiUielin, éd. Wal/el, III (Berlin, 1797-1709), 142, p. 42G.

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