Lettre inédite du 29 août (voir Appendice VI), p
2. Schlegel, dans sa lettre du 20 août, avait recommandé à Schleiermacher de ne point dire à Fichte qu'il l'avait mis au courant du projet d'Uuger, si Fichte ne lui adressait pas aussi une invitation, ce qui d'ailleurs lui paraissait impossible.
3. A collaborer à son projet. Schlegel lui avait pourtant dit qu'il lui paraissait impossible qu'il ne lui fît pas d'oiïre [Aus Schleiermacher s Leben. In Brie/en, éd. W. Dilthey, III. Bd., m, Bamberg, den 20. August 1800, p. 21U.
LE PROJET d'institut CRITIQUE. 245
dans l'avenir, il me dit qu'il n'avait rien à y objecter; qu'elles étaient très pénétrantes, en particulier les vôtres. Il fut très content que j'eusse par devers moi notre projet, et il se mit à le parcourir, saisit au passage quelques expressions dont il affirma, comme du titre, que vous les aviez empruntées à son projet écrit; quand vous parlez des retards pour l'apparition des jugements dans les autres journaux, cette allusion lui parut cacher une arrière-pensée mercantile, et parce que, dans la philologie, vous mettiez l'accent sur la grammaire philosophique il trouva que vous songiez à Bernhardi; enfin il entreprit de cette manière une critique extrêmement piquante que je combattis avec toute la modération et toute la douceur possibles. Au sujet du soi-disant emprunt, je lui dis que je ne pouvais en être juge n'ayant pas vu son projet, mais que les expressions isolées me paraissaient être tout à fait sans importance et telles qu'elles pouvaient se présenter simultanément à l'esprit de chacun ; quant au titre, je lui dis qu'il y avait eu d'abord plusieurs projets en discussion, et je le rendis attentif aux différences essentielles des deux plans. Car, dès le commencement, il m'avait annoncé qu'à l'égard des revues générales il ne serait jamais d'accord avec vous, que la critique d'oeuvres séparées (excepté pour les arts plastiques) était du bousillage, qu'on ne pouvait apporter quelque chose de convenable que dans un ensemble systématique. Après que, sans discuter la chose, je l'eusse assuré, à plusieurs reprises, que nous avions tous la conviction du contraire et que je l'eusse ramené toujours à ce point, il finit par reconnaître que vous aviez agi de parfaite bonne foi en lui cachant si longtemps le plan, car vous n'aviez pu croire qu'il s'associerait à vous. Mais il en revenait toujours à ce soi-disant emprunt. Dans cet état d'âme agité je crus que les liens de l'amour étrangleraient plutôt qu'ils n'entraîneraient le cxk-ripavyiwx (l'obstiné), et je le priai d'examiner sérieusement ce qu'il y aurait à faire, après que j« l'eus amené, avec autant de délicatesse et de ménagements que possible, à voir qu'il ne pouvait cependant pas vous promettre ainsi a priori à Unger et que de la sorte il était seul responsable des difficultés. Il me dit, en s'en faisant gloire, et ce fut suprêmement comique, qu'il était l'homme qui manquait le plus de plan et qu'il avait toujours besoin de l'occasion; il avoua que son plan actuel était nn plan de fortune; il m'affirma pourtant qu'il y avait, dans son ensemble, plus d'unité que dans le nôtre. Le bon Fichte a commencé, ici seulement et tout récemment, par faire la triste expérience qu'on n'arrive à rien quand on entre de force dans une entreprise qui est médiocrement engagée et par de méchantes gens ; il s'est fait faire le
246 FIGHTE A BERLIN.
pied de nez par les plus pitoyables individus, il voulait cependant recommencer avec Woltmann à saisir une occasion, tout en reconnaissant ouvertement que c'était un piètre écrivain, disant seulement qu'il lui couperait les ailes et ferait de lui ce qu'il voudrait. Ce principe monarchique ne devait-il pas être étendu davantage? Il y a encore une déclaration de Fichte que je ne puis vous cacher; elle lui échappa tout au commencement; il disait que cela lui ferait beaucoup de peine, s'il devait sortir de là une séparation ; qu'il n'avait aucune intention d'en faire une encore. Cet encore n'est en vérité qu'équivoque, mais il est pourtant équivoque. Le lendemain je lui ai dépéché Bernhardi : il aurait voulu me rendre compte ce matin de sa mission, mais il n'a pas pu le faire, et je n'ai plus d'espoir de lui parler avant le départ de cette lettre ^. »
La menace de Fichte ne fut pas sans causer quelque émotion dans le camp des romantiques. Schelling, en particulier, semblait alors redouter l'éclat d'une rupture publique. Aussi, mis par Schlegel au courant de l'entretien de Fichte et de Schleiermacher, et d'accord avec lui, s'empressa-t-il d'écrire à Fichte pour dissiper le « malentendu », pour essayer d'obtenir qu'il renonçât à [son projet et consentît à faire partie de VInslilut organisé par Gotta et par les romantiques.
Faisant ouvertement allusion à la conversation en question, il déclarait qu'il n'y avait aucune opposition de principe entre le projet de Schlegel et celui de Fichte; c'était un seul et même projet esquissé par deux hommes différents; sans doute, il y avait entre eux certaines divergences, mais celle qui c oncernait la direction n'était pas irréductible. Fichte voulait une direction unique, Schelling et ses amis estimaient qu'il en fallait deux : une pour la science, une pour l'art. Fichte, qui, dans son dernier projet, abandonnait de lui-même une partie des prérogatives qu'il avait attribuées au rédacteur en chef unique, notamment la domination absolue sur tous les autres rédacteurs, accepterait sans doute cette division, d'autant quil était sollicité de prendre la direction scientifique. Plus grande paraissait la divergence relative à l'orientation des travaux. Fichte ne voulait entendre parler que de revues générales conçues dans un esprit tout systématique, les romantiques réclamaient la faculté de porter des jugements sur les ouvrages particuliers. Ils faisaient ressortir que, pour certaines catégories d'ouvrages, la matière n'est pas seule en cause,
1. Correspondance inédite de A. -G. Schlegel, Manuscrit de la Bibl. royal» de Dresde. Lettre inédite de Schleiermacher à A.-G. Schlegel du 29 août 1800, Berlin (voir Appendice VI).
LE PROJET d'institut CRITIQUE. 247
mais la personne de Tauteur. dans l'art notamment, et même dans les sciences. Cependant, ici encore, on pourrait, semblait-il, trouver un terrain d'entente et combiner les deux points de vue de la revue générale et des comptes rendus spéciaux. L'essentiel était l'accord foncier existant entre Fichte et les romantiques « pour en finir dans la science et dans l'art avec le règne de la superficialité, de la platitude, du vide de la pensée et, dans la critique, avec le règne de la stupidité (Stnmpfheit) ». Restait uniquement alors la question de l'éditeur. Mais les obligations de Fichte vis-à-vis d'Unger n'avaient rien de comparable à celles de Schlegel et de ses amis vis-à-vis de Cotta. Le plan Unger était primitivement celui de Woltmann; il était si mauvais que Fichte avait dû le remanier de fond en comble; c'était de plus, primitivement au moins, un projet uniquement établi dans un esprit de spéculation. Rien de pareil chez Cotta. . Schelling, en terminant, espérait u avoir eu le bonheur de convaincre Fichte » ; il lui demandait « de lui faire savoir, avec la franchise dont il l'avait honoré jusqu'ici, s'il se leurrait de vaines espérances », il le suppliait de lui apprendre par où le plan de Schlegel lui déplaisait et ce quil faudrait y changer, dans sa conviction, pour le rendre digne de sa collaboration. Schlegel attendrait sa réponse pour désigner le directeur ^
Schlegel avait donné son assentiment à la démarche de Schelling, moins par enthousiasme personnel pour Fichte^ que par condescendance pour Schelling, dont il comprenait les sentiments à l'égard de celui qui avait si longtemps passé pour son maître, peut-être aussi par souci de faire profiter son entreprise de la célébrité de Fichte.
Il écrivait donc à Schleiermacher, trois jours après la démarche de Schelling, pour l'en avertir. 11 insistait sur la peine qu'aurait eue Schelling d'une rupture avec Fichte, sur les avantages que procurerait au nouvel Institut la collaboration d'une personnalité aussi célèbre que Fichte. 11 lui annonçait que la direction de la partie scientifique lui avait été offerte et que la prépondérance de son influence nétait pas à redouter du moment qu'il y avait un autre directeur pour la partie artistique. Schlegel ajoutait : « Dans la philosophie de la religion vous entrerez sans doute en conflit avec
1. Fichte's Leben, II. Hd., Zweite Ablh., IV, 16, Schellinp aa Fichte, Bamberg, den .5. Sept. 18ÛÛ. p. :ilo-31'J.
2. Il avait expliqué plus tard, on l'a vu, à ^^chloiermacher, dans la lettre du 5 octobre 1801 que nous avons citée plus haut, pourquoi il n'avait pas approuvé cette démarche et celle oiïre d'une co-direclion avec Fichte et pourquoi il l'avait faite. (Aus Schleicrmachcr's Leben. In Briefcn, éd. W. Dilthey, III. Bd., m, A.-W. Schlegel an Schleiermacher, Gotha, den 5. Oct. 1801, p. 233-234.)
lui. Il faut pourtant qu'il s'habitue, dès le commencement, à lire dans les Annales des choses qui seront diamétralement opposées à son point de vue. En raison de cette proposition nous avons encore retardé Tannonce pour pouvoir inscrire du même coup le nom de Fichte comme co-directeur. Il n'y a pas à craindre qu'il nous devance, il ne peut pas agir, car son plan est entièrement paralysé faute des collaborateurs essentiels. A la fin il faudra qu'il laisse le bon Unger au point où il l'a trouvé, je veux dire avec Woltmann tout seul ^. » Schlegel comptait sans l'obstination de Fichte : celui-ci n'était pas homme à renoncer aux engagements qu'il avait pris. Pourquoi voulait-on qu'il fît vis-à-vis d'Unger ce que Schlegel se refusait à faire vis-à-vis de Cotta? Il fallait d'ailleurs le connaître assez mal pour croire qu'il pût accepter d'entrer dans une combinaison dont il ne serait pas le chef incontesté : il aurait admis, on l'a vu, de partager avec un autre la direction d'un Institut qu'il aurait fondé lui-même, — si l'offre en était venue de lui, — mais accepter d'être le second ; dans une entreprise dont il n'était point l'instigateur devait humilier son orgueil. Il le fit bien sentir dans la réponse que, le 6 septembre 1800, après la démarche de Schleiermacher, il adressait à Monsieur le professeur Schlegel.
Il reconnaissait sans doute la similitude de leurs projets, tout en laissant entendre que Schlegel s'était largement inspiré du sien, et il s'étonnait, en conséquence, du silence de Schlegel à son égard. Il ne se flattait pas de l'espoir d'obtenir pour le projet d'Unger le concours de Schlegel et de ses amis, mais pourquoi supposer alors que, Unger ne renonçant nullement à son entreprise, Fichte passerait à Cotta? Était-il donc dans ses habitudes de reprendre sa parole? Il avait, en outre, déjà esquissé sur l'état de la philosophie contemporaine un article qui coïncidait jusque dans ses jugements sur les ouvrages particuliers (ceux de Bardili et de Jacobi par exemple) avec la revue destinée par Schelling à VInstitut de Cotta et dont il lui avait communiqué la teneur. Il y aurait donc eu double emploi ^. En cas d'échec de la tentative d'Unger, Fichte réservait d'ailleurs sa pleine liberté pour rejoindre Schlegel et ses amis ou pour demeurer à
1. Aus Sclileierinachcr''s Leben. In Briefen, éd. W. Dilthey, III. Bd., m, A.-W. Schlegel an Schleiermacher, Bamberg, den 8. Sept. 1800, p. 224-225.
2. Dans sa lettre du 18 août 1800, Schelling avait écrit à Fichle : « Dans le premier volume, je vais faire paraître tout de suite une revue de tout l'ensemble de Vétal actuel de la philosophie qui est déjà en partie achevée, et, en appendice, je réglerai leur compte à Bardili, à Reinhold, peut-être aussi, au cas où personne ne l'entreprendrait, à Jacobi, à cause de la Lettre qu'il vous a écrite et de l'influence manifeste qu'il a eue sur le détestable compte rendu de mon Système de l'Idéalisme dans le Journal littéraire. » (Fichte's Leben, II. Bd., Zweile Ablh., IV, 14, Schelling an Fichte, Bamberg, den 18. Aug. 1800, p. 313.)
lécart; et, dans ces conjonctures, il ne voyait pas pourquoi un schisme devrait se produire dans la « petite église invisible », et il ne le redoutait pas'.
Le même jour, Fichte informait Schelling de sa réponse à A.-G. Schlegel \
Et, dans une lettre suivante, répondant aux propositions que Schelling lui avait faites de la part de Schlegel, il déclarait « qu'il n'était pas accessible aux considérations d'honoraires particuliers, de mise en vedette, etc. ; que certainement Schelling le savait bien, sil en jugeait par lui-même, et que, s'il voulait qu'on ne le froissât pas, il devait le faire comprendre aux autres.
Il insistait encore sur la nécessité de constituer un périodique nettement scientifique, car il venait d'apprendie la prochaine publication d'un journal anti-critique sous la direction de Reinhold, de Jacobi, de Bardili. Pour cette œuvre, il ne pouvait séparer sa cause de celle de Schelling; il en avait averti Cotta : lui et Schelling ne faisaient qu'un seul homme, et Cotta entendrait prochainement parler d'eux davantage ^.
Schelling fut-il touché de cette insistance de Fichte pour lier leur cause? Grul-il utile à ses desseins d'éviter l'apparence de désaccord qu'eût fait naître, après le refus de Fichte, sa collaboration à l'entreprise de Schlegel? Ou, plus simplement, comme un mot de lui autorise à le croire, s'aperçut-il un peu tard que A.-G. Schlegel n'avait pas de jugement personnel, et lui déplut-il de marcher à la remorque d'un tel chef*? Toujours est-il qu'après avoir reçu la réponse de Fichte il crut devoir déclarer à Schlegel que des ouvertures venaient justement de lui être faites par Fichte, qui l'obligeaient à se retirer de son Institut.
Ainsi la démarche que Schlegel avait faite à contre-cœur pour calmer les scrupules de Schelling tournait contre lui. Schlegel eut
1. Lettre de Fichte à A.-G. Schlegel, Berlin, d. 6. Sept. 1800, Manuscrits de la Bibl. royale de Dresde publiés pour la première fois par le D' Otto Fiebieger, Neue Jahrbiicher fiir das klassische Altertum, Geschichte und deutscke Litteratiir, hgg. von J. liberg, Johann Gottlieb Fichtes krilische Pleine wdhrend der Jahre 1799-1801, 1909, I. Abth., XXIII. Ed., ;J. Ileft, p. 220-221.
2. Fichlé's Leben, II. Ed., Zweite Abth., IV, 13, Fichte an Schelling, Berlin, dea 6. Sept. 1800, p. 313.
3. Ibid., IV, 17, Fichte an Schelling, den 13. Sept. 1800, p. 319-320.
4. Schelling écrivait, en effet, à Fichte, le 19 nov. 1800 : « Pour le dire en passant, l'entreprise do Schlegel, pour ce qui concerne Cotta du moins, à ce que je remarque, est différée, c'est-à-dire abandonnée, et il est juste que des hommes comme celui dont je hais depuis longtemps la façon de répéter et d'outrer les jugements des autres n'aient pas au moins à eux d'organe critique. Son frère, qui a un jugement à lui, et Tieck sauront bien s'en créer un. » Fichtc's Leben, II. Ed., Zweite Abth., IV, 21, Schelling an Fichte, lena, den 19. Nov. 1800, p. 326.
2d0 FICHTE a BERLIN.
beau présenter à Schelling de très douces remontrances, Schelling persista dans son refus; au moment d'ailleurs où Schlegel insistait pour le retenir, il avait déjà fait parvenir à Fichte et à Cotta des lettres sur lesquelles il ne pouvait plus revenir. Schleg-el ne voulait pas prendre acte de l'incorrection qu'il avait commise en retirant sa parole; il espérait un revirement ultérieur, tout en déplorant la perte de forces que son départ allait causer au nouvel Institut.
Si Schlegel montrait si peu de rancune envers les procédés de Schelling, c'est qu'au fond il en attribuait à Fichte toute la responsabilité. Il savait quels soupçons avait Fichte au sujet des sentiments que leur cercle professait à son égard et dont Fichte avait cru voir un témoignage dans le persiflage de la Destination de r homme par Schleiermacher ^.
Il ne se trompait pas, s'il faut en croire ce que son ami Schleiermacher lui écrivait, le li octobre, de Berlin où il était bien placé pour le savoir.
<( La nouvelle du procédé de Schelling ma surpris à coup sûr, et d'autant plus qu'il avait commencé par écrire à Fichte « qu'il était lié vis-à-vis de Cotta plus fortement encore que nous autres par un contrat particulier ». Je ne pouvais pas bien alors m'expliquer pourquoi ; quoi qu'il en soit, je pensais qu'il lui eût fallu rougir d'autant plus devant Fichte (de rompre ce contrat). Et Fichte luimême ne peut être lavé de quelque duplicité ; il me semble qu'après un pareil procédé on ne peut plus songer pour cette entreprise à une union future. Il ne vaut pas la peine de faire des conjectures sur la nature des ouvertures de Fichte qui ont produit la retraite de Schelling. Cependant l'idée de Fichte est très claire : il veut rompre notre association, mais petit à petit seulement, auparavant il veut également écarter le plan de fortune (Nothplan) dUnger et constituer ensuite un nouveau plan d'ensemble dont il soit le seul maître. Peutêtre de telles considérations ont-elles déjà suffi pour persuader Schelling, peut-être aussi des considérations pécuniaires, — si Schelling est, ce que j'ignore, très accessible sur ce point, — car Fichte m'a fait observer souvent qu'Unger avait offert des honoraire infiniment plus considérables ^. »
Quelles que fussent les raisons qui motivèrent le changement d'attitude de Schelling, sa retraite consomma l'échec de l'entreprise de Schlegel. Schelling avait écrit à Cotta sa résolution définitive et son
1. Aus Schleiennacher's Leben. In Briefen, éd. W. Dillhcy, III. Hd., m. A.-W. Schlegel an Schleicrm.icher, Gotha, dea o. Oct. 1800, p. 233-234.
2. Lettre inédite de Schleiermacher à A. -G. Schlegel, Herlin, il oct. Manuscrit de la Bibl. royale de Dresde, vol. 23 (voir Appendice VIII).
espoir déditer en commun avec Fichte un journal comprenant tout ce qui avait rapport à la philosophie, principalement aux sciences de la nature, mais aussi à la mathématique, à l'histoire \ Cependant telle était Testime où Cotta tenait Fichte, tel son désir de gagner un pareil collaborateur, ((ue, dans Fespoir d'obtenir le dépôt de la publication projetée par les deux philosophes ^ il préféra finalement, après quelques tergiversations, abandonner le plan de Schlegel ^ Schlegel ne put pas même protester, car il avait été le premier à faire du concours de Schelling une des conditions nécessaires de la réalisation de son projet \ Il ne lui restait plus, s'il voulait poursuivre l'entreprise, qu"à chercher un autre éditeur, et c'est ce que lui conseillait vivement Schleiermacher.
« Il y a ici, lui écrivait-il, dans une lettre inédite du 14 octobre 1800, il y a ici un jeune libraire, du nom de Reimer, qui a quelque bien; très honnête homme, il s'intéresse au bon côté de la littérature. C'est, il est vrai, un ami de Fichte, dont il édite le Sonnenklarer Berichl. mais je ne crois pas que cela puisse être un obstacle. On peut tout au moins compter sur sa discrétion à l'égard de Fichte. Permettez-moi au moins de lui soumettre la question ; s'il se montre bien disposé, vous pourrez vous mettre tout de suite en rapports avec lui. Il me paraît important que nous puissions compter sans tarder sur un éditeur et que nous paraissions le plus tôt possible ^ »
Schlegel cependant ne crut pas devoir accepter l'offre de Schleiermacher; il pensait, non sans raison peut-être, que seul un homme de l'envergure de Cotta était de taille à réaliser une entreprise comme celle qu'il rêvait®.
Et, en effet, Cotta fut, après l'échec d'Unger, l'éditeur que Fichte et Schelling allaient solliciter. Quand Fichte, par égard pour Unger,
1. Fichte's Leben, II. Bd., Zweite Abth., IV, 19, Schelling aa Fichte, lena, den 31. Oct. 1800, p. 32-3. — 2. Ibid., p. 322.
3. Aus Schleiermacher's Leben. In Briefen, éd. W. Dilthey, III. Ed., m, Dorolhea an Schleiermacher, den 31. Uct. ISOO, p. 241, et Fichte's Leben, II. Ed., Zweite Abth., IV, 21, Schelling an Fichte, lena, den 19. Nov. 1800, p. 326. „. o u, i
4. Aus Schleiermacher s Leben. In Briefen,éd. W. Dilthey, III. Ed., m, A.-^'. Schlegel an Schleiermacher, Braunschwcig, den 21. Nov. 1800, p. 243.
5. Inédits de la Bihl. royale de Dresde, vol. 25, voir Appendice VIII, Lettre de Schleiermacher, Berlin, le 14 octobre 1800. « Es ist hier ein junger Buchhandler \amens Reimer der etwas in bonis hat. ein sehr redlicher Mensch ist, und sich fur die gute Seite der Lilleratur interessirt. Er ist zwar ein Freund von Fichte, dessen Sonnenklaren Bericht er auch verlegt; aber ich glaube nicht dassdies etwas schaden wûrde. Wenigstens kann man vorliiufig auf seine Verschwiegenheit auch gegea diesen rechnen. Eilauben Sie mir in dem Falle quœslionis wenigstens eine Anfrage an ihn zu thun: zeigt er sich geneigt so k.ïnnen Sie Sich dann gleich ni't ihm m rapport sezen. Es scheiut mir ^vichtig dass ^^•i^ einen Verleger recht bald sicher haben und dass %sir bald môglichst wirklich erscheinen. -
6. Aus Schleiennachcr-s Leben. In Briefen, éd. W. Dilthey, III. Bd., m, A.-W . Schlegel an Schleiermacher, Eraunschweig, den 21. Nov. 1800, p. 243.
envers lequel il se croyait lié, avait refusé à Schelling et à Schlegel d'entrer dans une combinaison dont Cotta serait l'éditeur, il avait eu soin d'ajouter que, si, pour une raison ou pour une autre, les projets d'Unger venaient à sombrer, il ne se refuserait pas à examiner les conditions que d'autres pourraient lui faire; il acceptait éventuellement de participer au projet dont Cotta serait l'éditeur^.
Le jour donc où il apprit qu'Unger, n'ayant pu obtenir le concours de Goethe et de Schiller, renonçait à son entreprise ^, Fichte songea aux ouvertures que Schelling lui avait faites de la part de Cotta ' ; c'est à lui qu'il s'adressa pour fonder et diriger avec la collaboration de Schelling, mais de lui seul (il ne voulait pas de Schlegel), la revue critique que les projets de Reinhold et de Bardili rendaient plus nécessaire et plus urgente que jamais*.
Il espérait d'ailleurs rallier à ses vues, pour la réalisation de son grand plan, ceux-là même dont le refus avait causé l'échec de la tentative d'Unger, Goethe et Schiller. Il se chargeait personnellement de mener à bien la chose, il attendait beaucoup d'une pareille association^.
Fichte pria donc Schelling d'annoncer à Cotta qu'il adhérait à la proposition de constituer un périodique scientifique®. Et Cotta put sérieusement croire, à la fin de l'année 1800, que, dans le cours de l'année 1801, il publierait la revue dont Fichte et Schelling devaient être les directeurs. Il le croyait si bien que, le 26 décembre 1800, il écrivait à Schiller :
« Je médite aussi depuis longtemps un projet intéressant, je veux parler d'Annales littéraires et artistiques composées par vous, par Goethe, par Fichte, par Schelling et par quelques autres hommes de mérite. A Pâques nous pourrons en reparler plus longuement, si l'idée vous plaît '. »
Cependant, pas plus que celui de Schlegel, le projet de Fichte et de Schelling ne vit le jour. Après être restées quelque temps en suspens, les négociations entre Fichte et Schelling, qui avaient repris-
1. Fichte's Leben, II. Bd., Zweite Abth., IV, 15, Fichte an Schelling, Berlin, den 6. Sept. 1800, p. 314-315.
2. Ibid., IV, 20, Fichte an Schelling, Berlin, den 15. Nov. 1800, p. 325.
3. Ibid., IV, 19, Schelling an Fichte, lena, den 31. Oct. 1800, p. 322-323.
4. Ibid., IV, 17, Fichte an Schelling, den 13. Sept. 1800, p. 320.
5. Ibid., IV, 20, Fichte an Schelling, Berlin, den 15. Nov. 1800. p. 325-326.