Ibid., lettre du 17 août, p
un milieu nouveau, sous une ibnne nouvelle, avec des éléments nouveaux, le rôve de toute sa vie. La Franc-Maçonnerie ne lui ollVait-elle pas, grâce aux influences politiques de hauts personnages, un appui contre Tarbitraire et, grâce à son organisation morale et sociale, un instrument de propagande tout prêt pour ses idées? Fichte n'y songeait-il pas, quand il écoutait avec complaisance Rhode, un des hauts dignitaires de la Royale-York, lui expliquer le système de cette Loge où il allait bientôt entrer? Un rapide exposé de ce qu'était alors la Loge permettra de s'en convaincre aisément.
La Loge Royale-York avait commencé par s'appeler la Loge de l'Amitié. C'était une Loge française, fondée en 1752 par (pielquesuns des savants et des artistes que Frédéric le Grand avait appelés à Berlin '.
Elle était devenue la Loge Royale-York de l'Amitié le 27 juillet 1765, après une visite du duc d'York qui, lors de son séjour à Berlin, y avait reçu l'investiture maçonnique pour les trois premiers grades et s'en était depuis fait le protecteur-. La Loge, qui n'avait pas de Constitution régulière, en obtint ainsi une; de la Grande Loge de Londres ou Loge suprême ^ la plus ancienne des Loges, la seule dont la reconnaissance fût une consécration. Son brevet lui parvint le '24 juin 1767 '\
Pendant plus de vingt-cinq ans, les travaux de cette Loge, constituée par des Français, s'étaient faits en français ; le premier travail allemand qu'on y accepta est du 14 janvier 1778; mais, à partir de cette date, l'usage de l'allemand devint de plus en plus fréquent, la plupart des membres récents ignorant la langue française.
Le changement de langage introduisit à la Loge un changement de mœurs; sous l'influence purement allemande, un esprit nouveau anima bientôt la Loge Royale- York de l'Amitié ^ Ni le Code français, ni le Rituel, ni la Constitution ne pouvaient plus satisfaire des hommes imbus des idées de leur siècle. Une revision parut néces-
1. Taschenbuch fiir Freimaurer, Jahrbucli der Maurerey, II. lid., 1799, Côthen bci Joh. A. Aue. Kurzgefa^ste GescliiclUe der grossen Multerloge Royale York zur Freundschaft in Berlin, p. 124-123. La Franc-Maçonnerie existait en Prusse depuis 1738, mais comme société secrète, à cause de l'hostilité de Fr.-Guillaurae 1". Elle fut officiellement reconnue, à l'avènement de Frédéric, par le nouveau roi initié luimême aux mystères maçonniques.