Ibid., 4, p
méthode cIo renseignement facile, qui consiste à enseigner ou à apprendre en jouant. Mais, pour l'exercice de l'esprit, l'étude par excellence est celle des mathématiques, c'est elle qui devra être, dans la véritable instruction, la seconde branche capitale^.
Ensuite viendra l'étude des langues modernes, que rendent nécessaire des besoins naturels et des besoins que nous avons artificiellement créés ; cette étude sera aisée après celle des langues anciennes, du latin surtout, dont sont filles un grand nombre de langues modernes^. Quand l'esprit sera plus mùr, on abordera, outre les principes fondamentaux de la géométrie et de l'arithmétique, l'étude systématique des autres sciences'. On n'oubliera pas non plus l'éducation du corps, qui fait partie, au même titre que l'esprit, de l'ensemble des forces humaines. Sans doute il faut protester contre l'opinion vulgaire que le zèle, le travail sérieux, sont mauvais pour la santé : la culture précoce de l'esprit, pourvu que ce ne soit pas un pur et simple dressage de la mémoire, pourvu que ce soit un exercice vivant de l'imagination, sera déjà, pour le corps même, un stimulant fécond ; mais, abstraction faite de cette culture, il reste que c'est un des buts particuliers de l'éducation de rendre l'enfant maître de son corps. On lui apprendra donc à développer tous les organes des sens, la vue par le dessin, l'oi'eille par la musique et l'harmonie, et d'une manière générale par l'exercice d'une attention soutenue, en ne supportant pas la dispersion et la distraction; on lui fera journellement respirer lair pur, on développera ses membres par des exercices gymnastiques, par la danse, la boxe, les armes, l'équitation. Tout cela en vue d'assouplir le corps, de le rendre apte à toutes les fins de l'esprit, d'en faire un instrument parfait de la volonté*.
Quant à l'éducation morale, il n'y en a point, au sens positif du mot; la moralité ne s'apprend pas avec des formules; un pareil enseignement serait la négation et la destruction de toute moralité; « c'est dans le secret et dans la pudeur de l'âme, sans bavardages et sans ostentation, que d'elle-même s'enfante la moralité, que peu à peu elle croît et se développe » ; pour qu'elle s'enfante delle-même. il suffit d'entourer l'enfant de bons exemples, décarter de son regard tout ce qui est mauvais, vulgaire et bas. Le meilleur à cet égard sera que l'éducateur même pratique une moralité sévère; qu'il ait le souci de ne jamais mentir, de ne jamais parler ou agir sciemment contre sa conscience. Cette sincérité sera puissante sur l'âme de l'enfant, elle l'élèvera, elle déterminera son attitude intérieure, elle
1. Fichte, S. W., YIII. Bd., 3. F. Aphorismen iiber Erdehung, 1804, 5, p. 356. — 2. Ibid., 6, p. 356. — 3. Ibid., 7, p. 357. — 4. Ibid., 8, p. 357-358.
sera pour lui la source inépuisable de la droiture et de toutes les vertus ^ Développer l'esprit religieux, c'est éveiller l'aspiration à quelque chose de supérieur aux sens. Une pareille aspiration ne s'enseigne pas non plus, c'est aussi quelque chose de tout intérieur et qui sort du fond du cœur, quand est pure l'atmosphère même que l'enfant respire. L'initiation aux mystères de la religion positive, lorsque l'enfant est en âge d'y participer, doit être entièrement remise aux ministres des différents cultes — quel que soit ce culte (cela est tout à fait indifférent à l'éducateur); l'éducateur lui-même devra s'abstenir totalement et scrupuleusement de toute intrusion positive ou négative dans ce domaine ^.
Ces Aphorismes sur l'éducation, suscités par